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Raymond QUENEAU
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Raymond Queneau, né au Havre (Seine-Maritime) le 21 février 1903 et mort à Paris le 25 octobre 1976, était un romancier, poète, dramaturge et mathématicien français, co-fondateur du groupe littéraire l'« Oulipo ».
"Exercices de style" est l'un des ouvrages les plus célèbres de l'écrivain français Raymond Queneau. Paru en 1947, ce livre singulier raconte 99 fois la même histoire, de 99 façons différentes.
L'histoire elle-même tient en quelques mots. Le narrateur rencontre dans un bus un jeune homme au long cou, coiffé d'un chapeau orné d'une tresse tenant lieu de ruban. Ce jeune homme échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s'asseoir à une place devenue libre. Un peu plus tard, le narrateur revoit ce jeune homme qui est alors en train de discuter avec un ami. Celui-ci lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus.
"Les Exercices de style" sont un brillant exemple d'application d'une contrainte littéraire (écrire 99 fois la même histoire) en tant que moteur créatif et constituent à ce titre un texte précurseur du mouvement Oulipo dont Raymond Queneau sera l'un des fondateurs. La présence d'une deuxième contrainte (chaque version de l'histoire doit illustrer un genre stylistique bien particulier) apparaît à la lecture des titres des 99 versions de l'histoire :
Damya/Mathys/Patricia
Le narrateur rencontre dans un bus un jeune homme au long cou,
coiffé d'un chapeau orné d'une tresse tenant lieu de ruban.
Ce jeune homme échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur,
puis va s'asseoir à une place devenue libre.
Un peu plus tard, le narrateur revoit ce jeune homme qui est maintenant en train
de discuter avec un ami.
Celui-ci lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus.
Notations.
Dans l'S, à une heure d'affluence. Un type dans les vingt-six ans, chapeau
mou avec cordon remplaçant le ruban, cou trop long comme si on lui avait
tiré dessus. Les gens descendent. Le type en question s'irrite contre
un voisin. Il lui reproche de le bousculer chaque fois qu'il passe quelqu'un.
Ton pleurnichard qui se veut méchant. Comme il voit une place libre,
se précipite dessus.
Deux heures plus tard, je le rencontre cour de Rome, devant la gare Saint-Lazare.
Il est avec un camarade qui lui dit : “tu devrais faire mettre un bouton
supplémentaire à ton pardessus.”; il lui montre où
(à l'échancrure) et pourquoi.
En partie double.
Vers le milieu de la journée et à midi, je me trouvai et montai
sur la plate- forme et la terrasse arrière d'un autobus et d'un véhicule
des transports en commun bondé et quasiment complet de la ligne S et
qui va de la Contrescarpe à Champerret. Je vis et remarquai un jeune
homme et un vieil adolescent assez ridicule et pas mal grotesque : cou maigre
et tuyau décharné, ficelle et cordelière autour du chapeau
et couvre-chef. Après une bousculade et confusion, il dit et profère
d'une voix et d'un ton larmoyants et pleurnichards que son voisin et co-voyageur
fait exprès et s'efforce de le pousser et de l'importuner chaque fois
qu'on descend et sort. Ceci déclaré et après avoir ouvert
la bouche, il se précipite et se dirige vers une place et un siège
vides et libres.
Deux heures après et cent vingt minutes plus tard, je le rencontre et
le revois cour de Rome et devant la gare Saint-Lazare. Il est et se trouve avec
un ami et copain qui lui conseille de et l'incite à faire ajouter et
coudre un bouton et un rond de corozo à son pardessus et manteau.
Litotes.
Nous étions quelques-uns à nous déplacer de conserve. Un
jeune homme, qui n'avait pas l'air très intelligent, parla quelques instants
avec un monsieur qui se trouvait à côté de lui, puis il
alla s'asseoir. Deux heures plus tard, je le rencontrai de nouveau ; il était
en compagnie d'un camarade et parlait chiffons.
Métaphoriquement. Clotilde
Au centre du jour, jeté dans le tas des sardines voyageuses d'un coléoptère
à grosse carapace blanche, un poulet au grand cou déplumé
harangua soudain l'une, paisible, d'entre elles et son langage se déploya
dans les airs, humide d'une protestation. Puis attiré par un vide, l'oisillon
s'y précipita.
Dans un morne désert urbain, je le revis le jour même se faisant
moucher l'arrogance pour un quelconque bouton.
Rétrograde.
Tu devrais ajouter un bouton à ton pardessus, lui dit son ami. Je le
rencontrai au milieu de la cour de Rome, après l'avoir quitté
se précipitant avec avidité vers une place assise. Il venait de
protester contre la poussée d'un autre voyageur, qui, disait-il, le bousculait
chaque fois qu'il descendait quelqu'un. Ce jeune homme décharné
était porteur d'un chapeau ridicule. Cela se passa sur la plate-forme
d'un S complet ce midi-là.
Surprises. Inès
?
Ce que nous étions serrés sur cette plate-forme d'autobus ! Et
ce que ce garçon pouvait avoir l'air bête et ridicule ! Et que
fait-il ? Ne le voilà-t-il pas qui se met à vouloir se quereller
avec un bonhomme qui - prétendait-il ! ce damoiseau ! - le bousculait
! Et ensuite il ne trouve rien de mieux à faire que d'aller vite occuper
une place laissée libre ! Au lieu de la laisser à une dame !
Deux heures après, devinez qui je rencontre devant la gare Saint-Lazare
? Le même godelureau ! En train de se faire donner des conseils vestimentaires
! Par un camarade !
À ne pas croire !
Rêve. Anaïs
Il me semblait que tout fût brumeux et nacré autour de moi, avec
des présences multiples et indistinctes, parmi lesquelles cependant se
dessinait assez nettement la seule figure d'un homme jeune dont le cou trop
long semblait annoncer déjà par lui-même le caractère
à la fois lâche et rouspéteur du personnage. Le ruban de
son chapeau était remplacé par une ficelle tressée. Il
se disputait ensuite avec un individu que je ne voyais pas, puis, comme pris
de peur, il se jetait dans l'ombre d'un couloir.
Une autre partie du rêve me le montre marchant en plein soleil devant
la gare Saint-Lazare. Il est avec un compagnon qui lui dit : «tu devrais
faire ajouter un bouton à ton pardessus.»
Là-dessus, je m'éveillai.
Pronostication.
Lorsque viendra midi, tu te trouveras sur la plate-forme arrière d'un
autobus où s'entasseront des voyageurs parmi lesquels tu remarqueras
un ridicule jouvenceau : cou squelettique et point de ruban au feutre mou. Il
ne se trouvera pas bien, ce petit. Il pensera qu'un monsieur le pousse exprès,
chaque fois qu'il passe des gens qui montent ou descendent. Il le lui dira,
mais l'autre ne répondra pas, méprisant. Et le ridicule jouvenceau,
pris de panique, lui filera sous le nez, vers une place libre.
Tu le reverras un peu plus tard, cour de Rome, devant la gare Saint-Lazare.
Un ami l'accompagnera, et tu entendras ces paroles : «ton pardessus ne
croise pas bien ; il faut que tu y fasses ajouter un bouton.»
Synchyses.
Ridicule jeune homme, que je me trouvai un jour sur un autobus de la ligne S
bondé par traction peut-être cou allongé, au chapeau la
cordelière, je remarquai un. Arrogant et larmoyant d'un ton, qui se trouve
à côté de lui, contre ce monsieur, proteste-t-il. Car il
le pousserait, fois chaque que des gens il descend. Libre il s'assoit et se
précipite vers une place, ceci dit. Rome (Cour de) je le rencontre plus
tard deux heures à son pardessus un bouton d'ajouter un ami lui conseille.
L'arc-en-ciel.
Un jour, je me trouvai sur la plate-forme d'un autobus violet. Il y avait là
un jeune homme assez ridicule : cou indigo, cordelière au chapeau. Tout
d'un coup, il proteste contre un monsieur bleu. Il lui reproche notamment, d'une
voix verte, de le bousculer chaque fois qu'il descend des gens. Ceci dit, il
se précipite, vers une place jaune, pour s'y asseoir.
Deux heures plus tard, je le rencontre devant une gare orangée. Il est
avec un ami qui lui conseille de faire ajouter un bouton à son pardessus
rouge.
Logo-rallye.
(Dot, baïonnette, ennemi, chapelle, atmosphère, Bastille, correspondance.)
Un jour, je me trouvai sur la plate-forme d'un autobus qui devait sans doute
faire partie de la dot de la fille de M. Mariage, qui présida aux destinées
de la T. C. R. P. Il y avait là un jeune homme assez ridicule, non parce
qu'il ne portait pas de baïonnette, mais parce qu'il avait l'air d'en porter
une tout en n'en portant pas. Tout d'un coup ce jeune homme s'attaque à
son ennemi : un monsieur placé derrière lui. Il l'accuse notamment
de ne pas se comporter aussi poliment que dans une chapelle. Ayant ainsi tendu
l'atmosphère, le foutriquet va s'asseoir.
Deux heures plus tard, je le rencontre à deux ou trois kilomètres
de la bastille avec un camarade qui lui conseillait de faire ajouter un bouton
à son pardessus, avis qu'il aurait très bien pu lui donner par
correspondance.
