Christian, parlant à ses Musiciens. Venez, entrez dans cette salle, et vous reposez là en attendant qu'il vienne.
Maître à Danser, parlant aux Danseurs. Et vous aussi, de ce côté.
Michèle, à l'élève. Est-ce fait ?
L’Élève. Oui.
Michèle. Voyons… Voilà qui est bien.
Maître à Danser. Est-ce quelque chose de nouveau ?
Michèle. Oui, c'est un air pour une sérénade, que je lui ai fait composer ici, en attendant que notre homme fût éveillé.
Maître à Danser. Peut-on voir ce que c'est ?
Ils se rapprochent de l'élève.
Marion. Vous l'allez entendre avec le dialogue, quand il viendra.
Christian. Il ne tardera guère.
Maître à Danser. Nos occupations, à vous et à moi, ne sont pas petites maintenant.
Michèle. Il est vrai. Nous avons trouvé ici un homme comme il nous le faut à tous ;
Patrick ce nous est une douce rente que ce monsieur Jourdain,
Claudia avec les visions de noblesse et de galanterie qu'il est allé se mettre en tête ;
Christian. et votre danse et ma musique auraient à souhaiter que tout le monde lui ressemblât.
Maître à Danser. Non pas entièrement ; et je voudrais pour lui qu'il se connût mieux qu'il ne fait aux choses que nous lui donnons.
Marion revient vers Claudia
Marion. Il est vrai qu'il les connaît mal, mais il les paie bien ;
Michèle. et c'est de quoi maintenant nos arts ont plus besoin que de toute autre chose.
Maître à Danser. [Ah que] Pour moi, je vous l'avoue, je me repais un peu de gloire, les applaudissements me touchent ; et je tiens que, dans tous les beaux-arts, c'est un supplice assez fâcheux que de se produire à des sots, que d'essuyer sur des compositions la barbarie d'un stupide. Il y a plaisir, ne m'en parlez point, à travailler pour des personnes qui soient capables de sentir les délicatesses d'un art, qui sachent faire un doux accueil aux beautés d'un ouvrage, et par de chatouillantes approbations vous régaler de votre travail. Oui, la récompense la plus agréable qu'on puisse recevoir des choses que l'on fait, c'est de les voir connues, de les voir caressées d'un applaudissement qui vous honore. Il n'y a rien, à mon avis, qui nous paie mieux que cela de toutes nos fatigues ; et ce sont des douceurs exquises que des louanges éclairées.
Patrick. J'en demeure d'accord, et je les goûte comme vous.
Michèle. Il n'y a rien assurément qui chatouille davantage que les applaudissements que vous dites.
Christian Mais cet encens ne fait pas vivre ; des louanges toutes pures ne mettent point un homme à son aise :
Patrick. il y faut mêler du solide ; et la meilleure façon de louer, c'est de louer avec les mains.
Jennifer C'est un homme, à la vérité, dont les lumières sont petites,
Christian qui parle à tort et à travers de toutes choses, et n'applaudit qu'à contresens ;
Marion. mais son argent redresse les jugements de son esprit ;
Michèle il a du discernement dans sa bourse ; ses louanges sont monnayées,
Marion s'avance vers le MD
Marion. et ce bourgeois ignorant nous vaut mieux, comme vous voyez, que le grand seigneur éclairé qui nous a introduits ici.
Maître à Danser. Il y a quelque chose de vrai dans ce que vous dites ; mais je trouve que vous appuyez un peu trop sur l'argent ; et l'intérêt est quelque chose de si bas, qu'il ne faut jamais qu'un honnête homme montre pour lui de l'attachement.
Marion. Vous recevez fort bien pourtant l'argent que notre homme vous donne.
Maître à Danser. Assurément ; mais je n'en fais pas tout mon bonheur, et je voudrais qu'avec son bien il eût encore quelque bon goût des choses.
Christian. Je le voudrais aussi, et c'est à quoi nous travaillons autant que nous pouvons.
Claudia s'avance vers le MD
Claudia. Mais, en tout cas, il nous donne moyen de nous faire connaître dans le monde;
Marion et il paiera pour les autres ce que les autres loueront pour lui.
Maître à Danser. Le voilà qui vient.

