Scénario 2009

adaptation de Marc Favier
Voici des éléments de mise en scène et de scénographie prévus à Moret-sur-Loing pour l'été 2009.
Mise à jour 25 janvier 2009. Elle ne peut qu'avoir évolué.

Ce qui concerne le Moulin est en bleu
Ce qui concerne le Pré aux Pins en en Noir
Ce qui concerne le Pré Margaron est en Vert
Au micro : en violet

Acte I : L’ENTREE DE D’ARTAGNAN Scène 1. Chez Monsieur d'Artagnan père

MUSIQUE
Pour que chacun puisse s'installer - surtout les parents.


I, 1. CHEZ M. DE TREVILLE.
Séquence 1. Porthos et Aramis

Gardes : Clotilde (Jussac, chef des Gardes)
Richelieu : Françoise
Porthos : Jean-Louis
Tagnan : Flamby
Athos : Vincent
Aramis : Mathieu
Tréville : Sylvain (les 2 premières)
Bouchrisanzos : Orphée
Cassos : Alex
Mousquetaires : Avon, Adrien, Marion, Héloïse, etc.
Meringues : Lannoy (Jessica, Paola), Constance, etc.

Les Mousquetaires se sont placés dès la musique. Ils font leurs mouvements d'entraînement : il y a des bons, il y a des apprentis. Ils sont dirigés et corrigés par des Maîtres d'armes (Avon).
Tréville est entré Fond Cour, en grande conversation avec Richelieu
et ses Gardes.
Les Gardes sont emmenés par Jussac (Clotilde) qui se disposent autour du praticable FC. Ils attendaient sur le banc à Cour derrière le public.

Porthos entre du public, par le milieu, quand les Mousquetaires font les couronnés. Quand il entre, tous l'applaudissent. Il est plutôt à Jardin, dos au public. Il parle au(x) Mousquetaire(s) qui le compliment sur son magnifique baudrier.
Porthos tourne le dos à Aramis qui est plutôt à Cour. Il lit Saint-Augustin.
Autour,sans faire de bruit quand les autres parlent, des Mousquetaires s'entraînent, des dames déambulent, des enfants courent partout.
De Jardin à Cour : Adrien, Marion, Jean-Louis, Mathieu.

Bouchrisanzos - D'honneur, Porthos, vous éblouissez !

Dès que les acteurs parlent, les Mousquetaires peuvent continuer à s'entraîner mais sans bruit. Ils peuvent répéter leurs combats au ralenti.

Porthos - Que voulez-vous, ce baudrier est une folie, je le sais bien, mais c'est la mode.

Cassos - Ah ! Porthos ! il t'aura été donné par la dame voilée avec laquelle je t'ai rencontré l'autre dimanche.

Porthos - Non, sur mon honneur et foi de gentilhomme, je l'ai acheté avec mes propres deniers. N’est-ce pas, Aramis ?

Aramis répond par un signe de tête affirmatif à l'interpellation de son ami qui s'est tourné vers lui.

Bouchrisanzos - Savez-vous que j’ai trouvé Rochefort, l’âme damnée du cardinal, déguisé en capucin ?

Porthos - Si je le tenait, ce Rochefort, il passerait un mauvais moment avec moi.

Aramis - Et vous, vous passeriez un triste moment avec le duc Rouge.

Porthos. Ah ! le duc Rouge ! bravo. “Le duc Rouge”, c’est charmant. Je répandrai le mot, mon cher, soyez tranquille.

Bouchrisanzos - A-t-il de l'esprit, cet Aramis !

Cassos - Quel malheur que vous n'ayez pas pu suivre votre vocation, mon cher ! quel délicieux abbé vous auriez fait !

Aramis - Oh ! ce n'est qu'un retard momentané, un jour, je le serai. Vous savez bien, Porthos, que je continue d'étudier la théologie pour cela.

Porthos. Il le fera.

Cassos - Il n'attend qu'une chose pour se décider tout à fait et pour reprendre sa soutane, qui est pendue derrière son uniforme.

Bouchrisanzos - Et quelle chose attend-il ?

Cassos - Que la reine ait donné un héritier à la couronne de France.

Porthos - Ne plaisantez pas là-dessus, grâce à Dieu, la reine est encore en âge de le donner.

Aramis - On dit que M. de Buckingham est en France …

Porthos - Aramis, mon ami, pour cette fois vous avez tort, et votre tournure d'esprit vous entraîne toujours au-delà des bornes. Si M. de Tréville vous entendait…

Aramis - Allez-vous me faire la leçon, Porthos ?

Porthos - Mon cher, soyez mousquetaire ou abbé, mais pas l'un et l'autre. Vous allez chez Mme d'Aiguillon, et vous lui faites la cour.

Bouchrisanzos - Vous allez chez Mme de Bois-Tracy, la cousine de Mme de Chevreuse, et vous passez pour être fort en avant dans les bonnes grâces de la dame.

Porthos - Oh ! mon Dieu, n'avouez pas votre bonheur, on ne vous demande pas votre secret. On connaît votre discrétion. Mais puisque vous possédez cette vertu, que diable ! Faites-en usage à l'endroit de Sa Majesté. S'occupe qui voudra, et comme on voudra, du roi et du cardinal ; mais la reine est sacrée, et si l'on en parle, que ce soit en bien.

Aramis - Porthos, vous savez que je hais la morale, excepté quand elle est faite par Athos. Quant à vous, mon cher, vous avez un trop magnifique baudrier pour être bien fort là-dessus. Je serai abbé s'il me convient ; en attendant, je suis mousquetaire : en cette qualité, je dis ce qu'il me plaît, et en ce moment il me plaît de vous dire que vous m'impatientez.

Porthos - Aramis !

Aramis - Porthos !

Ils dégainent et combattent.
Les Mousquetaires et les Gardes présents encouragent Porthos et Aramis.

Les Mousquetaires, pendant le combat - Eh ! Messieurs ! Messieurs !

Dès la fin du combat : Richelieu quitte Tréville. Il est entouré de ses Gardes.

Le Laquais, parle dès la sortie de Richelieu du bureau de Téville. Monsieur de Tréville attend Monsieur d'Artagan.

D'Artagnan se précipite et bouscule Richelieu qui sortait.

I, 1. CHEZ M. DE TREVILLE - Séquence 2. Dans le bureau de Tréville

Tréville. Athos ! Porthos ! Aramis !

Tréville gronde. Porthos et Aramis se précipitent. Il ne les regarde pas.
Les Mousquetaires présents se tournent vers Tréville et écoutent.

Savez-vous ce que m'a dit le roi, hier au soir ? Le savez-vous ?

Aramis et Porthos - Non, monsieur, nous l'ignorons.

Tréville - Il m'a dit qu'il recruterait désormais ses mousquetaires parmi les gardes de Monsieur le Cardinal.

Tous - Oh !

Porthos - Et pourquoi cela ?

Tréville - Il voit bien que sa piquette a besoin d'être ragaillardie par du bon vin…

Tréville se tourne enfin vers eux.

Je ne vois pas Athos. Où est-il ?

Aramis - Monsieur, il est malade.

Porthos - On craint la petite vérole...

Tréville - Qu’est-ce que vous me racontez-là, Porthos ? Pas lui !... blessé … Tué peut-être... Messieurs les mousquetaires, je n'entends pas que l'on hante les mauvais lieux, que l’on querelle dans la rue et qu'on joue de l'épée aux carrefours. Je ne veux pas qu'on prête à rire aux gardes du Cardinal, qui ne se laisseraient pas arrêter, eux !... Ils aimeraient mieux mourir sur la place que de faire un pas en arrière ... Se sauver, détaler, fuir, c'est bon pour les mousquetaires du roi ! Six gardes de Son Éminence arrêtent six mousquetaires de Sa Majesté ! Je vais de ce pas donner ma démission de capitaine des mousquetaires pour demander une lieutenance dans les gardes, et s'il me refuse, morbleu ! je me fais abbé.

Porthos - Nous étions six contre six, mais nous avons été pris en traître, et avant que de tirer nos épées, deux d'entre nous étaient morts, et Athos, blessé grièvement. Nous ne nous sommes pas rendus, non ! on nous a entraînés de force. Et en chemin, nous nous sommes sauvés.

Athos entre de Jardin et s'avance vers Tréville. Il a un pansement sur sa blessure.

Tréville. Je ne savais pas cela.

Aramis, Porthos et Tréville. Athos !

Athos. Vous m'avez demandé, Monsieur ? Que me voulez-vous ?

Tréville. J'étais en train de dire que je défends à mes mousquetaires d'exposer leurs jours sans nécessité. Votre main, Athos.

Tréville se précipite vers Athos et lui sert la main vigoureusement. Dans un cri de douleur, Athos s'effondre comme s'il était mort.
Tréville revient à son cabinet. D'Artagnan en profite pour y entrer aussi.
S'il entre assez tôt, d'Artagnan bouscule Richelieu et demande à voir Tréville aux Mousquetaires présents.

Un chirurgien ! Le mien, celui du roi, le meilleur ! Un chirurgien ! ou mon brave Athos va trépasser.

Après s'être précipités pour soigner Athos, les escrimeurs d'Avon sortent de tout côté pour se changer en Gardes.

I, 1. CHEZ M. DE TREVILLE - Séquence 3. D’Artagnan et Tréville seuls

Tréville est méfiant puis sceptique : ce peut être un agent du Cardinal.

Tréville. Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?

D’Artagnan. Que m'apèri d'Artanhan. Que vengui de Tarba... [Je m’appelle D’Artagnan. Je viens de Tarbes ...]

Tréville. Perdon, mon car compatriòte. Qu'èi aimat força lo vòste pair. [Pardon, mon cher compatriote. J'ai beaucoup aimé votre père. Que puis-je faire pour son fils ? ]

D’Artagnan. Monsieur, en venant ici, je me proposais de vous demander une casaque de mousquetaire ; mais, après tout ce que je vois depuis deux heures, je tremble de ne point la mériter.

Tréville - C'est une faveur en effet ; et je vous annonce avec regret qu'on ne reçoit personne mousquetaire avant l'épreuve préalable de quelques campagnes ou de certaines actions d'éclat.

D’Artagnan - Hélas, Monsieur, je vois combien la lettre de recommandation que mon père m'avait remise pour vous me fait défaut aujourd'hui !

Tréville. Je m'étonne, en effet, que vous ayez entrepris un aussi long voyage sans ce viatique.

D’Artagnan. On me l'a volée, monsieur.

D'Artagnan raconte son aventure en mimant la scène de Saint-Dyé et en se donnant un beau rôle.

Tréville. Vous aviez donc parlé de moi ?

D’Artagnan. Oui, monsieur. A un homme qui attendait une femme qu'il appelait Milady ?

D'Artagnan reste songeur amoureux.

Tréville. Ce gentilhomme n'avait-il pas une légère cicatrice à la tempe ?

D’Artagnan. Comme le ferait l'éraflure d'une balle.

Tréville. N’était-ce pas un homme de belle mine ?

D’Artagnan. Oui.

Tréville. De haute taille ?

D’Artagnan. Oui.

Tréville. Pâle de teint et brun de poil ?

D’Artagnan. Comment se fait-il, Monsieur, que vous connaissiez cet homme ?

D'Artagnan croit que Tréville est ami avec Rochefort.

Ah ! si jamais je le retrouve, et je le retrouverai, je vous le jure, fût-ce en enfer...

Tréville. Il attendait cette femme ?

D’Artagnan - Il lui remettait une boîte qui contenait ses instructions. À n’ouvrir qu'à Londres.

Tréville. C’est lui ! Je le croyais à Bruxelles !

D’Artagnan. Son nom ! Je veux me venger !

Tréville. Gardez-vous-en bien, jeune homme. Ne vous heurtez pas à un pareil rocher : il vous briserait comme un verre.

D’Artagnan. Si jamais je le retrouve...

Il voit passer Rochefort. Il s'élance et tombe sur Athos.

Mon voleur. Il ne m'échappera pas, cette fois. Ah ! traître !

Sur ce cri, Athos se trourne vers d'Artagnan qui le heurte par l'épaule droite, celle qui est blessée.

I, 1. CHEZ M. DE TREVILLE. Séquence 4. L’épaule d’Athos

Les Mousquetaires se sont remis en place : Athos seul en Cour ; Porthos en Milieu parmi les Mousquetaires ; Aramis à Jardin environné de femmes.
D'Artagnan se tourne vers Athos.

D’Artagnan. Excusez-moi, mais je suis pressé.

D'Artagnan veut partir ; Athos le retient par le bras.

Athos. Vous êtes pressé ! sous ce prétexte, vous me heurtez, vous dites : " Excusez-moi " , et vous croyez que cela suffit ?

D'Artagnan fait un mouvement pour partir. Athos le fait passer de l'autre côté, en Cour.

Pas tout à fait, mon jeune homme. Croyez-vous, parce que vous avez entendu M. de Tréville nous parler un peu cavalièrement aujourd'hui, que l'on peut nous traiter comme il nous parle ? Détrompez-vous, compagnon, vous n'êtes pas M. de Tréville, vous.

D’Artagnan. Je ne l'ai pas fait exprès, j'ai dit : « Excusez-moi. » Il me semble que c'est assez. Lâchez-moi et laissez-moi aller où j'ai affaire.

Athos. Monsieur, vous n'êtes pas poli. On voit que vous venez de loin.

D’Artagnan. Monsieur, de si loin que je vienne, ce n'est pas vous qui me donnerez une leçon de belles manières !

Athos. Monsieur l'homme pressé, vous me trouverez sans courir, entendez-vous ?

D’Artagnan. Et où cela, s'il vous plaît ?

Athos. Près des Carmes-Deschaux. À midi.

D’Artagnan. C'est bien. J'y serai !

I, 1. CHEZ M. DE TREVILLE. Séquence 5. Le baudrier de Porthos

Athos sort à Cour.
D'Artagnan s'élance vers Rochefort. Il s'emmêle dans le manteau de Porthos et dévoile la supercherie : "
le baudrier est d'or par-devant et de simple buffle par-derrière." Cela provoque les rires des Mousquetaires.

Porthos - Vous êtes donc enragé de vous jeter comme cela sur les gens !

D’Artagnan. Excusez-moi, je cours après quelqu'un et ...

Porthos. Je vous étrillerai, monsieur. A une heure, derrière le Luxembourg.

D’Artagnan. Très bien, à une heure.

I, 2. AU COUVENT DES CARMES - Séquence 1. Le mouchoir d’Aramis

Mousquetaires : Orphée, Alex, Adrien, Clotilde

Porthos et les Mousquetaires sort dans le public, en Milieu.
D'Artagnan court toujours après Rochefort, il bute sur Aramis, le mouchoir tombe sans que personne ne le voit. Rochefort est maintenant trop loin. D'Artagnan revient et ramasse le mouchoir qu'il tend à Aramis.
Pendant cette scène, Athos est revenu à Cour et fume tranquillement sa pipe.

D’Artagnan. Je crois, Monsieur, que voici un mouchoir que vous seriez fâché de perdre.

Les Mousquetaires examinent le mouchoir.

Bouchrisanzos. Un mouchoir de dentelle !

Tranchdeussos - Brodé, ma chère !

Cassos - Un trophée, Aramis ?

Tranchdeussos - Aramis perd le linge fin de ses maîtresses parmi les couloirs.

Cassos - Voyez le galant homme !

Aramis. Vous vous trompez, Messieurs, ce mouchoir n'est pas à moi, et je ne sais pourquoi Monsieur a eu la fantaisie de me le remettre plutôt qu'à l'un de vous, et la preuve de ce que je dis, c'est que voici le mien dans ma poche.

Bouchrisanzos - Bois-Tracy est de mes intimes, et je ne veux pas qu'on fasse trophée des effets de sa femme.

Aramis. Je suis son ami non moins tendre que tu peux l'être toi-même ; de sorte qu'à la rigueur ce mouchoir peut aussi bien être sorti de ta poche que de la mienne.

Bouchrisanzos - Non, sur mon honneur !

Aramis. Et moi sur ma parole. Il y en a un de nous qui ment. Tiens, prenons-en chacun la moitié.

Aramis déchire le mouchoir en deux. Puis il s'éloigne fièrement. D'Artagnan le rattrapa.

Cassos - Le jugement du roi Salomon. Aramis, tu es plein de sagesse.

D’Artagnan - Monsieur, vous m'excuserez, je l'espère.

Aramis - Voici une dame compromise par votre étourderie. Pourquoi avez-vous eu la maladresse de me rendre le mouchoir ?

D’Artagnan - Pourquoi avez-vous eu celle de le laisser tomber ?

Aramis. J'ai dit et je répète, Monsieur, que ce mouchoir n'est point sorti de ma poche.

D’Artagnan. Eh bien, vous en avez menti deux fois, Monsieur, car je l'en ai vu sortir, moi !

Aramis. Ah ! vous le prenez sur ce ton, Monsieur le Gascon ! eh bien, je vous apprendrai à vivre.

D’Artagnan. Et moi je vous renverrai à votre messe, Monsieur l'abbé !

Aramis. Dégainez, s'il vous plaît, et à l'instant même.

D’Artagnan. Non, à deux heures si cela est possible.

Aramis. Soit !

Ils se saluent. D'Artagnan reste seul un instant.

D’Artagnan - Une chose est sûre, ce soir je serai tué. Mais au moins, je le serai par un mousquetaire !

D'Artagnan rejoint Athos qui attendait en Cour.

I, 2. AU COUVENT DES CARMES - Séquence 2. Les 4 Mousquetaires.

Athos. Monsieur, j'ai fait prévenir deux de mes amis qui me serviront de témoins.

D'Artagnan n'aborde son adversaire que le chapeau à la main et sa plume traînant jusqu'à terre.

D’Artagnan - Je n'ai pas de témoins, moi, Monsieur, car arrivé d'hier seulement à Paris, je n'y connais encore personne que M. de Tréville.

Athos - Mais si je vous tue, j'aurai l'air d'un mangeur d'enfants, moi !

D’Artagnan - Pas trop, puisque vous me faites l'honneur de tirer l'épée contre moi avec une blessure qui vous incommode.

Athos grimace de sa douleur à l'épaule.

Athos - Vous m'avez fait un mal du diable, je dois le dire ; mais je prendrai la main gauche, c'est mon habitude en pareille circonstance. Je tire proprement des deux mains.

D’Artagnan - Si vous vouliez, j'ai un baume miraculeux pour les blessures qui, j’en suis sûr, vous guérira en trois jours. Et alors, je serai votre homme.

Athos - Voici une proposition qui me plaît et qui sent son gentilhomme mais je la refuse. Si nous ne nous tuons pas, j'aurai un vrai plaisir à vous revoir. Ah ! en voici un. Et le second. C'est avec Monsieur que je me bats.

Porthos et Aramis viennent d'où ils étaient sortis. D'Artagnan voulait serrer la main à chacun mais comme il voit que ce sont ses prochains adversaires, il est soupé dans ses élans.

Porthos. C'est avec lui que je me bats aussi.

D’Artagnan - Mais à une heure seulement.

Aramis. Et moi aussi, c'est avec Monsieur que je me bats.

D’Artagnan - A deux heures.

Aramis - A propos de quoi te bats-tu, Athos ?

Athos. Il m'a fait mal à l'épaule. Et toi, Porthos ?

Porthos. Je me bats … parce que je me bats.

D’Artagnan. Nous avons eu une discussion sur la toilette.

Athos. Et toi, Aramis ?

Aramis. Pour cause de théologie.

D’Artagnan. Oui, un point de saint Augustin sur lequel nous ne sommes pas d'accord.

Un temps de suspension suit le gros mensonge de d'Artagnan.

