C’est en adaptant et en mettant en scène, pour le théâtre, “Les Trois Mousquetaires”, que nous avons entrepris ce travail : connaître au plus près les tenants et les aboutissants de tous les rouages de ce roman. Nous voulions connaître les personnages, les lieux et les événements. Ainsi, il a fallu relever tous les indices - fussent-ils contradictoires. Le roman est épais. Et puis il y a les suites. Et les adaptations théâtrales de Dumas et Macquet eux-mêmes. Sans parler de tous les avatars. Nous risquions de nous y noyer et perdre l’objectif premier. Le Porthos de “Vingt ans après” est certes passionnant mais nous risquions l’anachronisme romanesque : c’est le Porthos du roman originel qui nous intéresse. Aussi, nous nous sommes tenus exclusivement à ce roman. Sans rien regarder au-dehors. Et puis, nous sommes aller voir dans l’histoire véritable. Passionnante confrontation !

 

LES CADRES CHRONOLOGIQUES

Partons d’un principe qu’il ne faut jamais oublier : Alexandre Dumas n’est pas un historien mais un romancier. Le problème - et il est magnifique -, c’est que sa fiction dépasse la réalité. Pour tout à chacun, d’Artagnan a rencontré Richelieu et combattu au siège de La Rochelle, la reine de France a offert des ferrets à Buckingham, enfin que Milady fût marquée d’une fleur de lys. En fait, ce ne sont légendes, anachronismes ou rumeurs. D’Artagnan a surtout servi Mazarin, l’affaire des ferrets n’arrivent que beaucoup plus tard, sous la plume d’un adversaire à Anne, La Rochefoucauld. Et comment Milady pourrait-elle être marquée d’une fleur de lys à Lille alors que cette ville ne devint française que plusieurs décennies après la mort de Milady ?
Qu’importe que l’histoire soit trompée si l’enfant est beau. Notre objet est de peindre deux portraits : celui de la légende et celui de la réalité. Notre souhait est qu’ils soient aussi beaux l’un que l’autre.

Les Chronologies
Dans une lecture rapide, nous serions tentés de penser que les événements s’enchaînent rapidement. En fait, “Les Trois Mousquetaires” courent sur plusieurs années : d’avril 1625 à août 1628. Dans un premier temps, ne relevons que les dates mentionnées par Dumas.

Au chapitre 1, nous sommes en 1625

Le premier lundi du mois d'avril 1625, le bourg de Meung, où naquit l'auteur du Roman de la Rose , semblait être dans une révolution aussi entière que si les huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle.

Au chapitre 30, nous sommes en 1628 (Louis XIV étant né le 5 septembre 1638)

Tout en songeant ainsi et en donnant de temps en temps un coup d'éperon à son cheval, d'Artagnan avait fait la route et était arrivé à Saint-Germain. Il venait de longer le pavillon où, dix ans plus tard, devait naître Louis XIV. 

Admettons que Dumas donne dans l’approximation et nous pourrions lire “une dizaine d’années plus tard”.

Au chapitre 41, nous sommes en septembre 1627

(d’Artagnan) n'en arriva pas moins sans accident au camp établi devant La Rochelle, vers le 10 du mois de septembre de l'année 1627.

Quelques lignes plus loin, le chapitre 41 évoque l’année 1628

En effet, le sac de La Rochelle, l'assassinat de trois ou quatre mille huguenots qui se fussent fait tuer ressemblaient trop, en 1628, au massacre de la Saint- Barthélémy, en 1572.

Mais cette date ne s’inscrit pas directement dans l’action.
Par contre, au chapitre 45, nous sommes revenus en décembre 1627

" C'est par mon ordre et pour le bien de l'Etat que le porteur du présent a fait ce qu'il a fait. 3 décembre 1627. RICHELIEU "

Nouveau hiatus : quand Richelieu reprend sa lettre dans le dernier chapitre, celui a fortement évolué :

" C'est par mon ordre et pour le bien de l'Etat que le porteur du présent a fait ce qu'il a fait. "
"Au camp devant La Rochelle, ce 5 août 1628. "
" RICHELIEU "

Le chapitre 59 s’intitule : CE QUI SE PASSAIT A PORTSMOUTH LE 23 AOUT 1628. Curieusement, c’est la dernière date relevée, alors qu’il reste en 20 chapitres avant la fin du roman.

Enfin, au chapitre 60, Aramis reçoit une lettre datée du 10 août 1628

" La supérieure du couvent de Béthune remettra aux mains de la personne qui lui remettra ce billet la novice qui était entrée dans son couvent sous ma recommandation et sous mon patronage. Au Louvre, le 10 août 1628. ANNE. "

Mais la lettre peut avoir mis plusieurs jours avant d’atteindre son destinataire.
Il y a donc quelques zigzags dans la chronologie de Dumas. Mais qu’importe après tout puisque d’Artagnan n’y a jamais participé. Qu’importe puisqu’ils ne gênent en rien la narration.

Maintenant, voyons succinctement les dates des principaux événements que nous impose l’histoire :

1610-1615 : Naissance de d’Artagnan
1615-1620 : Naissance d’Athos
1617 : Naissance de Porthos
1620 : Naissance d’Aramis
1626 : Édit sur les duels
1627-1628 : Siège de La Rochelle (Tréville y participe comme Mousquetaire)
23 août 1628 : Assassinat de Buckingham
1632 : Tréville nommé capitaine-lieutenant des mousquetaires1
1633 : le nom de Charles d’Artagnan est mentionné dans une revue de Mousquetaires à Écouen
1635 : le ballet de la Merlaison se déroule à Chantilly, le 15 mars.
1640 : Tréville accorde une place de cadet aux Gardes à d’Artagnan.2
1642 : Porthos est mentionné dans les Gardes françaises


Partie 1 : Les Personnages

D’Artagnan

Son nom étant cité 1865 fois dans le roman, c’en est - comme on s’en doute - le personnage principal.

Un jeune homme... - traçons son portrait d'un seul trait de plume : figurez-vous don Quichotte à dix-huit ans (Ch 1)
Monsieur, lui dit le cardinal, êtes-vous un d'Artagnan du Béarn ?
- Oui, Monseigneur, répondit le jeune homme.
- Il y a plusieurs branches de d'Artagnan à Tarbes et dans les environs, dit le cardinal, à laquelle appartenez-vous ?
- Je suis le fils de celui qui a fait les guerres de religion avec le grand roi Henri, père de Sa Gracieuse Majesté. » (Ch. 40.)

Le véritable nom de d’Artagnan est Charles, Ogier de Batz de Castelmore. C’est un authentique Gascon issu d'une famille d'origine roturière qui prétendait à la gentilhommerie.
Vers le milieu du XVIe s., Arnaud de Batz, arrière-grand-père de d’Artagnan, marchand enrichi, acheta le château de Castelmore dans le comté de Fezensac, juridiction de Lupiac, paroisse de Meymès, qui appartenait à la famille de Pouy.
Notre d’Artagnan est le fils de Bertrand de Batz-Castelmore et de Françoise de Montesquiou, fille du seigneur d’Artagnan. 1

D’ARTAGNAN HISTORIQUE


L’Ascendance
Notre d’Artagnan est le fils de Bertrand de Batz-Castelmore et de Françoise de Montesquiou, fille du seigneur d’Artagnan. De son vrai nom, Charles, Ogier de Batz de Castelmore, notre héros etait un authentique Gascon issu d'une modeste famille d'origine roturière qui depuis plus d'un demi-siècle prétendait à la gentilhommerie. […] Vers le milieu du XVIe siècle, un certain Arnaud de Batz, marchand enrichi, acheta le château de Castelmore dans le comté de Fezensac, juridiction de Lupiac, paroisse de Meymès, qui appartenait à la famille de Pouy. [Il est le grand-père de] Bertrand - le père de notre mousquetaire. 

Monsieur, lui dit le cardinal, êtes-vous un d'Artagnan du Béarn ?
- Oui, Monseigneur, répondit le jeune homme.
- Il y a plusieurs branches de d'Artagnan à Tarbes et dans les environs, dit le cardinal, à laquelle appartenez-vous ?
- Je suis le fils de celui qui a fait les guerres de religion avec le grand roi Henri, père de Sa Gracieuse Majesté. » (Ch. 40.)