Hésitations. Paola
Je ne sais pas très bien où ça se passait… dans une
église, une poubelle, un charnier ? Un autobus peut-être ? Il y
avait là… mais qu'est-ce qu'il y avait donc là ? Des œufs,
des tapis, des radis ? Des squelettes ? Oui, mais avec encore leur chair autour,
et vivants. Je crois bien que c'est ça. Des gens dans un autobus. Mais
il y en avait un (ou deux ?) qui se faisait remarquer, je ne sais plus très
bien par quoi. Par sa mégalomanie ? Par son adiposité ? Par sa
mélancolie ? Mieux… plus exactement… par sa jeunesse ornée
d'un long… nez ? menton ? pouce ? non : cou, et d'un chapeau étrange,
étrange, étrange. Il se prit de querelle, oui c'est ça,
avec sans doute un autre voyageur (homme ou femme ? enfant ou vieillard ?) Cela
se termina, cela finit bien par se terminer d'une façon quelconque, probablement
par la fuite de l'un des deux adversaires.
Je crois bien que c'est le même personnage que je rencontrai, mais où
? Devant une église ? devant un charnier ? devant une poubelle ? Avec
un camarade qui devait lui parler de quelque chose, mais de quoi ? de quoi ?
de quoi ?
Précisions.
Dans un autobus de la ligne S, long de 10 mètres, large de 2,1, haut
de 3,5, à 3 km. 600 de son point de départ, alors qu'il était
chargé de 48 personnes, à 12 h. 17, un individu de sexe masculin,
âgé de 27 ans 3 mois 8 jours, taille de 1 m 72 et pesant 65 kg
et portant sur la tête un chapeau haut de 17 centimètres dont la
calotte était entourée d'un ruban long de 35 centimètres,
interpelle un homme âgé de 48 ans 4 mois 3 jours et de taille 1
m 68 et pesant 77 kg., au moyen de 14 mots dont l'énonciation dura 5
secondes et qui faisaient allusion à des déplacements involontaires
de 15 à 20 millimètres. Il va ensuite s'asseoir à quelque
2 m. 10 de là.
118 minutes plus tard il se trouvait à 10 mètres de la gare Saint-Lazare,
entrée banlieue, et se promenait de long en large sur un trajet de 30
mètres avec un camarade âgé de 28 ans,taille 1 m. 70 et
pesant 71 kg. qui lui conseilla en 15 mots de déplacer de 5 centimètres,
dans la direction du zénith, un bouton de 3 centimètres de diamètre.
Le côté subjectif.
Je n'étais pas mécontent de ma vêture, ce jourd'hui. J'inaugurai
un nouveau chapeau, assez coquin, et un pardessus dont je pensai grand bien.
Rencontré X devant la gare Saint-Lazare qui essaye de gâcher mon
plaisir en essayant de me démontrer que ce pardessus est trop échancré
et que j'y devrais rajouter un bouton supplémentaire. Il n'a tout de
même pas osé s'attaquer à mon couvre-chef.
Un peu auparavant, rembarré de belle façon une sorte de goujat
qui faisait exprès de me brutaliser chaque fois qu'il passait du monde,
à la descente ou à la montée. Cela se passait dans un de
ces immondes autobi qui s'emplissent de populus précisément aux
heures où je dois consentir à les utiliser.
Autre subjectivité.
Il y avait aujourd'hui dans l'autobus à côté de moi, sur
la plate-forme, un de ces morveux comme on n'en fait guère, heureusement,
sans ça je finirais par en tuer un. Celui-là, un gamin dans les
vingt-six, trente ans, m'irritait tout spécialement non pas tant à
cause de son grand cou de dindon déplumé que par la nature du
ruban de son chapeau, ruban réduit à une sorte de ficelle de teinte
aubergine. Ah ! le salaud ! Ce qu'il me dégoûtait ! comme il y
avait beaucoup de monde dans notre autobus à cette heure-là, je
profitais des bousculades qui ont lieu à la montée ou à
la descente pour lui enfoncer mon coude entre les côtelettes. Il finit
par s'esbigner lâchement avant que je me décide à lui marcher
un peu sur les arpions pour lui faire les pieds. Je lui aurais dit aussi, afin
de le vexer, qu'il manquait un bouton à son pardessus trop échancré.
Récit.
Un jour vers midi du côté du parc Monceau, sur la plate-forme arrière
d'un autobus à peu près complet de la ligne S (aujourd'hui 84),
j'aperçus un personnage au cou fort long qui portait un feutre mou entouré
d'un galon tressé au lieu de ruban. Cet individu interpella tout à
coup son voisin en prétendant que celui-ci faisait exprès de lui
marcher sur les pieds chaque fois qu'il montait ou descendait des voyageurs.
Il abandonna d'ailleurs rapidement la discussion pour se jeter sur une place
devenue libre.
Deux heures plus tard, je le revis devant la gare Saint-Lazare en grande conversation
avec un ami qui lui conseillait de diminuer l'échancrure de son pardessus
en en faisant remonter le bouton supérieur par quelque tailleur compétent.
Composition de mots. Mélo
Je plate-d'autobus-formais co-foultitudinairement dans un espace-temps lutécio-méridiennal
et voisinais avec un longicol tresseautourduchapeauté morveux. Lequel
dit à un quelconquanonyme : « Vous me bousculapparaissez. »
Cela éjaculé, se placelibra voracement. Dans une spatiotemporalité
postérieure, je le revis qui placesaintlazarait avec un X qui lui disait
: tu devrais boutonsupplémenter ton pardessus. Et il pourquexpliquait
la chose.
Négativités.
Ce n'était ni un bateau, ni un avion, mais un moyen de transports terrestre.
Ce n'était ni le matin, ni le soir, mais midi. Ce n'était ni un
bébé, ni un vieillard, mais un homme jeune. Ce n'était
ni un ruban, ni une ficelle, mais du galon tressé. Ce n'était
ni une procession, ni une bagarre, mais une bousculade. Ce n'était ni
un aimable, ni un méchant, mais un rageur. Ce n'était ni une vérité,
ni un mensonge, mais un prétexte. Ce n'était ni un debout, ni
un gisant, mais un voulant-être assis.
Ce n'était ni la veille, ni le lendemain, mais le jour même. Ce
n'était ni la gare du nord, ni la gare du p.-l.-m. mais la gare Saint-Lazare.
ce n'était ni un parent, ni un inconnu, mais un ami. Ce n'était
ni une injure, ni une moquerie, mais un conseil vestimentaire.
Animisme.
Un chapeau mou, brun, fendu, les bords baissés, la forme entourée
d'une tresse de galon, un chapeau se tenait parmi les autres, tressautant seulement
des inégalités du sol transmises par les roues du véhicule
automobile qui le transportait, lui le chapeau. à chaque arrêt,
les allées et venues des voyageurs lui donnaient des mouvements latéraux
parfois assez prononcés, ce qui finit par le fâcher, lui le chapeau.
Il exprima son ire par l'intermédiaire d'une voix humaine à lui
rattachée par une masse de chair structuralement disposée autour
d'une quasi-sphère osseuse perforée de quelques trous qui se trouvait
sous lui, lui le chapeau. Puis il alla soudain s'asseoir, lui le chapeau.
Une ou deux heures plus tard je le revis se déplaçant à
quelque un mètre soixante-six au-dessus du sol et de long en large devant
la gare Saint-Lazare, lui le chapeau. Un ami lui conseillait de faire ajouter
un bouton supplémentaire à son pardessus… un bouton supplémentaire…
à son pardessus… lui dire ça… à lui…
lui le chapeau…
Anagrammes.
Distinguo.
Dans un autobus (qu'il ne faut pas prendre pour un autre obus), je vis (et pas
avec mon vit) un personnage (qui ne perd son âge) coiffé d'un feutre
mou bleu (et non de foutre blême), feutre cerné d'un fil tressé
(et non de tril fessé). Il disposait (et non dix posait) d'un long cou
(et pas d'un loup con). Comme la foule se bousculait (non que la boule se fousculât),
un nouveau voyageur (non veau nouillageur) déplaça le susdit (et
non suça ledit plat). Cestuy râla (et non cette huître hala),
mais voyant une place libre (et non ployant une vache ivre) s'y précipita
(et non si près s'y piqua).
Plus tard je l'aperçus (non pas gel à peine su) devant la gare
Saint-Lazare (et non là ou l'hagard ceint le hasard) qui parlait avec
un copain (il n'écopait pas d'un pralin) au sujet d'un bouton de son
manteau (qu'il ne faut pas confondre avec le bout haut de son menton).
Homéotéleutes. Alexia
Un jour de canicule sur un véhicule où je circule, gesticule un
funambule au bulbe minuscule, à la mandibule en virgule et au capitule
ridicule. Un somnambule l'accule et l'annule, l'autre articule : "crapule",
mais dissimule ses scrupules, recule, capitule et va poser ailleurs son cul.
Une hule aprule, devant la gule Saint-Lazule je l'aperçule qui discule
à propos de boutules, de boutules de pardessule.
Lettre officielle.
J'ai l'honneur de vous informer des faits suivants dont j'ai pu être le
témoin aussi impartial qu'horrifié.
Ce jour même, aux environs de midi, je me trouvais sur la plate-forme
d'un autobus qui remontait la rue de Courcelles en direction de la place Champerret.
Ledit autobus était complet, plus que complet même, oserai-je dire,
car le receveur avait pris en surcharge plusieurs impétrants, sans raison
valable et mû par une bonté d'âme exagérée
qui le faisait passer outre aux règlements et qui, par suite, frisait
l'indulgence. à chaque arrêt, les allées et venues des voyageurs
descendants et montants ne manquaient pas de provoquer une certaine bousculade
qui incita l'un de ces voyageurs à protester, mais non sans timidité.
Je dois dire qu'il alla s'asseoir dès que la chose fut possible.