Et maintenant que vous êtes rassemblés, permettez-moi de vous faire mes excuses. Je vous demande excuse dans le cas où je ne pourrais vous payer ma dette à tous trois, car M. Athos a le droit de me tuer le premier, ce qui ôte beaucoup de sa valeur à votre créance, Monsieur Porthos, et ce qui rend la vôtre à peu près nulle, Monsieur Aramis. Et maintenant, en garde !

Athos. Quand vous voudrez, Monsieur.

Ils commencent à combattre.

I, 2. AU COUVENT DES CARMES - Séquence 3. Le Grand duel

Contre Tagnan : Alex/Orphée
Contre Porthos : Elseline/Clotilde
Contre Athos : Julie
Contre Aramis : Mélodie/Clotilde

Dès le début du combat, les Gardes entrent de Jardin.
D'Artagnan se trouve écarté à Cour. Il a du mal à renter dans la conversation.

Aramis t Porthos. Les gardes du cardinal ! L'épée au fourreau !

Jussac. On se bat donc ici ? Et les édits, qu'en faisons-nous ?

Porthos. Vous êtes bien généreux, Messieurs les gardes. Si nous vous voyions battre, je vous réponds, moi, que nous nous garderions bien de vous en empêcher.

Jussac. Rengainez donc, s'il vous plaît, et suivez-nous.

Aramis. Impossible : M. de Tréville nous l'a défendu.

Jussac. Vous désobéissez ?

Les Mousquetaires et les Gardes se disposent face à face. C'est un triangle tronqué en son sommet et dont la base est la plus large possible vers le public.
Athos prend Cahusac. Ils combattront en FM.
Porthos a Biscarat (Jacky). Ils combattront en J
Aramis combattra en profondeur en Cour contre Coursansac et Neudessac.
D’Artagnan combattra en AM contre Jussac.

Athos. Ils sont cinq et nous trois. Nous serons encore battus. Et il nous faudra mourir ici, car je ne reparais pas vaincu devant le capitaine.

D'Artagnan s'avance parmi ses nouveaux amis.

D’Artagnan. Il me semble que nous sommes quatre. Je n'ai pas l'habit, mais mon cœur est mousquetaire.

Jussac. Écartez-vous, jeune homme, nous y consentons.

Athos. Nous ne serons que trois, dont un blessé, plus un enfant, et l'on n'en dira pas moins que nous étions quatre hommes.

Ils se serrent la main.

Porthos. Comment vous appelle-t-on, mon brave ?

D’Artagnan. Tagnan, Monsieur. D'ar-Tagnan.

Athos. Eh bien, Athos, Porthos, Aramis et D’Artagnan, en avant !

Ils font le salut des Mousquetaires.

Tous. Nous sommes les Cadets de Gascogne

De Carbon de Casteljaloux.
Œil d'aigle, jambe de cigogne,
Moustache de chat, dents de loup,
Fendant la canaille qui grogne.
Nous sommes les Cadets de Gascogne …

Jussac. Mousquetaires, vous êtes braves. Mais êtes-vous téméraires ?

Et les neuf combattants se précipitèrent les uns sur les autres avec une furie qui n'excluait pas une certaine méthode.

LES COMBATS

Athos prend Cahusac. Ils combattent en FM. Athos, que son extrême courage soutenait seul, tombe sur un genou. Cahusac blesse Athos

D’Artagnan. Lui, laissez-le moi !

Porthos et Biscarat combattent en J : "Biscarat et Porthos venaient de faire coup fourré : Porthos avait reçu un coup d'épée au travers du bras, et Biscarat au travers de la cuisse. Mais comme ni l'une ni l'autre des deux blessures n'était grave, ils ne s'en escrimaient qu'avec plus d'acharnement."Aramis combat en profondeur en C contre Coursansac et Neudessac. Il en blesse un rapidement.

Aramis - Faites vos prières Jussac ! À la fin de l'envoi, je touche!

D’Artagnan combat en AM contre Jussac. "Quant à d'Artagnan, il se trouva lancé contre Jussac lui-même. Le coeur du jeune Gascon battait à lui briser la poitrine, non pas de peur, Dieu merci ! il n'en avait pas l'ombre, mais d'émulation ; il se battait comme un tigre en fureur, tournant dix fois autour de son adversaire, changeant vingt fois ses gardes et son terrain. Jussac était, comme on le disait alors, friand de la lame, et avait fort pratiqué ; cependant il avait toutes les peines du monde à se défendre contre un adversaire qui, agile et bondissant, s'écartait à tout moment des règles reçues, attaquant de tous côtés à la fois, et tout cela en parant en homme qui a le plus grand respect pour son épiderme. Enfin cette lutte finit par faire perdre patience à Jussac. Furieux d'être tenu en échec par celui qu'il avait regardé comme un enfant, il s'échauffa et commença à faire des fautes. D'Artagnan, qui, à défaut de la pratique, avait une profonde théorie, redoubla d'agilité. Jussac, voulant en finir, porta un coup terrible à son adversaire en se fendant à fond ; mais celui-ci para prime, et tandis que Jussac se relevait, se glissant comme un serpent sous son fer, il lui passa son épée au travers du corps. Jussac tomba comme une masse. D'Artagnan jeta alors un coup d'oeil inquiet et rapide sur le champ de bataille…" il vient secourir Athos. Jussac a abandonné son épée en AM.
Athos, blessé de nouveau par Cahusac (…) se battait de la main gauche.
D'Artagnan, selon les lois du duel de cette époque, pouvait secourir quelqu'un (…). Athos serait mort plutôt que d'appeler au secours ; mais il pouvait regarder, et du regard demander un appui. D'Artagnan le devina, fit un bond terrible et tomba sur le flanc de Cahusac en criant :

D’Artagnan. À moi, Monsieur le garde, je vous tue !

Athos. Ne le tuez pas ; j'ai une vieille affaire à terminer avec lui, quand je serai guéri et bien portant. Désarmez-le seulement.

D'Artagnan désarme Cahusac MM. Athos reprend l’épée de Jussac en AM et attaque Cahusac.
Aramis : sur ces phrases, il a blessé Coursansac qui est sorti avec son épée. Puis il renverse Neudessac qui pose son épée.
Porthos désarme Biscarat.
Athos finit en AJ, Porthos

en FJ, D'Artagnan en FC, Aramis en AC
Porthos fait son coup fourré puis commence à tourner pour mettre Biscarat au MM

Porthos. Quelle heure peut-il bien être ? je vous fait mes compliments sur la compagnie que vient d'obtenir votre frère dans le régiment de Navarre.

Porthos. Allez, Biscarat, rends-toi.

Biscarat. Ici mourra Biscarat, seul de ceux qui sont avec lui.

Jussac. Mais ils sont quatre contre toi ; finis-en, je te l'ordonne.

Biscarat. Ah ! si tu l'ordonnes, c'est autre chose. Comme tu es mon brigadier, je dois obéir.

Biscarat casse son épée.

Porthos. Eh bien ! Voilà une splendide revanche.

D’Artagnan. Hé bien, messieurs, reprenons où nous en étions restés.

Athos. Vous ?... Toi... Dans mes bras, plutôt !...

Embrassades.

Attention ! Mon épaule !

D’Artagnan. Amis ?

Athos. Amis.

D’Artagnan. Un pour tous.

Tous. Tous pour un.

Aramis. Partons, avant que les Cardinalistes ne reviennent en nombre.

Ils sortent en AC. D'Artagnan s'apprête à sortir mais il revient sur ses pas pour son aparté.

D’Artagnan. Si je ne suis pas encore mousquetaire, au moins me voilà reçu apprenti !


I, 3. SA MAJESTE LE ROI LOUIS TREIZIEME.

Louis 13 : Jessica/Nathalie
Lannoy : Jessica/Paola
Séguier : Stéphane
Meringues

Dès que d'Artagnan est sorti, Tréville entre par FC.
Louis XIII est dans le public. Il est accompagné de Séguier, Mme de Lannoy et de courtisanes.

Louis XIII - Venez ici, Monsieur le capitaine, que je vous gronde.

Tréville s'avance en AJ.

Savez-vous que Son néné… Son Eminence est venue se plaindre de vos diables de moustiquaires ?

Tréville - Ce sont de douces créatures, et qui n'ont qu'un désir : que leur épée ne sorte du fourreau que pour le service de Votre Majesté.

Louis XIII - On dirait qu'il parle d’une coco… d'une communauté religieuse !

On entend le rire de Mme de Lannoy.

Et ils n'étaient pas seuls, vos mousquetaires, il y avait avec eux un enfant ?

Tréville - Oui, Sire, et un homme blessé, de sorte que trois mousquetaires du roi, dont un blessé, et un enfant, non seulement ont tenu tête à cinq des plus terribles gardes de M. le cardinal, mais encore en ont porté quatre à terre.

Louis XIII. Je veux voir vos diables de Mousquetaires.

Tréville - Sire, je m'en suis fait accompagner.

Ils s'avancent mais restent à Cour.

Louis XIII. Venez, mes braves, j'ai à vous gronder.

Ils s'avancent et prennent tout le plateau. Ils mettent un genou à terre.
Les Courtisanes qui étaient autour de Louis XIII tournent autour des beaux soldats.

Ainsi, à vous quatre, vous avez mis hors de combat sept gardes de Son Éminence ! Un par hasard, je ne dis pas ; mais sept en deux jours, c'est trop trop, c'est beaucoup trop trop.

On entend le rire de Mme de Lannoy.

Tréville - Votre Majesté voit qu'ils viennent tout contrits et repentants.

Louis XIII - Des faces hypocrites. Il y a surtout là-bas une figure de gaga… de Gascon. Venez ici. Un vrai dédé… Un vrai démon, à ce qu'il paraît ! Votre nom ?

D'Artagnan s'avance.

D’Artagnan. D’Artagnan, M'sieur. Euh … Sire.

Athos, Porthos et Aramis, soufflant. - Sire.

Louis XIII. Séguier, trouvez-moi quarante pistoles.

Séguier sort pour les chercher.

Et maintenant, voyons, jeune homme, la main sur la concon… la conscience, comment cela s'est-il passé ?

D’Artagnan. Sire, j'étais en train de régler une affaire avec mes amis, quand arrivent Monsieur de Jussac et les gardes du Cardinal. Nous les saluons poliment.(Grommelot) Quand je me suis réveillé, Jussac était couché à mes pieds, ses yeux étaient ouverts. Il y avait du sang partout...

Louis XIII fait signe à Séguier pour qu'il donne la bourse de 40 pistoles à Tréville - qui la donnera aux Mousquetaires.

Louis XIII. C'est comme cela que Monsieur le Cardinal m'a décrit la chose. Sept hommes en deux jours, et de ses plus chers ; mais c'est assez comme cela, Messieurs, entendez-vous !

Tous. Sire, oui, Sire.

Louis XIII. Merci de votre dévouement, Messieurs. J'y puis compter, n'est-ce pas ?

Tous. Nous nous ferions couper en quatre pour Votre Majesté.

Louis XIII. Restez entiers : vous me serez plus utiles.

Ils sortent en FC, sauf D'Artagnan. Porthos récupère Planchet qui était au bord de l'eau et l'amène FC, chez d'Artagnan.

Tréville, placez ce jeune homme dans la compagnie des gardes de M. le chevalier des Essarts, votre beau-frère. Qu’il le prenne comme cadet.

D’Artagnan. Sire, je donnerai dix années de ma vie pour troquer cette casaque contre celle des Mousquetaires.

Tréville - Vous le serez, dans deux ou trois ans, si l'occasion se présente de rendre quelque service au roi ou de faire quelque action d'éclat.

D'Artagnan sort FC rejoindre Planchet.

Louis XIII. Tréville, je me réjouis de la grimace que va faire le cardinal : il sera furieux, mais cela m'est égal ; je suis dans mon droit.

Tréville rejoint Louis XIII dans le public

ACTE II : LES FERRETS

Scène 1. D’ARTAGNAN CHEZ BONACIEUX - Séquence 1 : D’Artagnan, Planchet et Bonacieux

Silhouette Constance: Monique
Silhouette Garde qui amène les bouteilles: Max
Silhouette Gardes : Laurène, Max, Marielle, Aurore, Armande, Isabelle, Martine, Jacques, Pascal
Planchet : Jessica/Clément

Porthos va chercher Planchet assis près de l'eau, et l'amène à d'Artagnan
D'Artagnan botte dans Planchet, endormi sur sa couverture.

D’Artagnan - Maître Planchet ! Que mangerons-nous aujourd'hui ?

Planchet - Rien, monsieur.

D’Artagnan - Comment, rien ? Vous faites un drôle de valet. Je me demande pourquoi mon ami Porthos vous a si chaudement recommandé.

Planchet - Pass’ que je f’sais des ronds dans l'eau. En crachant... ça lui a beaucoup plu. Il m'a dit qu’ cette occupation était la preuve d'une organisation réfléchie et contemplative. Et il a ajouté : « Va chez l’ chevalier d’Artagnan, qui demeure chez l’ sieur Bonacieux, car le chevalier tout-à-coup par la grâce du roi d’ France est dev’nu riche ». Il a oublié de m’ dire que j' devrais coucher à même le sol, et dans une méchante couverture.

D’Artagnan - Mes amis ont bien raison de dire qu’il en est des valets comme des femmes, il faut les mettre tout de suite sur le pied où l'on désire qu'ils restent.

Planchet - Si au moins, vous arrêtiez de me battre à tout propos.

D’Artagnan - C’est pour t’empêcher de quitter mon service sans ma permission.

Entrée de Bonacieux par Jardin. Il a des bouteilles en main.

Monsieur mon propriétaire.

Bonacieux. Ce que j’ai à vous dire est important et confidentiel.

Sortie de Planchet en FC avec les bouteilles.

J'ai entendu parler de M. d’Artagnan comme d'un jeune homme fort brave …

D’Artagnan - Parlez, Monsieur.

Bonacieux. … et comme depuis trois mois que vous êtes chez moi, et que, distrait sans doute par vos grandes occupations, vous avez oublié de me payer mon loyer ; comme, dis-je, je ne vous ai pas tourmenté un seul instant, j'ai pensé que vous auriez égard à ma délicatesse et que je pouvais vous confier un secret.

D’Artagnan - Si je puis vous être bon à quelque chose...

Bonacieux - J'ai ma femme qui est lingère chez la reine. On me l'a fait épouser voilà bientôt trois ans, bien qu'elle n'eût qu'un petit avoir.

D’Artagnan - Au fait, Monsieur, au fait.

Lumières sur le Moulin, scène muette de l'évasion de Constance : elle est assise sur la pierre du milieu, des Gardes sont autour. Ils sont image arrêtée : Marielle en AJ, Pascal FJ, Isabelle FC, Jacques AC.
Un moment. Puis ils tournent autour de Constance.

Bonacieux - Eh bien, ma femme a été enlevée hier matin en sortant de son travail.

D’Artagnan - Et par qui ?

Bonacieux - Je ne suis sûr de rien, Monsieur, mais je soupçonne un homme qui la poursuivait depuis longtemps.

D’Artagnan - Diable !

Bonacieux - Je ne crois pas que c’est à cause de ses amours que ma femme a été arrêtée, mais à cause de celles d'une plus grande dame qu'elle.

D’Artagnan - Ah ! ah ! serait-ce à cause des amours de Madame de Bois-Tracy ?

Bonacieux - Plus haut, Monsieur, plus haut.

D’Artagnan - Mademoiselle Combalet avec le Cardinal ?

Bonacieux - Visez plus haut.

D’Artagnan - Mme d'Aiguillon ? Mme de Chevreuse ? La...

Bonacieux acquiesce de la tête.

Et avec qui ?

Après qu'ils aient fait un tour : au balcon du moulin, un Garde (Bruno ou Max) apparaît avec des bouteilles. Après un temps, il descend. Les Gardes se rapprochent de la pointe de l'île pour trinquer.

Bonacieux - La reine croit qu'on a écrit au duc de Buckingham en son nom pour le faire venir à Paris et l'attirer dans un piège.

D’Artagnan - Mais votre femme, qu'a-t-elle à faire dans tout cela ?

Bonacieux - On connaît son dévouement pour la reine, et l'on veut ou l'éloigner de sa maîtresse, ou l'intimider pour avoir les secrets de Sa Majesté, ou la séduire pour se servir d'elle comme d'un espion.

D’Artagnan - C'est probable ; mais l'homme qui l'a enlevée, le connaissez-vous ?

Bonacieux - Oui, ma femme me l'a montré un jour. C'est un seigneur de haute mine, poil noir, teint basané, œil perçant, dents blanches et une cicatrice à la tempe. Voici une lettre que j'ai reçu ce matin. « Ne cherchez pas votre femme, elle vous sera rendue quand on n'aura plus besoin d'elle. Si vous faites une seule démarche pour la retrouver, vous êtes perdu. »

D’Artagnan - Après tout, ce n'est qu'une menace.

Bonacieux - Je ne suis pas un homme d'épée, moi, et j'ai peur de la Bastille... Vous voyant entouré de mousquetaires, j'ai pensé que, tout en rendant justice à notre pauvre reine, vous seriez enchantés de jouer un mauvais tour à Son Éminence.

D’Artagnan - Bien.

Bonacieux - Et puis j'ai pensé ne jamais vous parler de votre loyer tant que vous me ferez l'honneur de rester chez moi.

D’Artagnan - Très bien.

Bonacieux - Ajoutez une cinquantaine de pistoles.

Porthos, Aramis et Athos apparaissent et font fuir Rochefort.

D’Artagnan - Vous êtes donc riche, mon cher Monsieur Bonacieux ?

Bonacieux voit Rochefort qui les espionnait.Bonacieux s'enfuit par où il est entré. D'Artagnan s'élance. Il bute sur Athos, Porthos et Aramis.

Bonacieux. Ah !

D’Artagnan - Quoi ?

Bonacieux. Là, un homme enveloppé dans un manteau.

D’Artagnan et Bonacieux. C’est lui.

Bonacieux sort par FJ. Ils rejoint les Gardes qui attendent vers la Poubelle.
Les Gardes le suivront à 5 m.

Porthos. Où cours-tu ainsi ?

D’Artagnan - Mon homme de Saint-Dyé !

Quand d'Artagnan et Bonacieux sont sortis, au moulin le garde sort la deuxième bouteille. Constance en profite pour s'évader.

II, 1. D’ARTAGNAN CHEZ BONACIEUX - Séquence 2. Avec ses amis.

Gardes : Clotilde (Jussac, chef des Gardes)

D'Artagnan revient chez lui. Les Mousquetaires se sont installés et ont entamé les bouteilles amenées par Bonacieux.

Athos. Eh bien ?

D’Artagnan. Il a disparu comme un fantôme.

Porthos brandit les bouteilles.

Porthos. Les affaires s'arrangent.

D’Artagnan. De la part de mon propriétaire.

Porthos et Aramis. Comment cela ?

D’Artagnan. Il y a une femme enlevée. Qu'on menace sans doute. Qu'on torture peut-être.

Aramis. Dieu s’est fait homme, soit; le Diable s’est fait femme.

D’Artagnan. Ce n'est pas Mme Bonacieux qui m'inquiète mais la reine, que le roi abandonne, que le cardinal persécute, et qui voit tomber, les unes après les autres, les têtes de tous ses amis.

Athos. Votre affaire n'est pas mauvaise.

Athos vide une bouteille. Bonacieux entre précipitamment. Il se cache derrière les Mousquetaires.
Au moulin : les gardes s'aperçoivent de l'évasion de Constance, ils partent à sa poursuite.

Bonacieux. Il y a des hommes qui viennent pour m'arrêter ; au nom du ciel sauvez-moi !

D’Artagnan. Un moment, ce n'est pas du courage qu'il faut ici, c'est de la prudence.