Le Château
C’était une simple ferme sans caractère sise au bord de l'Adour, près de Vic-de-Bigorre et de Rabastens. Peut-être est-ce en raison de la proximité de cette terre de Tarbes que Dumas a cru devoir fixer dans cette ville la naissance de son héros ?
C'est dans la vieille bâtisse de Castelmore que naquit Charles, Ogier. Castelmore n'avait rien non plus d'un château. C'était - c'est encore - un solide manoir à un seul étage, sans grand style, planté aux confins de l'Armagnac et du Fezensac sur une colline ombreuse dominant les petites vallées de la Douze et de la Gelise. Le bâtiment, d'un seul tenant, de forme rectangulaire, est flanqué à l'ouest de deux grosses tours carrées. »
À noter que Courtilz confond Béarn et Gascogne. 3
La date de naissance
Comme pour ses frères et sœurs, on ne connaît pas exactement la date de sa naissance, les archives de l'église Saint-Germier de Meymès, paroisse dont dépendait le château, ayant disparu pour cette époque.
Sa naissance se situe vers 1613 (ou 1615), avec une marge d'erreur de trois ou quatre années au plus.
D'ores et déjà, il nous faut renoncer aux aventures pittoresques que lui a prêtées la verve de Dumas dans la première partie du règne de Louis XIII : les amours d'Anne d'Autriche avec le séduisant George Villiers, duc de Buckingham, la lutte contre le terrible cardinal de Richelieu, le siège de La Rochelle... Quand se déroulaient ces événements, Charles de Batz était encore un gamin qui bataillait avec ses petits voisins, pataugeait dans les mares de Lupiac ou débusquait les nids d'oiseaux dans la forêt. 4
Les frères et les sœurs : Cf. COURTILZ, p. 23 A. Il a 3 frères - Paul, Jean et Arnaud - et 3 sœurs - Claude, Henrye et Jeanne.
Le nom de d’Artagnan - Ce fut sans doute à son entrée aux mousquetaires que le jeune Charles de Batz adopta le nom de sa mère qui allait lui valoir sa renommée posthume. Pour être tout à fait exact, ce n'est pas d'Artagnan qu'il faudrait dire, mais Artagnan ou Artaignan, à moins de faire précéder son patronyme d'un titre quelconque : le chevalier ou Monsieur d'Artagnan. 5
Le portrait - C'est sans doute de cette époque [1667] que date le seul portrait connu de d'Artagnan figure au frontispice des Mémoires. Il date de 1667. Il a le front haut, les pommettes saillantes, le regard malicieux, le nez aquilin, la bouche petite mais bien dessinée, surmontée d'une moustache en virgule lui composant un visage rieur, ouvert, sympathique dès le premier abord. Il a conservé ses cheveux naturels, longs et ondulés tombant sur une cuirasse d'apparat finement ciselée. Indéniablement, l'ensemble lui confère une fière prestance et laisse deviner une silhouette frêle, nerveuse, énergique. 


“Traçons son portrait d'un seul trait de plume : figurez-vous don Quichotte à dix-huit ans, don Quichotte décorcelé, sans haubert et sans cuissards, don Quichotte revêtu d'un pourpoint de laine dont la couleur bleue s'était transformée en une nuance insaisissable de lie-de-vin et d'azur céleste. Visage long et brun ; la pommette des joues saillante, signe d'astuce ; les muscles maxillaires énormément développés, indice infaillible auquel on reconnaît le Gascon, même sans béret, et notre jeune homme portait un béret orné d'une espèce de plume, l'oeil ouvert et intelligent ; le nez crochu, mais finement dessiné ; trop grand pour un adolescent, trop petit pour un homme fait, et qu'un oeil peu exercé eût pris pour un fils de fermier en voyage, sans sa longue épée qui, pendue à un baudrier de peau, battait les mollets de son propriétaire quand il était à pied, et le poil hérissé de sa monture quand il était à cheval. (Dumas, ch. 1)


L’âge de d’Artagnan - ch. 1 : “dix-huit ans” . Selon Bonacieux : « M. d'Artagnan est un jeune homme de dix-neuf à vingt ans à peine. » (Ch. 13.). Ch. 31 : « Ce n'est pas pour rien que l'on a vingt ans, et surtout que l'on est né à Tarbes. »
Le départ pour Paris de d'Artagnan se situe vers 1640. Son Père. À cette date, est mort depuis plusieurs années (24 juin 1636), ce que Courtilz et Dumas semblent ignorer. 
.

haut de page

 

FELTON

L'officier (…) pouvait être âgé de vingt-cinq à vingt-six ans, était blanc de visage avec des yeux bleu clair un peu enfoncés ; sa bouche, fine et bien dessinée, demeurait immobile dans ses lignes correctes ; son menton, vigoureusement accusé, dénotait cette force de volonté qui, dans le type vulgaire britannique, n'est ordinairement que de l'entêtement ; un front un peu fuyant, comme il convient aux poètes, aux enthousiastes et aux soldats, était à peine ombragé d'une chevelure courte et clairsemée, qui, comme la barbe qui couvrait le bas de son visage, était d'une belle couleur châtain foncé. […À] mon uniforme ; je suis officier de la marine anglaise. (Ch. 49)
À cette coiffure sévère, à ce costume d'une simplicité exagérée, à ce front poli comme le marbre, mais dur et impénétrable comme lui, elle reconnut un de ces sombres puritains. (C h. 53)

Selon Milady
C'est un jeune homme naïf, pur et qui semble vertueux ; celui-là, il y a moyen de le perdre. " Chapitre 52.


Dans Les Trois Mousquetaires, Milady séduit Felton, et c'est elle qui le persuade de tuer le duc de Buckingham. Le véritable John Felton est né en 1595. C’était un puritain1 irlandais, lieutenant dans l'armée anglaise. Il a réellement poignardé Buckingham, dans le Portsmouth sur le 1628 du 23 août .

Les motifs de l’assassinat de Buckingham

Felton avait été enrôlé dans l'expédition de 1628 pour forcer le siège de La Rochelle. Son capitaine ayant été tué à Saint-Martin, sur l’île de Ré, Felton estimait qu’il devait être promu à sa place. Or, c’est un proche de Buckingham qui eu cette succession.
Sa rancune s’accrut quand, de retour à Londres à cause d’une blessure à la main gauche, il écoutait les conversations dans les rues. Il apprenait ainsi que Buckingham était une âme damnée, la source de tous les maux du royaume, le mauvais conseiller du roi. Buckingham était devenu énormément impopulaire à cause de sa défaite face aux Français. On l’accusait aussi de corruption alors que beaucoup d’officiers comme Felton vivaient dans la plus grande détresse financière, leur solde étant payée irrégulièrement.
Felton pouvait lire les brochures où était imprimée la remontrance du Parlement, le pamphlet du Dr Eglisham relatant les circonstances criminelles de la mort du roi Jacques, un petit livre intitulé Golden Epistles inspiré par le puritanisme le plus virulent. Il écoutait certainement les prédicateurs appelant les âmes à la repentance et au sacrifice pour sauver le royaume.

L’assassinat, le 23 août 1628
Par deux fois déjà, Felton avait essayé de rencontrer Buckingham, sans succès. Le 17 août, à Tower Hill, il acheta un couteau de dix pences qu'il glissa dans une poche cousue à l'intérieur de son pourpoint afin de pouvoir dégainer aisément de la main droite sans utiliser sa main gauche blessé. En passant devant une église de Fleet Street, il entra et demanda des prières "pour un homme à l'âme tourmentée". Puis il prit la route vers l'ouest.
Il arriva à Portsmouth le 22. C’est là que se trouvait Buckingham qui préparait une nouvelle expédition navale contre la France.
Le 23 août, Buckingham prit son petit déjeuner, en compagnie de plusieurs officiers de son état-major. Il avait rendez-vous avec l'ambassadeur de Venise à Southwick pour discuter de la possibilité d'une entente avec la France. Soubise était présent, avec les députés de La Rochelle.
Puis Buckingham se dirigea vers son carrosse, qui l'attendait dans la rue. Le hall de la maison était plein d’une foule d’officiers et de domestiques. Un peu avant d'atteindre la porte, le duc se sentit bousculé, porta la main à sa poitrine, retira un couteau plein de sang. "Ah, le maudit !" s'écria-t-il (Fie, the villain !), et il s'écroula. On l'étendit sur une table, à la recherche d'un médecin; mais le sang jaillissait de la blessure, lui sortait de la bouche et du nez. Il mourut quelques instants plus tard.

Après l’assassinat
Dans la bousculade, Felton s'était éclipsé et réfugié dans une pièce attenante. Les assistants, pensant à la discussion qui venait d'avoir lieu avec les Rochelais, criaient : A Frenchman, a Frenchman! Felton crut-il qu'on l'appelait par son nom? ou qu'on risquait d'arrêter un innocent ? Il sortit de sa cachette et s'avança: "C'est moi, me voici", dit-il. On voulait le lyncher sur-le-champ; un officier le protégea, criant : "N'y touchez pas, il doit être jugé, il faut savoir qui sont ses complices." On l'amena en prison sous bonne garde. Dans son chapeau, on trouva un papier manuscrit: "Si je suis tué, qu'on ne condamne pas mon acte, mais que chacun se condamne soi-même, car ce sont nos péchés qui endurcissent nos cœurs. Celui qui a peur de sacrifier sa vie n'est pas digne du nom de gentilhomme ou de soldat. John Felton."
Du haut de la galerie du premier étage, lady Aglesea, belle-sœur de Buckingham, avait assisté à la scène. Elle courut à la chambre où la duchesse n'était pas encore levée. Kate se précipita, vit le corps allongé sur la table, et poussa un cri si déchirant que, selon un témoin, "je n'en avais jamais entendu de semblable et j'espère ne plus en entendre de ma vie", puis elle s'évanouit.
Le roi apprit la tragédie alors qu’il était à la chapelle, récitant les prières du matin. Il se retira dans sa chambre, ferma la porte et n'en ressortit pas pendant deux jours, sans voir personne. Quand il reprit ses activités, il ne parla plus de George que comme "son martyr". Toute sa vie, Charles 1er resta persuadé que le bras de Felton avait été armé par des puritains hostiles au pouvoir royal. Beaucoup d'Anglais s'interrogèrent sur une éventuelle intervention de Richelieu, ce meurtre survenant bien opportunément à la veille du départ de la flotte anglaise vers La Rochelle. Rien ne fut jamais prouvé, et Felton lui-même affirma toujours, même sous la menace de la torture, qu'il avait agi seul.
Tandis que le roi s'abandonnait à sa douleur, les londoniens pensaient que, débarrassé de l'influence néfaste du duc, Charles 1er reviendrait à son peuple et retrouverait son amour.
Pendant le procès, Felton assura sa défense en toute liberté, assumant son entière et exclusive responsabilité dans la mort de Buckingham, en qui il continuait à voir le mauvais génie de l'Angleterre. Selon certains témoignages, il aurait quand même exprimé ses regrets à la veuve et à ses enfants, en confessant son "grand péché".
Le 29 novembre 1628, trois mois après le drame de Portsmouth, il fut conduit au gibet de Tyburn et pendu après avoir déclaré : "J'ai fait ma paix avec Dieu." Son corps fut, après sa mort, coupé en quartiers conformément à la tradition pour les crimes d'État, et les macabres débris restèrent longtemps exposés à Portsmouth, comme l'étaient, sur le pont de Londres, ceux des meurtriers de moindre envergure.