ACTE I, SCENE 2

M. Jourdain. Hé bien, messieurs ? Qu'est-ce ? me ferez-vous voir votre petite drôlerie ?
Maître à Danser. Comment ! quelle petite drôlerie ?
M. Jourdain. Eh la …, comment appelez-vous cela ? votre prologue ou dialogue de chansons et de danse.
Maître à Danser. Ah ! ah !
Ils font une révérence.
Tous. Vous nous y voyez préparés.
M. Jourdain. Je vous ai fait un peu attendre, mais c'est que je me fais habiller aujourd'hui comme les gens de qualité, et mon tailleur m'a envoyé des bas de soie que j'ai pensé ne mettre jamais.
Ils se font de petites réflexions entre eux.
Christian. Nous ne sommes ici que pour attendre votre loisir.
M. Jourdain. Je vous prie tous deux de ne vous point en aller qu'on ne m'ait apporté mon habit, afin que vous me puissiez voir.
Maître à Danser. Tout ce qu'il vous plaira.
M. Jourdain. Vous me verrez équipé comme il faut, depuis les pieds jusqu'à la tête.
Jennifer. Nous n'en doutons point.
M. Jourdain. Je me suis fait faire cette indienne-ci.
Maître à Danser. Elle est fort belle.
M. Jourdain. Mon tailleur m'a dit que les gens de qualité étaient comme cela le matin.
Maître de musique Tous. Cela vous sied à merveille.
M. Jourdain. Laquais ! holà, mes deux laquais !
1er Laquais - Mélo. Que voulez-vous, monsieur ?
M. Jourdain. Rien. C'est pour voir si vous m'entendez bien. (Aux deux Maîtres.) Que dites-vous de mes livrées ?
Maître à Danser. Elles sont magnifiques.
M. Jourdain. (Il entrouvre sa robe et fait voir un haut-de-chausses étroit de velours rouge, et une camisole de velours vert, dont il est vêtu.) Voici encore un petit déshabillé pour faire le matin mes exercices.
Maître de musique Tous. Il est galant.
M. Jourdain. Laquais !
1er Laquais - Mélo. Monsieur.
M. Jourdain. L'autre laquais !
2nd Laquais - Flamby. Monsieur.
M. Jourdain. Tenez ma robe.
LE LAQUAIS repart.
Me trouvez-vous bien comme cela ?
Maître à Danser. Fort bien. On ne peut pas mieux.
M. Jourdain. Voyons un peu votre affaire.
Jennifer. Je voudrais bien auparavant vous faire entendre un air qu'il vient de composer pour la sérénade que vous m'avez demandée.
Christian - C'est un de mes écoliers, qui a pour ces sortes de choses un talent admirable.
Ils se rapprochent de l'élève
M. Jourdain. Oui ; mais il ne fallait pas faire cela par un écolier, et vous n'étiez pas trop bon vous-même pour cette besogne-là.
Christian repart vexé
Marion se rapproche de Jourdain

Marion. Il ne faut pas, monsieur, que le nom d'écolier vous abuse. Ces sortes d'écoliers en savent autant que les plus grands maîtres,
Claudia - et l'air est aussi beau qu'il s'en puisse faire.
Patrick - Écoutez seulement.
Les Maîtres se tournent vers le Loing.
Au Fond Fausse chanteuse à Jardin du groupe.
Les Figurants s'éloignent à J et à C pendant la chanson. Ils reviennent ensuite.
M. Jourdain. Donnez-moi ma robe pour mieux entendre… Attendez, je crois que je serai mieux sans robe… Non; redonnez-la-moi, cela ira mieux.
03 Je languis
MUSICIEN, chantant.