Entrée de Jussac et des Gardes (Nicolas, Laurène, Marion).

Entrez, Messieurs, vous êtes ici chez moi, et nous sommes tous de fidèles serviteurs du roi et de M. le cardinal.

Jussac. Alors, vous ne vous opposerez pas à ce que nous exécutions les ordres que nous avons reçus ?

Bonacieux. Vous m'avez promis...

D’Artagnan. Nous ne pouvons vous sauver qu'en restant libres, et si nous faisons mine de vous défendre, on nous arrête avec vous. Je l'ai vu aujourd'hui pour la première fois, et pour réclamer mon loyer.

Bonacieux. C'est la pure vérité.

D’Artagnan. Allez, allez, Messieurs, emmenez cet homme !

Les Gardes ( dont Clotilde) emmènent Bonacieux par AM. Au moins 2 Gardes restent. Rochefort dispose ses hommes pour tendre une embuscade à Constance : 1 en J, 1 en FM, 1 derrière le poteau C. Il peut y en voir d'autres (dans le public aussi).

Et maintenant, tous pour un …

Tous. … Un pour tous.

Scène muette sur le Moulin, jusqu'à l'arrivée de Bonacieux sur le plateau principal. On ira sans doute pas jusqu'à l'arrivée d'Athos.

Bonacieux : Monique
Commissaire : Max
Gardes : Autres

Ils se sont changés et attendent sur les pierres. Quand on éclaire un peu, ils se mettent en place.
Le Commissaire est dressé en haut de la pierre centrale. Bonacieux est devant lui, à genou. Les Gardes qui ont amené BONACIEUX sont autour.
Dumas : "Depuis quelque temps on a vu arriver Bonacieux escorté des soldats qui l’avaient arrêté. Il est, de la part de ceux qui l’ont amené, l'objet des plus grossières injures et des plus farouches traitements. Il entre dans une chambre basse dans laquelle il n’y a pour tout meuble qu’une table, une chaise et un commissaire. Le commissaire était assis sur la chaise et occupé à écrire sur la table. Deux gardes conduisent le prisonnier devant la table et, sur un signe du commissaire, s'éloignèrent hors de la portée de la voix. Le commissaire, qui jusque-là a tenu sa tête baissée sur ses papiers, la relève pour voir à qui il a affaire."

Description du Commissaire
Ce commissaire était un homme à la mine rébarbative, au nez pointu, aux pommettes jaunes et saillantes, aux yeux petits mais investigateurs et vifs, à la physionomie tenant à la fois de la fouine et du renard. Sa tête, supportée par un cou long et mobile, sortait de sa large robe noire en se balançant avec un mouvement à peu près pareil à celui de la tortue tirant sa tête hors de sa carapace.
Anonyme, le Commissaire n’est pas un inquisiteur. Il fait honnêtement son travail. Son interrogatoire contraste fortement avec celui que fait RICHELIEU. Il questionne BONACIEUX pour l’user.

Bonacieux
Le fond du caractère de maître Bonacieux était un profond égoïsme mêlé à une avarice sordide, le tout assaisonné d'une poltronnerie extrême. L'amour que lui avait inspiré sa jeune femme, étant un sentiment tout secondaire, ne pouvait lutter avec les sentiments primitifs que nous venons d'énumérer.

Commissaire. Nom et prénoms, âge, état et domicile.

Bonacieux. Jacques-Michel Bonacieux, âgé de cinquante et un ans, mercier retiré demeurant rue des Fossoyeurs, n° 11.

Le commissaire alors lui fait un grand discours sur le danger qu'il y a pour un bourgeois obscur à se mêler des choses publiques. Il complique cet exorde d'une exposition dans laquelle il raconte la puissance et les actes de M. le cardinal, ce ministre incomparable, ce vainqueur des ministres passés, cet exemple des ministres à venir : actes et puissance que nul ne contrecarrait impunément. Après cette deuxième partie de son discours, fixant son regard d'épervier sur le pauvre Bonacieux, il l'invite à réfléchir à la gravité de sa situation.

Bonacieux, timidement. Mais, Monsieur le commissaire, croyez bien que je connais et que j'apprécie plus que personne le mérite de l'incomparable Eminence par laquelle nous avons l'honneur d'être gouvernés.

Commissaire, d'un air de doute. Mais s'il en était véritablement ainsi, comment seriez-vous à la Bastille ?

Bonacieux. Comment j'y suis, ou plutôt pourquoi j'y suis, voilà ce qu'il m'est parfaitement impossible de vous dire, vu que je l'ignore moi-même ; mais, à coup sûr, ce n'est pas pour avoir désobligé, sciemment du moins, M. le cardinal.

Commissaire. Il faut cependant que vous ayez commis un crime, puisque vous êtes ici accusé de haute trahison.

Bonacieux, épouvanté. De haute trahison ! et comment voulez-vous qu'un pauvre mercier qui déteste les huguenots et qui abhorre les Espagnols soit accusé de haute trahison ? Réfléchissez, Monsieur, la chose est matériellement impossible.

Commissaire, regardant l'accusé comme si ses petits yeux avaient la faculté de lire jusqu'au plus profond des cœurs. Monsieur Bonacieux, vous avez une femme ?

Bonacieux, tout tremblant, sentant que c'était là où les affaires allaient s'embrouiller. Oui, Monsieur c'est-à-dire, j'en avais une.

Commissaire. Comment ? vous en aviez une ! qu'en avez-vous fait, si vous ne l'avez plus ?

Bonacieux. On me l'a enlevée, Monsieur.

Commissaire. On vous l'a enlevée ? Ah !

Bonacieux sentit à ce " ah ! " que l'affaire s'embrouillait de plus en plus.

Commissaire. On vous l'a enlevée ! et savez-vous quel est l'homme qui a commis ce rapt ?

Bonacieux. Je crois le connaître.

Commissaire. Quel est-il ?

Bonacieux. Songez que je n'affirme rien, Monsieur le commissaire, et que je soupçonne seulement.

Commissaire. Qui soupçonnez-vous ? Voyons, répondez franchement.

M. Bonacieux est dans la plus grande perplexité : doit-il tout nier ou tout dire ? En niant tout, on pouvait croire qu'il en savait trop long pour avouer ; en disant tout, il faisait preuve de bonne volonté. Il se décide donc à tout dire.

Bonacieux. Je soupçonne un grand brun, de haute mine, lequel a tout à fait l'air d'un grand seigneur ; il nous a suivis plusieurs fois, à ce qu'il m'a semblé, quand j'attendais ma femme devant le guichet du Louvre pour la ramener chez moi.

Commissaire. Et son nom ?

Bonacieux. Oh ! quant à son nom, je n'en sais rien, mais si je le rencontre jamais, je le reconnaîtrai à l'instant même, je vous en réponds, fût-il entre mille personnes.

Le front du commissaire se rembrunit.

Commissaire. Vous le reconnaîtriez entre mille, dites-vous ?

Bonacieux, qui voit qu'il a fait fausse route. C'est-à-dire … c'est-à-dire ...

Commissaire. Vous avez répondu que vous le reconnaîtriez ; c'est bien, en voici assez pour aujourd'hui ; il faut, avant que nous allions plus loin, que quelqu'un soit prévenu que vous connaissez le ravisseur de votre femme.

Bonacieux. Mais je ne vous ai pas dit que je le connaissais ! Je vous ai dit au contraire...

Commissaire. Où est votre femme, d'abord ?

Bonacieux. Mais puisque je vous ai dit qu'on me l'avait enlevée.

Commissaire. Oui, mais depuis hier cinq heures de l'après-midi, grâce à vous, elle s'est échappée.

Bonacieux. Ma femme s'est échappée ! Oh ! la malheureuse ! Monsieur, si elle s'est échappée, ce n'est pas ma faute, je vous le jure.

Commissaire. Qu'alliez-vous donc alors faire chez M. d'Artagnan, votre voisin, avec lequel vous avez eu une longue conférence dans la journée ?

Bonacieux. Ah ! oui, Monsieur le commissaire, oui, cela est vrai, et j'avoue que j'ai eu tort. J'ai été chez M. d'Artagnan.

Commissaire. Quel était le but de cette visite ?

Bonacieux. De le prier de m'aider à retrouver ma femme. Je croyais que j'avais droit de la réclamer ; je me trompais, à ce qu'il paraît, et je vous en demande bien pardon.

Commissaire. Et qu'a répondu M. d'Artagnan ?

Bonacieux. M. d'Artagnan m'a promis son aide ; mais je me suis bientôt aperçu qu'il me trahissait.

Commissaire. Vous en imposez à la justice ! M. d'Artagnan a fait un pacte avec vous, et en vertu de ce pacte il a mis en fuite les hommes de police qui avaient arrêté votre femme, et l'a soustraite à toutes les recherches.

Bonacieux. M. d'Artagnan a enlevé ma femme ! Ah çà, mais que me dites-vous là ?

Commissaire. Heureusement M. d'Artagnan est entre nos mains, et vous allez lui être confronté.

Bonacieux. Ah ! ma foi, je ne demande pas mieux, s'écria Bonacieux ; je ne serais pas fâché de voir une figure de connaissance.

Commissaire aux deux gardes. Faites entrer M. d'Artagnan. (Les deux gardes font entrer Athos.) Monsieur d'Artagnan, déclarez ce qui s'est passé entre vous et Monsieur.

Bonacieux. Mais ! ce n'est pas M. d'Artagnan que vous me montrez là !

Commissaire. Comment ! ce n'est pas M. d'Artagnan ?

Bonacieux. Pas le moins du monde,

Commissaire. Comment se nomme Monsieur ?

Bonacieux. Je ne puis vous le dire, je ne le connais pas.

Commissaire. Comment ! vous ne le connaissez pas ?

Bonacieux. Non.

Commissaire. Vous ne l'avez jamais vu ?

Bonacieux. Si fait ; mais je ne sais comment il s'appelle.

Commissaire. Votre nom ?

ATHOS. Athos.

Commissaire. Mais ce n'est pas un nom d'homme, ça, c'est un nom de montagne !

ATHOS, tranquillement. C'est mon nom.

Commissaire. Mais vous avez dit que vous vous nommiez d'Artagnan.

ATHOS. Moi ?

Commissaire. Oui, vous.

ATHOS. C'est-à-dire que c'est à moi qu'on a dit : " Vous êtes M. d'Artagnan ? " J'ai répondu : " Vous croyez ? " Mes gardes se sont écriés qu'ils en étaient sûrs. Je n'ai pas voulu les contrarier. D'ailleurs je pouvais me tromper.

COMMISSAIRE. Monsieur, vous insultez à la majesté de la justice.

ATHOS, tranquillement. Aucunement.

COMMISSAIRE. Vous êtes M. d'Artagnan.

ATHOS. Vous voyez bien que vous me le dites encore.

Bonacieux. Mais, je vous dis, Monsieur le commissaire, qu'il n'y a pas un instant de doute à avoir. M. d'Artagnan est mon hôte, et par conséquent, quoiqu'il ne me paie pas mes loyers, et justement même à cause de cela, je dois le connaître. M. d'Artagnan est un jeune homme de dix-neuf à vingt ans à peine, et Monsieur en a trente au moins. M. d'Artagnan est dans les gardes de M. des Essarts, et Monsieur est dans la compagnie des mousquetaires de M. de Tréville : regardez l'uniforme, Monsieur le commissaire, regardez l'uniforme.

COMMISSAIRE. C'est vrai ; c'est pardieu vrai.

A ce moment un messager, introduit par un des guichetiers de la Bastille, remet une lettre au commissaire.

COMMISSAIRE. Oh ! la malheureuse !

Bonacieux. Comment ? que dites-vous ? de qui parlez-vous ? Ce n'est pas de ma femme, j'espère !

COMMISSAIRE. Au contraire, c'est d'elle. Votre affaire est bonne, allez.

Bonacieux, exaspéré. Faites-moi le plaisir de me dire, Monsieur, comment mon affaire à moi peut s'empirer de ce que fait ma femme pendant que je suis en prison !

COMMISSAIRE. Parce que ce qu'elle fait est la suite d'un plan arrêté entre vous, plan infernal !

Bonacieux. Je vous jure, Monsieur le commissaire, que vous êtes dans la plus profonde erreur, que je ne sais rien au monde de ce que devait faire ma femme, que je suis entièrement étranger à ce qu'elle a fait, et que, si elle a fait des sottises, je la renie, je la démens, je la maudis.

ATHOS. Ah çà ! si vous n'avez plus besoin de moi ici, renvoyez-moi quelque part, il est très ennuyeux, votre Monsieur Bonacieux.

COMMISSAIRE. Reconduisez les prisonniers dans leurs cachots, et qu'ils soient gardés plus sévèrement que jamais.

ATHOS, avec son calme habituel. Cependant si c'est à M. d'Artagnan que vous avez affaire, je ne vois pas trop en quoi je puis le remplacer.

COMMISSAIRE. Faites ce que j'ai dit ! et le secret le plus absolu ! Vous entendez !

Athos suit ses gardes en levant les épaules, et M. Bonacieux en poussant des lamentations à fendre le cœur d'un tigre.
Les Gardes emmènent Bonacieux pendant la scène Anne/Buckingham.

II, 2. UNE RUE OBSCURE DE PARIS - Séquence 1. D’Artagnan sauve Constance

Constance est entrée dans l'obscurité par J. Elle veut aller chez elle FC.
Le Garde FM s'avance vers elle, menaçant.
Elle recule vers AC.
Planchet dormait. Il se réveille, balai en main. Il s'approchera. Constance lui prendra le balai pour s'en faire une arme. Puis il ira avertir d'Artagnan.

Au pré, Louis 13 est assis sur le rebord et regarde le Loing. Richelieu vient le chercher. Ils partent à J.

Constance - Je suis Mme Bonacieux.

Le garde AC la stoppe et la menace.

Je suis la maîtresse de la maison. J'appartiens à la reine !

Jussac. C'est justement vous que nous attendions.

Combat. Jussac la fait tomber. Tous les gardes sont sur constance près a la ligotter.

Constance - Tuez-moi si vous voulez, mais vous ne saurez rien.

D'Artagnan intervient et les repousse. Combat entre D'artagnan et un Garde qui - après avoir été blessé - s'en va en M ou en C.
D'Artagnan se retourne vers les gardes et leur fait peur, ils fuient.
Constance se jette dans les bras de d'Artagnan.

Vous m'avez sauvée.

D’Artagnan - Je n’ai rien fait, Madame, que ce que tout gentilhomme eût fait en ma place. Et l’action de ces coquins était si lâche que c’eut été y prendre part que de ne pas si opposer.

D'Artagnan a fait quelques mouvements d'épées en C.

Vous êtes donc Mme Bonacieux ! Serais-je assez heureux pour avoir trouvé ce que tout le monde cherche ?

Constance - Que me voulaient donc ces hommes ?

D’Artagnan - Ce sont des agents du cardinal. Les mêmes qui sont venus prendre votre mari pour le conduire à la Bastille.

Constance - Qu'a-t-il donc fait ? lui, l'innocence même !

D’Artagnan - Son crime est d’avoir le bonheur, et le malheur d'être votre mari.

Constance - Vous savez donc...

D’Artagnan - Que vous avez été enlevée ? Oui. Mais, comment vous êtes-vous enfuie ?

Constance - J'ai profité d'un moment où l'on m'a laissée seule. Je voulais le prévenir.

D’Artagnan - De quoi ?

Constance - Ceci n'est pas mon secret, je ne puis donc pas vous le dire.

Elle dégage en C.

D’Artagnan - Chère Madame Bonacieux, vous êtes charmante ; mais en même temps vous êtes la femme la plus mystérieuse...

Constance - Est-ce que je perds à cela ?

Ils se sont rapprochés pour s'embrasser. Au dernier moment, il s'esquive.

D’Artagnan - Mais je crois que nous ne sommes pas ici en lieu opportun pour faire des …confidences. Les hommes que j'ai mis en fuite vont revenir avec du renfort ; s'ils nous retrouvent ici, nous sommes perdus.

Constance - Oui, vous avez raison ; fuyons, sauvons-nous.

Constance emmène d'Artagnan en Cour. Puis ils apparaissent devant la scène pour rejoindre Buckingham vers Jardin.

D’Artagnan - Et où voulez-vous que je vous conduise ?

Constance - Vous le verrez, puisque vous me laisserez à la porte.

D’Artagnan - Faudra-t-il vous attendre ?

Constance - Ce sera inutile.

D’Artagnan - Vous reviendrez donc seule ?

Constance - Peut-être que oui, peut-être que non.

D’Artagnan - Mais la personne qui vous accompagnera ensuite sera-t-elle un homme ?

Constance - Je n'en sais rien encore.

D’Artagnan - Je le saurai bien, moi !

Constance - Comment cela ?

D’Artagnan - Je vous attendrai pour vous voir sortir.

Constance - En ce cas, adieu !

D’Artagnan - Comment cela ?

Constance - Je n'ai pas besoin de vous.

D’Artagnan - Mais vous aviez réclamé...

Constance - L'aide d'un gentilhomme, et non la surveillance d'un espion.

D’Artagnan - Le mot est un peu dur !

Constance - Comment appelle-t-on ceux qui suivent les gens malgré eux ?

D’Artagnan - Des indiscrets.

Constance - Le mot est trop doux.

D’Artagnan - Allons, Madame, je vois bien qu'il faut faire tout ce que vous voulez.

Constance - Et vous me quitterez après ?

D’Artagnan - Si vous pouviez voir mon cœur tout à découvert, vous y liriez tant de curiosité, que vous auriez pitié de moi, et tant d'amour, que vous satisferiez à l'instant même ma curiosité. On n'a rien à craindre de ceux qui vous aiment.

Constance - Vous parlez bien vite d'amour, Monsieur !

D’Artagnan - C'est que l'amour m'est venu bien vite.

Constance - Il y a danger à me connaître.

D’Artagnan - Alors, je ne vous quitte plus.

II, 2. UNE RUE OBSCURE DE PARIS - Séquence 2. D’Artagnan rencontre Buckingham.

Ils vont pour s'embrasser. D'Artagnan voit la silhouette d'un homme et croit reconnaître Aramis, dans le Public Jardin.
Dès qu'ils descendent du plateau, Mme de Lannoy (qui vient de loin à jardin) monte sur le plateau et attend à Jardin. Elle est de profil par rapport au public.

D’Artagnan - Aramis !

Buckingham. Que voulez-vous, Monsieur ? Prenez mon bras, Madame, et continuons notre chemin.

Jaloux, d'Artagnan tire son épée. Esquisse d'un duel. Constance s'interpose.
Pendant ce temps la Reine entre en Jardin, accomppagnée de ses courtisanes.

Constance - In the name of heaven, milord ! [Au nom du Ciel, Milord !]

D’Artagnan. Milord ! pardon, Monsieur ; mais est-ce que vous seriez...

Constance - Milord, the Duke of Buckingham ! [Milord duc de Buckingham] ; et maintenant vous pouvez nous perdre tous.

D’Artagnan. Milord, Madame, sorry, cent fois sorry ; mais je l'aimais, Milord, et I was jalouze ; vous savez ce que c'est que d'aimer, Milord ; scuse-me, et dites-moi comment je puis me faire tuer for your Grâce.

Buckingham. Vous m'offrez vos services, je les accepte ; suivez-nous à vingt pas jusqu'au Louvre ; and if any one watches us, slay him ! [et si quelqu'un nous épie, tuez-le ! ]

II, 3. BUCKINGHAM CHEZ LA REINE

Buckingham et Constance montent par Cour sur le plateau. Aussitôt Mme de Lannoy sort chercher Anne qui entre très vite. Anne s'avance vers Buckingham. Constance disparaît avec d'Artagnan. Ils vont secouer les arbres en C.