Biblio : Michel DUCHEIN, Le Duc de Buckingham (Fayard, 2001)


JUSSAC

Dans “Les Trois Mousquetaires”, M. de Jussac apparaît comme un capitaine des gardes du Cardinal, au chapitre 5, quand d’Artagnan commence son duel contre Athos :

une escouade des gardes de Son Eminence, commandée par M. de Jussac

C’est contre Jussac que d’Artagnan se bat dans ce chapitre 5 - et qu’il le blesse. Cet exploit étonne le roi :

- Jussac, une des premières lames du royaume !

Parmi les Jussac qui correspondent à nos dates, il y eut un François de Jussac, chevalier, seigneur de St-Preuil, né le II août I599. Très brave, il se distingua à la défense de l'île de Ré en I627. C'était un duelliste. A cause de cela, Louis XIII le relègue pendant un an dans une petite place du Quercy. En I636 il remporta de nombreux succès en Artois et en Picardie.
Il fut la terreur des Espagnols qui le surnommaient Petit-Jean Teste de fer. Quand on fit le siège d'Arras et que l'armée était cernée, ce fut St-Preuil qui organisa le premier le ravitaillement. Louis XIII lui donna le commandement d'Arras et Richelieu une bague en lui disant:"Si je n'étais le cardinal de Richelieu je voudrais être Saint-Preuil" (août I640).
A cause de rivalités mêlant faits de guerre, exactions (vraies ou fausses) et rivalités, il fut condamné à mort (à avoir la tête tranchée) et exécuté le 9 novembre I64I. Il fut inhumé dans l'église des Feuillants d'Amiens.

 

DE WINTER, le beau-frère de Milady

Bien qu’il soit très présent dans la seconde partie du roman, on sait peu de choses de lui.
Sa première apparition, au chapitre 30, révèle tout de son caractère et ses rapport avec Milady:

…le carrosse arrêté sur le revers de la route, un cavalier richement vêtu se tenait à la portière.
(…)La conversation avait lieu en anglais, langue que d'Artagnan ne comprenait pas ; mais, à l'accent, le jeune homme crut deviner que la belle Anglaise était fort en colère ; elle termina par un geste qui ne lui laissa point de doute sur la nature de cette conversation : c'était un coup d'éventail appliqué de telle force, que le petit meuble féminin vola en mille morceaux.
Le cavalier poussa un éclat de rire qui parut exaspérer Milady. Peu après, au cours du duel qui oppose d’Artagnan à de Winter, il décline son identité :
- Moi, je suis Lord de Winter, baron de Sheffield. Ch 30

C’est Milady donne leurs rapports familiaux :

Monsieur, dit-elle en très bon français, ce serait de grand cœur que je me mettrais sous votre protection si la personne qui me querelle n'était point mon frère.

Il est en fait son beau-frère :

Elle raconta que Lord de Winter n'était que son beau-frère et non son frère : elle avait épousé un cadet de famille qui l'avait laissée veuve avec un enfant.

Mais Milady ment encore : son mari n’était pas le cadet mais l’aîné. Notre de Winter ne cesse d’évoquer son frère mort :

Lord de Winter, mon frère aîné … (ch. 50)

Sans doute veut-elle apitoyer d’Artagnan en évoquant un cadet de famille, c’est-à-dire un homme sans situation et sans réelle fortune. Nous savons peu de chose du beau-frère de Milady : ni son âge ni son prénom. Nous savons seulement que

[Milady] connaissait son beau-frère pour un bon gentilhomme, franc-chasseur, joueur intrépide, entreprenant près des femmes, mais d'une force inférieure à la sienne à l'endroit de l'intrigue. » (Ch. 50)
Lord de Winter, qui est catholique (ch. 53)
Lord de Winter, qu'on savait l'un des plus intimes de Sa Grâce (Buckingham) (Ch 59)

ROCHEFORT
Description de Rochefort
Ch 1 : « De belle taille (“haute taille”, ch. 3; “grand sec”, ch. 24) et de haute mine (“l’air d’un gentilhomme”, ch. 24), quoique au visage légèrement renfrogné. […] Un homme de quarante à quarante-cinq ans (idem ch. 10 selon Constance), aux yeux noirs (id. ch. 24) et perçants, au teint pâle (ou “basané” ch. 3 et 24), au nez fortement accentué, à la moustache noire (id. Ch. 3 et 24) et parfaitement taillée ; il était vêtu d'un pourpoint et d'un haut-de-chausses violet avec des aiguillettes de même couleur, sans aucun ornement que les crevés habituels par lesquels passait la chemise. Ce haut-de-chausses et ce pourpoint, quoique neufs, paraissaient froissés comme des habits de voyage longtemps renfermés dans un portemanteau. »
Dans le ch. 1 on ne parle pas de cicatrice, soit au front (ch. 3) ou la tempe gauche (ch. 24)
ch. 3 : “brun de poil. ». Ch X, “aux cheveux noirs”

MILADY
Description de Milady
Une femme de vingt à vingt-deux ans. La femme était jeune et belle. Or cette beauté le frappa d'autant plus qu'elle était parfaitement étrangère aux pays méridionaux que jusque-là d'Artagnan avait habités. C'était une pâle et blonde personne, aux longs cheveux bouclés tombant sur ses épaules, aux grands yeux bleus languissants, aux lèvres rosées et aux mains d'albâtre.
Milady selon Courtilz
Courtilz dépeint également la terrible « Milady » poursuivant de toute sa haine l'intrépide Gascon qui, une nuit, a la faveur de l'obscurité, avait eu l'audace de se faire passer pour son amant, le marquis de Vardes. Dans le roman de Courtilz, Milady était la fille d'un pair d'Angleterre et servait en qualité de dame d'atour la reine Henriette de France, réfugiée à Paris après la révolution anglaise. Elle n'était pas marquée à l'épaule de l'infamante fleur de lis. C'est à un épisode des Mémoires du comte de Rochefort, ouvrage apocryphe écrit par l'inévitable Courtilz, que Dumas ou Maquet - empruntera ce détail mélodramatique.
Milady ou, dans l’histoire, lady Carlisle
Si l'on en croit certains, le personnage de Milady ne serait pas totalement imaginaire. On a voulu voir en elle une certaine lady Carlisle, fille du comte Henry de Northumerland. Cette jeune personne se rendit plusieurs fois en France à la suite de son mari, lord Hay, comte de Carlisle, pour préparer le mariage du prince de Galles avec Henriette de France. D'après les Mémoires de La Rochefoucauld, dans lesquels il arrive parfois à Dumas de venir marauder, cette ancienne maîtresse de Buckingham gagnée par Richelieu aurait été impliquée dans l'affaire des ferrets (que l'écrivain frondeur est d'ailleurs seul à citer). Reste à savoir si son aventure avec d’Artagnan est authentique.
La liaison entre Milady et Buckingham est évoquée rapidement dans le Ch. 50 : « Buckingham était incapable de se porter à aucun excès contre une femme, surtout si cette femme était censée avoir agi par un sentiment de jalousie.
« La Reine (l'épouse de Charles Ier d'Angleterre, Henriette-Marie, sœur de Louis XIII), dont l'amie, Lucy Carlisle, était la sœur de Northumberland.(p.325). Lady Carlyle, (…) outre ses liens familiaux avec l'opposition, elle avait une relation avec Pym (leader de la révolution contre Charles Ier), plus étroite. (p. 368) »

 