J'ajouterai à ce bref récit cet addendum : j'eus l'occasion d'apercevoir
ce voyageur quelque temps après en compagnie d'un personnage que je n'ai
pu identifier. La conversation qu'ils échangeaient avec animation semblait
avoir trait à des questions de nature esthétique.
Étant données ces conditions, je vous prie de vouloir bien, monsieur,
m'indiquer les conséquences que je dois tirer de ces faits et l'attitude
qu'ensuite il vous semblera bon que je prenne dans la conduite de ma vie subséquente.
Dans l'attente de votre réponse, je vous assure, monsieur, de ma parfaite
considération empressée au moins.
Prière d'insérer.
Dans son nouveau roman, traité avec le brio qui lui est propre,
le célèbre romancier X, à qui nous devons déjà
tant de chefs-d'oeuvre, s'est appliqué à ne mettre en scène
que des personnages bien dessinés et agissant dans une atmosphère
compréhensible par tous, grands et petits. L'intrigue tourne donc autour
de la rencontre dans un autobus du héros de cette histoire et d'un personnage
assez énigmatique qui se querelle avec le premier venu. Dans l'épisode
final, on voit ce mystérieux individu écoutant avec la plus grande
attention les conseils d'un ami, maître ès dandysme. Le tout donne
une impression charmante que le romancier X a burinée avec un rare bonheur.
Onomatopées.
Sur la plate-forme, pla pla pla, dun autobus, teuff teuff teuff, de la ligne
S (pour qui sont ces serpents qui sifflent sur), il était environ midi,
ding din don, ding din don, un ridicule éphèbe, proût proût,
qui avait un de ces couvre-
chefs, phui, se tourna (virevolte, virevolte) soudain vers son voisin d'un air
de colère, rreuh, rreuh, et lui dit, hm hm : «vous faites exprès
de me bousculer, monsieur.» Et toc. Là-dessus, vroutt, il se jette
sur une place libre et s'y assoit, boum.
Ce même jour, un peu plus tard, ding din don, ding din don, je le revis
en compagnie d'un autre éphèbe, proût proût, qui lui
causait bouton de pardessus (brr, brr, brr, il ne faisait donc pas si chaud
que ça…).
Et toc.
Analyse logique.
Autobus.
Plate-forme.
Plate-forme d'autobus. C'est le lieu.
Midi.
Environ.
Environ midi. C'est le temps.
Voyageurs.
Querelle.
Une querelle de voyageurs. C'est l'action.
Homme jeune.
Chapeau. Long cou maigre.
Un jeune homme avec un chapeau et un galon tressé autour. C'est le personnage
principal.
Quidam.
Un quidam.
Un quidam. C'est le personnage second.
Moi.
Moi.
Moi. C'est le tiers personnage, narrateur.
Mots.
Mots.
Mots. C'est ce qui fut dit.
Place libre.
Place occupée.
Une place libre ensuite occupée. C'est le résultat.
La gare Saint-Lazare.
Une heure plus tard.
Un ami.
Un bouton.
Autre phrase entendue. C'est la conclusion.
Conclusion logique.
Insistance.
Un jour, vers midi, je montai dans un autobus presque complet de la ligne s.
Dans un autobus presque complet de la ligne S, il y avait un jeune homme assez
ridicule. Je montais dans le même autobus que lui, et ce jeune homme,
monté avant moi dans ce même autobus de la ligne S, presque complet,
vers midi, portait sur la tête un chapeau que je trouvai bien ridicule,
moi qui me trouvais dans le même autobus que lui, sur la ligne S, un jour,
vers midi.
Ce chapeau était entouré d'une sorte de galon tressé comme
celui d'une fourragère, et le jeune homme qui le portait, ce chapeau
- et ce galon - se trouvait dans le même autobus que moi, un autobus presque
complet parce qu'il était midi ; et sous ce chapeau, dont le galon imitait
une fourragère, s'allongeait un visage suivi d'un long cou, d'un long,
long cou. Ah ! qu'il était long le cou de ce jeune homme qui portait
un chapeau entouré d'une fourragère, sur un autobus de la ligne
S, un jour vers midi.
La bousculade était grande dans l'autobus qui nous transportait vers
le terminus de la ligne S, un jour vers midi, moi et ce jeune homme qui plaçait
un long cou sous un chapeau ridicule. Des heurts qui se produisaient résulta
soudain une protestation, protestation qui émana de ce jeune homme qui
avait un si long cou sur la plate-forme d'un autobus de la ligne S, un jour
vers midi.
Il y eut une accusation formulée d'une voix mouillée de dignité
blessée, parce que sur la plate-forme d'un autobus S, un jeune homme
avait un chapeau muni d'une fourragère tout autour, et un long cou ;
il y eut aussi une place vide tout à coup dans cet autobus de la ligne
S presque complet parce qu'il était midi, place qu'occupa bientôt
le jeune homme au long cou et au chapeau ridicule, place qu'il convoitait parce
qu'il ne voulait plus se faire bousculer sur cette plate-forme d'autobus, un
jour, vers midi.
Deux heures plus tard, je le revis devant la gare Saint-Lazare, ce jeune homme
que j'avais remarqué sur la plate-forme d'un autobus de la ligne S, ce
jour même, vers midi. Il était avec un compagnon de son acabit
qui lui donnait un conseil relatif à certain bouton de son pardessus.
L'autre l'écoutait attentivement. L'autre, c'est ce jeune homme qui avait
une fourragère autour de son chapeau, et que je vis sur la plate-forme
d'un autobus de la ligne S, presque complet, un jour, vers midi.
Ignorance.
Moi, je ne sais pas ce qu'on me veut. Oui, j'ai pris l'S vers midi. Il y avait
du monde ? Bien sûr, à cette heure-là. Un jeune homme avec
un chapeau mou ? C'est bien possible. Moi, je n'examine pas les gens sous le
nez. Je m'en fous. Une espèce de galon tressé ? Autour du chapeau
? Je veux bien que ça soit une curiosité, mais moi, ça
ne me frappe pas autrement. Un galon tressé… Il s'aurait querellé
avec un autre monsieur ? C'est des choses qu'arrivent.
Et ensuite je l'aurais de nouveau revu une heure ou deux plus tard ? Pourquoi
pas ? Il y a des choses encore plus curieuses dans la vie. Ainsi, je me souviens
que mon père me racontait souvent que…
Passé indéfini.
Je suis monté dans l'autobus de la porte Champerret. Il y avait beaucoup
de monde, des jeunes, des vieux, des femmes, des militaires. J'ai payé
ma place et puis j'ai regardé autour de moi. Ce n'était pas très
intéressant. J'ai quand même fini par remarquer un jeune homme
dont j'ai trouvé le cou trop long. J'ai examiné son chapeau et
je me suis aperçu qu'au lieu d'un ruban il y avait un galon tressé.
Chaque fois qu'un nouveau voyageur montait, ça faisait de la bousculade.
Je n'ai rien dit, mais le jeune homme au long cou a tout de même interpellé
son voisin. Je n'ai pas entendu ce qu'il lui a dit, mais ils se sont regardés
d'un sale oeil. Alors, le jeune homme au long cou est allé s'asseoir
précipitamment.
En revenant de la porte Champerret, je suis passé devant la gare Saint-Lazare.
J'ai vu mon type qui discutait avec un copain. Celui-ci a désigné
du doigt un bouton juste au-dessus de l'échancrure du pardessus. Puis
l'autobus m'a emmené et je ne les ai plus vus. J'étais assis et
je n'ai pensé à rien.
Présent.
à midi, la chaleur s'étale autour des pieds des voyageurs d'autobus.
Que, placée sur un long cou, une tête stupide ornée d'un
chapeau grotesque vienne à s'enflammer, aussitôt pète la
querelle. Pour foirer bien vite d'ailleurs, en une atmosphère lourde
pour porter encore trop vivantes de bouche à oreille des injures définitives.
Alors, on va s'asseoir à l'intérieur, au frais.
Plus tard peuvent se poser, devant des gares aux cours doubles, des questions
vestimentaires, à propos de quelque bouton que des doigts gras de sueur
tripotent avec assurance.
Passé simple.
Ce fut midi. Les voyageurs montèrent dans l'autobus. On fut serré.
Un jeune monsieur porta sur sa tête un chapeau entouré d'une tresse,
non d'un ruban. Il eut un long cou. Il se plaignit auprès de son voisin
des bousculades que celui-
ci lui infligea. Dès qu'il aperçut une place libre, il se précipita
vers elle et s'y assit.
Je l'aperçus plus tard devant la gare Saint-Lazare. Il se vêtit
d'un pardessus et un camarade qui se trouva là lui fit cette remarque
: il fallut mettre un bouton supplémentaire.
Imparfait.
C'était midi. Les voyageurs montaient dans l'autobus. On était
serré. Un jeune monsieur portait sur sa tête un chapeau qui était
entouré d'une tresse et non d'un ruban. Il avait un long cou. Il se plaignait
auprès de son voisin des bousculades que ce dernier lui infligeait. Dès
qu'il apercevait une place libre, il se précipitait vers elle et s'y
asseyait.
Je l'apercevais plus tard, devant la gare Saint-Lazare. Il se vêtait d'un
pardessus et un camarade qui se trouvait là lui faisait cette remarque
: il fallait mettre un bouton supplémentaire.
Alexandrins.
Un jour dans l'autobus qui porte la lettre S
Je vis un foutriquet de je ne sais quelle es-
Pèce qui râlait bien qu'autour de son turban
Il y eût de la tresse en place de ruban.