Anne d’Autriche. Señor duque, sabéis ya que la carta que recibisteis no se escribió por orden mía. [Duc, vous ici, au Louvre, chez le roi. Vous savez que ce n'est pas moi qui vous ai fait écrire.]

Buckingham. Sí, señora ; sí, majestad. Je sais que j'ai été un fou, un insensé de croire que la neige s'animerait, que le marbre s'échaufferait ; mais, je n'ai pas tout perdu à ce voyage, puisque je vous vois.

Anne d’Autriche. Oui, mais vous savez pourquoi et comment je vous vois, Milord. Je vous vois par pitié pour vous-même ; parce qu'insensible à toutes mes peines, vous vous êtes obstiné à rester dans une ville où vous risquez votre vie et mettez en jeu mon honneur. Tout nous sépare, les profondeurs de la mer, l'inimitié des royaumes, la sainteté des serments. Il est sacrilège de lutter contre tant de choses, Milord. Je vous vois enfin pour vous dire qu'il ne faut plus nous voir.

Buckingham. Hablad, señora ! La douceur de votre voix couvre la dureté de vos paroles ! Vous parlez de sacrilège ! mais le sacrilège est dans la séparation des cœurs que Dieu avait formés l'un pour l'autre.

Anne d’Autriche. Vous oubliez que je ne vous ai jamais dit que je vous aimais.

Buckingham. Où trouverez-vous un amour pareil au mien, un amour que ni le temps, ni l'absence, ni le désespoir ne peuvent éteindre ; un amour qui se contente d'un ruban égaré, d'un regard perdu, d'une parole échappée ? Il y a trois ans, Madame, que je vous vis pour la première fois, et depuis trois ans je vous aime ainsi. Je ferme les yeux, et je vous vois telle que vous étiez alors ; je les rouvre, et je vous vois telle que vous êtes maintenant, c'est-à-dire cent fois plus belle encore !

Anne d’Autriche. Quelle folie de nourrir une passion inutile avec de pareils souvenirs !

Buckingham. Et avec quoi voulez-vous donc que je vive ? Chaque fois que je vous vois, c'est un diamant de plus que je renferme dans l'écrin de mon cœur. Celui-ci est le quatrième que vous laissez tomber et que je ramasse ; dans les jardins d'Amiens …

Anne d’Autriche. No me habléis de aquella noche. [Ne parlez pas de cette soirée.]

Buckingham. L'air était doux et parfumé, le ciel était bleu et tout émaillé d'étoiles ! J'avais pu être un instant seul avec vous ; vous étiez prête à tout me dire, l'isolement de votre vie, les chagrins de votre cœur. Vous étiez appuyée à mon bras. Je sentais, en inclinant ma tête à votre côté, vos beaux cheveux effleurer mon visage, et chaque fois qu'ils l'effleuraient, je frissonnais de la tête aux pieds. Vous ne savez pas tout ce qu'il y a de félicités du ciel, de joies du paradis enfermées dans un moment pareil. car cette nuit-là, Madame, vous m'aimiez, je vous le jure.

Anne d’Autriche. Mais la reine est venue au secours de la femme qui faiblissait : à la première hardiesse à laquelle j'ai eu à répondre, j'ai appelé.

Buckingham. Mon amour en est sorti plus ardent. Vous avez cru me fuir en revenant à Paris, vous avez cru que je n'oserais quitter le trésor sur lequel mon maître m'avait chargé de veiller. Ah ! que m'importent à moi tous les trésors du monde et tous les rois de la terre ! Huit jours après, j'étais de retour.

Anne d’Autriche. Oui, mais la calomnie s'est emparée de toutes ces folies. Le roi, excité par M. le cardinal, a fait un éclat terrible et lorsque vous avez voulu revenir comme ambassadeur en France, le roi lui-même s'y est opposé.

Buckingham. Oui, et la France va payer d'une guerre le refus de son roi. Je ne puis plus vous voir, Madame ; eh bien, je veux chaque jour que vous entendiez parler de moi. Cette guerre pourra amener une paix qui nécessitera un négociateur, et ce négociateur ce sera moi. Et je reviendrai à Paris.

Anne d’Autriche. C'est plus que je n'en puis supporter.

Buckingham. Oh ! que vous êtes belle ainsi ! Oh ! que je vous aime !

Anne d’Autriche. Que vous me semblez beau. Partez donc, partez, je vous en supplie.

Buckingham. Eh bien, donnez-moi un objet qui vienne de vous et qui me rappelle que je n'ai point rêvé. Quelque chose que vous ayez porté : une bague, un collier, une chaîne.

Anne d’Autriche. Et partirez-vous, si je vous donne ce que vous me demandez ?

Buckingham. À l'instant même.

Anne d’Autriche. Tened, Milord. Guardad esto como recuerdo mío. [Gardez cela en mémoire de moi.] Ce sont les ferrets que je portais aux jardins d'Amiens. Vous m'avez promis de partir.

Buckingham. And I keep my word. Your hand, madame, your hand, and I depart. [Et je tiens ma parole. Votre main, votre main, Madame, et je pars.] Avant six mois, si je ne suis pas mort, je vous aurai revue, Madame, dussé-je bouleverser le monde pour cela.

Buckingham sort FC. Il est suivi par un d'Artagnan qui n'a pas fini de se rhabiller.
Lannoy traverse devant la scène de J à C dès que la Reine s'effondre de dos.
Constance (décoiffée) rejoint Anne qui sort J (après le passage de Lannoy).

II, 4. CHEZ RICHELIEU Séquence 1. Avec Rochefort

Gardes : Clotilde, Marion, Pierre et Guillaume
Lannoy : Paola

Dès que Rochefort et Richelieu parlent entre eux, Bonacieux et les Gardes entrent.
Bonacieux est amené de FJ par des Gardes (Marion, Nicolas, Clotilde). Ils posent Bonancieux en MM. Et y restent, un peu en retrait. S'il y a plus de Gardes, ils stationnent FJ.

Rochefort. Ils se sont vus. Au Louvre.

Richelieu. Qui vous l'a dit ?

Rochefort. Mme de Lannoy, qui est toute à Votre Éminence.

Mme de Lannoy. La Reine portait sur elle les ferrets en diamants que Sa Majesté lui a donnés.

Richelieu. Et quand elle est rentrée, plus tard, elle ne les portait plus ?

Mme de Lannoy. Non.

Richelieu. Vous pensez qu'elle les a remis alors à Buckingham ?

Mme de Lannoy. J'en suis sûre.

Richelieu. Bien ! bien ! tout n'est pas perdu, et peut-être... peut-être tout est-il pour le mieux !

Lannoy ressort d'où elle est entrée.

II, 4.CHEZ RICHELIEU - Séquence 2. Avec Bonacieux

Scène muette de Louis XIII avec Séguier ou Mme de Lannoy au Pré.

Louis XIII. Je m'ennuie. Je m'ennuie, Séguier.

Séguier. Votre Majesté n'a t-elle donc pas pris aujourd'hui le plaisir de la chasse ?

Louis XIII. Beau plaisir, monsieur ! Tout dégénère, sur mon âme, et je ne sais si c'est le gibier qui n'a plus de voie ou les chiens qui n'ont plus de nez. Ah ! je suis un roi bien malheureux. Je n'avais qu'un gerfaut, et il est mort hier.

Séguier. En effet, Sire, je comprends votre désespoir et le malheur est grand. Mais il vous reste encore, ce me semble, bon nombre de faucons, d'éperviers et de tiercelets.

Louis XIII. Et pas un homme pour les instruire !... Il n'y a plus que moi qui connaisse l'art de la vénerie. Après moi, tout sera dit, et l'on chassera avec des pièges, des traquenards, des trappes. Si j'avais encore le temps de former des élèves !... Mais oui, Monsieur le Cardinal est là qui ne me laisse pas un instant de repos, qui me parle de l'Espagne, l'Autriche, l'Angleterre, lalala. ça m'ennuie.


Il tombe à genoux. Richelieu se rapproche.

Bonacieux. Croyez bien que je connais et que j'apprécie plus que personne le mérite de l'incomparable Éminence par laquelle nous avons l'honneur d'être gouvernés.

Richelieu - Vous êtes accusé de haute trahison. Vous avez conspiré. Avec votre femme, Mme de Chevreuse et le duc de Buckingham.

Bonacieux - Je l'ai entendue prononcer tous ces noms-là.

Richelieu - À quelle occasion ?

Bonacieux - Ma femme disait que Monsieur le cardinal de Richelieu avait attiré Monsieur le duc de Buquinquan [Buckingham] à Paris pour le perdre et pour perdre la reine avec lui. Je lui ai dit qu'elle avait tort de tenir de pareils propos, et que Son Eminence était incapable…

Richelieu - Taisez-vous. Vous êtes un imbécile.

Bonacieux - C'est justement ce que ma femme m'a répondu, Monseigneur.

Richelieu - Depuis hier, grâce à vous, elle s'est échappée.

Bonacieux - Ce n'est pas ma faute…

Richelieu - Quand vous alliez chercher votre femme au Louvre, revenait-elle directement chez vous ?

Bonacieux - Presque jamais : elle avait affaire à des marchands de toile, chez lesquels je la conduisais.

Richelieu - À quelles adresses ?

Bonacieux - 21, rue Poliveau ; 7, rue Favier.

Richelieu - Entriez-vous chez eux avec elle ?

Bonacieux - Jamais, Monseigneur ; je l'attendais à la porte.

Richelieu - Vous êtes un mari complaisant, mon cher Monsieur Bonacieux !

Bonacieux - Euh !

Richelieu - Qu’alliez-vous faire chez M. D’Artagnan ?

Bonacieux - Le prier de m'aider à retrouver ma femme. Je croyais que j'avais droit de la réclamer ; je me trompais, à ce qu'il paraît, et je vous en demande bien pardon.

Richelieu - Savez-vous qui a enlevé votre femme ?

Bonacieux - Un grand brun …

Rochefort s'était caché jusque-là. Il vient de se tourner face à Bonacieux.

C'est lui.

Richelieu - Emmenez cet imbécile !

Les Gardes empoignent Bonacieux pour l'emmener.

Bonacieux - Non, Monseigneur ! non, ce n'est pas lui ! je m'étais trompé : c'est un autre qui ne lui ressemble pas du tout ! Monsieur est un honnête homme.

Richelieu arrête les Gardes.

Richelieu - Votre femme n'allait pas chez des marchands mais chez la duchesse de Chevreuse et chez le duc de Buckingham.

Bonacieux revient à Richelieu.
Les gardes restent FJ.

Bonacieux - Votre Eminence a raison. Vous êtes bien le cardinal, le grand cardinal, l'homme de génie que tout le monde révère.

Richelieu - Relevez-vous, mon ami, vous êtes un brave homme.

Bonacieux - Le cardinal m'a touché la main ! Le grand homme m'a appelé son ami !

Bonacieux s'adresse aux gardes.

Richelieu - Oui, mon ami ! Et comme on vous a soupçonné injustement, il vous faut une indemnité.

Richelieu tend la main vers Rochefort qui amène la bourse.

Tenez ! prenez ce sac de cent pistoles, et pardonnez-moi.

Bonacieux. Que je vous pardonne, Monseigneur ! Mais vous étiez bien libre de me faire arrêter, torturer, pendre, vous êtes le maître, et je n'aurais pas eu le plus petit mot à dire. Vous pardonner, Monseigneur ! Allons donc, vous n'y pensez pas ! Je suis bien aux ordres de Son Eminence.

Richelieu. Au revoir, Monsieur Bonacieux.

Bonacieux. Je m'en vais enchanté, Monseigneur. Je suis bien aux ordres de Son Éminence. Vive Monseigneur ! vive Son Eminence ! vive le grand cardinal !

Bonacieux part en sautillant par AJ.

Richelieu - Voici désormais un homme qui se fera tuer pour moi. J'en ai fait tout ce qu'on pouvait en faire : l'espion de sa femme.

Rochefort. Maintenant que nous savons où se cachent les conspirateurs. Votre Eminence veut-elle que je fasse arrêter la duchesse de Chevreuse et le duc de Buckingham ?

Richelieu. Il sera trop tard, ils seront partis.

Rochefort. N'importe, on peut s'en assurer.

Richelieu. Prenez dix Gardes, et fouillez les deux maisons.

Rochefort sort FJ et fait signe aux Gardes de le suivre.


II, 5. LES SOUPCONS DE LOUIS XIII - Séquence 1. Richelieu et Louis XIII

Richelieu apostrophe Louis XIII qui est dans le public et qui le rejoint.

Richelieu - Sire, M. de Buckingham était à Paris depuis cinq jours et n'en est parti que ce matin.

Louis XIII - Bubu… ckingham à Paris ! Qu'y vient-il faire ?

Richelieu - Sans doute conspirer avec nos ennemis les huguenots et les Espagnols.

Louis XIII - Non ! Concon… Conspirer contre mon honneur !

Richelieu - La reine est trop sage. Elle aime trop votre Majesté.

Louis XIII - La femme est faible, monsieur le Caca… Cardinal. Et quant à mémé… m'aimer beaucoup … mais si la reine est coucou… est coupable, qu'elle tremble !

Richelieu - Votre Majesté m'y fait penser : la chambrière de la reine m'a dit que la nuit avant celle-ci, Sa Majesté avait veillé fort tard, que ce matin elle avait beaucoup pleuré et que toute la journée elle avait écrit.

Louis XIII - Il me faut les papa… les papiers de la reine.

Richelieu - Il n'y aurait qu'un moyen.

Louis XIII - Lequel ?

Richelieu - Ce serait de charger de cette mission M. le garde des Sceaux Séguier. La chose rentre complètement dans les devoirs de sa charge.

Louis XIII envoie Séguier chercher la Reine. Madame de Lannoy attend devant les appartements de la Reine - à Jardin. Elle sort chercher la Reine.
Quand Séguier est sur scène, Louis XIII s'approche de la scène.

Je crois que la reine conspire contre la puissance de son roi, mais je n'ai point dit contre son honneur.

Louis XIII - Et moi je vous dis contre tous deux ; la reine ne m'aime pas ; elle en aime un autre ; cet infâme Bubu… Buckingham ! Pourquoi ne l'avez-vous pas fait arrêter pendant qu'il était à Papa… à Paris ?

Richelieu - Arrêter le duc ! le Premier ministre du roi Charles Ier ! Quel scandale !

Louis XIII - Mais puisqu'il s'exposait comme un vagabond... Vous êtes sûr que la reine et lui ne se sont pas …vus ?

Richelieu - Je crois la reine trop attachée à ses devoirs, Sire…

Louis XIII - Mais ils ont correspondu, c'est à lui que la reine a écrit toute la journée ; il me faut ces lettres !

La reine est sur scène. Quand il la voit, Louis XIII se précipite pour rejoindre Richelieu.

Scène muette pendant l'entrevue Anne et Séguier. Peut-être entendre une ou deux phrases après "Je souis perdoue".

Richelieu. Et ici, la digue qui fermera le port. Sire, La Rochelle tombera... Nous en aurons fini des Huguenots.
Louis XIII. Et les Anglais ?
Richelieu. Je m'en occupe, sire.
Louis XIII. Ah... Je vous admire, monsieur. Vous veillez quand je dors, vous travaillez quand je chasse, vous régentez tout, au-dedans et au-dehors, en France comme en Europe... Et moi, je m'ennuie...
Richelieu. Une guerre redonnerait à votre Majesté le goût de la vie...
Louis XIII. Vraiment ? Une guerre ? Le moment est-il bien choisi ? Les nobles s'agitent, les campagnes murmurent...
Richelieu. Nous saurons les rendre, les uns et les autres à leur devoir d'obéissance.
Louis XIII. Ils vous haïssent, vous le savez ?
Richelieu. À ma mort, ils allumeront des feux de joie. Cela est bien ainsi. Plus ils me haïront, Sire, plus ils vous aimeront.
Louis XIII. Mais une guerre, enfin...

II, 5.LES SOUPCONS DE LOUIS XIII : Chez la Reine

Anne d’Autriche. ¿ Qué deseaís, cavallero ? [Que désirez-vous, Monsieur,] et dans quel but vous présentez-vous ici ?

Séguier. Pour y faire au nom du roi, Madame, et sauf tout le respect que j'ai l'honneur de devoir à Votre Majesté, une perquisition exacte dans vos papiers.

Anne d’Autriche. ¡ Examinar mis papeles ! ¡ Pero eso es indigno ! [ À moi ! mais voilà une chose indigne ! ]

Séguier. Veuillez me le pardonner, Madame, je ne suis que l'instrument dont le roi se sert.

Anne d’Autriche. Fouillez donc, Monsieur ; je suis une criminelle, à ce qu'il paraît.Senora de Lannoy, dadle las llaves de mis mesas y de todos cajones donde guardo mis papeles. [Donnez les clefs de mes tables et de mes secrétaires.]

Séguier. Sa Majesté est certaine qu'une lettre a été écrite par vous dans la journée ; elle sait qu'elle n'a pas encore été envoyée à son adresse. Cette lettre ne se trouve ni dans votre table, ni dans votre secrétaire, et cependant cette lettre est quelque part.

Anne d’Autriche. Oserez-vous porter la main sur votre reine ?

Séguier. Tout ce que Sa Majesté ordonnera, je le ferai.

Anne d’Autriche. Eh bien, c'est vrai. J'ai écrit aujourd'hui une lettre, cette lettre n'est point partie. La lettre est là.

Anne porte la main à son corsage.

Séguier. Alors donnez-moi cette lettre, Madame.

Anne d’Autriche. Je ne la donnerai qu'au roi, Monsieur.

Séguier. C'est moi qu'il a chargé de vous la prendre.

Anne d’Autriche. Que voulez-vous dire ?

Séguier. Que je suis autorisé à chercher le papier suspect sur la personne même de Votre Majesté.

Anne d’Autriche. Cette conduite est d'une violence infâme.

Séguier. Le roi commande, Madame.

Séguier avance sa main vers le corsage d'Anne. Terrorisée, elle donne la lettre.

Anne d’Autriche. Tenez, Monsieur, la voilà, cette lettre, prenez-la, et me délivrez de votre odieuse présence. Jé souis perdoue.

Anne s'est effondrée dans les bras de Constance. Séguier porte la lettre à Louis XIII qui la lit.

Louis XIII, ravi. Vous aviez raison, et c'est moi qui avais tort ; toute l'intrigue est popo… politique. La reine invite son frère et l'empereur d'Autriche à faire semblant de déclarer la gueguerre à la France et d'imposer comme con…dition de la paix votre renvoi : mais il n’est aucucu…nement question d'amour dans cette lettre.

Richelieu. À votre place, Sire, je céderais à de si puissantes instances.

Louis XIII. Soyez tranquille ; tous ceux qui sont nommés dans cette lettre seront pupu… punis comme ils le méritent, et la reine elle-même.

Richelieu. Vous avez eu le premier tort, puisque c'est vous qui avez soupçonné la reine. Faites une chose que vous sauriez lui être agréable.

Louis XIII Laquelle ?

Richelieu. Donnez un bal ; vous savez combien la reine aime la danse ; sa rancune ne tiendra point à une pareille attention. D'ailleurs ce sera une occasion pour elle de mettre ces beaux ferrets de diamants dont elle n'a pas encore eu le temps de se parer.

Louis XIII. Nous verrons, de vrai, nous verrons, Monsieur le caca… cardinal. Mais, sur mon honneur, vous êtes trop indulgent.

Richelieu. Laissez la sévérité aux ministres, l'indulgence est vertu royale.

Louis XIII va à la Reine.

Louis XIII. Madame, il y aura incessamment bal à l'hôtel de ville ; j'entends que, pour faire honneur à nos braves échevins, vous y paraissiez en habit de cérémonie, et surtout parée des ferrets de diamants que je vous ai donnés pour votre fête.