TRÉVILLE
Arnaud-Jean ou Jean-Arnaud Du Peyer [ou de Peyré], premier comte de Troisvilles - ou, comme on écrivait couramment dès ce temps, et comme on prononçait constamment : Tréville. Né vers 1598 à Oloron, petite ville du Béarn. (Oloron-Sainte-Marie, chef-lieu d'arrondissement des Basses-Pyrénées, à 33 kilomètres de Pau.)
L’arrière-grand-père Peyroton
De père en fils les « du Peyrer » avaient exercé le métier de maçon a Saucède (à 8 km au nord-ouest d’Oloron), d’où le nom de Peyrer, de peyre (pierre en béarnais ou gascon) donne à ces manieurs de moellons.
Au début du XVIe siècle, voilà qu’émerge un de ces artisans. C’est Peyroton du Peyrer “mestre dobres deu Rey de Béarn” et non plus simple maçon. Il quitte Saucède pour Oloron et il se dit bourgeois. Il sera l’arrière-grand-père de M. De Tréville.
Le grand-père Bertrand
Peyroton eut pour fils Bertrand, marchand à Oloron, le grand-père de Tréville.
Ce Bertrand eut trois fils dont le second, Jean est le père.
Le père Jean
Marchand lui aussi à Oloron, il épouse en secondes noces, le 12 octobre 1597, Marie d’Aramitz
Marie est la fille de noble Pierre d’Aramitz, capitaine protestant, et de Marie de Sauguis.
Elle est la tante d'Henry d'Aramitz, que Courtilz, avant Dumas, met en scène dans ces Mémoires sous le nom d'Aramis.
Du mariage de Jean (ou Joan) et Marie naissent trois enfants dont Jean Armand du Peyrer, notre Tréville. Ils seront élevés, comme le père, dans la religion catholique alors que leur mère, Marie d’Aramitz, restera fidèlement attachée au culte réformé.
C’est Jean du Peyrer qui introduit aussi dans la famille le nom noble de Trois-villes ou Tréville. En 1607 il achète, en effet, près de Sauguis, dans la vallée basque de Soule, le domaine de Troisvilles (Eliçabia et Casamajor) qui lui donne la noblesse, car, en pays basque, la noblesse s’attache à la terre. Et c’est ainsi qu’il acquiert le droit de s’estimer gentilhomme et de siéger parmi les gentilshommes du vicomte de la Soule.
Tel a été le cheminement des « du Peyrer » de l’ancêtre Peyroton jusqu’au jeune cadet prêt à prendre son vol. Un cheminement en quatre étapes, curieusement analogue à celui des « de Batz de Castelmore »“, depuis l’arrière-grand-père Arnaud jusqu’à la floraison des mousquetaires même origine artisane et marchande, même achat de biens nobles, enfin même mariage avec une jeune fille d’authentique noblesse.Le Mousquetaire
En 1616, Arnaud-Jean entre dans les Gardes françaises, comme cadet.
En 1617, il participe au siège de Soissons.
En 1620, il participe à l'attaque de Cé.
En 1622, il est enseigne. Déjà il s'est fait remarquer pour sa bravoure : Bassompierre insiste sur son courage dans son Journal, à propos d'un combat qui eut lieu sous Montauban le 9 septembre 1621.
En 1625, Tréville est nommé sous-lieutenant de la compagnie des Mousquetaires (il n'y a alors qu'une compagnie, créée en 1622 par Louis XIII avec l'ancienne compagnie des Gardes du corps du Roi, dite des Carabins. que l'on vient d'armer du mousquet).
En 1627-1628, Tréville est au siège de La Rochelle.
En 1629, il est à la tête du détachement qui donne l’attaque du Pas de Suze, où il est blessé.
En 1630. il est en Savoie.
En 1632 en Lorraine, et Bassompierre en parle encore une fois avec éloge : « A l'attaque du bourg de Rouvroy, ce fut encore Tresville qui chargea à la tête des mousquetaires ; cette action fut conduite avec tant de bravoure que Louis XIII décida dès lors de lui confier le commandement de ce corps. »
En 1634, il devient capitaine-lieutenant.
En 1635, il est en Lorraine.
En 1636, il est élevé au grade de maréchal de camp.
En 1637, il sert sous les ordres du maréchal de Châtillon.
En 1638, on le trouve au siège de Saint-Omer.
En 1639 à celui de Hesdin.
En 1640 à celui d'Arras.
En 1642, il l prend Argiliers (le 18 mars) et combat ensuite aux sièges de Collioure et de Perpignan (9 septembre). Compromis dans le complot de Cinq-Mars contre Richelieu, Tréville est exilé de la Cour le 1er décembre 1642 ; le Cardinal meurt le 4, et Louis XIII rappelle aussitôt le capitaine de ses mousquetaires.
En 1643, après la mort du Roi, il obtient l'érection de sa terre de Troisvilles en comte (octobre 1643). Il signe alors Armand-Jean de Peyré - Peyré étant le nom d’une terre seigneuriale qu'il a achetée à son beau-frère le baron de Gayrosse, en 1637.
Ennemi de Mazarin comme il l’avait été de Richelieu, Tréville perdit la partie : la compagnie des Mousquetaires est dissoute en janvier 1645. Il reçoit le gouvernement « des pays, ville et château de Foix ».
En 1657, la compagnie des Mousquetaires est reconstituée en faveur de Philippe-Julien Mancini, duc de Nevers, neveu du Cardinal et Tréville obtient pour son fils cadet la cornette de la compagnie. Il sera lui-même lieutenant-général des armées.
Il meurt en mai 1672.25
Document des Mousquetaires de Béarn et de Gascogne, D‘après un texte d’André LASSARGUE
Comment fut élevé le jeune Jean Armand né à Oloron en 1598 ? Sans doute comme le sera le campagnard Charles de Batz. C’est à dire qu’il eut surtout a apprendre le français pour pouvoir s’élancer hors du Béarn et l’escrime pour s’ouvrir un chemin.
En 1616, ayant dix-sept ans, et renonçant au négoce pour les armes Il part pour Paris et s’engage comme cadet-gentilhomme dans les Gardes, ce qui prouve qu’il avait été nanti de bonnes recommandations. Des lors, de Soissons, où il reçoit le baptême du feu, il va de siège en siège: Caen, Cé, St Jean-d’Angély, Clairac, toujours prêt à payer de sa personne, toujours brûlant de se distinguer. Et c’est ainsi qu’au siège de Montauban, en 1621, il est présenté à Louis XIII, ce que Bassompierre raconte en ces termes :
“Tréville, gentilhomme basque qui portait le mousquet à la compagnie colonelle, s’y signala fort. Je demandai au Roi et eus pour lui une enseigne au régiment de Navarre. Mais comme je le menais à Piquecos (quartier-général) pour remercier le Roi, il la refusa, disant qu’il n’abandonnerait pas le régiment des Gardes où il était depuis quatre ans. Et que si Sa Majesté l’avait juge digne d’une enseigne de Navarre, il ferait si bien a l’avenir qu’il en mériterait et l’obligerait de lui en donner une dans son régiment des Gardes “.
Effectivement, Tréville devait obtenir cette enseigne aux Gardes l’année suivante.
Enfin, trois ans plus tard. en 1625, après avoir pris une part brillante aux sièges de St Antonin et de Montpellier, il se voit nommer cornette de la compagnie des Mousquetaires.
Cette compagnie de la garde du Roi avait été constituée, en 1622, avec la compagnie des carabins que l’on avait armée de mousquets. Le Roi s’en était réservé le commandement, comme capitaine, mais il se faisait suppléer par un capitaine-lieutenant qui, en fait, était le véritable capitaine.
Et c’est comme mousquetaire que Tréville prend part au siège de La Rochelle, de 1627 à 1628, où il est blessé. L’année suivante, à l’affaire du Pas de Suze, il attaque avec une telle fougue qu’il est sur le point de prendre le Duc de Savoie lui-même, lorsqu’un officier de ce dernier se jette devant le Duc pour le couvrir de son corps. Tréville se débarrasse de cet officier en le blessant mais, entre temps, le Duc de Savoie s’est enfui.
1630 voit Tréville aux sièges de Privas et d’Alais, puis en Savoie. En 1632, en Lorraine, il culbute deux régiments de telle manière que le roi Louis XIII, transporté, décide de le nommer au plus tôt capitaine-lieutenant des mousquetaires. Ce qu’il fait, en 1634, après la prise de Nancy où Tréville se distingue encore.
Le voilà donc pourvu, à trente-cinq ans, de l’une des charges les plus enviées, valant 200 000 livres, somme énorme, et rapportant de plus annuellement 16 800 livres. Une charge que le mince cadet béarnais ne doit qu’à son exceptionnelle intrépidité le Roi ne jure que par lui.
Peu après il est nommé maréchal de camp, tout en conservant le commandement des mousquetaires.
Maintenant il culmine; alors il juge le moment venu de s’assurer une descendance et d’agrandir son domaine. En 1637, il se marie avec Anne de Guillon des Essarts, dont le frère sera le capitaine de d’Artagnan aux Gardes.
Il agrandit son domaine de Troisvilles en y ajoutant la baronnie de Montory et les villages de Haux. Laguinge, Restoue et Athérey. Ce n’est pas tout: il achète la seigneurie de Peyre en St Sever, non sans intention car cela lui donne l’occasion de transformer son nom en substituant le noble “de Peyre” au “du Peyrer” qui sentait encore sa roture. Un reniement qui était une faiblesse Mais que ne fait point faire, même à un brave, la vanité de s’affirmer noble de pur sang! Et c’est ainsi que Jean Armand du Peyrer devient Armand Jean de Peyrer, seigneur de Troisvilles et de Peyrer, baron de Montory.
Bref répit. Avant que les sièges ne recommencent. Déjà en 1637, Ivoy, St Omer en 1638, Hesdin, en 1639. Au printemps 1640, Tréville voit se présenter à lui un jeune gascon, Charles de Batz Castelmore, dit d’Artagnan, il lui fait accorder une place de cadet aux Gardes.
Puis Tréville part au siège d Arras. En 1641 il est devant Aire; en 1642 en Roussillon, a la prise de Collioure et de Perpignan.
Et c’est alors qu’éclate l’affaire de Cinq-Mars et de Thou. Louis XIII, on le sait, n’aimait pas Richelieu, mais il ne pouvait s’en passer. Tout au Roi, Tréville en partageait les sentiments, c’est à dire qu’il détestait le Cardinal. Connaissant cette aversion, Cinq-Mars, qui complote contre Richelieu, vient sonder Tréville. Celui-ci lui répond qu’il ne s’est jamais mêlé d’assassiner personne. Toutefois il laisse entendre que si le Roi en juge ainsi, il obéira.
Mis au courant, Louis XIII reste silencieux. Mais Richelieu découvre le complot et fait exécuter Cinq-Mars et de Thou. Il n’a pu impliquer Tréville dans la trame, mais comme il sait que ce dernier n’attendait qu’un ordre du Roi, il ne peut tolérer un pareil adversaire auprès du Souverain. Il exige donc l’exil immédiat de Tréville. Le Roi cède.
Le 1er décembre 1642, Tréville se retire chez l’abbé de l’abbaye de Montiérender, son beau-frère. Pas pour longtemps. Car, trois jours après, le 4 décembre, Richelieu meurt. Aussitôt le Roi rappelle le fidèle Tréville et lui rend les mousquetaires Hélas! Quelques mois plus tard, le 14 mai 1643, Louis XIII meurt son tour.
Tréville perd son chef aimé et son protecteur: un désastre ! Pourtant Anne d’Autriche, régente, pour récompenser le fidèle serviteur de son mari, érige Troisvilles en comté, en 1643.
Mais, entre le capitaine des mousquetaires et le nouveau ministre Mazarin, ne tarde pas à s’établir un état de sourde animosité. Aussi, en 1646, ne parvenant pas à obtenir de Tréville qu’il cède de bon gré sa charge, que Mazarin voudrait attribuer à son neveu Mancini, le ministre fait-il dissoudre la compagnie des mousquetaires.
La carrière de Tréville est terminée il n’a pas quarante-sept ans. Un coup terrible pour un chef dans la force de l’âge.
Dès lors Tréville va se cantonner dans une résistance passive très digne, refusant les compensations que lui offre Mazarin et restant sourd aux appels de la fronde. Une résistance qui, durant dix ans, empêchera Mazarin de reconstituer la compagnie au profit de son neveu.
Finalement Tréville devait accepter le gouvernement de Foix. Désormais il allait se consacrer surtout à Troisvilles, faisant construire le château actuel et agrandissant sa seigneurie de la baronnie de Tardets.
En 1667 il était nommé lieutenant-général. Ce n’était guère qu’un grade honoraire. Car le bouillant guerrier, réduit au théâtre d’action de la Soule, se voyait contraint à y dépenser, en invraisemblables procès, le restant de sa combativité. Exaspérés par ses prétentions. Les Souletins finirent d’ailleurs par se révolter sous la conduite de la cure de Moncayolle. L’affaire finit mal pour les insurgés qui furent décimés et perdirent leur chef Matalas, près de Mauléon, lors de l’assaut de Chéraute où ils s’étaient rassemblés.
Le 8 mai 1672. Un an avant la mort de d’Artagnan, il décédait a Troisvilles, à l’âge de soixante-treize ans et son corps était enseveli le lendemain dans l’église toute proche du château.
Il laissait deux fils. Plus attiré par la vie monastique que par celle des camps, l’ainé était entré de bonne heure dans les ordres. Il devait devenir abbé de l’abbaye de Montiérender où il laissa d’ailleurs à sa mort, en 1700, une succession obérée par les facilités de son existence monastique.
Du second, auquel il fit donner la cornette des mousquetaires. Tréville eut voulu faire, à son image, un brillant soldat. Mais quoique le jeune homme se soit conduit avec valeur en certaines circonstances. En particulier à Candie où il fut blessé, il ne manifesta guère de goût pour l’armée et préféra se consacrer aux lettres et aux arts. C’était d’ailleurs un esprit très cultivé. Il mourut à Paris en 1708, à l’âge de soixante six ans, sans postérité.