Il râlait ce jeune homme à l'allure insipide,
Au col démesuré, à l'haleine putride,
Parce qu'un citoyen qui paraissait majeur
Le heurtait, disait-il, si quelque voyageur
Se hissait haletant et poursuivi par l'heure
Espérant déjeuner en sa chaste demeure.
Il n'y eut point d'esclandre et le triste quidam
Courut vers une place et s'assit sottement.
Comme je retournais direction rive gauche
De nouveau j'aperçus ce personnage moche
Accompagné d'un zèbre, imbécile dandy,
Qui disait : «ce bouton faut pas le mettre icy.»
Polyptotes.
Je montai dans un autobus plein de contribuables qui donnaient des sous à
un contribuable qui avait sur son ventre de contribuable une petite boîte
qui contribuait à permettre aux autres contribuables de continuer leur
trajet de contribuables. Je remarquai dans cet autobus un contribuable au long
cou de contribuable et dont la tête de contribuable supportait un chapeau
mou de contribuable ceint d'une tresse comme jamais n'en porta contribuable.
Soudain le dit contribuable interpelle un contribuable de voisin en lui reprochant
amèrement de lui marcher exprès sur ses pieds de contribuable
chaque fois que d'autres contribuables montaient ou descendaient de l'autobus
pour contribuables. Puis le contribuable irrité alla s'asseoir à
la place pour contribuable que venait de laisser libre un autre contribuable.
Quelques heures de contribuable plus tard, je l'aperçus dans la cour
pour contribuables de Rome, en compagnie d'un contribuable qui lui donnait des
conseils d'élégance de contribuable.
Moi je.
Moi je comprends ça : un type qui s'acharne à vous marcher sur
les pinglots, ça vous fout en rogne. Mais après avoir protesté
aller s'asseoir comme un péteux, moi, je comprends pas ça. Moi
j'ai vu ça l'autre jour sur la plate-forme arrière d'un autobus
S. Moi je lui trouvais le cou un peu long à ce jeune homme et aussi bien
rigolote cette espèce de tresse qu'il avait autour de son chapeau. Moi
jamais j'oserais me promener avec un couvre-chef pareil. Mais c'est comme je
vous le dis, après avoir gueulé contre un autre voyageur qui lui
marchait sur les pieds, ce type est allé s'asseoir sans plus. Moi, je
lui aurais foutu une baffe à ce salaud qui m'aurait marché sur
les pieds.
Il y a des choses curieuses dans la vie, moi je vous le dis, il n'y a que les
montagnes qui ne se rencontrent pas. Deux heures plus tard, moi je rencontre
de nouveau ce garçon. Moi, je l'aperçois devant la gare Saint-Lazare.
Moi, je le vois en compagnie d'un copain de sa sorte qui lui disait, moi je
l'ai entendu : «tu devrais remonter ce bouton-là.» Moi, je
l'ai bien vu, il désignait le bouton supérieur.
Exclamations.
Tiens ! Midi ! temps de prendre l'autobus ! que de monde ! que de monde ! ce
qu'on est serré ! marrant ! ce gars-là ! quelle trombine ! et
quel cou ! soixante-quinze centimètres ! au moins ! et le galon ! le
galon ! je n'avais pas vu ! le galon ! c'est le plus marant ! ça ! le
galon ! autour de son chapeau ! Un galon ! marrant ! absolument marrant ! ça
y est le voilà qui râle ! le type au galon ! contre un voisin !
qu'est-ce qu'il lui raconte ! l'autre ! lui aurait marché sur les pieds
! ils vont se fiche des gifles ! pour sûr ! mais non ! mais si ! va h
y ! va h y ! mords y l'œil ! fonce ! cogne ! mince alors ! mais non ! il
se dégonfle ! le type ! au long cou ! au galon ! c'est sur une place
vide qu'il fonce ! oui ! le gars ! eh bien ! vrai ! non ! je ne me trompe pas
! c'est bien lui ! là-bas ! dans la Cour de Rome ! devant la gare Saint-Lazare
! qui se balade en long et en large ! avec un autre type ! et qu'est-ce que
l'autre lui raconte ! qu'il devrait ajouter un bouton ! oui ! un bouton à
son pardessus ! À son pardessus !
Alors. Laura
Alors l'autobus est arrivé. Alors j'ai monté dedans. Alors j'ai
vu un citoyen qui m'a saisi l'œil. Alors j'ai vu son long cou et j'ai vu
la tresse qu'il y avait autour de son chapeau. Alors il s'est mis à pester
contre son voisin qui lui marchait alors sur les pieds. Alors, il est allé
s'asseoir.
Alors, plus tard, je l'ai revu Cour de Rome. Alors il était avec un copain.
Alors, il lui disait, le copain : tu devrais faire mettre un autre bouton à
ton pardessus. Alors.
Ampoulé.
À l'heure où commencent à se gercer les doigts roses de
l'aurore, je montai tel un dard rapide dans un autobus à la puissance
stature et aux yeux de vache de la ligne S au trajet sinueux. Je remarquai,
avec la précision et l'acuité de l'Indien sur le sentier de la
guerre, la présence d'un jeune homme dont le col était plus long
que celui de la girafe au pied rapide, et dont le chapeau de feutre mou fendu
s'ornait d'une tresse, tel le héros d'un exercice de style. La funeste
Discorde aux seins de suie vint de sa bouche empestée par un néant
de dentifrice, la Discorde, dis-je, vint souffler son virus malin entre ce jeune
homme au col de girafe et à la tresse autour du chapeau, et un voyageur
à la mine indécise et farineuse. Celui-là s'adressa en
ces termes à celui-ci : «Dites-donc, vous, on dirait que vous le
faites exprès de me marcher sur les pieds !» Ayant dit ces mots,
le jeune homme au col de girafe et à la tresse autour du chapeau s'alla
vite asseoir.
Plus tard, dans la Cour de Rome aux majestueuses proportions, j'aperçus
de nouveau le jeune homme au cou de girafe et à la tresse autour du chapeau,
accompagné d'un camarade arbitre des élégances qui proférait
cette critique que je pus entendre de mon oreille agile, critique adressée
au vêtement le plus extérieur du jeune homme au col de girafe et
à la tresse autour du chapeau : «tu devrais en diminuer l'échancrure
par l'addition ou l'exhaussement d'un bouton à la périphérie
circulaire.»
Vulgaire. Orphée
L'était un peu plus dmidi quand j'ai pu monter dans l'esse. Jmonte donc,
jpaye ma place comme de bien entendu et voilàtipas qu'alors jremarque
un zozo l'air pied, avec un cou qu'on aurait dit un télescope et une
sorte de ficelle autour du galurin. Je lregarde passque jlui trouve l'air pied
quand le voilàtipas qu'ismet à interpeller son voisin. Dites-donc,
qu'il lui fait, vous pourriez pas faire attention, qu'il ajoute, on dirait,
qu'il pleurniche, quvous lfaites essprais, qu'i bafouille, deummarcher toutltemps
sullé panards, qu'i dit. Là-
dsus, tout fier de lui, i va s'asseoir. Comme un pied.
Jrepasse plus tard Cour de Rome et jl'aperçois qui discute le bout de
gras avec autre zozo de son espèce. Dis-donc, qu'i lui faisait l'autre,
tu dvrais, qu'i lui disait, mettre un ottbouton, qu'il ajoutait, à ton
pardingue, qu'i concluait.
Interrogatoire. Chléo/Anaïs
- à quelle heure ce jour-là passa l'autobus de la ligne S de midi
23, direction porte de Champerret ?
- à midi 38.
- Y avait-il beaucoup de monde dans l'autobus de la ligne S sus-désigné
?
- Des floppées.
- Qu'y remarquâtes-vous de particulier ?
- Un particulier qui avait un très long cou et une tresse autour de son
chapeau.
- Son comportement était-il aussi singulier que sa mise et son anatomie
?
- Tout d'abord non ; il était normal, mais il finit par s'avérer
être celui d'un cyclothymique paranoïaque légèrement
hypotendu dans un état d'irritabilité hypergastrique.
- Comment cela se traduisit-il ?
- Le particulier en question interpella son voisin sur un ton pleurnichard en
lui demandant s'il ne faisait pas exprès de lui marcher sur les pieds
chaque fois qu'il montait ou descendait des voyageurs.
- Ce reproche était-il fondé ?
- Je l'ignore.
- Comme se termina cet incident ?
- Par la fuite précipitée du jeune homme qui alla occuper une
place libre.
- Cet incident eut-il un rebondissement ?
- Moins de deux heures plus tard.
- En quoi consista ce rebondissement ?
- En la réapparition de cet individu sur mon chemin.
- Où et comment le revîtes-vous ?
- En passant en autobus devant la cour de Rome.
- Qu'y faisait-il ?
- Il prenait une consultation d'élégance.
Comédie.
Acte premier - Scène I
(Sur la plate-forme arrière d'un autobus S, un jour, vers midi.)
Le Receveur. - la monnaie, s'iou plaît. (Des voyageurs lui passent la
monnaie.)
Scène II (L'autobus s'arrête.)
Le Receveur. - laissons descendre. Priorités ? Une priorité !
C'est complet. Drelin, drelin, drelin.
Acte second - Scène I (Même décor.)
Premier Voyageur (Jeune, long cou, une tresse autour du chapeau). - On dirait,
monsieur, que vous le faites exprès de me marcher sur les pieds chaque
fois qu'il passe des gens.
Second Voyageur (hausse les épaules)
Scène II (Un troisième voyageur descend.)
Premier Voyageur (s'adressant au public) : Chouette ! une place libre ! J'y
cours. (Il se précipite dessus et l'occupe.)