Faux-départs.

Anne d’Autriche. Mais quel jour ce bal aura-t-il lieu ?

Louis XIII. Je ne me rappelle plus précisément la date du jour, je la demanderai au cardinal.

Anne d’Autriche. C'est donc le cardinal qui vous a dit de m'inviter à y paraître avec ces ferrets ?

Louis XIII. Qu'importe que ce soit lui ou moi ? y a-t-il un crime à cette invitation ?

Anne d’Autriche - Non, Sire.

Louis XIII. Alors vous paraîtrez ?

Anne d’Autriche. Oui, Sire.

Le Roi sort. Elle s'effrondre, retenue par Constance. Énormément de pleurs. Constance croit avoir une idée. Et non. Et les pleurs redoublent.
Bonacieux s'installe en FC, dos au public, sur la chaise.

Je suis perdue, le cardinal sait tout, et c'est lui qui pousse le roi, qui ne sait rien encore, mais qui saura tout bientôt. Je suis perdue ! Mon Dieu ! mon Dieu !

Constance. Ces ferrets que le roi redemande, vous les avez donnés au duc de Buckingham, n'est-ce pas ? Ces ferrets étaient enfermés dans une petite boîte en bois de rose qu'il tenait sous son bras ? Est-ce que je me trompe ?

Anne d’Autriche. Oh ! mon Dieu !

Constance. Eh bien, ces ferrets, il faut les ravoir.

Anne d’Autriche. Mais comment faire ?

Constance. Il faut envoyer quelqu'un au duc.

Anne d’Autriche. Mais à qui me fier ?

Constance. Deux mots de votre main, et il remettra les ferrets au messager.

Anne d’Autriche. Ces deux mots me condamnent.

Constance. Ayez confiance. Je connais celui que j'enverrai.

Anne d’Autriche. Il faut donc que je remette ma vie, mon honneur entre vos mains.

Constance. Et je sauverai tout cela !

Anne d’Autriche. Mais comment ?

Constance. C'est un brave et honnête homme qui n'a ni haine, ni amour pour personne. Il fera ce que je voudrai : il partira sur un ordre de moi, sans savoir ce qu'il porte, et il remettra la lettre de Votre Majesté, sans même savoir qu'elle est de Votre Majesté, à l'adresse qu'elle indiquera.

Anne d’Autriche. Son nom !

Constance. Jacques-Michel Bonacieux. Mon mari.

II, 6. Constance cherche et trouve son messager : Constance et Bonacieux

Bonacieux se lève à l'entrée de Constance et lui propose la chaise.
"M. Bonacieux manifesta une joie réelle et s'avança vers sa femme à bras ouverts. Mme Bonacieux lui présenta le front." ch. 17

Constance. J'ai une chose de la plus haute importance à vous dire.

Bonacieux. Expliquez-moi un peu votre enlèvement.

Constance. Il ne s'agit point de cela pour le moment.

Bonacieux. Et de quoi s'agit-il donc ? de ma captivité ?

Constance. Laissons donc votre captivité, et revenons à ce qui m'amène près de vous.

"Bonacieux blessé du peu d'intérêt que lui témoignait sa femme. piqué au vif." ch. 17

Bonacieux. Parlez !

Constance. Il y a une bonne action à faire, Monsieur, et beaucoup d'argent à gagner en même temps.

Bonacieux, en allongeant les lèvres. Beaucoup d'argent !

Constance. Oui.

Bonacieux. Que faut-il faire ?

Constance. Vous partirez sur-le-champ pour Londres.

Bonacieux. Encore, et toujours des intrigues ! merci, je m'en défie maintenant. M. le cardinal m'a éclairé là-dessus.

Constance. Vous avez vu le cardinal ?

Bonacieux. Je dois dire que je n'avais pas le choix car j'étais entre deux gardes.

Constance. Il vous a maltraité ?

Bonacieux. Il m'a tendu la main et m'a appelé son ami.

Constance. …

Bonacieux. Son ami ! entendez-vous, Madame ? Je suis l'ami du grand cardinal !

La pauvre femme, qui avait compté sur son mari et qui, dans cet espoir, avait répondu de lui à la reine, n'en frémit pas moins.

Constance. Vous servez le cardinal ?

Bonacieux. Eh ! eh ! que dites-vous de ceci, Madame la prêcheuse ?

Bonacieux en frappant sur un sac à la panse arrondie et qui rendit un son argentin

Constance. D'où vient cet argent ?

Bonacieux. Du cardinal et de mon ami le comte de Rochefort.

Constance. Mais c'est lui qui m'a enlevée !

Bonacieux. Cela se peut, Madame.

Constance. Monsieur, je vous savais lâche, avare et imbécile, mais je ne vous savais pas infâme !

Bonacieux. Taisez-vous, Madame, taisez-vous, on pourrait vous entendre !

Bonacieux, qui se rappelait un peu tard que Rochefort lui avait recommandé d'essayer de surprendre les secrets de sa femme.

Si, au moins, vous me disiez quelle chose je vais faire à Londres.

Constance. Il est inutile que vous le sachiez :

une défiance instinctive

il s'agissait d'une bagatelle comme en désirent les femmes, d'une emplette sur laquelle il y avait beaucoup à gagner.

Bonacieux baisa la main de sa femme, et s'éloigna rapidement.

Bonacieux. Pardon, si je vous quitte, ma chère Madame Bonacieux ; j'avais pris rendez-vous avec un de mes amis ; aussitôt que j'en aurai fini, je reviens vous prendre, et, comme il commence à se faire tard, je vous reconduis au Louvre.

Il part à Jardin. Entre d'Artagnan de Cour.

II, 6. Constance cherche et trouve son messager : D’Artagnan aide Constance

Gardes : Clotilde (Jussac, chef des Gardes)

d’Artagnan. Ah ! Madame, permettez-moi de vous le dire, vous avez là un triste mari.

Constance. Vous avez donc entendu notre conversation ?

D’Artagnan.Tout entière.

Constance. Et qu'avez-vous compris dans ce que nous disions ?

D’Artagnan.D'abord, que votre mari est un niais et un sot, heureusement. Puis, que vous étiez embarrassée, ce dont j'ai été fort aise, et que cela me donne une occasion de me mettre à votre service.

Constance. Et quelle garantie me donnerez-vous, si je consens à vous confier cette mission ?

D’Artagnan. Mon amour pour vous. Voyons, dites, ordonnez : que faut-il faire ?

La troupe des Gardes fait du bruit en J.

Constance. Silence !

Ils se cachent à Cour. Entrent Bonacieux, Rochefort et ses Gardes. Ils vont FC. Ils s'arrêtent à mi-chemin.

Rochefort. Vous êtes sûr que, dans sa conversation avec vous, votre femme n'a pas nommé Buckingham ?

Bonacieux. Non, elle m'a dit seulement qu'elle voulait m'envoyer à Londres pour servir les intérêts d'une personne illustre.

D'Artagnan veut s'élancer vers Rochefort ; Constance le retient en l'embrassant.

D’Artagnan. J'ai juré de tuer cet homme !

Constance. Au nom de la reine, je vous défends de vous jeter dans aucun péril étranger à celui du voyage.

Bonacieux. Elle est partie. Elle sera retournée au Louvre.

Constance. Le traître !

Rochefort. Vous êtes un niais de n'avoir pas feint d'accepter la commission, vous auriez la lettre à présent ; l'État qu'on menace était sauvé, et le cardinal vous donnait des lettres de noblesse…

Bonacieux. Je retourne au Louvre, je demande Mme Bonacieux, je dis que j'ai réfléchi, je renoue l'affaire, j'obtiens la lettre, et je cours chez Monsieur le cardinal.

Rochefort. Et bien voilà !

Ils sortent d'où ils sont entrés. Constance arrête le baiser et donne ses instructions à d'Artagnan.
Dès que les Gardes sont sortis, Planchet va FC préparer les affaires de d'Artagnan.

Constance. Vous partez à Londres sur le champ. Vous remettez cette lettre au duc de Buckingham. Vous revenez avec les ferrets que la reine a offerts au duc.

D’Artagnan. Tout est au duc !

Constance. Elle doit les porter au bal que le roi donne au Louvre dans dix jours ! Du courage, mais surtout de la prudence, et songez que vous vous devez à la reine.

D’Artagnan. À elle et à vous ! Je reviendrai digne de sa reconnaissance ; mais reviendrai-je aussi digne de votre amour ?

D'Artagnan sort FC.
Richelieu, Rochefort et les Gardes sont à Jardin.

Constance - Ô mon Dieu ! protégez la reine, protégez-moi !

Constance sort dans le public.
Après le passage de Constance, Rochefort traverse devant la scène deJ à C pour rejoindre Richelieu qui est à C.

II, 6. Constance cherche et trouve son messager : Richelieu donne ses consignes à Rochefort.

Richelieu - Par tous les moyens, empêchez d'Artagnan et ses amis d'atteindre Londres. Puis, à Londres, vous remettrez cette lettre à Milady. “Milady, trouvez-vous au premier bal où se trouvera le duc de Buckingham. Il aura à son pourpoint douze ferrets de diamants, approchez-vous de lui et coupez-en deux. Aussitôt que ces ferrets seront en votre possession, prévenez-moi.”

II, 6. Constance cherche et trouve son messager : Nous partons !

D'Artagnan revient FC avec Planchet.

D’Artagnan. Planchet, fais mes affaires.

D'Artagnan s'avance vers ses amis qui sont dans le public. Planchet prépare les affaires.

Prenez ce qu'il vous faut pour un voyage de quinze jours.

Aramis. Mais je ne puis quitter Paris en ce moment, sans savoir…

D’Artagnan. Ce qu'est devenue la femme au mouchoir brodé.

Aramis. Puisque vous savez tant de choses, savez-vous ce qu'elle est devenue ?

D’Artagnan. Je présume qu'elle est retournée à Tours.

Aramis. Comment ne m'a-t-elle pas écrit ?

D’Artagnan. Parce qu'elle craint d’être arrêtée et de vous compromettre.

Aramis. D’Artagnan, vous me rendez la vie !

Athos. « Mon cher Athos, je veux bien, puisque votre santé l'exige absolument, que vous vous reposiez quinze jours. Allez donc prendre les eaux de Forges ou telles autres qui vous conviendront, et rétablissez-vous promptement. Votre affectionné Tréville. »

Porthos. Depuis quand, dans les mousquetaires, accorde-t-on aux gens des congés sans qu'ils les demandent ?

d’Artagnan. Depuis qu'ils ont des amis qui les demandent pour eux.

Aramis. Nous partons ?

d’Artagnan. … pour Londres, Messieurs.

Porthos. Il faut de l'argent.

d’Artagnan. J'en ai.

Ils s'éloignent à Jardin. Un Premier combat au loin entre Aramis et un Garde. Rochefort est à proximité.
D'Artagnan, Porthos, Athos et Planchet abandonnent Aramis à son combat.
Dès qu'ils disparaissent à Jardin, on les voit sur l'île. Combats :
Pierre et Solange en haut du Moulin.

On peut voir les combats en même temps.

ACTE III. LE VOYAGE EN ANGLETERRE
Scène 1. D’Artagnan se retrouve seul. (scène muette sur l'île)

Aramis. Planchet, après 6 heures de chevauchées, il nous faut déjeuner. Qu’on ne desselle pas les chevaux et qu’on se tienne prêt à repartir immédiatement.
L'étranger. À la santé du cardinal.
Porthos. Je ne demande pas mieux, si à votre tour vous buvez à la santé du roi.
L'étranger. Je ne connais d'autre roi que Son Éminence.
Porthos. Ivrogne !
Athos. Vous avez fait une sottise ; n'importe, il n'y a plus à reculer maintenant : tuez cet homme et venez nous rejoindre le plus vite que vous pourrez. Et d'un !
Aramis. Mais pourquoi cet homme s'est-il attaqué à Porthos plutôt qu'à un autre ?
D’Artagnan. Parce que, Porthos parlant plus haut que nous tous, il l'a pris pour le chef. C'est une embuscade, ne brûlons pas une amorce, et en route.
Athos. Et de deux ! Au large, d'Artagnan !

III, 2. L’embarquement à Saint-Omer - Séquence 1. Sur le quai

Scène sur la pointe du moulin : combat entre 2 escrimeurs d'Avon (une silhouette Aramis + une silhouette Garde) + figuration.
Pendant ce temps, Buckingham, sur le Pré Margaron avec O'Reilly et d'éventuels courtisanes, soldats, etc.

Au Pré Margaron

d'Artagnan : Avon
de Wardes : Avon
Patrice : Marielle
Buckingham : Laurène
O'Reilly: ?

Micro :

Buck : Adrien
D'Artagnan : Flamby
Patrice : Bruno
O'Reilly: Julie

de Wardes. Je suis le comte de Wardes. Je souhaite passer à l'instant même en Angleterre.

Le Mousse. Rien ne serait plus facile, mais, ce matin, est arrivé l'ordre de ne laisser partir personne sans une permission expresse de M. le cardinal.

de Wardes. J'ai cette permission.

Le Mousse. Faites-la viser par le gouverneur du port.

de Wardes. Où trouverai-je le gouverneur ?

Le Mousse. Dans cette maison au toit en ardoises.

d’Artagnan. Monsieur, je suis très pressé, je voulais vous prier de me laisser passer le premier.

de Wardes. Impossible, il faut que demain à midi je sois à Londres. Laissez-moi passer !

d’Artagnan. Vous ne passerez pas.

Ils combattent. D'Artagnan compte les blessures qu'il inflige à de Wardes.

Un pour Athos, un pour Porthos, un pour Aramis.
de Wardes. Un pour vous.
d’Artagnan. Et un pour moi ! au dernier les bons ! Et maintenant, chez le gouverneur !
Planchet. Mais vous êtes blessé ?
d’Artagnan. Ce n'est rien, occupons-nous du plus pressé

III, 2. L’embarquement à Saint-Omer Séquence 2. Chez le Gouverneur (scène muette)

D’Artagnan. Je suis le comte de Wardes.
Le gouverneur. Vous avez un ordre signé du cardinal ?
D’Artagnan. Oui, Monsieur, le voici.
Le gouverneur. Il paraît que Son Eminence veut empêcher quelqu'un de parvenir en Angleterre.
D’Artagnan. Oui, un certain D’Artagnan, qui est parti de Paris dans l'intention de gagner Londres.
Le gouverneur. Le connaissez-vous personnellement ?
D’Artagnan. A merveille.
Le gouverneur. Donnez-moi son signalement alors.
Le gouverneur. Son Eminence peut être tranquille, il sera reconduit à Paris sous bonne escorte.
D’Artagnan. Et ce faisant, Monsieur le gouverneur, vous aurez bien mérité du cardinal.

III, 3. D’Artagnan et Buckingham

Noir sur le Combat au moulin. Arrivée de d'Artagnan au Pré Margaron. Patrice le bloque à J.
Buckingham est à Cour, sur son cheval. Il entend d'Artagnan et s'approche. Ils se parlent au Milieu.
Pendant cette séquence, la Merlaison se place.

Patrice. On ne passe pas !

d’Artagnan. Je veux parler au duc de Buckingham !

Buckingham. D’Artagnan ? Que se passe-t-il ? Il n'est point arrivé malheur à la reine ?

D'Artagnan donne la lettre au duc.

D’Artagnan. Je ne crois pas ; cependant je crois qu'elle court quelque grand péril dont Votre Grâce seule peut la tirer.

Buckingham. De qui vient cette lettre ?

D’Artagnan. De Sa Majesté, à ce que je pense.

Buckingham. Une lettre de la reine !... Je ne m'attendais pas à tant de bonheur... Patrice, allez me chercher les ferrets précieux. Ah ! Ces ferrets inouïs avec lesquels j'avais fait le serment d'être enterré. Elle me les avait donnés. Elle me les reprend. Que sa volonté soit faite en toute chose.

Tout en parlant, Buckingham ouvre le coffret et voit les manque.

D’Artagnan. Que vous arrive-t-il, Milord ?

Buckingham. Deux de ces ferrets manquent, il n'y en a plus que dix.

D’Artagnan. Milord les a-t-il perdus, ou croit-il qu'on les lui ait volés ?

Buckingham. C'est le cardinal qui a fait le coup. Tenez, voyez, les rubans qui les soutenaient ont été coupés avec des ciseaux - dans le bibliothèque [library].

D’Artagnan. Si Milord pouvait se douter qui a commis le vol...

Buckingham. La seule fois que j'ai mis ces ferrets, c'était au bal du roi, il y a huit jours, à Windsor. La comtesse de Winter, avec laquelle j'étais brouillé, s'est rapprochée de moi à ce bal. Ce raccommodement, c'était une vengeance de jalouse femme. Depuis ce jour, je ne l'ai pas revue. Cette femme est un agent du cardinal. Quand doit avoir lieu ce bal ?

D’Artagnan. Lundi prochain.

Buckingham. Cinq jours encore, c'est plus de temps qu'il ne nous en faut. Patrice ! Mon joaillier ! Si les ferrets ne sont point déjà partis pour la France, ils n'y arriveront qu'après vous.

D ’Artagnan. Comment cela ?

Buckingham. Je mets un embargo sur tous les bâtiments qui se trouvent à cette heure dans les ports de Sa Majesté, et, à moins de permission particulière, pas un seul n'osera l'ancre lever. Master O'Reilly, how many days would it require to make two studs exactly like them ? [Monsieur O'Reilly, combien faudrait-il de jours pour faire deux ferrets comme ceux-là ?]

O’Reilly. A week, my lord. [Huit jours, Milord.]

Buckingham. Il me les faut après-demain.

O’Reilly. My lord, you shall have them. [Milord les aura.]

Buckingham. Patrice, prévenez l'amiral je mets le Titanica à la disposition de ce gentilhomme...

Ils restent en image arrêtée jusqu'au Noir.
Dès la fin de cette réplique, claque la Musique de la Merlaison pour l'arrivée de la Reine.
Avant son entrée à la Cour, on voit d'Artagnan faire le chemin inverse et récupérer ses amis.

III, 4. LE BALLET DE LA MERLAISON. Séquence 1. le bal se prépare
scène muette qui s'installe pendant la scène avec Buckingham

Dans le public. TREVILLE apparaît de Salle J. Il est accompagné de ses Mousquetaires. Il désigne les portes d'accès du bas. Jussac de même en Cour. Les Mousquetaires sont à Jardin. Les Gardes sont à Cour. Jussac et Tréville disposent leurs hommes.
Le Roi entre de cour, avec Richelieu et Séguier. La Reine entrera de Jardin, avec Constance et Mme de Lannoy.
Milady reste à Cour.

Tréville. Un mousquetaire à cette porte... Un autre à celle-ci.

Jussac. Cahusac à cette porte... Biscarat à celle-ci et Neudessac... dans l'escalier.

Tréville. Et un mousquetaire dans l'escalier.

Jussac. Monsieur. Je me plaindrai à Son Eminence.

Tréville. Comme il vous plaira, Monsieur de Jussac.

Rochefort entre par AJ. Il arrive un peu avant de parler. Puis il monte une partie de l'esc en parlant à Tréville. Ils se rejoignent à mi-chemin.

Rochefort. Monsieur de Tréville ! Je suis votre humble serviteur.

Tréville. Et moi le vôtre, Monsieur de Rochefort.

Rochefort. La fête sera belle, n'est-ce pas ? Monsieur le Cardinal y assistera, je suppose ?

Tréville. Le voici, Monsieur

Musique et danse

Le roi - suivi de Séguier - s'avance de Cour avec le cardinal qui lui parle tout bas. Le roi est très pâle. Il a l'air triste et préoccupé.
Aussitôt les invités vont au-devant du roi.