Tréville, selon Dumas
M. de Troisvilles, comme s'appelait encore sa famille en Gascogne, ou M. de Tréville, comme il avait fini par s'appeler lui-même à Paris, avait réellement commencé comme d'Artagnan, c'est-à-dire sans un sou vaillant, mais avec ce fonds d'audace, d'esprit et d'entendement qui fait que le plus pauvre gentillâtre gascon reçoit souvent plus en ses espérances de l'héritage paternel que le plus riche gentilhomme périgourdin ou berrichon ne reçoit en réalité. Sa bravoure insolente, son bonheur plus insolent encore dans un temps où les coups pleuvaient comme grêle, l'avaient hissé au sommet de cette échelle difficile qu'on appelle la faveur de cour, et dont il avait escaladé quatre à quatre les échelons.
Il était l'ami du roi, lequel honorait fort, comme chacun sait, la mémoire de son père Henri IV. Le père de M. de Tréville l'avait si fidèlement servi dans ses guerres contre la Ligue, qu'à défaut d'argent comptant - chose qui toute la vie manqua au Béarnais, lequel paya constamment ses dettes avec la seule chose qu'il n'eût jamais besoin d'emprunter, c'est-à-dire avec de l'esprit -, qu'à défaut d'argent comptant, disons-nous, il l'avait autorisé, après la reddition de Paris, à prendre pour armes un lion d'or passant sur gueules avec cette devise : Fidelis et fortis . C'était beaucoup pour l'honneur, mais c'était médiocre pour le bien-être. Aussi, quand l'illustre compagnon du grand Henri mourut, il laissa pour seul héritage à Monsieur son fils son épée et sa devise. Grâce à ce double don et au nom sans tache qui l'accompagnait, M. de Tréville fut admis dans la maison du jeune prince, où il servit si bien de son épée et fut si fidèle à sa devise, que Louis XIII, une des bonnes lames du royaume, avait l'habitude de dire que, s'il avait un ami qui se battît, il lui donnerait le conseil de prendre pour second, lui d'abord, et Tréville après, et peut-être même avant lui.

 

ATHOS, PORTHOS et ARAMIS
Dumas dans Le Pays natal, journal littéraire de la semaine (1864) : « On me demande dans quel temps vivait Ange Pitou, nous ne l'avons pas connu... Force me fut alors de raconter qu'Ange Pitou, pas plus que Monte-Cristo, pas plus qu'Athos, Porthos et Aramis n'avaient jamais existé, et qu'ils étaient tout simplement des bâtards de mon imagination, reconnus par le public. »
Mais le brave Dumas, même en ses meilleurs instants de sincérité, se résolvait difficilement aux révélations franches et totales. […] Si bâtards il y a, c'est encore à Courtilz qu'on le doit et non à l'auteur des Trois Mousquetaires. Celui-là en effet parle textuellement d'Athos, de Porthos et d'Aramis. Il est vrai que dans les Mémoires de M. d'Artagnan les trois compères demeurent des personnages épisodiques, disparaissant dans la suite du récit alors que Dumas, dans son entrain, prolonge leur existence tumultueuse jusque sous le règne de Louis XIV. Primitivement, ils étaient non trois amis mais trois frères que d'Artagnan rencontra à l'hôtel de M. de Tréville : « Le mousquetaire que j’accostai s’appelait Porthos. Il avait deux frères dans la compagnie, dont l’un s’appelait Athos et l’autre Aramis. »
Pourtant, ces trois hommes ont bel et bien existé. Oui ! Athos, Porthos et Aramis, authentiques gentilshommes de Béarn, ont réellement vécu et, plus surprenant encore, ces patronymes bizarres furent réellement les leurs.

PORTHOS

Le Costume de Porthos
Ch. II. Au centre du groupe le plus animé était un mousquetaire de grande taille, d'une figure hautaine et d'une bizarrerie de costume qui attirait sur lui l'attention générale. Il ne portait pas, pour le moment, la casaque d'uniforme, qui, au reste, n'était pas absolument obligatoire dans cette époque de liberté moindre mais d'indépendance plus grande, mais un justaucorps bleu de ciel, tant soit peu fané et râpé, et sur cet habit un baudrier magnifique, en broderies d'or, et qui reluisait comme les écailles dont l'eau se couvre au grand soleil. Un manteau long de velours cramoisi tombait avec grâce sur ses épaules, découvrant par-devant seulement le splendide baudrier, auquel pendait une gigantesque rapière.
Ce mousquetaire venait de descendre de garde à l'instant même, se plaignait d'être enrhumé et toussait de temps en temps avec affectation. Aussi avait-il pris le manteau, à ce qu'il disait autour de lui, et tandis qu'il parlait du haut de sa tête, en frisant dédaigneusement sa moustache, on admirait avec enthousiasme le baudrier brodé.
Ch. VII. D’Artagnan considère Porthos comme un Ajax.