Je languis nuit et jour, et mon mal est extrême,
Depuis qu'à vos rigueurs vos beaux yeux m'ont soumis :
Si vous traitez ainsi, belle Iris, qui vous aime,
Hélas ! que pourriez-vous faire à vos ennemis ?
Les MZ applaudissent dos public, le MD face.
M. Jourdain. Cette chanson me semble un peu lugubre, elle endort, et je voudrais que vous la pussiez un peu ragaillardir par-ci, par-là.
Maître de musique - Christian. Il faut, monsieur, que l'air soit accommodé aux paroles.
M. Jourdain. On m'en apprit un tout à fait joli, il y a quelque temps. Attendez… La…, comment est-ce qu'il dit ?
Maître à Danser. Par ma foi ! je ne sais.
M. Jourdain. Il y a du mouton dedans.
Maître à Danser. Du mouton ?
M. Jourdain. Oui. Ah ! (M. Jourdain chante.)
Je croyais Jeanneton
Aussi douce que belle,
Je croyais Jeanneton
Plus douce qu'un mouton :
Les Maîtres ont du mal à supporter ce massacre. Ils croient la chanson finie et commencent à applaudir.
Jourdain reprend de plus belle. Ils se bouchent les oreilles.
Les figurants le font aussi, s'ils entendent Jourdain.
Hélas ! hélas ! elle est cent fois,
Mille fois plus cruelle,
Que n'est le tigre aux bois.
N'est-il pas joli ?
Oreilles bouchées, les Maîtres n’ont pas entendus la fin de la chanson. Jourdain est obligé de se répéter.
Tous. Le plus joli du monde.
Maître à Danser. Et vous le chantez bien.
M. Jourdain. C'est sans avoir appris la musique. [ Je vais donc le refaire.]
Marion et Michelle se rapprochent de Jourdain.
Maître de musique - Marion. Vous devriez l'apprendre, monsieur, comme vous faites la danse.
Michèle - Ce sont deux arts qui ont une étroite liaison ensemble.
Maître à Danser. Et qui ouvrent l'esprit d'un homme aux belles choses.
M. Jourdain. Est-ce que les gens de qualité apprennent aussi la musique ?
Maître de musique Tous. Oui, monsieur.
M. Jourdain. Je l'apprendrai donc. Mais je ne sais quel temps je pourrai prendre ; car, outre le Maître d'armes qui me montre, j'ai arrêté encore un Maître de philosophie, qui doit commencer ce matin.
Maître de musique - Patrick. La philosophie est quelque chose ; mais la musique, monsieur, la musique…
Maître à Danser. La musique [ la mmmiq.] et la danse… La musique [ la mmmiq.] et la danse, c'est là tout ce qu'il faut.
Maître de musique - Patrick. Il n'y a rien qui soit si utile dans un État que la musique.
Maître à Danser. Il n'y a rien qui soit si nécessaire aux hommes que la danse.
Maître de musique - Patrick. Sans la musique, un État ne peut subsister.
Maître à Danser. Sans la danse, un homme ne saurait rien faire.
Maître de musique - Patrick. Tous les désordres, toutes les guerres qu'on voit dans le monde, n'arrivent que pour n’apprendre pas la musique.
Maître à Danser. Tous les malheurs des hommes, tous les revers funestes dont les histoires sont remplies, les bévues des politiques et les manquements des grands capitaines, tout cela n'est venu que faute de savoir danser.
M. Jourdain. Comment cela ?
Maître de musique - Patrick. La guerre ne vient-elle pas d'un manque d'union entre les hommes ?
M. Jourdain. Cela est vrai.
Maître de musique - Patrick. Et si tous les hommes apprenaient la musique, ne serait-ce pas le moyen de s'accorder ensemble, et de voir dans le monde la paix universelle ?
M. Jourdain. Vous avez raison.
Maître à Danser. Lorsqu’un homme a commis un manquement dans sa conduite, soit aux affaires de sa famille, ou au gouvernement d'un Etat, ou au commandement d'une armée, ne dit-on pas toujours : "Un tel a fait un mauvais pas dans une telle affaire?"
M. Jourdain. Oui, on dit cela.
Maître à Danser. Et faire un mauvais pas peut-il procéder d'autre chose que de ne savoir pas danser ?
M. Jourdain. Cela est vrai, vous avez raison tous deux.
Maître à Danser. C'est pour vous faire voir l'excellence et l'utilité de la danse et de la musique.
M. Jourdain. Je comprends cela à cette heure. [Sept heures et demi ?]
Maître de musique - Christian. Voulez-vous voir nos deux affaires ?
M. Jourdain. Oui.
Maître de musique - Michèle. Je vous l'ai déjà dit, c'est un petit essai que j'ai fait autrefois des diverses passions que peut exprimer la musique.
M. Jourdain. Fort bien.
Maître de Musique - Claudia + Patrick, aux musiciens. Allons, avancez. (À M. Jourdain.)
Marion Il faut vous figurer qu'ils sont habillés en bergers.
M. Jourdain. Pourquoi toujours en bergers ? On ne voit que cela partout.
Maître à Danser. Lorsqu'on a des personnes à faire parler en musique, il faut bien que, pour la vraisemblance, on donne dans la bergerie. Le chant a été de tout temps affecté aux bergers; et il n'est guère naturel en dialogue que des princes ou des bourgeois chantent leurs passions.
M. Jourdain. Passe, passe. Voyons.
Dialogue en musique
Les Maîtres invitent les Danseuses à monter sur le plateau.
M. Jourdain. Est-ce tout ?
Maître de musique Tous. Oui.
M. Jourdain. Je trouve cela bien troussé, et il y a là-dedans de petits dictons assez jolis.
Maître à Danser. Voici, pour mon affaire, un petit essai des plus beaux mouvements, des plus belles attitudes dont une danse puisse être variée.
M. Jourdain. Sont-ce encore des bergers ?
Maître à Danser. C'est ce qu'il vous plaira. Allons.
(Quatre danseurs exécutent tous les mouvements différents et toutes les sortes de pas que le Maître à danser leur commande ; et cette danse fait le 1er intermède.)
1er intermède