Louis XIII. Messieurs, j'arrive un peu tard... mais Monsieur le Cardinal m'a retenu pour des affaires d’État.

Richelieu. Sa Majesté la Reine vient au bal ?

Louis XIII. J'y compte bien !

III, 4. LE BALLET DE LA MERLAISON - Séquence 2. Louis XIII exige les ferrets

Musique et danse

La Reine entre d'AJ. Constance la suit.
Le roi s'approche de la reine. Il est suivi à distance par les courtisans.
RICHELIEU rejoint discrètement MILADY qui lui donne les ferrets en AC
Rochefort rejoint Milady en passant par la régie. Il essaiera de draguer Ketty mais il échoue lamentablement.

Louis XIII. Madame, pourquoi donc, s'il vous plaît, n'avez-vous point vos ferrets de diamants, quand vous savez qu'il m'eût été agréable de les voir ?

Anne. Sire, parce qu'au milieu de cette grande foule j'ai craint qu'il ne leur arrivât malheur.

Louis XIII. Et vous avez eu tort ! Si je vous ai fait ce cadeau, c'était pour que vous vous en pariez.

Anne. Sire, les désirs de Votre Majesté seront accomplis.

Louis XIII. Faites, Madame, le ballet va commencer.

Anne envoie Constance chercher Tréville.
Louis se tourne vers Richelieu à Cour.

Que veut dire cela ?

Richelieu. Rien ; seulement si la reine a les ferrets, ce dont je doute, comptez-les, Sire, et si vous n'en trouvez que dix, demandez à Sa Majesté qui peut lui avoir dérobé les deux ferrets que voici.

Louis se rapproche des musiciens en FM
Richelieu, Rochefort et Milady se regroupent en bas à C.

III, 4. LE BALLET DE LA MERLAISON. Séquence 3. Anne et d’Artagnan

Anne s'est isolée à Jardin pour parler avec Tréville en AJ.

Anne. Monsieur de Tréville.

Tréville. Madame ?

Anne. Connaissez-vous un mousquetaire qui s'appelle d'Artagnan ?

Tréville. Il m'a demandé un congé, Madame.

Anne. Vous ne l'avez pas revu, il n'est pas de retour ?

Tréville. Non, Madame.

Anne. Je suis perdue.

La reine remonte au fond.
D'Artagnan entre par le public en renversant un Garde. Athos, Porthos et Aramis le suivent.
A l'arrivée de d’Artagnan, Rochefort se fait discret en AC.

Jussac. Ainsi c'est vous Messieurs qui renversez les sentinelles de Sa Majesté. Que venez-vous faire mousquetaires ?

d’Artagnan. Prendre notre faction, Monsieur de Jussac.

Jussac. Dans cet état ?

Quand Tréville est arrivé à hauteur de d'Artagnan, Constance vient chercher d'Artagnan pour l'amener à Anne.
Les Mousquetaires et les Gardes se rapprochent vers d’Artagnan (en AC), la main au fourreau.
Pendant que Tréville et Jussac converse, d'Artagnan s'apprêtait à se retirer, lorsqu'il sentit qu'on lui touchait légèrement l'épaule ; il se retourna, et vit une jeune femme qui lui faisait signe de la suivre. Cette jeune femme avait le visage couvert d'un loup de velours noir, mais malgré cette précaution, qui, au reste, était bien plutôt prise pour les autres que pour lui, il reconnut à l'instant même son guide ordinaire, la légère et spirituelle Mme Bonacieux.
Rencontre muette de d'Artagnan et Milady.

Tréville. Il me plaît, à moi, que des mousquetaires de Sa Majesté soient couverts de poussière quand ils ont couru pour le service du roi...

Constance est venue à la rencontre de d'Artagnan.

d’Artagnan. Vous, enfin !

Constance, appuyant sa main sur les lèvres du jeune homme. Silence !

d’Artagnan. Mais où et quand vous reverrai-je ?

Constance. Je vous attends ici.

Constance amène d'Artagnan à la Reine. Et à ces mots elle pousse d'Artagnan auprès d’Anne. Constance attend en contre-bas Milieu.
Richelieu se rapproche de Louis XIII.
Dès qu’il le peut, Tréville - suivi de ses Mousquetaires - monte sur scène.

Anne. Monsieur d'Artagnan...

d’Artagnan. Voici les ferrets, Madame.

Anne s'est isolée à Jardin pour parler avec d'Artagnan.
D'Artagnan donne les ferrets à la Reine. Elle lui donne une bague.

Anne. Chevalier d'Artagnan, comment remercier mon sauveur ?

D'Artagnan se jette à genoux, saisit une main et appuie respectueusement ses lèvres.

Gardez cela... en souvenir de moi.

Anne lui donne une bague. D'Artagnan met la bague à son doigt. Rochefort rôde.
Pendant la séquence chez Anne : Dès que RICHELIEU se retrouve seul, Milady et Rochefort le rejoignent.

III, 4. LE BALLET DE LA MERLAISON. Séquence 4. le bal

Anne s'est rapprochée de Louis XIII. Il tressaille de joie et le cardinal de colère.
A l’entrée de la Reine, Rochefort et Milady s’éloignent.
Dans un coin, Rochefort rassemble les gardes. Bonacieux les a rejoint.
Louis XIII tend à la reine les deux ferrets que lui a remis le cardinal.

Louis XIII. Je vous remercie, Madame, de la déférence que vous avez montrée pour mes désirs, mais je crois qu'il vous manque deux ferrets, et je vous les rapporte.

Anne, jouant la surprise. Comment, Sire ! Vous m'en donnez encore deux autres ; cela m'en fera donc quatorze ?

Anne s'éloigne du Roi. Il s'adresse à Richelieu.

Louis XIII, d'un ton sévère. Eh bien, que signifie cela, Monsieur le cardinal ?

Richelieu. Je désirais faire accepter ces deux ferrets à Sa Majesté, et n'osant les lui offrir moi-même, j'ai adopté ce moyen.

Louis rejoint Anne. Richelieu s'adresse à d'Artagnan.

Mes compliments, Monsieur le chevalier.

d’Artagnan. Je suis votre serviteur dévoué, Monsieur le cardinal.

Louis XIII. Venez, Madame. Le ballet commence. Écoutez, l'air en est joyeux.

Anne. Très joyeux, Sire, en effet.

Musique et danse

Elle donne sa main au roi. La reine et le roi dansent.
Enlèvement de Constance pendant la musique. D'Artagnan arrive trop tard en AJ.

Richelieu sourit à la Reine, comme s’il la complimentait sur la danse. Puis, il entre dans la danse.
JUSSAC a regroupé ses Gardes pour préparer l’enlèvement de CONSTANCE. Il n’y a aucun Mousquetaire dans la salle pendant l’enlèvement.

Constance attend.
Bonacieux apparaît en C. Elle s’avance vers lui. Il est en lambeaux : prisonnier à la Bastille, on l'a visiblement maltraité.
Elle se retrouve entourée d’hommes, dont Rochefort. Elle est enlevée. Son châle est resté au sol.
D’Artagnan se précipite. Planchet suivait d'Artagnan, il va chercher Tréville qui s'était rapproché de Richelieu en AJ. Ils arrivent après l'enlèvement de Constance. Les mousquetaires ont rejoint TRÉVILLE.
Dès le départ de Tréville, Milady rejoint Richelieu pour lui annoncer l'enlèvement de Constance.

Acte IV. LES AMOURS DE MILADY

Scène 1. LE RETOUR DE MILADY
Séquence 1. Le duel

Silhouette Milady : Laurène
Silhouette Tagnan : Avon
Silhouette de Winter : Avon

Scène au Pré Margaron avec silhouettes et texte dit au micro. D'Artagnan voit Milady se disputant avec de Winter à Cour.

D’Artagnan. Madame, me permettez-vous de vous offrir mes services ? Il me semble que ce cavalier vous a mise en colère. Dites un mot, Madame, et je me charge de le punir de son manque de courtoisie.

Milady. Monsieur, ce serait de grand cœur que je me mettrais sous votre protection si la personne qui me querelle n'était point mon frère.

De Winter. De quoi donc se mêle cet étourneau ?

Milady s'éloigne à Jardin. De Winter veut se retirer.
Dès que Milady disparaît du Pré Margaron, elle apparaît à Cour avec Rochefort. Ils s'embrassent.

D’Artagnan. Monsieur, vous me semblez encore plus étourneau que moi, car vous me faites l'effet d'oublier qu'il y a entre nous une petite querelle engagée.

Combat. D'Artagnan blesse de Winter.

De Winter. Ce n'est rien.

De Winter tombe.

D’Artagnan. Je tue ?

De Winter.Tuez, monsieur !

D’Artagnan. Vous êtes brave. Vous vivrez.

D'Artagnan aide de Winter à se relever.

De Winter.Qui êtes-vous ?

D’Artagnan. Charles, Ogier de Batz de Castelmore. Mais on m'appelle d'Artagnan. Gentilhomme gascon, rue des Fossoyeurs. Et vous ?

De Winter.Lord de Winter, baron de Sheffield.

D’Artagnan. Je vous donne la vie pour l'amour de votre sœur.

De Winter.Venez, que je vous présente à ma sœur, Lady Clarick.

IV - 1. LE RETOUR DE MILADY - Séquence 2. Le boudoir de Milady

Ils sont à Jardin : Rochefort est en extrême. Ketty (qui ira jusqu'à Milieu) entre avec d'Artagnan et de Winter (qui attendront à Cour).

Ketty. Lord de Winter, Milady.

Rochefort. Ne relâchez pas la surveillance autour de Lord de Winter. Tout laisse à penser que sa venue à Paris précède de peu celle du duc de Buckingham. Son Eminence veut être informée de ses moindres gestes.

Ketty. …et M. D’Artagnan.

Rochefort. Notre Gascon !

Rochefort sort avant l'arrivée des hôtes. Milady fait un signe à Ketty qui introduit d'Artagnan et de Winter.
Dès qu'ils sont placés, Felton apparaît à Cour. Ketty va à lui, prend le billet et revient vers de Winter. Le regard de Ketty reste scotché à d'Artagnan.

De Winter.Vous voyez, ma sœur, un jeune gentilhomme qui a tenu ma vie entre ses mains.

Milady. Vous avez acquis, Monsieur, des droits éternels à ma reconnaissance. Qu'avez-vous ?

D’Artagnan. Pardonnez à ma confusion, Milady est si belle !

Milady. On pardonne tout à un homme brave et généreux.

Ketty. Mylord, a footman has just delivered a note. [Mylord, un laquais vient d'apporter un billet.]

De Winter.Sister, I beg you to obtain his pardon. I must retire. Je vous prie de m’excuser. [Ma sœur, je vous charge d’obtenir le pardon de notre ami.]

Après la sortie de de Winter.

Milady. Lord de Winter n'est que mon beau-frère. J’ai épousé un cadet de famille qui m'a laissée veuve avec un enfant. Vous plairait-il d'entrer au service de son Éminence ?

D’Artagnan. Je n’aurai point manqué d'entrer dans les gardes du cardinal au lieu d'entrer chez les Mousquetaires, si j’avais connu par exemple M. de Cavois au lieu de connaître M. de Tréville. Si j'osais... Si je m'efforçais d'être moins timide...

Milady. Vous me faites une déclaration... L’attaque est vive.

D’Artagnan. Défendez-vous, Madame !

Milady. Une garnison si vigoureusement sommée de se rendre n'a qu'une ressource : la retraite.

D’Artagnan. Vous me quittez, Madame ?

Milady. Je serais trop faible avec vous. Je vous aime.

Elle sort à Jardin. D'Artagnan veut sortir à Cour. Ketty se précipite pour le rejoindre.

IV - 1. LE RETOUR DE MILADY - Séquence 3.Le réduit de Ketty

Ketty. Monsieur d'Artagnan. Jamais ma maîtresse ne vous aimera.

D’Artagnan. T'aurait-elle chargée de me le dire ?

Ketty. Vous ne me croyez pas ?

Elle donne la lettre à d'Artagnan.Il hume la lettre et constate qu'elle est parfumée. Il la parcourt et la rend à Ketty. Ketty retourne la lettre (il la lisait à l'envers) et lit.

« A l'attention du Comte de Wardes. M. le comte,vous n'avez pas répondu à mon premier billet ; auriez-vous oublié quels yeux vous me fîtes au bal de Mme de Guise ? Voici l'occasion, comte ! ne la laissez pas échapper. » Pauvre cher Monsieur d'Artagnan !

D’Artagnan. Tu me plains, bonne petite !

Ketty. Oh ! oui, de tout mon cœur ! car je sais ce que c'est que l'amour, moi !

D’Artagnan. Tu as de beaux yeux, tu sais.

Ketty. Embrassez-moi.

Elle l'embrasse. Un temps puis elle se dégage.

Non, vous ne m'aimez pas ! C'est ma maîtresse que vous aimez.

D’Artagnan. Eh bien, au lieu de me plaindre, tu ferais bien mieux de m'aider à me venger de ta maîtresse.

Ketty. Et quelle sorte de vengeance voudriez-vous en tirer ?

D’Artagnan. Je voudrais triompher d'elle, supplanter mon rival.

Ketty. Je ne vous aiderai jamais à cela, Monsieur le chevalier !

D’Artagnan. Pourquoi ?

Ketty. En amour chacun pour soi.

Milady. Ketty !

Ketty. Voici ma maîtresse qui m'appelle ! Partez, partez vite !

Il reste pour entendre ce que dit Milady.

Milady. Notre Gascon est sorti ? Je m'y connais, Ketty, et je le tiens, celui-là.

Ketty. Je croyais que Madame l'aimait ?

Milady. Moi, l'aimer ! Un niais, qui tient la vie de Lord de Winter entre ses mains et qui ne le tue pas, est un niais qui me fait perdre trois cent mille livres de rente !

Ketty. C'est vrai, votre fils était le seul héritier de son oncle, et jusqu'à sa majorité vous auriez eu la jouissance de sa fortune.

Milady. Aussi, je me serais déjà vengée sur ce gascon, si, je ne sais pourquoi, le cardinal ne m'avait recommandé de le ménager.

Ketty. Oh ! oui, mais Madame n'a point ménagé cette petite femme qu'il aimait.

Milady. Oh ! la mercière de la rue des Fossoyeurs : est-ce qu'il n'a pas déjà oublié qu'elle existait ? La belle vengeance ! Et tâchez enfin d'avoir une réponse à cette lettre, pour une fois.

Ketty. En voilà un qui m'a bien l'air d'être tout le contraire de ce pauvre M. d'Artagnan.

Milady. Sortez.

Milady fait un croche-pied à Ketty qui choit.

Je n'aime pas les commentaires.

Ketty sort en Cour. Elle est étonnée de voir d'Artagnan qui espionnait. Il lui prend la lettre. Ils sortent

IV - 2. LES LETTRES DE MILADY Séquence 1. D’Artagnan répond à Milady

Silhouette Tagnan : Laurène
Silhouette Planchet : ?
Silhouette de Ketty : Marielle

Scène au Pré Margaron avec silhouettes en J.
D'Artagnan entre à cheval de C et l'attache en FC. Il est suivi de Ketty. Il réveille Planchet endormi, adossé à l'arbre en J.

d’Artagnan Eh bien, Planchet, comment se porte ce bon M. de Wardes ? il n'est donc pas mort ?

Planchet Non, Monsieur, il va aussi bien qu'on peut aller avec quatre coups d'épée dans le corps, car vous lui en avez, sans reproche, allongé quatre, à ce cher gentilhomme, et il est encore bien faible, ayant perdu presque tout son sang.

D'Artagnan décrypte et lit toutes les lettres.

d’Artagnan « Monsieur le Comte. Voilà la troisième fois …

Planchet « Monsieur le Comte. Voilà la troisième fois que je vous écris pour vous dire que je vous aime. Prenez garde que je ne vous écrive une quatrième pour vous dire que je vous déteste. Si vous vous repentez de la façon dont vous avez agi avec moi, la jeune fille qui vous remettra ce billet vous dira de quelle manière un galant homme peut obtenir son pardon. »

D'Artagnan parle à Planchet.

d’Artagnan - Écris : « Madame, jusqu'ici j'avais douté que ce fût bien à moi que vos deux premiers billets eussent été adressés, tant je me croyais indigne d'un pareil honneur. Mais aujourd'hui il faut bien que je croie à l'excès de vos bontés, puisque non seulement votre lettre, mais encore votre suivante m'affirme que j'ai le bonheur d'être aimé de vous. Elle n'a pas besoin de me dire de quelle manière un galant homme peut obtenir son pardon. J'irai donc vous demander le mien ce soir. Celui que vous avez rendu le plus heureux des hommes. Comte DE WARDES. » Donne cette lettre à Milady.

Ketty - C'est la réponse de M. de Wardes ? Vous l'aimez toujours !

d’Artagnan - Tu te trompes. Je veux me venger de ses mépris.

Ketty - Je connais votre vengeance ; vous me l’avez dite.

d’Artagnan - C'est toi seule que j'aime.

Ketty - Votre cœur est trop grand.

d’Artagnan - Le monde est tout petit pour ceux qui s'aiment, comme nous, d'un aussi grand amour.

IV - 2.LES LETTRES DE MILADY Séquence 2. Milady lit d’Artagnan

Sur la scène principale, Ketty apporte la lettre et sort pleurer en AJ. Puis d'Artagnan entre.

Milady. Oui, je suis heureuse de l'amour que vos regards et vos paroles m'ont exprimé chaque fois que nous nous sommes rencontrés. Moi aussi, je vous aime. Pauvre ange, que ce monstre de Gascon a failli tuer ! est-ce que vos blessures vous font encore souffrir ?

d'Artagnan. Oui, beaucoup.

Milady. Je vous vengerai, moi et cruellement !

Nuit d'amour. Milady lui donne une bague. D'Artagnan veut la lui rendre.

Non, non ; gardez cette bague pour l'amour de moi.

IV - 3. ATHOS PROVOQUE LA RUPTURE

Scène au Pré Margaron avec silhouettes et texte dit au micro. Ils marchent, en pleine conversation.
Planchet verse à boire

Athos - Votre Milady me paraît une créature infâme, mais vous avez eu tort de la tromper : vous voilà d'une façon ou d'une autre une ennemie terrible sur les bras.

D'Artagnan - Elle est belle, n'est-ce pas ?

Athos - Elle me rappelle un bijou de famille. Elle vous vient de Milady ?

d'Artagnan - Elle me l'a donnée cette nuit.

Athos - Il est impossible que ce soit la même.

D'Artagnan - Vous la connaissez ?

Athos - Tournez-en le chaton en dedans. Le saphir doit avoir une de ses faces éraillée par suite d'un accident. Voyez, n'est-ce pas étrange ?

D'Artagnan - Mais de qui vous venait ce saphir, Athos ?

Athos - C'est un vieux bijou... qui ne devait jamais sortir de la famille.

D'Artagnan - Et vous l'avez... vendu ?

Athos - Il a été donné pendant une nuit d'amour, comme il vous a été donné à vous. (Un temps. Il boit.) Je serais curieux de savoir ce que vous diriez si je vous racontais une histoire d'amour.

D'Artagnan - Arrivée à vous ?

Athos - Ou à un de mes amis, qu'importe !

D'Artagnan - Buvez et racontez.

Athos - Un de mes amis, un de mes amis, entendez-vous bien ! pas moi, un des comtes de mon Berry, devint amoureux à vingt-cinq ans d'une jeune fille de seize ans …

Ketty entre.

Ketty - Ma maîtresse m’envoie à de Wardes. Elle est folle d'amour, ivre de joie : elle veut savoir quand le comte lui donnera une seconde entrevue.