Le caractère (Ch. VII)
Porthos (…) avait un caractère tout opposé à celui d'Athos : non seulement il parlait beaucoup, mais il parlait haut ; peu lui importait au reste, il faut lui rendre cette justice, qu'on l'écoutât ou non ; il parlait pour le plaisir de parler et pour le plaisir de s'entendre ; il parlait de toutes choses excepté de sciences, excipant à cet endroit de la haine invétérée que depuis son enfance il portait, disait-il, aux savants. Il avait moins grand air qu'Athos, et le sentiment de son infériorité à ce sujet l'avait, dans le commencement de leur liaison, rendu souvent injuste pour ce gentilhomme, qu'il s'était alors efforcé de dépasser par ses splendides toilettes. Mais, avec sa simple casaque de mousquetaire et rien que par la façon dont il rejetait la tête en arrière et avançait le pied, Athos prenait à l'instant même la place qui lui était due et reléguait le fastueux Porthos au second rang. Porthos s'en consolait en remplissant l'antichambre de M. de Tréville et les corps de garde du Louvre du bruit de ses bonnes fortunes, dont Athos ne parlait jamais, et pour le moment, après avoir passé de la noblesse de robe à la noblesse d'épée, de la robine à la baronne, il n'était question de rien de moins pour Porthos que d'une princesse étrangère qui lui voulait un bien énorme.

L’origine de Porthos (Ch. VII)
Le truculent Porthos, dont la force colossale et la bravoure non moins sans limites ne sont pas sans rappeler les qualités dominantes du général Dumas, père du romancier, s'appelle M. du Vallon de Bracieux de Pierrefonds. Vaniteux mais loyal compagnon, il devait conquérir son titre de baron au service de Mazarin.
Il existe au musée Carnavalet un sabre court ayant appartenu à un sieur du Vallon de Bracieux de Pierrefonds.

Mousqueton, Valet de Porthos (Ch. VII)

Mousqueton était un Normand dont son maître avait changé le nom pacifique de Boniface en celui infiniment plus sonore et plus belliqueux de Mousqueton. Il était entré au service de Porthos à la condition qu'il serait habillé et logé seulement, mais d'une façon magnifique ; il ne réclamait que deux heures par jour pour les consacrer à une industrie qui devait suffire à pourvoir à ses autres besoins. Porthos avait accepté le marché ; la chose lui allait à merveille. Il faisait tailler à Mousqueton des pourpoints dans ses vieux habits et dans ses manteaux de rechange, et, grâce à un tailleur fort intelligent qui lui remettait ses hardes à neuf en les retournant, et dont la femme était soupçonnée de vouloir faire descendre Porthos de ses habitudes aristocratiques, Mousqueton faisait à la suite de son maître fort bonne figure.
A vous, Porthos, qui menez un train magnifique et qui êtes un dieu pour votre valet Mousqueton.

Son logement (Ch. VII)
Porthos habitait un appartement très vaste et d'une très somptueuse apparence, rue du Vieux-Colombier. Chaque fois qu'il passait avec quelque ami devant ses fenêtres, à l'une desquelles Mousqueton se tenait toujours en grande livrée, Porthos levait la tête et la main, et disait : Voilà ma demeure ! Mais jamais on ne le trouvait chez lui, jamais il n'invitait personne à y monter, et nul ne pouvait se faire une idée de ce que cette somptueuse apparence renfermait de richesses réelles.
Selon Petitfils, Porthos, vient vraisemblablement d’Isaac de Portau, issu d'une famille de la noblesse protestante du Béarn. Son grand-père, Abraham, huguenot invétéré, régalait la cour de Navarre de ses poulardes rôties et de ses plats en sauce. Il fut en effet « officier de cuisine » du roi Henri tant qu'il résida à Pau. Son père, également prénommé Isaac, eut des activités plus intellectuelles puisqu'il servit comme notaire aux Etats de Béarn. Il épousa une demoiselle de Brosser, dont il eut une fille, Sarah. Devenu veuf, il se maria en secondes noces avec Anne d'Arrac, fille d'un « ministre de la parole de Dieu en l'église d'Audoux ». Il fut un riche seigneur du pays, protégé par le très noble sire Jacques de Caumont La Force, lieutenant de roi en Béarn. « Porthos » fut le dernier de ses trois enfants. Baptisé à Pau le 2 février 1617, il entra au régiment des gardes, compagnie des Essarts, où il figure sur les deux rôles de 1642. On ne sait rien de son entrée aux mousquetaires et l'on peut même se demander s'il y entra jamais. Le sympathique Isaac de Portau ne devint ni baron du Vallon ni seigneur de Bracieux ou de Pierrefonds comme le fit croire Dumas. Il se retira prématurément en Gascogne, à la suite probablement de blessures de guerre. Vers 1650 il occupait un emploi subalterne de garde des munitions à la citadelle de Navarrenx, emploi qu'on attribuait en général à des impotents.
Pour Sigeaux, dans le Courtilz, Porthos entre aux Mousquetaires vers 1643. On ne sait presque rien d'autre de lui. Même pas la date de sa mort. Jean de Jaurgain a vu en Porthos un Jean de Portau (mort en 1670) qu'il supposait frère d’lsaac, mais s'il avance cette identification c'est, semble-t-il, surtout parce qu'il possède sur Jean (mais il en cite deux) plus de renseignements que sur Isaac. En l'absence d'éléments nouveaux, on doit suivre Charles Samaran qui limite ses affirmations aux quelques faits connus. Ajoutons que Dumas a recréé Porthos dans le style qui lui est propre, mais sans lui donner (comme il l'a fait pour Athos et même, a un moindre degré, pour Aramis) un passé qui l’éclaire. Son personnage (que Maquet, au témoignage de Gustave Simon - Histoire d’une collaboration,1919 - disait venir de son grand-père) ressemble par bien des traits au général Dumas, tel que son fils Alexandre I'a dépeint dans ses Mémoires. On notera dès à présent que contrairement à ce que dit Courtilz, Porthos, Athos et Aramis ne sont pas frères. Mais les deux derniers sont, à des degrés différents, cousins de Tréville.

Document des Mousquetaires de Béarn et de Gascogne, D‘après un texte d’André LASSARGUE

En réalité il s’appelait Portau. Isaac de Portau ou du Pourtau Mais Courtilz de Sandras, suivi en cela par Dumas, a jugé que Porthos, rimant avec Athos, sonnait mieux que Portau. Un peu court. Ces Portau d’après Jaurgain, étaient originaires de Gan près de Pau.Le père d’Isaac, était secrétaire du Roi et des états de Navarre et notaire gênerai du Béarn un personnage important. Il acheta des seigneuries et se fit anoblir.
Il se maria en secondes noces avec Anne d’ Arrac de Gan, fille d’un ministre protestant. Anne fut assistée par le lieutenant-général du Roi en Béarn, Nompar de Caumont, seigneur de La Force, dont Isaac devait être l’homme de confiance.
Ceci semble indiquer que les Portau. Patronnés par La Force, étaient de fervents protestants. De ce manage naquirent trois enfants. Jean. Isaac et Jeanne.
C’est le puîné. Isaac de Portau. Né a Pau le 2 Février 1617, qui devait être le Porthos légendaire Cadet, comme Athos, il se dirigea vers l’armée Comme ce dernier, il commença par entrer, en qualité de cadet-gentilhomme, dans les Gardes Françaises, compagnie des Essarts, le beau-frère de Tréville, ce qui est significatif. Il se trouvait donc dans cette compagnie lorsque d’Artagnan y entra a son tour en 1640 et ils firent ainsi campagne ensemble jusqu’en 1643, date a laquelle Portau passa aux mousquetaires, donc l’année même de la mort d’Athos.
Combien de temps y resta-t-il ? On ne le sait. Après cette date de 1643 on ignore à peu près tout de la carrière et de la vie d’Isaac de Portau, dont le frère Jean aurait été gouverneur de la place de Navarrenx. Il faut donc, s’en remettre à la tradition qui lui attribue une gentilhommière de Lanne-en-Baretous, pour évoquer son souvenir.
Il n’y a donc rien de commun entre le Portau de la réalité, le garde et le mousquetaire qui partagea à un moment donné la vie militaire de d’Artagnan et le Porthos de Dumas. le baron de Bracieux et de Pierrefonds, fort comme un éléphant mais court d’esprit et naïvement vaniteux, qui s’est vu prêter l’histoire du baudrier doré de Besmaux.

Bordaz

Porthos, de son vrai nom Isaac de Portau, appartenait lui aussi a une famille noble du Béarn, une famille protestante. Son père, déjà prénommé Isaac, était notaire aux États de Béarn. Veuf, il avait épousé en secondes noces Anne d'Arrac, fille d'un pasteur d'Audoux, dont il eut trois enfants. Porthos était le dernier. Son frère aîné, Jean de Portau, sera contrôleur des guerres et de l'artillerie au gouvernement de Béarn. Dumas savait-il que le grand-père de Porthos, Abraham de Portau, avait été «officier de cuisine» (du roi Henri de Navarre à Pau ? Baptisé à Pau le 2 février 1617, Porthos est entré au régiment des gardes françaises dans la compagnie des Essarts, à laquelle il appartenait en 1642, comme le révèlent les rôles de cette compagnie. En revanche les documents font défaut sur sa carrière dans la compagnie des mousquetaires, carrière courte de toute façon puisque sans doute victime de blessures reçues au combat, il se retira du service encore jeune, et vers 1650 il exerçait les fonctions de garde des munitions à la citadelle de Navarrenx dont Paul de Batz de Castelmore sera nommé gouverneur.