ACTE II, Scène 1

M. Jourdain. Voilà qui n'est point sot, et ces gens-là se trémoussent bien.
Maître de musique. Jennifer - Lorsque la danse sera mêlée avec la musique, cela fera plus d'effet encore,
Christian - et vous verrez quelque chose de galant dans le petit ballet que nous avons ajusté pour vous.
M. Jourdain. C'est pour tantôt au moins ; et la personne pour qui j'ai fait faire tout cela me doit faire l'honneur de venir dîner céans.
Maître à Danser. Tout est prêt.
Ils emmènent Jourdain à la petite table en AJ. Ella va intimider le Maître à danser.
Jourdain donne une bourse au Maître.
Michèle. Au reste, monsieur, ce n'est pas assez :
Claudia il faut qu'une personne comme vous, qui êtes magnifique et qui avez de l'inclination pour les belles choses,
Michèle ait un concert de musique chez soi tous les mercredis
Claudia ou tous les jeudis.
M. Jourdain. Est-ce que les gens de qualité en ont ?
Maître de musique. Oui, monsieur.
M. Jourdain. J'en aurai donc. Cela sera-t-il beau ?
Jourdain donne une bourse au Maître.
Maître de musique. Christian Sans doute. Il vous faudra trois voix : un dessus, une haute-contre, et une basse,
Jourdain donne une bourse au Maître.
Patrick - qui seront accompagnées d'une basse de viole,
Jourdain donne une bourse au Maître.
Marion - d'un théorbe,
Jourdain donne une bourse au Maître.
Christian et d'un clavecin pour les basses continues,
Marion - avec deux dessus de violon pour jouer les ritornelles.
Jourdain donne une bourse au Maître.
M. Jourdain. Il y faudra mettre aussi une trompette marine. La trompette marine est un instrument qui me plaît, et qui est harmonieux.
Maître de musique Jacques/Jennifer. Laissez-nous gouverner les choses.
Le Maître rend la bourse.
M. Jourdain. Au moins n'oubliez pas tantôt de m'envoyer des musiciens, pour chanter à table.
Maître de musique Marion. Vous aurez tout ce qu'il vous faut.
M. Jourdain. Mais surtout, que le ballet soit beau.
Maître de musique. Christian Vous en serez content, et, entre autres choses, de certains menuets que vous y verrez.
M. Jourdain. Ah ! les menuets sont ma danse, et je veux que vous me les voyiez danser. Allons, mon maître.
Maître à Danser. Un chapeau, monsieur, s'il vous plaît.
Le LAQUAIS-Mélo apporte un chapeau.
La, la, la ; La, la, la, la, la, la, bis ; La, la, la ; La, la. En cadence, s'il vous plaît. La, la, la, la. La jambe droite. La, la, la. Ne remuez point tant les épaules. La, la, la, la, la, la, la, la, la. Vos deux bras sont estropiés. La, la, la, la, la. Haussez la tête. Tournez la pointe du pied en dehors. La, la, la. Dressez votre corps.
M. Jourdain. Euh ?
Tous Voilà qui est le mieux du monde.
M. Jourdain. À propos. Apprenez-moi comme il faut faire une révérence pour saluer une marquise : j'en aurai besoin tantôt.
Maître à Danser. Une révérence pour saluer une marquise ?
M. Jourdain. Oui: une marquise qui s'appelle Dorimène.
Maître à Danser. Donnez-moi la main.
M. Jourdain. Non. Vous n'avez qu'à faire : je retiendrai bien.
Maître à Danser. Si vous voulez la saluer avec beaucoup de respect, il faut faire d'abord une révérence en arrière, puis marcher vers elle avec trois révérences en avant, et à la dernière vous baisser jusqu'à ses genoux.
M. Jourdain. Faites un peu. Bon.
1er Laquais - Mélo. Monsieur, voilà votre maître d'armes qui est là.
M. Jourdain. Dis-lui qu'il entre ici pour me donner leçon.
Maître de Musique et Maître à Danser voulaient en profiter pour partir. À contre-cœur, ils sont obligés de rester.
Je veux que vous voyiez faire.