Athos - Renoncez à cette femme. Je ne la connais pas, mais une espèce d'intuition me dit que c'est une créature perdue, et qu'il y a quelque chose de fatal en elle.

D'Artagnan - Et vous avez raison. Je m'en sépare.

Athos - A travers la naïveté de son âge perçait un esprit ardent, un esprit non pas de femme, mais de poète ; elle ne plaisait pas, elle enivrait ; elle vivait dans un petit bourg, près de son frère qui était curé. Tous deux étaient arrivés dans le pays : ils venaient on ne savait d'où ; mais en la voyant si belle et en voyant son frère si pieux, on ne songeait pas à leur demander d'où ils venaient. Du reste, on les disait de bonne extraction. Mon ami, qui était le seigneur du pays, aurait pu la séduire ou la prendre de force, à son gré, il était le maître ; qui serait venu à l'aide de deux étrangers, de deux inconnus ? Malheureusement il était honnête homme, il l'épousa. Le sot, le niais, l'imbécile !

d’Artagnan - Mais pourquoi cela, puisqu'il l'aimait ?

Athos - Un jour qu'elle était à la chasse avec son mari, elle tomba de cheval et s'évanouit ; le comte s'élança à son secours, et comme elle étouffait dans ses habits, il les fendit avec son poignard et lui découvrit l'épaule. Devinez ce qu'elle avait sur l'épaule, d'Artagnan ?

d’Artagnan - Puis-je le savoir ?

Athos - Une fleur de lys. Elle était marquée ! L'ange était un démon. La pauvre fille avait volé.

d’Artagnan Et que fit le comte ?

Athos Le comte était un grand seigneur, il avait sur ses terres droit de justice basse et haute : il acheva de déchirer les habits de la comtesse, il lui lia les mains derrière le dos et la pendit à un arbre.

d’Artagnan Un meurtre !

Athos Oui, un meurtre. Mais on me laisse manquer de vin, ce me semble. Cela m'a guéri des femmes belles, poétiques et amoureuses.

d’Artagnan Et son frère ?

Athos Il avait quitté sa cure depuis la veille. C'était sans doute le premier amant et le complice de la belle, un homme digne qui avait fait semblant d'être curé, peut-être pour marier sa maîtresse et lui assurer un sort. Il aura été écartelé, je l'espère.

Il donne la lettre à Ketty. Puis reprend sa conversation avec Athos qui s’écroule ivre-mort.

IV - 4.LE LIT DE MILADY

Milady - « Ne comptez pas sur moi, Madame, pour le prochain rendez-vous : depuis ma convalescence j'ai tant d'occupations de ce genre qu'il m'a fallu y mettre un certain ordre. Quand votre tour viendra, j'aurai l'honneur de vous en faire part. Je vous baise les mains. Comte de Wardes ». Impossible qu'un gentilhomme ait écrit à une femme une pareille lettre ! Que me voulez-vous ? et pourquoi portez-vous la main sur moi ?

Ketty. J'ai pensé que Madame se trouvait mal.

Milady. Me prenez-vous pour une femmelette ? Quand on m'insulte, je ne me trouve pas mal, je me venge !

Entrée de d'Artagnan

Ainsi vous m'aimez ?

d'Artagnan. Ne vous en êtes-vous point aperçue ?

Milady. Plus les cœurs sont fiers, plus ils sont difficiles à prendre.

d'Artagnan. Il n'y a que les impossibilités qui m'épouvantent.

Milady. Rien n'est impossible à un véritable amour.

d'Artagnan. Je vous écoute, Madame.

Milady. J'ai un ennemi mortel. Puis-je compter sur vous comme auxiliaire ?

d'Artagnan. Mon bras et ma vie vous appartiennent.

Milady. Venge-moi de cet infâme de Wardes.

d'Artagnan. Demain, vous serez vengée ou je serai mort.

Milady. Et je saurai bien me débarrasser de toi ensuite, double sot, lame d'épée vivante !

d'Artagnan. Vous m'aimez, ma belle maîtresse ? n'est-ce pas, vous m'aimez ?

Milady. Sans doute.

d'Artagnan. Vous aviez donné rendez-vous à de Wardes, jeudi dernier, dans cette même chambre, n'est-ce pas ?

Milady. Moi, non !

d'Artagnan. Le comte de Wardes de jeudi et le d'Artagnan d'aujourd'hui sont la même personne.

D'Artagnan voit la fleur de lys.

Milady. Misérable, tu as mon secret ! Tu mourras ! Infâme ! infâme !

IV - 5. D’ARTAGNAN AVOUE A ATHOS

Au Pré Margaron : Athos est à C du débarcadère. D'Artagnan apparait en chemise de nuit.Il bute sur Athos.

Athos - D'Artagnan, que vous arrive-t-il ? Vous voilà tout égaré ! Au milieu de la nuit. Et ces vêtements !...

D'Artagnan - Ne riez pas, mon ami, il vient de m'arriver un terrible événement.

Athos - Le roi est mort ? Avez-vous tué le Cardinal ?

d'Artagnan - Etes-vous sûr que l'autre soit bien morte ?

Athos - L'autre ?

d'Artagnan - Cette femme avec la fleur de lys à l'épaule dont vous m'avez parlé l'autre soir.

Athos - J'étais bien ivre, mon cher d'Artagnan, je parie que j'ai dit mille extravagances. C'est ma grande histoire de la femme blonde, et quand je raconte celle-là, c'est que je suis ivre mort.

d'Artagnan - Milady est marquée d'une fleur de lys à l'épaule.

Athos - Une femme blonde, des yeux bleu clair, d'une clarté étrange, avec des cils et sourcils noirs ?

d’Artagnan - Oui. Il lui manque une dent près de l'oeillère gauche ? La fleur de lys est petite, rousse de couleur et comme effacée par les couches de pâte qu'on y applique.

Athos - Cependant Vous dites qu'elle est Anglaise ?

d'Artagnan - On l'appelle Milady, mais elle peut être Française. Lord de Winter n'est que son beau-frère.

Athos - Je veux la voir, d'Artagnan.

d'Artagnan - Prenez garde, Athos ; vous avez voulu la tuer. Elle est capable de tout !

Athos - Que m'importe qu'elle me tue ! Croyez-vous que je tienne à la vie ?

d'Artagnan - Cette femme est l’espion du cardinal, j'en suis sûr !

Athos En ce cas, méfiez-vous de tout, même de votre ombre.

Ketty entre puis Porthos.

Ketty Vous m'avez promis votre protection. J'ai pensé qu'elle se rappellerait que c'était par ma chambre que vous aviez pénétré dans la sienne, et qu'alors elle songerait que j'étais votre complice ; j'ai pris le peu d'argent que j'avais, mes hardes les plus précieuses, et je me suis sauvée.

d'Artagnan Que vais-je faire de toi ?

Ketty Tout ce que vous voudrez. Faites-moi quitter Paris. Je demeurerai où l'on voudra, pourvu que je sois bien cachée et que l'on ne sache pas où je suis.

Porthos - D'Artagnan, Athos, nous partons pour La Rochelle.

d'Artagnan - Je t'aimerai toujours, sois tranquille.

IV - 6. Richelieu et Milady

Richelieu. Vous allez partir pour Londres, trouver Buckingham.

Milady. Depuis l'affaire des ferrets, pour laquelle le duc m'a toujours soupçonnée, il se défie de moi.

Richelieu. Il ne s'agit plus de capter sa confiance, mais de se présenter comme négociatrice. Vous irez trouver Buckingham de ma part. Vous lui direz que je sais tous ses préparatifs et qu'au premier mouvement, je perds la reine. J’ai tous les détails de son entrée au Louvre et de l'aventure d'Amiens.

Milady. Je lui dirai cela.

Richelieu. Ajoutez que Sa Grâce, dans la précipitation qu'elle a mise à quitter l'île de Ré pendant le siège de La Rochelle, oublia dans son logis une certaine lettre qui compromet la reine, en ce qu'elle prouve non seulement que Sa Majesté peut aimer les ennemis du roi, mais encore qu'elle conspire avec ceux de la France.

Milady. Si le duc continue de menacer la France ?

Richelieu. Le duc est amoureux comme un niais. Si cette guerre peut coûter l'honneur et peut-être la liberté à la dame de ses pensées…

Milady. Et s'il persiste ?

Richelieu. Il y aura en tout temps et dans tous les pays, surtout si ces pays sont divisés par la religion, des fanatiques qui ne demanderont pas mieux que de se faire martyrs. Les puritains sont furieux contre le duc de Buckingham et leurs prédicateurs le désignent comme l'Antéchrist.

Milady. Eh bien ?

Richelieu. Il s'agirait de trouver une femme, belle, jeune, adroite, qui eût à se venger elle-même du duc. Une pareille femme peut se rencontrer : le duc est homme à bonnes fortunes, et, s'il a semé bien des amours par ses promesses, il a dû semer aussi bien des haines par ses infidélités.

Milady. Une pareille femme peut se rencontrer.

Richelieu. Eh bien, une pareille femme, qui mettrait le couteau de Jacques Clément ou de Ravaillac entre les mains d'un fanatique, sauverait la France.

Milady. Elle est trouvée.

Richelieu. Puis il faudrait trouver ce misérable fanatique qui servira d'instrument à la justice de Dieu.

Milady. On le trouvera. Et maintenant que j'ai reçu les instructions de Votre Eminence à propos de ses ennemis, Monseigneur me permettra-t-il de lui dire deux mots des miens ?

Richelieu. Vous avez des ennemis ?

Milady. D'abord cette petite intrigante de Bonacieux...

Richelieu. Elle est dans la prison de Mantes.

Milady. Elle y était, mais la reine l'a fait transporter dans un couvent.

Richelieu. Dans quel couvent ?

Milady. Je l'ignore, le secret a été bien gardé...

Richelieu. Je le saurai, moi !

Milady. L’autre ennemi, Votre Eminence le connaît ! C'est notre mauvais génie à tous deux. C’est l’amant de Mme Bonacieux, c'est celui qui, dans une rencontre avec les gardes de Votre Eminence, a décidé la victoire en faveur des mousquetaires du roi ; c'est celui qui a donné trois coups d'épée à de Wardes, votre émissaire, et qui a fait échouer l'affaire des ferrets.

Richelieu. Vous voulez parler de d'Artagnan ! C'est un hardi compagnon.

Milady. C'est celui enfin qui, sachant que c'était moi qui lui avais enlevé Mme Bonacieux, a juré ma mort.

Richelieu. Donnez-moi une preuve de son intelligence avec Buckingham et je l'envoie à la Bastille.

Milady. Et ensuite ?

Richelieu. Quand on est à la Bastille, madame, il n'y a pas de … “ensuite”.

Milady. Éminence, vous m'aviez dit qu'à mon retour, je pourrais vous demander ce que je voulais. Voici mon prix : homme pour homme : d'Artagnan contre Buckingham. Avec un ordre qui ratifie d'avance tout ce que je croirai devoir faire pour le plus grand bien de Votre Eminence.

Richelieu. « C'est par mon ordre et pour le bien de l'État que le porteur du présent a fait ce qu'il a fait. Richelieu. »

Milady. Sa Grâce le duc de Buckingham ne partira pas pour la France.

IV - 7. Athos se dévoile

Il est déjà en cour, de dos.

Milady - Qui êtes-vous ?

Il se tourne vers Milady.

Et que demandez-vous ?

Il enlève sa veste et son chapeau.

Le comte de La Fère !

Athos. Qui revient tout exprès de l'autre monde pour avoir le plaisir de vous voir. Vous êtes donc un démon envoyé sur la terre ? Votre puissance est grande, je le sais ; mais vous savez aussi qu'avec l'aide de Dieu les hommes ont souvent vaincu les démons les plus terribles. Vous vous êtes déjà trouvée sur mon chemin, je croyais vous avoir terrassée, Madame ; mais, ou je me trompai, ou l'enfer vous a ressuscitée. Oui, l'enfer vous a donné un autre nom, il vous a même refait un autre visage ; mais il n'a effacé ni les souillures de votre âme, ni la flétrissure de votre corps. Vous me croyiez mort, n'est-ce pas, comme je vous croyais morte ? et ce nom d'Athos avait caché le comte de La Fère, comme Milady Clarick avait caché Anne de Breuil ! N'était-ce pas ainsi que vous vous appeliez quand votre frère nous a mariés ? Nous n'avons vécu jusqu'à présent l'un et l'autre que parce que nous nous croyions morts, et qu'un souvenir gêne moins qu'une créature, quoique ce soit chose dévorante parfois qu'un souvenir !

Milady - Mais enfin, qui vous ramène vers moi, et que me voulez-vous ?

Athos - Je puis vous raconter jour par jour vos actions depuis votre entrée au service du cardinal jusqu'à ce soir. L’enlèvement de Mme Bonacieux, les ferrets coupés, de Wardes, le subterfuge de d’Artagnan. Et tant d’autres.

Milady - Vous êtes donc Satan ?

Athos - Peut-être. Assassinez ou faites assassiner Buckingham, peu m'importe ! mais ne touchez pas à d'Artagnan, un ami que j'aime et que je défends, ou ce crime-là sera le dernier.

Milady - Monsieur d'Artagnan m'a cruellement offensée. Il mourra. Elle d'abord, lui, ensuite.

Athos - Madame, vous allez à l'instant me remettre le papier que vous a signé le cardinal ou, sur mon âme, je vous fais sauter la cervelle.

Milady - Soyez maudit !

Athos. Maintenant que je t'ai arraché les dents, vipère, mords si tu peux.


IV - 8. LA ROCHELLE

Leurs silhouettes sont sur le pont. Ils sont éloignés les uns des autres. Les voix semblent crier.
On emmène les spectateurs vers l'île. Les hommes sont en Mousquetaires.

Porthos - Planchet, que voyez-vous ?

Planchet - Une troupe de vingt hommes.

Aramis/Porthos - A combien de pas sont-ils ?

Planchet - A cinq cents pas.

Coups de feu.

Athos - J'ai vu Milady. Elle va en Angleterre.

d’Artagnan - Et dans quel but ?

Athos - Assassiner ou de faire assassiner Buckingham

d’Artagnan - Mais c'est infâme !

Athos - Qu'elle fasse du duc ce qu'elle voudra, je m'en soucie comme d'une bouteille vide.

d’Artagnan - Mais le duc est notre ami.

Planchet - Aux armes !

Athos - Alors feu !

Coups de feu.

Porthos - Mais puisque vous la teniez, que ne l'avez-vous noyée, étranglée, pendue ? Il n'y a que les morts qui ne reviennent pas.

Athos - Vous croyez cela, Porthos ?

 

d’Artagnan - Il faut que je passe en Angleterre une seconde fois.

Athos - Il faut traverser toute la France, semée d'espions et de créatures du cardinal. Il faut une passe pour s'embarquer …

d’Artagnan - N’ai-je pas déjà fait tout cela ?

Athos - Oui, mais à cette époque nous n'étions pas en guerre ; M. de Buckingham était un allié et non un ennemi : ce que vous voulez faire serait taxé de trahison.

Aramis/Planchet - Comment se nomme le beau-frère de Milady ?

d’Artagnan - Lord de Winter.

Aramis/Planchet - Où est-il maintenant ?

d’Artagnan - A Londres.

Athos - Voilà l'homme qu'il nous faut.

d’Artagnan - Nous allons lui écrire : " Milord, votre belle-sœur est une scélérate, qui ne pouvait épouser votre frère, étant déjà mariée en France, et ayant été... "

Athos - Chassée par son mari.

d’Artagnan - Parce qu'elle avait été marquée.

Aramis/Planchet - Et qui l'a vue, cette fleur de lys ?

Athos - D'Artagnan et moi, ou plutôt, pour observer l'ordre chronologique, moi et d'Artagnan.

Aramis/Planchet - Et le mari de cette affreuse créature vit encore ?

Athos - Il vit encore.

Aramis/Planchet - Vous en êtes sûr ?

Athos - J'en suis sûr.

d’Artagnan - Il faut prévenir la reine.

Porthos - C'est ce qu'il y a de mieux ; prévenir à la fois la reine et Lord de Winter.

Planchet - Alerte ! je vois des points noirs et des points rouges qui s'agitent là-bas ; que disiez-vous donc d'un régiment, Athos ? c'est une véritable armée.


ACTE V. Les Morts de Milady

Scène 1. LA CAPTIVITÉ DE MILADY Séquence 1 : L’arrestation

Soldat : Clotilde

Milady. Est-ce l'habitude que les officiers de la marine anglaise poussent la galanterie jusqu'à conduire leurs compatriotes à terre ?

Felton. En temps de guerre, les étrangers doivent être conduits à une hôtellerie désignée, afin qu’ils restent sous la surveillance du gouvernement.

Milady. But I am not a foreigner, sir, my name is Lady Clarik, and this measure … [Mais je ne suis pas étrangère, je me nomme Lady Clarick. ]

Felton. Cette mesure est générale.

Milady. Toujours est-il, qu’avec ces barreaux et ces portes, je suis prisonnière.

De Winter.À peu près.

Milady. Mon frère ?

De Winter.Vous êtes donc revenue en Angleterre ?

Milady. Je viens vous voir.

De Winter.Quelle tendresse, ma sœur !

Milady. Ne suis-je pas votre plus proche parente ?

De Winter.Et ma seule héritière.

Milady. N'est-ce pas Milord Buckingham que je vis sur la jetée ?

De Winter.Vous disiez venir me voir ?

Milady. Oui.

De Winter - Je voulais vous montrer cette espèce de passeport que j'ai rédigé moi-même : « Ordre de conduire à... la nommée Charlotte Backson, flétrie par la justice du royaume de France, mais libérée après châtiment. En cas de tentative d'évasion, la peine de mort lui sera appliquée. »

Milady. Cet ordre ne porte pas mon nom.

De Winter.Un nom ! Est-ce que vous en avez un ?

Milady. J'ai celui de votre frère.

De Winter.Mon frère n'est que votre second mari, et le premier vit encore. Je sais que vous avez l'habitude d'assassiner les gens, mais je me défendrai. Vous demeurerez dans ce château. Mes hommes surveillent tous les passages qui conduisent à la cour. Un geste, un mot qui simule une évasion, et l'on fait feu sur vous. Entrez, mon cher John. Regardez cette femme : elle a toutes les séductions de la terre. Eh bien, c'est un monstre qui est revenu en Angleterre conspirer contre ma vie. Je tiens ce serpent entre mes mains. Je vous ai sauvé la vie, Felton. Je suis pour vous non seulement un protecteur, mais un père ; garde-moi et surtout garde-toi de cette femme.

Felton. Il sera fait comme vous désirez.

V, 1. LA CAPTIVITÉ DE MILADY Séquence 2. La Première journée de captivité

Milady. Je me vengerai.

Felton. Elle dort, c'est bien : à son réveil elle soupera.

Le Soldat. Elle ne dort pas. Elle est évanouie.

Felton. Allez prévenir Lord de Winter. Vous voici réveillée, Madame ! je n'ai donc plus affaire ici !

Milady. Mon Dieu ! que j'ai souffert !

De Winter.Cette morte est-elle donc déjà ressuscitée ? Felton, mon enfant, tu n'as donc pas vu qu'on te prenait pour un novice et qu'on te jouait le premier acte d'une comédie ?

Felton. Il faut plus que des manèges et des coquetteries de femme pour me corrompre.

Elle veut tuer de Winter.

De Winter.Vois-tu ce que je t'avais dit : c'est un de ses travers, de se débarrasser des gens qui la gênent. Elle t'aurait égorgé et, après toi, tout le monde.

Felton. Lord de Winter, qui est catholique comme vous, Madame, a pensé que la privation des rites et des cérémonies de votre religion peut vous être pénible.