 

ATHOS
Chez Dumas, Athos est à la fois le comte de La Fère, le père du vicomte de Bragelonne et le mari de Milady. D'Artagnan considère Athos comme un Achille (Ch. 7)
Son vrai nom est Armand de Sillègue d’Athos d’Autebielle (selon André Lassargue) ou Autevielle (selon Bordaz et Courtilz), cadet béarnais d’une famille de Sillègue gravitant autour de Sauveterre-de-Béarn.
Athos est le nom d'un village situé entre Sauveterre-de-Béarn et Oraas, sur la rive droite du gave d’Oloron.

Les ascendants
Au XVIe siècle, la « domenjadure » (ou maison de maître) d'Athos appartenait à Archambaud de Sillègue, vivant chapelain de Sauveterre. Il institua comme héritier un certain Johan d'Athos, fils de Jacqueline de Sillègue, qui devint médecin du roi de Navarre Henri II. Ces familles d'Athos et de Sillègue avaient acquis progressivement une auréole de noblesse en faisant fortune dans le commerce local. Ils eurent droit successivement aux titres de « marchand », de « noble » puis suprême honneur - de « monseigneur ». Cette dernière qualification était portée en 1597 par Peyroton de Sillègue d'Athos. Tout cela n'avait rien d'exceptionnel. Les Batz-Castelmore et tant d'autres n'avaient pas procède autrement.
Le premier des Sillègue, que l’on connaît est Tamonet, dit dans un acte, « Seigneur de la maison de Sillègue ». Il a eu pour fils Peyroton, marchand, qui sera l’arrière-grand-père du mousquetaire.
Tamonet et Peyroton font des affaires en commun. En 1553, ils achetèrent la terre d’Autebielle, tout près de Sauveterre.
C’est Peyroton qui semble avoir été le véritable fondateur de la seigneurie de la famille puisque c’est lui, en réalité, qui acquiert Athos et Autebielle, aussi sera-t-il qualifié de noble Peyroton de Sillègue, seigneur d’Athos de la salle de Cassaber et d’Autebielle. Et. en 1597, il se verra même donner du « monseigneur ». Jusque là, une fois de plus, les écus. Non les armes, auront été les agents de cette ascension.
Peyroton s’est marie deux fois. De son premier mariage il a eu un fils, Bertrand, et du second mariage, trois enfants.
Bertrand de Sillègue, seigneur d’Athos et d’Autebielle (grand-père du mousquetaire) marié à noble Catherine de Monein, a eu un fils, Adrien.
Au début du XVIIe siècle, cet Adrien de Sillègue seigneur d’Athos et d’Autebielle (selon Petitfils, il est seigneur d'Autevielle et de Casaber), épouse une demoiselle de Peyré, (Du Peyrer, selon Coutilz), fille « d'un marchand et jurat » d'Oloron en Béarn et cousine germaine du comte de Troisvilles.
De ce mariage naissent deux fils Jean et Armand.
C’est cet Armand qui est notre mousquetaire.

Le Mousquetaire
Il est né entre 1615 et 1620. Alors que Dumas lui donne 30 ans au début des Trois Mousquetaires :
Ch. XIII. Selon Bonacieux, il a au moins trente ans.
Ch. VII : Quoique Athos eût à peine trente ans
Comme cadet, c’est à son aîné que reviennent les seigneuries. Il entre alors dans la compagnie des mousquetaires (d’où le nom de “cadets de Gascogne”) grâce à son oncle Tréville. Il est inscrit sur les rôles de la compagnie au début des années 1640,
Athos vécut peu.
Son acte de décès figure au registre de l’église St-Sulpice à la date du 21 décembre 1643 : “Convoy, service et enterrement du deffunct Armand, Athos dautebielle mousquetaire de la garde du Roi, gentilhomme de Béarn, pris proche la halle du Pré au Clercs’’. Petitfils n’a pas la même graphie mais ça veut dire la même chose. Pour Bordaz, Athos meurt le 22.
Il serait donc mort à la suite d’un duel.
Courtilz le fait mourir à cette date mais il le fait aussi réapparaître Athos dans un épisode ultérieur.
Dumas, quant à lui, a complètement recréé Athos. Il ne fut ni le mari de Charlotte Backer, alias « Milady », ni le frondeur distingué de “Vingt ans après”, ni l'amant de la duchesse de Chevreuse, encore moins le père du romantique Raoul de Bragelonne, timide soupirant de Louise de La Vallière (Dumas a emprunté le personnage de Bragelonne à l’Histoire d’Henriette d’Angleterre de Mme de La Fayette. il s'agit de Jacques de Bragelongne, intendant de la maison de Gaston d'Orléans, dont l'innocente correspondance avec Mlle de La Vallière devait rendre Louis XIV jaloux.)
Dumas prolonge la vie d’Athos jusqu'en 1672 : il meurt au chapitre 62 du Vicomte de Bragelonne.)30

Le caractère d’Athos (Ch. VII)
Il était fort silencieux (…). Depuis cinq ou six ans qu'il vivait dans la plus profonde intimité avec ses compagnons Porthos et Aramis, ceux-ci se rappelaient l'avoir vu sourire souvent, mais jamais ils ne l'avaient entendu rire. Ses paroles étaient brèves et expressives, disant toujours ce qu'elles voulaient dire, rien de plus : pas d'enjolivements, pas de broderies, pas d'arabesques. Sa conversation était un fait sans aucun épisode.
Quoique Athos eût à peine trente ans et fût d'une grande beauté de corps et d'esprit, personne ne lui connaissait de maîtresse. Jamais il ne parlait de femmes. Seulement il n'empêchait pas qu'on en parlât devant lui, quoiqu'il fût facile de voir que ce genre de conversation, auquel il ne se mêlait que par des mots amers et des aperçus misanthropiques, lui était parfaitement désagréable. Sa réserve, sa sauvagerie et son mutisme en faisaient presque un vieillard ; il avait donc, pour ne point déroger à ses habitudes, habitué Grimaud à lui obéir sur un simple geste ou sur un simple mouvement des lèvres. Il ne lui parlait que dans des circonstances suprêmes.
et fût d'une grande beauté de corps et d'esprit, personne ne lui connaissait de maîtresse. Jamais il ne parlait de femmes. Seulement il n'empêchait pas qu'on en parlât devant lui, quoiqu'il fût facile de voir que ce genre de conversation, auquel il ne se mêlait que par des mots amers et des aperçus misanthropiques, lui était parfaitement désagréable. Sa réserve, sa sauvagerie et son mutisme en faisaient presque un vieillard ; il avait donc, pour ne point déroger à ses habitudes, habitué Grimaud à lui obéir sur un simple geste ou sur un simple mouvement des lèvres. Il ne lui parlait que dans des circonstances suprêmes.


L’origine d’Athos (Ch. VII)
Athos (…) sentait son grand seigneur d'une lieue.
On disait qu'il avait eu de grands malheurs dans ses affaires amoureuses, et qu'une affreuse trahison avait empoisonné à jamais la vie de ce galant homme. Quelle était cette trahison ? Tout le monde l'ignorait.
« Jamais les Mémoires du comte de La Fère n’ont existé ailleurs que dans l’imagination féconde de Dumas père. »31
Grimaud, son valet (Ch. VII)
Quelquefois Grimaud, qui craignait son maître comme le feu, tout en ayant pour sa personne un grand attachement et pour son génie une grande vénération, croyait avoir parfaitement compris ce qu'il désirait, s'élançait pour exécuter l'ordre reçu, et faisait précisément le contraire. Alors Athos haussait les épaules et, sans se mettre en colère, rossait Grimaud. Ces jours-là, il parlait un peu.
À vous, Athos, qui vivez muet avec Grimaud, qui lui défendez de parler, et qui, par conséquent, n'avez jamais de mauvaises paroles avec lui.
Son logement
Athos habite rue Férou (précision reprise dans le Ch. X, XXIX et XX ; il est à deux pas de l’habitation de d’Artagnan), à deux pas du Luxembourg ; son appartement se composait de deux petites chambres, fort proprement meublées, dans une maison garnie.