Acte troisième - Scène I (La Cour de Rome.)
Un Jeune Élégant (au premier voyageur, maintenant piéton).
- l'échancrure de ton pardessus est trop large. Tu devrais la fermer
un peu en faisant remonter le bouton du haut.
Scène II (À bord d'un autobus S passant devant la cour de Rome.)
Quatrième Voyageur. - Tiens, le type qui se trouvait tout à l'heure
avec moi dans l'autobus et qui s'engueulait avec un bonhomme. Curieuse rencontre.
J'en ferai une comédie en trois actes et en prose.
Apartés.
L'autobus arriva tout gonflé de voyageurs. Pourvu que je ne le rate pas,
veine il y a encore une place pour moi. L'un d'eux il en a une drôle de
tirelire avec son cou démesuré portait un chapeau de feutre mou
entouré d'une sorte de cordelette à la place de ruban ce que ça
a l'air prétentieux et soudain se mit tiens qu'est-ce qui lui prend à
vitupérer un voisin l'autre fait pas attention à ce qu'il lui
raconte auquel il reprochait de lui marcher exprès a l'air de chercher
la bagarre, mais il se dégonflera sur les pieds. Mais comme une place
était libre à l'intérieur qu'est-ce que je disais il tourna
le dos et courut l'occuper.
Deux heures plus tard environ, c'est curieux les coïncidences il se trouvait
cour de Rome en compagnie d'un ami un michet de son espèce qui lui désignait
de l'index un bouton de son pardessus qu'est-ce qu'il peut bien lui raconter
?
Parécheèses.
Sur la tribune bustérieure d'un bus qui transhabutait vers un but peu
bucolique des bureaucrates abutis, un burlesque funambule à la buccule
loin de buste et au gibus sans buran, fit brusquement du grabuge contre un burgrave
qui le bousculait: « Butor! y a de l'abus! » S'attribuant un tabouret,
il s'y culbuta tel un obus dans une cambuse.
Bultérieurement, en un conciliabule, il butinait cette stibulation: «
Buse! ce globuleux buton buche mal ton burnous!»
Fantomatique.
Nous, garde-chasse de la Plaine-Monceau, avons l'honneur de rendre compte de
l'inexplicable et maligne présence dans le voisinage de la porte orientale
du parc de S. A. R. Monseigneur Philippe le sacré duc d'Orléans,
ce jour d'huy seize de mai mille sept cent quatre-vingt-trois, d'un chapeau
mou de forme inhabituelle et entouré d'une sorte de galon tressé.
Conséquemment nous constatâmes l'apparition soudaine sous le dit
chapeau d'un homme jeune, pourvu d'un cou d'une longueur extraordinaire et vêtu
comme on se vêt sans doute à la Chine. L'effroyable aspect de ce
quidam nous glaça les sangs et prévint notre fuite. Ce quidam
demeura quelques instants immobile, puis s'agita en grommelant comme s'il repoussait
le voisinage d'autres quidams invisibles mais à lui sensibles. Soudain
son attention se porta vers son manteau et nous l'entendîmes qui murmurait
comme suit : «il manque un bouton, il manque un bouton». Il se mit
alors en route et prit la direction de la Pépinière. Attiré
malgré nous par l'étrangeté de ce phénomène,
nous le suivîmes hors des limites attribuées à notre juridiction
et nous atteignîmes nous trois le quidam et le chapeau un jardinet désert
mais planté de salades. Une plaque bleue d'origine inconnue mais certainement
diabolique portait l'inscription «Cour de Rome». Le quidam s'agita
quelques moments encore en murmurant : «Il a voulu me marcher sur les
pieds.» il disparut alors, lui d'abord et quelque temps après son
chapeau. Après avoir dressé procès-verbal de cette liquidation,
j'allai boire chopine à la Petite-Pologne.
Philosophique
Les grandes villes seules peuvent présenter à la spiritualité
phénoménologique les essentialités des coïncidences
temporelles et improbabilistes. Le philosophe qui monte parfois dans l'inexistentialité
futile et outilitaire d'un autobus S y peut apercevoir avec la lucidité
de son œil pinéal les apparences fugitives et décolorées
d'une conscience profane affligée du long cou de la vanité et
de la tresse chapeautière de l'ignorance. Cette matière sans entéléchie
véritable se lance parfois dans l'impératif catégorique
de son élan vital et récriminatoire contre l'irréalité
néoberkeleyienne d'un mécanisme corporel inalourdi de conscience.
Cette attitude morale entraîne alors le plus inconscient des deux vers
une spatialité vide où il se décompose en ses éléments
premiers et crochus.
La recherche philosophique se poursuit normalement par la rencontre fortuite
mais anagogique du même être accompagné de sa réplique
inessentielle et couturière, laquelle lui conseille nouménalement
de transposer sur le plan de l'entendement le concept de bouton de pardessus
situé sociologiquement trop bas
Apostrophe.
Ô stylographe à la plume de platine, que ta course rapide et sans
heurt trace sur le papier au dos satiné les glyphes alphabétiques
qui transmettront aux hommes aux lunettes étincelantes le récit
narcissique d'une double rencontre à la cause autobusilistique. Fier
coursier de mes rêves, fidèle chameau de mes exploits littéraires,
svelte fontaine de mots comptés, pesés et choisis, décris
les courbes lexicographiques et syntactiques qui formeront graphiquement la
narration futile et dérisoire des faits et gestes de ce jeune homme qui
prit un jour l'autobus S sans se douter qu'il deviendrait le héros immortel
de mes laborieux travaux d'écrivain. Freluquet au long cou surplombé
d'un chapeau cerné d'un galon tressé, roquet rageur, rouspéteur
et sans courage qui fuyant la bagarre allas poser ton derrière moissonneur
de coups de pieds au cul sur une banquette en bois durci, soupçonnais-tu
cette destinée rhétorique lorsque devant la gare Saint-Lazare
tu écoutais d'une oreille exaltée les conseils de tailleur d'un
personnage qu'inspirait le bouton supérieur de ton pardessus ?
Maladroit.
Je n'ai pas l'habitude d'écrire. Je ne sais pas. J'aimerais bien écrire
une tragédie ou un sonnet ou une ode, mais il y a les règles.
Ça me gêne. C'est pas fait pour les amateurs. Tout ça c'est
déjà bien mal écrit. Enfin. En tout cas, j'ai vu aujourd'hui
quelque chose que je voudrais bien coucher par écrit. Coucher par écrit
ne me paraît pas bien fameux. ça doit être une de ces expressions
toutes faites qui rebutent les lecteurs qui lisent pour les éditeurs
qui recherchent l'originalité qui leur paraît nécessaire
dans les manuscrits que les éditeurs publient lorsqu'ils ont été
lus par les lecteurs que rebutent les expressions toutes faites dans le genre
de "coucher par écrit" qui est pourtant ce que je
voudrais faire de quelque chose que j'ai vu aujourd'hui bien que je ne sois
qu'un amateur que gênent les règles de la tragédie du sonnet
ou de l'ode car je n'ai pas l'habitude d'écrire. Merde, je ne sais pas
comment j'ai fait mais me voilà revenu tout au début. Je ne vais
jamais en sortir. Tant pis. Prenons le taureau par les cornes. Encore une platitude.
Et puis ce gars-là n'avait rien d'un taureau. Tiens, elle n'est pas mauvaise
celle-là. Si j'écrivais : prenons le godelureau par la tresse
de son chapeau de feutre mou emmanché d'un long cou, peut-être
bien que ce serait original. Peut-être bien que ça me ferait connaître
des messieurs de l'Académie française, du Flore et de la rue Sébastien-Bottin.
Pourquoi ne ferais-je pas de progrès après tout. C'est en écrivant
qu'on devient écriveron. Elle est forte celle-là. Tout de même
faut de la mesure. Le type sur la plate-forme de l'autobus, il en manquait quand
il s'est mis à engueuler son voisin sous prétexte que ce dernier
lui marchait sur les pieds chaque fois qu'il se tassait pour laisser monter
ou descendre des voyageurs. D'autant plus qu'après avoir protesté
comme cela, il est allé vite s'asseoir dès qu'il a vu une place
libre à l'intérieur comme s'il craignait les coups. Tiens j'ai
déjà raconté la moitié de mon histoire. Je me demande
comment j'ai fait. C'est tout de même agréable d'écrire.
Mais il reste le plus difficile. Le plus calé. La transition. D'autant
plus qu'il n'y a pas de transition. Je préfère m'arrêter.
Désinvolte. Clément/David/Manon
I.
Je monte dans le bus.
- C'est bien pour la porte Champerret ?
- Vous savez donc pas lire ?
- Excuses. Il moud mes tickets sur son ventre.
- Voilà.
- Merci. Je regarde autour de moi.
- Dites donc, vous. Il a une sorte de galon autour de son chapeau.
- Vous pourriez pas faire attention ? Il a un très long cou.
- Non mais dites donc. Le voilà qui se précipite sur une place
libre.
- Eh bien. Je me dis ça.
II.
Je monte dans le bus.
- C'est bien pour la place de la Contrescarpe ?
- Vous savez donc pas lire ?
- Excuses. Son orgue de Barbarie fonctionne et il me rend mes tickets avec un
petit air dessus.
- Voilà.
- Merci. On passe devant la gare Saint-Lazare.
- Tiens le type de tout à l'heure. Je penche mon oreille.
- Tu devrais faire mettre un autre bouton à ton pardessus. Il lui montre
où.
- Il est trop échancré ton pardessus. Ça c'est vrai.