Milady. Ce catholique corrompu, sait que je ne suis pas de sa religion. C'est un piège qu'il me tend ! Quant à ce livre, vous pouvez le remporter et vous en servir pour vous-même.

De Winter.Auriez-vous épousé un troisième mari protestant ?

Milady. J'entends vos paroles, mais que je ne les comprends pas.

De Winter.Alors, c'est que vous n'avez pas de religion du tout ; j'aime mieux cela.

Milady. Vous voulez intéresser vos geôliers et vos bourreaux contre moi.

De Winter.Vous le prenez sur un ton poétique, et la comédie tourne à la tragédie. Dans huit jours, vous serez où vous devez être et ma tâche sera achevée.

Milady. Tâche infâme ! impie !

De Winter.Calmez-vous, Madame la puritaine, ou je vous fais mettre au cachot.

Milady Seigneur, si tu nous abandonnes,
C'est pour voir si nous sommes forts ;
Mais ensuite c'est toi qui donnes
De ta céleste main la palme à nos efforts.

Le Soldat. Taisez-vous donc, Madame.

Felton. Vous a-t-on ordonné d'empêcher cette femme de chanter ? Non. On vous a dit de la garder ; gardez-la. Si elle fuit, tuez-la.

Milady. Mais le jour de la délivrance
Viendra pour nous, Dieu juste et fort ;
Et s'il trompe notre espérance,
Il nous reste toujours le martyre et la mort.
J'oubliais que mes chants ne sont pas de mise dans cette maison. Je vous ai sans doute offensé dans vos croyances ; mais c'était sans le vouloir, je vous jure.

Felton. Oui : vous troublez, vous agitez les gens qui habitent ce château.

Milady. Je me tairai.

Felton. Non, Madame ; seulement, chantez moins haut, la nuit surtout.

Le Soldat. Vous avez bien fait, lieutenant ; ces chants bouleversent l'âme ; on finit par s'y accoutumer : sa voix est si belle !

Milady. Mon Dieu ! mon Dieu ! vous savez pour quelle sainte cause je souffre, donnez-moi donc la force de souffrir. Dieu vengeur ! Dieu de bonté ! laisserez-vous s'accomplir les affreux projets de cet homme !
Livre à Baal sa victime,
Jette aux lions le martyr :
Dieu te fera repentir !...
Je crie à lui de l'abîme.

Felton. Je n'aime point déranger ceux qui prient, Madame.

Milady. Comment savez-vous que je priais, Monsieur ?

Felton. Pensez-vous donc, Madame, que je me croie le droit d'empêcher une créature de se prosterner devant son Créateur ? A Dieu ne plaise ! D'ailleurs le repentir sied bien aux coupables ; quelque crime qu'il ait commis, un coupable m'est sacré aux pieds de Dieu.

Milady. Coupable, moi ! mon Dieu, tu sais si je le suis ! Dites que je suis condamnée, Monsieur, à la bonne heure ; mais vous le savez, Dieu qui aime les martyrs, permet que l'on condamne quelquefois les innocents.

Felton. Fussiez-vous condamnée, fussiez-vous martyre, raison de plus pour prier, et moi-même je vous aiderai de mes prières.

Milady. Écoutez donc la supplication d'une femme au désespoir. On vous abuse, Monsieur, mais il n'est pas question de cela, je ne vous demande qu'une grâce, et, si vous me l'accordez, je vous bénirai dans ce monde et dans l'autre.

Felton. Parlez-en au maître, Madame.

Milady. Non, à vous seul. Ecoutez-moi, plutôt que de contribuer à ma perte, plutôt que de contribuer à mon ignominie.

Felton. Si vous avez mérité cette honte, Madame, il faut la subir en l'offrant à Dieu.

Milady. Oh ! vous ne me comprenez pas ! que m'importent, à moi, la mort ou la prison !

Felton. C'est moi qui ne vous comprends plus, Madame.

Milady. Jeune encore, assez belle par malheur, on m'a fait tomber dans un piège, j'ai résisté ; on a multiplié autour de moi les embûches, les violences, j'ai résisté ; on a blasphémé la religion que je sers, le Dieu que j'adore, parce que j'appelais à mon secours ce Dieu et cette religion, j'ai résisté ; alors on m'a prodigué les outrages, et comme on ne pouvait perdre mon âme, on a voulu à tout jamais flétrir mon corps ; enfin…

Felton. Enfin qu'a-t-on fait ?

Milady. Un soir, on mêla à mon eau un narcotique puissant ; à peine eus-je achevé mon repas, que je me sentis tomber peu à peu dans une torpeur inconnue. La seule chose que je me rappelle, c'est que je me réveillai couchée dans une chambre ronde, dont l'ameublement était somptueux. Et je m'aperçus avec terreur qu'un homme était debout à quelques pas de moi. Cet homme était celui qui me poursuivait depuis un an, qui avait juré mon déshonneur, et qui, aux premiers mots qui sortirent de sa bouche, me fit comprendre qu'il l'avait accompli la nuit précédente.

Felton. L'infâme !

Milady. Mon persécuteur était accompagné d'un homme masqué. " Vous êtes une prostituée, dit-il d'une voix tonnante, et vous subirez le supplice des prostituées ! "

Felton. Son nom, dites-le-moi !

Milady. Alors, malgré mes cris, malgré ma résistance, le bourreau me saisit, et suffoquée par les sanglots, presque sans connaissance, invoquant Dieu, qui ne m'écoutait pas, je poussai tout à coup un effroyable cri de douleur et de honte ; un fer brûlant, un fer rouge, le fer du bourreau, s'était imprimé sur mon épaule. Tenez, Felton, voyez comment on a inventé un nouveau martyre pour la jeune fille pure et cependant victime de la brutalité d'un scélérat.

Felton. Pardon de m'être joint à vos persécuteurs. Son nom, dites-moi son nom !

Milady. C'est le ravageur de l'Angleterre, le persécuteur des vrais croyants, le lâche ravisseur de l'honneur de tant de femmes, celui qui pour un caprice de son cœur corrompu va faire verser tant de sang à deux royaumes, qui protège les protestants aujourd'hui et qui les trahira demain...

Felton. Buckingham ! Et tu ne l'as pas foudroyé, mon Dieu ! et tu l'as laissé noble, honoré, puissant pour notre perte à tous !

Milady. Les hommes le craignent et l'épargnent.

Felton. Moi, je ne le crains pas et je ne l'épargnerai pas !...

Milady. Felton, donnez-moi ce couteau !

Felton. Non, tu vivras pour triompher de tes ennemis.

Milady. La mort plutôt que la honte !

Felton. Non, tu vivras, et tu seras vengée !

Milady. Je porte malheur à tout ce qui m'entoure ! Felton, abandonne-moi ! laisse-moi mourir !

Felton. Eh bien, nous mourrons ensemble !

V, 2. L’ASSASSINAT DE BUCKINGHAM Séquence 1. L’action de Felton (Scène muette)

Silhouette Bubu : Adrien
Silhouette Felton : Marielle
Silhouette Tagnan : ?

Au Pré Margaron : Bubu est devant le débarcadère. Felton apparait de derrière.

Patrick. Seigneur, je vous en prie, les dangers sont réels. Portez au moins une cotte de maille sous vos habits.

Felton. Message pressé de la part de Lord de Winter.

Buckingham. Pourquoi le baron n'est-il pas venu lui-même ? je l'attendais ce matin.

Felton. Il en est empêché par la garde qu'il est obligé de faire au château.

Buckingham. Oui, je sais cela, il a une prisonnière.

Felton. Milord, le baron de Winter vous a écrit l'autre jour pour vous prier de signer un ordre d'embarquement relatif à une jeune femme nommée Charlotte Backson.

Buckingham. Oui, Monsieur, et je lui ai répondu de m'apporter ou de m'envoyer cet ordre et que je le signerais.

Felton. Le voici, Milord. Vous ne signerez pas cet ordre, Milord !

Buckingham. Milady est une infâme.

Felton. Monseigneur, Milady est un ange et je vous demande sa liberté.

Buckingham. Etes-vous fou de me parler ainsi ?

Felton. Vous avez séduit cette jeune fille, vous l'avez outragée, souillée ; My lord, beware ! all England is tired of your iniquities ; you are held in horror by God and men. Dieu vous punira plus tard, mais, moi, je vous punirai aujourd'hui.

Buckingham. Retirez-vous, Monsieur.

Felton. Vous voilà entre les mains de Dieu.

Buckingham. Dans les mains du diable, vous voulez dire.

Felton. Signez la liberté de Lady de Winter.

Buckingham. Patrick !

Felton. Signez, Milord !

Buckingham. Jamais !

Felton. Que Dieu ait pitié de son âme ! 

Buckingham. Scélérat !

Felton. Angleterre, tu es sauvée !

Buckingham. Thou hast killed me !

V, 2. L’ASSASSINAT DE BUCKINGHAM Séquence 2. D’Artagnan arrive trop tard (Scène muette)

Patrick, de Winter, le Soldat et D’Artagnan. Milord !
Buckingham. D'Artagnan ?
D’Artagnan. J'arrive trop tard d'une minute !
Patrick. Un médecin !
Buckingham. Inutile.
D’Artagnan. La reine m'avait chargé de vous dire de veiller sur vous, car elle avait eu avis qu'on voulait vous assassiner.
Buckingham. Et c'est tout, c'est tout ?
D’Artagnan. Elle m'avait encore chargé de vous dire qu'elle vous aimait toujours.
Buckingham. Patrick, apportez-moi le coffret où étaient les ferrets de diamants. Voici les seuls gages que j'eusse à elle, ce coffret d'argent, et ces deux lettres. Vous les rendrez à Sa Majesté ; et pour dernier souvenir... vous y joindrez… Et vous y joindrez ce couteau.

V, 3. DE RETOUR EN FRANCE

Anne d’Autriche. Et vous dites que ce poignard est celui du duc de Buckingham …

D’Artagnan. … qui est mort en prononçant le nom de Votre Majesté. Majesté, je crains pour la vie de Mme Bonacieux.

Anne d’Autriche. Pour la soustraire à la vengeance du cardinal, je l'ai envoyée aux Carmélites de Béthune. Donnez ce billet à la supérieure. Elle vous remettra la novice qui était entrée dans son couvent sous ma recommandation et sous mon patronage.

D’Artagnan. En avant pour Béthune !

Porthos. La brume, le Nord, des femmes rousses, un couvent, des nonnes paillardes. Alors, sus au couvent !

Athos. Songez que Béthune est une ville où le cardinal a donné rendez-vous à une femme qui, partout où elle va, mène le malheur après elle.

D’Artagnan. Que craignez-vous, mon Dieu ?

Athos. Tout !

V, 4. Le Carmel de Béthune. Séquence 1. Avec la Supérieure

Soeur Thérèse : Arlette
Milady entre de Jardin. Les Religueuses de Cour.

Milady. Ma Mère, vous avez, parmi vos pensionnaires, une amie à moi qui a souffert des persécutions du cardinal.

La Supérieure. C'est encore une pauvre persécutée que je vois ?

Milady. Hélas, oui.

La Supérieure. Soyez la bienvenue, ma fille.

Milady. Pourrai-je voir cette jeune dame ?

La Supérieure. Sœur Thérèse, allez chercher notre nouvelle pensionnaire...

Les Religieuses vont chercher Constance en C. La Supérieure se tourne à nouveau vers Milady.

Vous n'êtes pas protestante, au moins ?

Milady. J'atteste le Dieu qui nous entend que je suis une fervente catholique.

V, 4. Le Carmel de Béthune. Séquence 2. Milady trompe Constance

Constance. Ainsi, vous êtes aussi une victime de ce méchant cardinal ?

Milady. Ne parlons pas ainsi de lui. La reine elle-même tremble devant le Cardinal.

Constance. La reine est si bonne.

Milady. C’est cela, oui.

Constance. Vous la connaissez donc ?

Milady. Je connais bon nombre de ses amis : M. de Tréville …

Constance. Vous connaissez d'Artagnan ! Vous avez été sa maîtresse ?

Milady. C'est vous qui l'avez été. J’étais sa confidente. Chère Constance, je vous vois donc enfin !

Constance. Pardonnez-moi ! je l'aime tant ! Alors vous savez ce que j'ai souffert ; mais souffrir pour lui, c'est du bonheur.

Milady. Oui, du bonheur.

Constance. Et puis, ce soir peut-être, je le reverrai, et le passé n'existera plus.

Milady. Attendez-vous quelque nouvelle de lui ?

Constance. Je l'attends lui-même.

Milady. Cette lettre est fausse. C'est un piège.

Constance. Que me conseillez-vous ? Qu'est-ce que ce bruit ?

Rochefort. Vous n'atteindrez pas le Carmel de Béthune.

D’Artagnan. Où je veux aller, je vais !

Milady. C'est l'uniforme des gardes du cardinal. Fuyons !

Constance. Oui, fuyons. Fuyez seule.

Milady. Vous laisser ici ? jamais. Ce vin vous donnera des forces. Ce n'est pas ainsi que je voulais me venger, mais on fait ce qu'on peut.

V, 4. Le Carmel de Béthune. Séquence 3. La Mort de Constance

Soldats de de Winter : Clotilde

Constance. D'Artagnan ! tu viens donc enfin, tu ne m'avais pas trompée !

d’Artagnan. Oui, Constance !

Constance. Elle avait beau dire que tu ne viendrais pas …

Athos. Qui elle ?

Constance. Ma compagne ; celle qui, par amitié pour moi, voulait me soustraire à mes persécuteurs ; celle qui, vous prenant pour des gardes du cardinal, vient de s'enfuir.

d’Artagnan. Son nom !

Constance. Ma tête se trouble, je n'y vois plus.

Porthos. Au secours.

d’Artagnan. De l'eau, de l'eau !

Athos. Qui vous a fait boire ?

de Winter. Messieurs, vous êtes comme moi à la recherche d'une femme qui, a dû passer par ici, car j'y vois un cadavre ! c'est ma belle-sœur.

Athos. Et moi, c'est ma femme. Les femmes pleurent les morts, les hommes les vengent !

d’Artagnan. Si c'est pour la venger, je suis prêt à te suivre !

V, 5. La Mort de Milady

Athos. Il importe que cette femme soit jugée et non assassinée.

Milady - Que demandez-vous ?

Athos - Nous demandons, Charlotte Backson, qui s'est appelée d'abord la comtesse de La Fère, puis Lady de Winter, baronne de Sheffield.

Milady - Que me voulez-vous ?

Athos - Nous voulons vous juger selon vos crimes.

D’Artagnan - Devant Dieu et devant les hommes, j'accuse cette femme d'avoir empoisonné Constance Bonacieux.

Porthos et Aramis. Nous attestons.

de Winter - Assassin de Buckingham, de Felton, de mon frère, je demande justice.

Athos - J'épousai cette femme quand elle était jeune fille. Je l'épousai malgré toute ma famille ; je lui donnai mon bien, et mon nom ; et un jour je m'aperçus que cette femme était flétrie : elle était marquée d'une fleur de lys sur l'épaule gauche.

Milady - Je défie de retrouver le tribunal qui a prononcé sur moi cette sentence infâme. Je défie de retrouver celui qui l'a exécutée.

Le Bourreau. C'est à moi de répondre !

Les Fantômes entrent les unes après les autres. Pas 2 en même temps.

Milady. Quel est cet homme ? Non ! ce n'est pas lui ! Le bourreau de Lille ! grâce ! pardon !

Le Bourreau - Cette jeune femme était autrefois aussi belle qu'aujourd'hui. Elle était religieuse. Un jeune prêtre au cœur simple et croyant desservait le couvent ; elle entreprit de le séduire et y réussit. Leurs vœux à tous deux étaient sacrés ; leur liaison ne pouvait durer sans les perdre. Elle obtint de lui qu'ils quittent le pays ; il fallait de l'argent. Le prêtre vola les vases sacrés. Ils furent arrêtés. Huit jours après, elle avait séduit le fils du geôlier et s'était sauvée. Le jeune prêtre fut condamné à dix ans de fers et à la flétrissure. J'étais le bourreau de la ville de Lille, comme dit cette femme. Je fus obligé de marquer le coupable, et le coupable, Messieurs, c'était mon frère ! Je jurai alors que cette femme partagerait le châtiment. Je la poursuivis, je l'atteignis, et lui imprimai la flétrissure. Mon frère parvint à s'échapper à son tour. On m'accusa de complicité, et l'on me condamna à rester en prison à sa place tant qu'il ne se serait pas constitué prisonnier. Mon pauvre frère ignorait ce jugement ; il avait rejoint cette femme, ils avaient fui ensemble dans le Berry ; et là, il avait obtenu une petite cure. Elle passait pour sa sœur. Le seigneur de la terre sur laquelle était située l'église du curé vit cette prétendue sœur et en devint amoureux, au point de l'épouser. Alors elle quitta celui qu'elle avait perdu pour celui qu'elle devait perdre, et devint la comtesse de La Fère... Désespéré, décidé à se débarrasser d'une existence à laquelle elle avait tout enlevé, mon frère revint à Lille, et apprenant l'arrêt qui m'avait condamné à sa place, se constitua prisonnier et se pendit le même soir dans son cachot. Voilà le crime dont je l'accuse.

Athos - Messieurs, quelle peine réclamez-vous contre cette femme ?

D’Artagnan - La mort.

De Winter - La mort.

Porthos et Aramis - La mort.

Athos - Vos crimes ont lassé les hommes sur la terre et Dieu dans le ciel. Si vous savez quelque prière, dites-la, car vous êtes condamnée et vous allez mourir.

2 Mousquetaires la saisissent : Alain + Pascal. Ils sont entrés en AC, avec Athos

Milady. Mille pistoles à chacun de vous si vous protégez ma fuite ; mais si vous me livrez à vos maîtres, j'ai ici des vengeurs qui vous feront payer cher ma mort.

De Winter. Retirez-vous, Messieurs, elle vous a parlé, vous n’êtes plus sûrs.

2 nouveaux Mousquetaires : Nicolas + Mas. Ils sont entrés FM, avec le Bourreau.

Milady. Vous êtes des lâches, vous vous mettez à dix pour égorger une femme.

Athos. Vous n'êtes pas une femme. Vous n'appartenez pas à l'espèce humaine, vous êtes un démon échappé de l'enfer et nous allons vous y faire rentrer.

Milady. Celui qui touchera un cheveu de ma tête est à son tour un assassin.

Le Bourreau - Le bourreau peut tuer, sans être pour cela un assassin.

Milady. Si je suis coupable, si j'ai commis les crimes dont vous m'accusez, conduisez-moi devant un tribunal. Vous n'êtes pas des juges, vous, pour me condamner. Je ne veux pas mourir ! je suis trop jeune pour mourir !

D’Artagnan. La femme que vous avez empoisonnée était plus jeune encore.

Milady. J'entrerai dans un cloître, je me ferai religieuse.

Le Bourreau. Vous étiez dans un cloître, et vous en êtes sortie pour perdre mon frère.

Milady. Vous vous êtes constitués juges, mais ceux qui n'ont pas mission de punir et qui punissent sont des assassins !

Athos. C'est par mon ordre et pour le bien de l'État que le porteur du présent a fait ce qu'il a fait. Richelieu.

D’Artagnan. Je ne peux consentir à ce que cette femme meure ainsi !

Milady. D'Artagnan ! souviens-toi que je t'ai aimé !

Athos. Si vous faites un pas de plus, nous croiserons le fer ensemble. Bourreau, fais ton devoir. Je vous pardonne le mal que vous m'avez fait. Mourez en paix.

De Winter. I pardon you, and I weep for you. Die in peace.

D’Artagnan. Je vous pardonne et je pleure sur vous. Mourez en paix.

Milady. I am lost ! I must die.