ARAMIS
Ch. VII. D’Artagnan considère Aramis comme un Joseph.
A moins de deux lieues de Lanne [berceau de la famille Portau], dans la vallée du Barétous se trouve l'abbaye d'Aramitz dont le troisième de nos mousquetaires fut abbé laïc. Non loin s'étend le petit village d'Aramitz, paisible chef-lieu de canton de quelques centaines d'habitants. Notre Aramis, qui s'appelait Henri d'Aramitz, naquit vers 1620. Il appartenait à une vieille famille béarnaise qui s'illustra dans la tradition militaire. Les Aramitz, au temps des guerres de religion, furent mêlés aux inextricables luttes qui dévastèrent la Basse-Navarre et la Soule. Un Pierre d'Aramitz, capitaine huguenot, y acquit même une solide réputation de bretteur. Pierre eut trois enfants : Phébus, Marie, qui épousa Jean de Peyré et devint ainsi la mère du futur comte de Tréville, et enfin Charles, marié à Catherine d'Espalungue. C'est ce dernier qui fut le père d'Henri. Comme son lointain parent Athos, Aramitz, cousin germain du capitaine des mousquetaires, entra dans la compagnie vers 1641. Dix ans plus tard, on le retrouve dans son pays natal, marié à une demoiselle de Béarn-Bonnasse dont il aura trois fils. En avril 1654, sur le point de retourner à Paris, il fait son testament. Revenu en Béarn deux ans après, il s'y éteindra paisiblement quelque dix-huit ans plus tard. 21
Aramis vient d'Henri d'Aramitz qui appartenait à une famille béarnaise protestante de tradition militaire ancienne (le nom d'Aramitz est celui d'une terre située dans la vallée de Barétous). Le capitaine huguenot Pierre d'Aramitz. qui joue, selon Jaurgain, « un rôle assez important dans les guerres de Religion qui désolèrent la Basse-Navarre, le Béarn et la Soule sous le règne de Jeanne d'Albret n (op. cit., p. 62), eut trois enfants : une fille Marie, épouse de Jean Du Peyrer et sera la mère de Troisvilles-Tréville (cf. la note 2 de la page 34) ; un fils, Charles, est-il, en 1640, maréchal des logis de la compagnie des Mousquetaires commandée par son neveu ? Oui, si on lit Charles d'Aramitz là où est écrit Charles de Harmes ce qui est aventureux. Mais il est probable qu'Henri d'Aramitz, fils de Charles, entra aux Mousquetaires vers 1640. Il était, ou sera, par héritage, abbé laïque d'Aramitz. On ignore la date de sa naissance ; l'état de ses services est inconnu. Mais Jaurgain a trouvé dans les archives des Basses-Pyrénées trace de son mariage (1650) avec Jeanne de Béarn-Bonasse et d'un testament daté de 1654. Ce dernier document donne les noms des trois enfants d'Henri d'Aramitz : Armand, Clément et Louise. Enfin d'autres documents semblent prouver qu'Henri d'Aramitz mourut entre 1673 et 1675. - Dumas a entièrement créé l'Aramis de sa trilogie.

Son portrait
Ch. II. C'était un jeune homme de vingt-deux à vingt-trois ans à peine, à la figure naïve et doucereuse, à l'œil noir et doux et aux joues roses et veloutées comme une pêche en automne ; sa moustache fine dessinait sur sa lèvre supérieure une ligne d'une rectitude parfaite ; ses mains semblaient craindre de s'abaisser, de peur que leurs veines ne se gonflassent, et de temps en temps il se pinçait le bout des oreilles pour les maintenir d'un incarnat tendre et transparent. D'habitude il parlait peu et lentement, saluait beaucoup, riait sans bruit en montrant ses dents, qu'il avait belles et dont, comme du reste de sa personne, il semblait prendre le plus grand soin.
Aramis enfin est le chevalier d'Herblay, homme distingué et énigmatique, mi-abbé, mi-mousquetaire, ayant toujours un pied dans l'intrigue et l'autre dans l'action. 


Son caractère
Ch. VII. Quant à Aramis, tout en ayant l'air de n'avoir aucun secret, c'était un garçon tout confit de mystères, répondant peu aux questions qu'on lui faisait sur les autres, et éludant celles que l'on faisait sur lui-même.


Bazin, son valet
Ch. VII. Grâce à l'espérance qu'avait son maître d'entrer un jour dans les ordres, il était toujours vêtu de noir, comme doit l'être le serviteur d'un homme d'Eglise. C'était un Berrichon de trente-cinq à quarante ans, doux, paisible, grassouillet, occupant à lire de pieux ouvrages les loisirs que lui laissait son maître, faisant à la rigueur pour deux un dîner de peu de plats, mais excellent. Au reste, muet, aveugle, sourd et d'une fidélité à toute épreuve.
Vous, Aramis, qui, toujours distrait par vos études théologiques, inspirez un profond respect à votre serviteur Bazin, homme doux et religieux.


Son logement
Ch. VII. Quant à Aramis, il habitait un petit logement composé d'un boudoir, d'une salle à manger et d'une chambre à coucher, laquelle chambre, située comme le reste de l'appartement au rez-de-chaussée, donnait sur un petit jardin frais, vert, ombreux et impénétrable aux yeux du voisinage.
Ch. XI. La maison qu'habitait Aramis se trouvait située entre la rue Cassette et la rue Servandoni.

Document des Mousquetaires de Béarn et de Gascogne, D‘après un texte d’André LASSARGUE
Il s’appelait Henry d’Aramitz. Mais il ne fut ni le chevalier d’Herblay, ni l’évêque de Vannes, ni le duc d’Alaméda, ni le général des jésuites, ni l’étrange mousquetaire, hermaphrodite de soldat et d’ecclésiastique, qu’Alexandre Dumas a mis en scène.
Henri d’Aramitz, simplement écuyer et quoique peut-être protestant, était pourtant abbé, mais seulement abbé laïque d’Aramits en Baretous . C’est a dire qu’il se bornait a percevoir les dîmes, sans rien avoir a faire avec le culte.
A la différence des autres mousquetaires béarnais. Il était d’origine militaire noble. Son grand-père, le capitaine huguenot Pierre d’Aramitz avait joue un rôle fort actif dans les guerres de religion qui sévirent dans le Béarn et la Soule à l’époque de Jeanne d’Albret. S’étant marié avec Louise de Sauguis, fille de noble Louis de Tardets, écuyer et abbé laïque de Sauguis en Soule, il eut trois enfants; Phébus, Charles et Marte, qui devait devenir la mère de Tréville.
Charles, du fait que son aîné mourut en bas âge, devint le chef de famille à la mort de son père. Il entra aux mousquetaires dans la compagnie de son cousin Tréville. Il se maria avec Catherine de Rague, fille du capitaine Jean de Rague, écuyer, abbé laïque de Laruns et seigneur d’Espalungue. De cette union naquirent trois enfants, Henry et deux filles.
Henry d’Aramitz, donc l’Aramis de Courtilz de Sandras et de Dumas, entra à son tour aux mousquetaires en même temps qu’Athos et à l’époque où d’Artagnan arrivait a Paris, c’est a dire en mai 1640. Avait-il préalablement servi comme cadet aux Gardes ? C’est probable si l’on se réfère a la durée de ses services militaires. A ce moment là, Charles d’Aramitz, le père d’Henry, était lui-même maréchal des logis de la compagnie des mousquetaires. Ainsi, auprès de son cousin Tréville et de son père Charles. Henry d’ Aramitz se trouvait vraiment chez lui aux mousquetaires.
Hélas de ses campagnes on ne sait rien, sauf “qu’il servit pendant une quinzaine d’années dans les troupes du Roi “. Que devint-il après la dissolution de la compagnie, des mousquetaires en 1646 ? On l’ignore.
Le 16 février 1650, probablement vers la fin de son service, il se maria avec demoiselle de Béarn Bonasse et dut rentrer en Béarn. De cette union naquirent quatre enfants, deux garçons Armand et Clément et deux filles.
Le 22 avril 1654, “estant sur le point de faire un voyage à Paris, ne sachant les événements qui peuvent survenir, considérant que la mort est certaine et l’heure d’icelle incertaine’’ il convoque à la maison d’Aramitz le notaire de Barétous et lui dicte son testament (commençant par la phrase précitée) qui avantage sa femme et institue Armand son héritier universel. Il dût revenir de Paris car il assista, avec sa femme, à un mariage en février 1659. Ensuite on perd sa trace et il disparaît des archives connues à ce jour.24
Bordaz
Aramis, Henri d'Aramitz, est né vers 1620 dans une famille du Béarn. Le père de Troisvilles, Jean de Peyré avait épousé Marie d'Aramitz. Aramis est entré dans la compagnie des mousquetaires vers 1640, comme Athos. Dix ans plus tard, alors que la compagnie n'existe plus, on le retrouve en Béarn, non pas dans les ordres, mais marié à une Béarnaise, dont il aura trois fils. Il repartit pour Paris en 1654 après avoir fait son testament, et de retour deux ans plus tard dans sa province natale il y mourut en 1658.

 

Bibliographie

Odile BORDAZ : D'Artagnan, Mousquetaire du Roi. Sa vie, son époque, ses contemporains, Éd. Du Griot-Balzac, 1996.
Jean-Christian PETITFILS : Le Véritable d'Artagnan, Éd. Taillandier, 1999.
C. SAMARAN : D'Artagnan, capitaine des mousquetaires du roi, 1912 ; réed. 1967, Imp. Th. Bouquet, Auch. Ouvrage de base sur la question.
Pierre CHEVALLIER : Louis XIII, roi cornélien, Fayard, 1979
Ruth KLEINMAN :Anne d'Autriche, Fayard, 1993
François, prince de Marsillac, baron de Verteuil, duc DE LA ROCHEFOUCAULD, Mémoires de La Rochefoucauld
Pauline GREGG : Charles Ier, Fayard, 1984
J.-Pierre DUFREIGNE : Le Dernier amour d'Aramis, Grasset, 1993
Michel GUERIN : Les Quatre Mousquetaires, Ed. du Rocher, 1995
Roger NIMIER : D'Artagnan amoureux ou Cinq ans avant, 1962

haut de page