- Eh bien. Je me dis ça.
Partial.
Après une attente démesurée l'autobus enfin tourna le coin
de la rue et vint freiner le long du trottoir. Quelques personnes descendirent,
quelques autres montèrent : j'étais de celles-ci. On me asse sur
la plate-forme, le receveur tira véhémentement sur une chasse
de bruit et le véhicule repartit. Tout en découpant dans un carnet
le nombre de tickets que l'homme à la petite boîte allait oblitérer
sur son ventre, je me mis à inspecter mes voisins. Rien que des voisins.
Pas de femmes. Un regard désintéressé alors. Je découvris
bientôt la crème de cette boue circonscrivante : un garçon
d'une vingtaine d'années qui portait une petite tête sur un long
cou et un grand chapeau sur sa petite tête et une petite tresse coquine
autour de son grand chapeau.
Quel pauvre type, me dis-je.
Ce n'était pas seulement un pauvre type, c'était un méchant.
Il se poussa du côté de l'indignation en accusant un bourgeois
quelconque de lui laminer les pieds à chaque passage de voyageurs, montants
ou descendants. L'autre le regarda d'un œil sévère, cherchant
une réplique farouche dans le répertoire tout préparé
qu'il devait trimbaler à travers les diverses circonstances de la vie,
mais ce jour-là il ne se retrouvait pas dans son classement. Quant au
jeune homme, craignant une paire de gifles, il profita de la soudaine liberté
d'une place assise pour se précipiter sur celle-ci et s'y asseoir.
Je descendis avant lui et ne pus continuer à observer son comportement.
Je le destinais à l'oubli lorsque, deux heures plus tard, moi dans l'autobus,
lui sur le trottoir, je le revis cour de Rome, toujours aussi lamentable.
Il marchait de long en large en compagnie d'un camarade qui devait être
son maître d'élégance et qui lui conseillait, avec une pédanterie
dandyesque, de faire diminuer l'échancrure de son pardessus en y faisant
adjoindre un bouton supplémentaire.
Quel pauvre type, me dis-je.
Puis nous deux mon autobus, nous continuâmes notre chemin.
Sonnet.
Glabre de la vaisselle et tressé du bonnet,
Un paltoquet chétif au cou mélancolique
Et long se préparait, quotidienne colique.
À prendre un autobus le plus souvent complet.
L'un vint, c'était un dix ou bien peut-être un S.
La plate-forme, hochet adjoint au véhicule,
Trimbalait une foule en son sein minuscule
Où des richards pervers allumaient des londrès
Le jeune girafeau, cité première strophe,
Grimpé sur cette planche entreprend un péquin
Lequel, proclame-t-il, voulait sa catastrophe,
Pour sortir du pétrin bigle une place assise
Et s'y met. Le temps passe. Au retour un faquin
À propos d'un bouton examinait sa mise.
Olfactif.
Dans cet S méridien il y avait en dehors de l'odeur habituelle, odeur
d'abbés, de décédés, d'œufs, de geais, de haches,
de ci-gîts, de cas, d'ailes, d'aime haine au pet de culs, d'airs détestés,
de nus vers, de doubles vés cés, de hies que scient aides grecs,
il y avait une certaine senteur de long cou juvénile, une certaine perspiration
de galon tressé, une certaine âcreté de rogne, une certaine
puanteur lâche et constipée tellement marquées que lorsque
deux heures plus tard je passai devant la gare Saint-Lazare je les reconnus
et les identifiai dans le parfum cosmétique, fashionable et tailoresque
qui émanait d'un bouton mal placé.
Gustatif.
Cet autobus avait un certain goût. Curieux mais incontestable. Tous les
autobus n'ont pas le même goût. Ça se dit, mais c'est vrai.
Suffit d'en faire l'expérience. Celui-là - un S - pour ne rien
cacher - avait une petite saveur de cacahouète grillée je ne vous
dis que ça. La plate-forme avait son fumet spécial, de la cacahouète
non seulement grillée mais encore piétinée. à un
mètre soixante au-dessus du tremplin, une gourmande, mais il ne s'en
trouvait pas, aurait pu lécher quelque chose d'un peu suret qui était
un cou d'homme dans sa trentaine. Et à vingt centimètres encore
au-dessus, il se présentait au palais exercé la rare dégustation
d'un galon tressé un peu cacaoté. Nous dégustâmes
ensuite le chouigne-gueume de la dispute, les châtaignes de l'irritation,
les raisins de la colère et les grappes d'amertume.
Deux heures plus tard nous eûmes droit au dessert : un bouton de pardessus…
une vraie noisette…
Tactile.
Les autobus sont doux au toucher surtout si on les prend entre les cuisses et
qu'on les caresse avec les deux mains, de la tête vers la queue, du moteur
vers la plate-forme. Mais quand on se trouve sur cette plate-forme alors on
perçoit quelque chose de plus âpre et de plus rêche qui est
la tôle ou la barre d'appui, tantôt quelque chose de plus rebondi
et de plus élastique qui est une fesse. Quelquefois il y en a deux, alors
on met la phrase au pluriel. On peut aussi saisir un objet tubulaire et palpitant
qui dégurgite des sons idiots, ou bien un ustensile aux spirales tressées
plus douces qu'un chapelet, plus soyeuses qu'un fil de fer barbelé, plus
veloutées qu'une corde et plus menues qu'un câble. Ou bien encore
on peut toucher du doigt la connerie humaine, légèrement visqueuse
et gluante, à cause de la chaleur.
Puis si l'on patiente une heure ou deux, alors devant une gare raboteuse, on
peut tremper sa main tiède dans l'exquise fraîcheur d'un bouton
de corozo qui n'est pas à sa place.
Visuel.
Dans l'ensemble c'est vert avec un toit blanc, allongé, avec des vitres.
C'est pas le premier venu qui pourrait faire ça, des vitres. La plate-forme
c'est sans couleur, c'est moitié gris moitié marron si l'on veut.
C'est surtout plein de courbes, des tas d'S pour ainsi dire. Mais à midi
comme ça, heure d'affluence, c'est un drôle d'enchevêtrement.
Pour bien faire faudrait étirer hors du magma un rectangle d'ocre pâle,
y planter au bout un ovale pâle ocre et là-dessus coller dans les
ocres foncés un galurin que cernerait une tresse de terre de Sienne brûlée
et entremêlée par-dessus le marché. Puis on t'y foutrait
une tache caca d'oie pour représenter la rage, un triangle rouge pour
exprimer la colère et une pissée de vert pour rendre la bile rentrée
et la trouille foireuse.
Après ça on te dessinerait un de ces jolis petits mignons de pardingues
bleu marine avec, en haut, juste en dessous de l'échancrure, un joli
mignon bouton dessiné au petit quart de poil.
Auditif.
Coinquant et pétaradant, l'S vint crisser le long du trottoir silencieux.
Le trombone du soleil bémolisait midi. Les piétons, braillantes
cornemuses, clamaient leurs numéros. Quelques-uns montèrent d'un
demi-ton, ce qui suffit pour les emporter vers la porte Champerret aux chantantes
arcades. Parmi les élus haletants, figurait un tuyau de clarinette à
qui les malheurs des temps avaient donné forme humaine et la perversité
d'un chapelier pour porter sur la timbale un instrument qui ressemblait à
une guitare qui aurait tressé ses cordes pour s'en faire une ceinture.
Soudain au milieu d'accords en mineur de voyageurs entreprenants et de voyajrices
consentantes et des trémolos bêlants du receveur rapace éclate
une cacophonie burlesque où la rage de la contrebasse se mêle à
l'irritation de la trompette et à la frousse du basson.
Puis, après soupir, silence, pause et double-pause, éclate la
mélodie triomphante d'un bouton en train de passer à l'octave
supérieure.
Réactionnaire. Alex
Naturellement l'autobus était à peu près complet, et le
receveur désagréable. L'origine de tout cela, il faut la rechercher
dans la journée de huit heures et les projets de nationalisation. Et
puis les français manquent d'organisation et de sens civique ; sinon,
il ne serait pas nécessaire de leur distribuer des numéros d'ordre
pour prendre l'autobus - ordre est bien le mot. Ce jour-là, nous étions
bien dix à attendre sous un soleil écrasant et lorsque l'autobus
arriva, il y avait seulement deux places, et j'étais le sixième.
Heureusement que j'ai dit :"justice", en montrant une vague carte
avec ma photo et une bande tricolore en travers - cela impressionne toujours
les receveurs - et je suis monté. Naturellement je n'ai rien à
voir avec l'ignoble justice républicaine et je n'allais tout de même
pas rater un déjeuner d'affaires très important pour une vulgaire
histoire de numéros. Sur la plate-forme nous étions serrés
comme harengs en caque. Je souffre toujours de cette promiscuité dégoûtante.
La seule chose qui puisse compenser ce désagrément, c'est quelquefois
le charmant contact du trémoussant arrière-train d'une mignonne
midinette. Ah jeunesse, jeunesse ! mais ne nous excitons pas. Cette fois-là
je n'avais dans mon voisinage que des hommes, dont une sorte de zazou au cou
démesuré et qui portait autour de son feutre mou une espèce
de tresse au lieu de ruban. Comme si on ne devrait pas envoyer tous ces gars-là
dans des camps de travail. Pour relever les ruines par exemple. Celles des anglo-saxons
surtout. De mon temps on était camelot du roy, et pas swing. Toujours
est-il que ce garnement se permet tout à coup d'engueuler un ancien combattant,
un vrai, de la guerre de 14-18. Et ce dernier qui ne riposte pas ! on comprend
quand on voit cela que le traité de Versailles ait été
une loufoquerie. Quant au galopin, il se précipita sur une place libre
au lieu de la laisser à une mère de famille. Quelle époque
! eh bien, ce morveux prétentieux, je l'ai revu, deux heures plus tard,
devant la cour de Rome. Il était en compagnie d'un autre zazou du même
acabit, lequel lui donnait des conseils sur sa mise. Ils se baladaient de long
en large, tous les deux, - au lieu d'aller casser les vitrines d'une permanence
communiste et de brûler quelques bouquins. Pauvre France !