ACTE II, Scène 2

On apporte les épées aux Figurants pour faire les mouvements.
Ursula, [après lui avoir mis le fleuret à la main]. Allons, monsieur la révérence.
Votre corps/ droit. Un peu penché sur/ la cuisse gauche. Les jambes/ point tant écartées. Vos pieds/ sur une même ligne. Votre poignet/ à l'opposite de votre hanche.
La pointe de votre épée/ vis-à-vis de votre épaule. Le bras/ pas tout à fait si étendu. La main gauche/ à la hauteur de l'œil.
Maître de Musique et Maître à Danser font des commentaires désobligeants sur le Maître d’Armes, aux quelques personnes à proximité.
L'épaule gauche/ plus quartée. La tête/ droite. Le regard/ assuré. Avancez. Le corps/ ferme. [Avancez]
Maître d’armes/Noëlle. Touchez-moi l'épée de quarte,
et achevez de même. Une, deux. Remettez-vous.
Redoublez de pied ferme.
Une, deux.
Un saut en arrière.
Maître d’armes Ursula. Quand vous portez la botte,/ monsieur,// il faut que l'épée/ parte la première,// et que le corps/ soit bien effacé.//
Maître d’armes Noëlle. Une, deux.
Allons, touchez-moi l'épée de tierce,
et achevez de même.
Avancez. Le corps ferme. Avancez.
Partez de là. Une, deux.
Remettez-vous. Redoublez.
Une, deux. Un saut en arrière.
Ursula - En garde, monsieur, en garde.
(Le Maître d'armes lui pousse deux ou trois bottes, en lui disant : "En garde".)
M. Jourdain. Euh ?
Maître de musique. Vous faites des merveilles.
[M. Jourdain. Et c’est sans avoir appris la musique.]
Maître d’armes-Noëlle Je vous l'ai déjà dit, tout le secret des armes ne consiste qu'en deux choses, à donner, et à ne point recevoir ;
Ursula - et comme je vous fis voir l'autre jour par raison démonstrative, il est impossible que vous receviez, si vous savez détourner l'épée de votre ennemi de la ligne de votre corps : ce qui ne dépend seulement que d'un petit mouvement du poignet ou en dedans, ou en dehors.
M. Jourdain. De cette façon donc, un homme, sans avoir du cœur, est sûr de tuer son homme, et de n'être point touillé?
Maître d’armes - Noëlle. Sans doute. N'en vîtes-vous pas la démonstration ?
M. Jourdain. Oui.
Maître d’armes - Noëlle. Et c'est en quoi l'on voit de quelle considération, nous autres, nous devons être dans un État, et combien la science des armes l'emporte hautement sur toutes les autres sciences inutiles, comme la danse, la musique, la…
Maître à Danser. Tout beau, monsieur le tireur d'armes : ne parlez de la danse qu'avec respect.
Christian. Apprenez, je vous prie, à mieux traiter l'excellence de la musique.
Maître d’armes - Ursula. Vous êtes de plaisantes gens, de vouloir comparer vos sciences à la mienne !
Maître à Danser. Voyez un peu l'homme d'importance !
Maître de musique Jacques/Jennifer. Voilà un plaisant animal, avec son plastron !
Maître d’armes - Ursula. Mon petit maître à danser, je vous ferais danser comme il faut.
Noëlle Et vous, mon petit musicien, je vous ferais chanter de la belle manière.
Maître à Danser. Monsieur le batteur de fer, je vous apprendrai votre métier.
M. Jourdain, au Maître à Danser. Etes-vous fou de l'aller quereller, lui qui entend la tierce et la quarte, et qui sait tuer un homme par raison démonstrative ?
Maître à Danser. Je me moque de sa raison démonstrative, et de sa tierce et de [ses] sa quarte.
M. Jourdain. Tout doux, vous dis-je.
Maître d’armes - Noëlle. Comment ? petit impertinent.
M. Jourdain. Eh ! mon Maître d’armes.
Maître à Danser. Comment ? grand cheval de carrosse.
M. Jourdain. Eh! mon Maître à danser.
Maître d’armes. Si je me jette sur vous…
M. Jourdain. Doucement.
Maître à Danser. Si je mets sur vous la main…
M. Jourdain. Tout beau.
Maître d’armes. Je vous étrillerai d'un air…
M. Jourdain. De grâce !
Maître à Danser. Je vous rosserai d'une manière…
M. Jourdain. Je vous prie.
Maître de musique. Laissez-nous un peu lui apprendre à parler.
Maître de Musique fait tomber l’épée du Maître d’Armes
M. Jourdain. Mon Dieu ! arrêtez-vous !