Hai kai.
l'S est-ce long cou marche pieds cris et retraite gare et bouton rencontre
Vers libres.
L'autobus
plein
le coeur
vide
le cou
long
le ruban
tressé
les pieds
plats
plats et aplatis
la place
vide
et l'inattendue rencontre près de la gare aux mille feux éteints
de ce coeur, de ce cou, de ce ruban, de ces pieds,
de cette place vide,
et de ce bouton.
Féminin.
Quelle bande d'empotés ! aujourd'hui vers midi (ce qu'il faisait chaud,
heureusement que je m'étais mis de l'odorono sous les bras, sans ça
ma petite robe d'été en cretonne de ma petite couturière
qui me fait des prix, elle était fichue) du côté du parc
Monceau (c'est mieux que le Luxembourg où j'envoie mon fils, quelle idée
d'avoir la pelade à son âge), l'autobus passe, il était
plein, mais j'ai vampé le receveur et je suis montée. Naturellement
le tas d'abrutis qui avait des numéros a protesté, mais pfuitt
! l'autobus était loin. Et moi dedans. C'était surcomplet. Ce
que j'étais serrée, et pas un homme assis à l'intérieur
qui m'aurait cédé sa place. Quels goujats ! à côté
de moi, il y avait un homme assez élégant (c'est très chic
une tresse autour d'un feutre mou au lieu de ruban, \ Adam \ a dû parler
de cette nouvelle mode), malheureusement il avait le cou trop long pour mon
goût. J'ai des amies qui prétendent que lorsqu'un homme a une partie
du corps plus grande que la normale (par exemple un nez trop grand) ça
indique aussi des capacités marquées dans un autre domaine. Mais
je n'en crois rien. En tout cas, ce monsieur très bien se trémoussait
tout le temps et je me demandais ce qu'il attendait pour m'adresser la parole
ou me mettre la main quelque part. C'est un timide, me disais-je. Je n'avais
pas tout à fait tort. Car le voilà qui se met à interpeller
un autre bonhomme qui avait une sale tête d'ailleurs et qui faisait exprès
de lui marcher sur les pieds. Si j'avais été ce jeune homme, je
lui aurais cassé la figure, mais au lieu de cela il est allé vite
s'asseoir dès qu'il a vu une place libre et il n'a d'ailleurs pas songé
un seul instant à me l'offrir. Ce qu'il ne faut pas voir, tout de même,
au pays de la galanterie. Un peu plus tard, comme je passais devant la gare
Saint-Lazare (cette fois j'étais assise), je l'ai aperçu qui discutait
avec un ami (un assez joli garçon, ma foi) à propos de l'échancrure
de son pardessus (une drôle d'idée de mettre un manteau par une
chaleur pareille, mais ça fait toujours habillé). Je l'ai regardé,
mais l'imbécile il ne m'a même pas reconnue.
Parties du discours.
Articles :le, la, les, un, une, des, du, au.
Substantifs : jour, midi, plate-forme, autobus, ligne S, côté,
parc, Monceau, homme, cou, chapeau, galon, lieu, coup, ruban, voisin, pieds,
fois, voyageur, discussion, place, heures, gare, saint, Lazare, conversation,
camarade, échancrure, pardessus, tailleur, bouton.
Adjectifs : arrière, compétent, complet, entouré, grand,
libre, long, tressé.
Verbes : apercevoir, porter, interpeller, prétendre, faire, marcher,
monter, descendre, abandonner, jeter, revoir, dire, diminuer, faire, remonter.
Pronoms : je, il, se, le, lui, son, qui, celui-ci, que, chaque, tout, quelque.
Adverbes : peu, près, fort, exprès, ailleurs, rapidement, plus,
tard.
Prépositions : vers, sur, de, en, sur, devant, en, avec, par, à.
Conjonctions : que, ou.
Par devant par derrière.
Un jour par devant vers midi par derrière sur la plate-forme par devant
arrière par derrière d'un autobus par devant à peu près
complet par derrière, j'aperçus par devant un homme par derrière
qui avait par devant un long cou par derrière et un chapeau par devant
entouré d'un galon tressé par derrière au lieu de ruban
par devant. Tout à coup il se mit par derrière à engueuler
par devant un voisin par derrière qui, disait-il par devant, lui marchait
par derrière sur les pieds par devant, chaque fois qu'il montait par
derrière des voyageurs par devant. Puis il alla par derrière s'asseoir
par devant, car une place par derrière était devenue libre par
devant.
Un peu plus tard par derrière je le revis par devant devant la gare Saint-Lazare
par derrière avec un ami par devant qui lui donnait par derrière
des conseils d'élégance.
Noms propres.
Sur la Joséphine arrière d'un Léon complet, j'aperçus
un jour Théodule avec Charles le trop long et Gibus entouré par
Trissotin et pas par Rubens. Tout à coup Théodule interpella Théodose
qui piétinait Laurel et Hardy chaque fois que montaient ou descendaient
des poldèves. Théodule abandonna d'ailleurs rapidement Eris pour
Laplace.
Deux Huyghens plus tard, je revis Théodule devant Saint-Lazare en grand
Cicéron avec Brummel qui lui disait de retourner chez O'Rossen pour faire
remonter Jules de trois centimètres.
Antonymique.
Minuit. Il pleut. Les autobus passent presque vides. Sur le capot d'un ai du
côté de la bastille, un vieillard qui a la tête rentrée
dans les épaules et ne porte pas de chapeau remercie une dame placée
très loin de lui parce qu'elle lui caresse les mains. Puis il va se mettre
debout sur les genoux d'un monsieur qui occupe toujours sa place.
Deux heures plus tôt, derrière la gare de Lyon, ce vieillard se
bouchait les oreilles pour ne pas entendre un clochard qui se refusait à
dire qu'il lui fallait descendre d'un cran le bouton inférieur de son
caleçon.
Botanique.
Après avoir fait le poireau sous un tournesol merveilleusement épanoui
je me greffai sur une citrouille en route vers le champ Perret. Là je
déterre une courge dont la tige était montée en graine
et le citron surmonté d'une capsule entourée d'une liane. Ce cornichon
se met à enguirlander un navet qui piétinait ses plates-bandes
et lui écrasait ses oignons. Mais, des dattes ! fuyant une récolte
de châtaignes et de marrons, il alla se planter en un terrain vierge.
Plus tard je le revis devant la serre des banlieusards. Il envisageait une bouture
de pois chiche en haut de sa corolle.
Médical.
Après une petite séance d'héliothérapie, je craignis
d'être mis en quarantaine, mais montai finalement dans une ambulance pleine
de grabataires. Là, je diagnostique un gastralgique atteint de gigantisme
opiniâtre avec élongation trachéale et rhumatisme déformant
du ruban de son chapeau. Ce crétin pique soudain une crise hystérique
parce qu'un cacochyme lui pilonne son tylosis gompheux, puis ayant déchargé
sa bile il s'isole pour soigner ses convulsions.
Plus tard je le revois, hagard devant un lazaret, en train de consulter un charlatan
au sujet d'un furoncle qui déparait ses pectoraux.
Injurieux. Paola
Après une attente infecte sous un soleil ignoble, je finis par monter
dans un autobus immonde où se serrait une bande de cons. Le plus con
d'entre ces cons était un boutonneux au sifflet démesuré
qui exhibait un galurin grotesque avec un cordonnet au lieu de ruban. Ce prétentiard
se mit à râler parce qu'un vieux con lui piétinait les panards
avec une fureur sénile ; mais il ne tarda pas à se dégonfler
et se débina dans la direction d'une place vide encore humide de la sueur
des fesses du précédent occupant.
Deux heures plus tard, pas de chance, je retombe sur le même con en train
de pérorer avec un autre con devant ce monument dégueulasse qu'on
appelle la gare Saint-Lazare. Ils bavardochaient à propos d'un bouton.
Je me dis : qu'il le fasse monter ou descendre son furoncle, il sera toujours
aussi moche, ce sale con.
Gastronomique. Sylvain
Après une attente gratinée sous un soleil au beurre noir, je finis
par monter dans un autobus pistache où grouillaient les clients comme
asticots dans un fromage trop fait. Parmi ce tas de nouilles, je remarquai une
grande allumette avec un coup long comme un jour sans pain et une galette sur
sa tête qu'entourait une sorte de fil à couper le beurre. Ce veau
se mit à bouillir parce qu'une sorte de croquant (qui en fut baba) lui
assaisonnait les pieds poulette. Mais il cessa rapidement de discuter le bout
de gras pour se couler dans un moule devenu libre.
J'étais en train de digérer dans l'autobus de retour lorsque je
le vis devant le buffet de la gare Saint-Lazare avec un type tarte qui lui donnait
des conseils à la flan, à propos de la façon dont il était
dressé. L'autre en était chocolat.
Zoologique.