ACTE II, Scène 3

M. Jourdain. Holà ! monsieur le philosophe,
Les Maîtres s’immobilisent.
vous arrivez tout à propos avec votre philosophie.
Ils tournent la tête en C, vers le MAÎTRE DE PHILO.
Venez un peu mettre la paix entre ces personnes-ci.
JOURDAIN fait un pas vers le MAÎTRE DE PHILO.
Maître de Philosophie. Qu’est-ce donc ? Qu’y a-t-il, messieurs ?
M. Jourdain. Ils se sont mis en colère pour la préférence de leurs professions, jusqu’à se dire des injures et vouloir en venir aux mains.
Maître de Philosophie. Hé quoi ! messieurs, faut-il s’emporter de la sorte ?
Les Maîtres retournent à leur place, comme des enfants grondés.
et n’avez-vous point lu le docte traité que Sénèque a composé de la colère ? Y a-t-il rien de plus bas et de plus honteux que cette passion, qui fait d’un homme une bête féroce ? Et la raison ne doit-elle pas être maîtresse de tous nos mouvements ?
Maître à Danser. Comment ! Monsieur, il vient nous dire des injures à tous deux, en méprisant la danse, que j’exerce, et la musique, dont il fait profession.
Maître de Philosophie. Un homme sage est au-dessus de toutes les injures qu’on lui peut dire ; et la grande réponse qu’on doit faire aux outrages, c’est la modération et la patience.
Maître d’armes - Ursula. Ils ont tous deux l’audace de vouloir comparer leurs professions à la mienne.
Maître de Philosophie. Faut-il que cela vous émeuve ? Ce n’est pas de vaine gloire et de condition que les hommes doivent disputer entre eux ; et ce qui nous distingue parfaitement les uns des autres, c’est la sagesse et la vertu.
Maître à Danser. Je lui soutiens que la danse est une science à laquelle on ne peut faire assez d’honneur.
Maître de musique. Christian Et moi, que la musique en est une que tous les siècles ont révérée.
Maître d’armes Ursula. Et moi, je leur soutiens à tous deux que la science de tirer des armes est la plus belle et la plus nécessaire de toutes les sciences.
Maître de Philosophie. Et que sera donc la philosophie ?
Tous commencent à rédiger leur dissertation.
Je vous trouve tous trois bien impertinents de parler devant moi avec cette arrogance, et de donner impudemment le nom de science à des choses que l’on ne doit même pas honorer du nom d’art, et qui ne peuvent être comprises que sous le nom de métier misérable de gladiateur, de chanteur et de baladin !
Maître d’armes. Allez, philosophe de chien !
Maître de musique. Jacques/Jennifer Allez, bélître de pédant !
Maître à Danser. Allez, cuistre fieffé !
Maître de Philosophie. Comment ! marauds que vous êtes …
Ils enchaînent leurs répliques sans entendre les autres.
(Le philosophe se jette sur eux, et tous trois le chargent de coups.)
M. Jourdain. Monsieur le philosophe !
Maître de Philosophie. Infâmes ! coquins ! Insolents !
M. Jourdain. Monsieur le philosophe !
Maître d’armes. La peste l’animal !
Var. « La peste de l’animal. »
M. Jourdain. Messieurs.
Maître de Philosophie. Impudents !
M. Jourdain. Monsieur le philosophe !
Maître à Danser. Diantre soit de l’âne bâté !
M. Jourdain. Messieurs.
Maître de Philosophie. Scélérats !
M. Jourdain. Monsieur le philosophe !
Maître de musique Nina. Au diable l’impertinent !
M. Jourdain. Messieurs.
Maître de Philosophie. Fripons ! gueux ! traîtres ! imposteurs !
Tant que les Maîtres ne se battaient pas, JOURDAIN était au milieu des deux camps : il pouvait faire le vaillant. Mais la bataille arrive, alors il s’esquive.
M. Jourdain. Monsieur le philosophe, messieurs, monsieur le philosophe, messieurs, monsieur le philosophe ! … (Ils sortent en se battant.) Oh ! battez-vous tant qu’il vous plaira, je n’y saurais que faire, et je n’irai pas gâter ma robe pour vous séparer. Je serais bien fou de m’en aller fourrer parmi eux pour recevoir quelque coup qui me ferait mal.