Dans la volière qui, à l'heure où les lions vont boire,
nous emmenait vers la place Champerret j'aperçus un zèbre au cou
d'autruche qui portait un castor entouré d'un mille-pattes. Soudain,
le girafeau se mit à enrager sous prétexte qu'une bestiole voisine
lui écrasait les sabots. Mais pour éviter de se faire secouer
les puces il cavala vers un terrier abandonné. Je le revis plus tard
devant le jardin d'acclimatation Plus tard, devant le Jardin d'Acclimation,
je revis le poulet en train de pépier avec un zoziau à propos
de son plumage.
Impuissant.
Comment dire l'impression que produit le contact de dix corps pressés
sur la plate-forme arrière d'un autobus S un jour vers midi du côté
de la rue de Lisbonne ? Comment exprimer l'impression que vous fait la vue d'un
personnage au cou difformément long et au chapeau dont le ruban est remplacé,
on ne sait pourquoi, par un bout de ficelle ? Comment rendre l'impression que
donne une querelle entre un voyageur placide injustement accusé de marcher
volontairement sur les pieds de quelqu'un et ce grotesque quelqu'un en l'ccurence
le personnage ci-dessus décrit ? comment traduire l'impression que provoque
la fuite de ce dernier, déguisant sa lâcheté du veule prétexte
de profiter d'une place assise ?
Enfin comment formuler l'impression que cause la réapparition de ce sire
devant la gare Saint-Lazare deux heures plus tard en compagnie d'un ami élégant
qui lui suggérait des améliorations vestimentaires ?
Modern style.
Dans un omnibus un jour vers midi il m'arriva d'assister à la
petite tragi-comédie suivante. Un godelureau affligé d'un long
cou et chose étrange d'un petit cordage autour du melon (mode qui fait
florès mais que je réprouve), prétextant soudain de la
presse qui était grande, interpella son voisin avec une arrogance qui
dissimulait mal un caractère probablement veule et l'accusa de piétiner
avec une méthode systématique ses escarpins vernis chaque fois
qu'il montait ou descendait des dames ou des messieurs se rendant à la
porte de Champerret. Mais le gommeux n'attendit point une réponse qui
l'eût sans doute amené sur le terrain et grimpa vivement sur l'impériale
où l'attendait une place libre, car un des occupants de notre véhicule
venait de poser son pied sur la molle asphalte du trottoir de la place Pereire.
Deux heures plus tard comme je me trouvais alors moi-même sur cette impériale
j'aperçus le blanc-bec dont je viens de vous entretenir qui semblait
goûter fort la conversation d'un jeune gandin qui lui donnait des conseils
copurchic sur la façon de porter le pet-en-l'air dans la haute.
Probabiliste.
Les contacts entre habitants d'une grande ville sont tellement nombreux qu'on
ne saurait s'étonner s'il se produit quelquefois entre eux des frictions
d'un caractère général sans gravité. Il m'est arrivé
récemment d'assister à l'une de ces rencontres dépourvues
d'aménité qui ont lieu en général dans les véhicules
destinés aux transports en commun de la région parisienne aux
heures d'affluence. Il n'y a d'ailleurs rien d'étonnant à ce que
j'en aie été le spectateur car je me déplace fréquemment
de la sorte. Ce jour-là, l'incident fut d'ordre infime, mais mon attention
fut surtout attirée par l'aspect physique et la coiffure de l'un des
protagonistes de ce drame minuscule. C'était un homme encore jeune, mais
dont le cou était d'une longueur probablement supérieure à
la moyenne et dont le ruban du chapeau était remplacé par du galon
tressé. Chose curieuse, je le revis deux heures plus tard en train d'écouter
les conseils d'ordre vestimentaire que lui donnait un camarade en compagnie
duquel il se promenait de long en large, avec négligence dirai-je.
Il n'y avait que peu de chances cette fois-ci pour qu'une troisième rencontre
se produisît, et le fait est que depuis ce jour jamais je ne revis ce
jeune homme, conformément aux raisonnables lois de la vraisemblance.
Portrait.
Le stil est un bipède au cou très long qui hante les
autobus de la ligne S vers midi. Il affectionne particulièrement la plate-forme
arrière où il se tient, morveux, le chef couvert d'une crête
entourée d'une excroissance de l'épaisseur d'un doigt assez semblable
à de la corde. D'humeur chagrine, il s'attaque volontiers à plus
faible que lui, mais s'il se heurte à une riposte un peu vive il s'enfuit
à l'intérieur du véhicule où il essaie de se faire
oublier.
On le voit aussi, mais beaucoup plus rarement, aux alentours de la gare Saint-
Lazare au moment de la mue. Il garde sa peau ancienne pour se protéger
contre le froid de l'hiver, mais souvent déchirée pour permettre
le passage du corps ; cette sorte de pardessus doit se fermer assez haut grâce
à des moyens artificiels. Le stil, incapable de les découvrir
lui-même, va chercher alors l'aide d'un autre bipède d'une espèce
voisine, qui lui fait faire des exercices.
La stilographie est un chapitre de la zoologie théorique et déductive
que l'on peut cultiver en toute saison. div1 n=N70>
Interjections. Sylvain
Psst ! heu ! ah ! oh ! hum ! ah ! ouf ! eh ! tiens ! oh ! peuh ! pouah ! ouïe
! ou ! aïe ! eh ! hein ! heu ! pfuitt !
Tiens ! eh ! peuh ! oh ! heu ! bon !
Précieux.
C'était aux alentours d'un juillet de midi. Le soleil dans toute sa fleur
régnait sur l'horizon aux multiples tétines. L'asphalte palpitait
doucement, exhalant cette tendre odeur goudronneuse qui donne aux cancéreux
des idées à la fois puériles et corrosives sur l'origine
de leur mal. Un autobus à la livrée verte et blanche, blasonné
d'un énigmatique S, vint recueillir du côté du parc Monceau
un petit lot favorisé de candidats voyageurs aux moites confins de la
dissolution sudoripare. Sur la plate-forme arrière de ce chef-d'œuvre
de l'industrie automobile française contemporaine, où se serraient
les transbordés comme harengs en caque, un garnement approchant à
petits pas de la trentaine et portant entre un cou d'une longueur quasi serpentine
et un chapeau cerné d'un cordaginet une tête aussi fade que plombagineuse
éleva la voix pour se plaindre avec une amertume non feinte et qui semblait
émaner d'un verre de gentiane, ou de tout autre liquide aux propriétés
voisines, d'un phénomène de heurt répété
qui selon lui avait pour origine un co-usager présent hic et nunc de
la STCRP. Il prit pour élever sa plainte le ton aigre d'un vieux vidame
qui se fait pincer l'arrière-train dans une vespasienne et qui par extraordinaire
n'approuve point cette politesse et ne mange pas de ce pain-là. Mais
découvrant une place vide il s'y jeta.
Plus tard, comme le soleil avait déjà descendu de plusieurs degrés
l'escalier monumental de sa parade céleste et comme de nouveau je me
faisais véhiculer par un autre autobus de la même ligne, j'aperçus
le personnage plus haut décrit qui se mouvait dans la cour de Rome de
façon péripatétique en compagnie d'un individu ejusdem
farinae qui lui donnait, sur cette place vouée à la circulation
automobile, des conseils d'une élégance qui n'allait pas plus
loin que le bouton.
Inattendu.
Les copains étaient assis autour d'une table de café lorsque Albert
les rejoignit. Il y avait là René, Robert, Adolphe, Georges, Théodore.
- Alors ça va ? demande cordialement Robert.
- ça va, dit Albert. Il appela le garçon.
- Pour moi, ce sera un picon, dit-il. Adolphe se tourna vers lui:
- Alors, Albert, quoi de neuf ?
- Pas grand-chose.
- Il fait beau, dit Robert.
- Un peu froid, dit Adolphe.
- Tiens, j'ai vu quelque chose de drôle aujourd'hui, dit Albert.
- Il fait chaud tout de même, dit Robert.
- Quoi ? demanda René.
- Dans l'autobus, en allant déjeuner, répondit Albert.
- Quel autobus ?
- L's.
- Qu'est-ce que tu as vu ? demanda Robert.
- J'en ai attendu trois au moins avant de pouvoir monter.
- À cette heure-là ça n'a rien d'étonnant, dit Adolphe.
- Alors qu'est-ce que tu as vu ? demanda René.
- On était serrés, dit Albert.
- Belle occasion pour le pince-fesse.
- Peuh, dit Albert. Il ne s'agit pas de ça.
- Raconte alors.
- À côté de moi il y avait un drôle de type.
- Comment ? demanda René.
- Grand, maigre, avec un drôle de cou.
- Comment ? demanda René.
- Comme si on lui avait tiré dessus.
- Une élongation, dit Georges.
- Et son chapeau, j'y pense : un drôle de chapeau.
- Comment ? demanda René.
- Pas de ruban, mais un galon tressé autour.
- Curieux, dit Robert.
- D'autre part, continua l'Albert, c'était un râleur ce type.
- Pourquoi ça ? demanda René.
- Il s'est mis à engueuler son voisin.
- Pourquoi ça ? demanda René.
- Il prétendait qu'il lui marchait sur les pieds.
- Exprès ? demanda Robert.
- Exprès, dit Albert.
- Et après ?
- Après ? il est allé s'asseoir, tout simplement.
- C'est tout ? demanda René.
- Non. Le plus curieux c'est que je l'ai revu deux heures plus tard.
- Où ça ? demanda René.
- Devant la gare Saint-Lazare.
- Qu'est-ce qu'il fichait là ?
- Je ne sais pas, dit Albert. Il se promenait de long en large avec un copain
qui lui faisait remarquer que le bouton de son pardessus était placé
un peu trop bas.
- C'est en effet le conseil que je lui donnais, dit Théodore.