 


IV, 3 ou 5. LES PETITS COVIELLE


Julie. Monsieur, je ne sais pas si j’ai l’honneur d’être connu de vous ?
M. Jourdain. Non, monsieur.
Marion. Je vous ai vu que vous n’étiez pas plus grand que cela.
M. Jourdain. Moi ?
Ensemble. Ouais.
Patrick Vous étiez le plus bel enfant du monde,
Ursula et toutes les dames vous prenaient dans leurs bras pour vous [niq]baiser.
M. Jourdain. Pour me [niq]baiser ?
Ensemble Ouais.
Ursula J’étais grand ami de feu monsieur votre père.
M. Jourdain. De feu monsieur mon père ?
Ensemble Oui [Yo].
Claudia C’était un fort honnête gentilhomme.
M. Jourdain. Comment dites-vous ?
Ensemble Je dis que c’était un fort honnête gentilhomme.
M. Jourdain. Mon père ?
Ensemble. Oui.
Marion. Pas ta mère.
M. Jourdain. Vous l’avez fort connu ?
Ensemble Assurément.
M. Jourdain. Et vous l’avez connu pour gentilhomme ?
Ensemble Sans doute.
M. Jourdain. Je ne sais donc pas comment le monde est fait.
Ensemble Comment ?
M. Jourdain. Il y a de sottes gens qui veulent dire qu’il a été marchand.
Ensemble. Lui, marchand ! [Les bâtards !]
Jennifer C’est pure médisance, il ne l’a jamais été.
Marion Tout ce qu’il faisait, c’est qu’il était fort obligeant,
Ursula fort officieux, et, comme il se connaissait fort bien en étoffes,
Marion il en allait choisir de tous les côtés, les faisait apporter chez lui,
Jennifer et en donnait à ses amis pour de l’argent.
M. Jourdain. Je suis ravi de vous connaître, afin que vous rendiez ce témoignage-là que mon père était gentilhomme.
Claudia. Je le soutiendrai devant tout le monde.
M. Jourdain. Vous m’obligerez. Quel sujet vous amène ?
Marion. Depuis avoir connu feu m'sieur votre père, honnête gentilhomme, comme j' vous ai dit, j’ai voyagé par tout le monde.
M. Jourdain. Par tout le monde !
Ensemble. Ouais.
M. Jourdain. Je pense qu’il y a bien loin en ce pays-là.
Ensemble. Assurément.
Jennifer Je ne suis revenu de tous mes longs voyages que depuis quatre jours ;
Marion et, par l’intérêt que je prends à tout ce qui vous touche,
Jennifer je viens vous annoncer la meilleure nouvelle du monde.
M. Jourdain. Quelle ?
Ursula. Vous savez que le fils [fesses] du Grand Truc est ici ?
M. Jourdain. Moi ? non.
Ensemble. Comment !
Jennifer Il a un train tout à fait magnifique :
Claudia tout le monde le va voir,
Jennifer et il a été reçu en ce pays comme un seigneur d’importance.
M. Jourdain. Par ma foi, je ne savais pas cela.
Marion. Ce qu’il y a d’avantageux pour vous, c’est qu’il est amoureux de votre fille.
M. Jourdain. Le fesse du Grand Truc ?
Ensemble. Ouais ;
Ursula et il veut être votre gendre.
M. Jourdain. Mon gendre, le fesse du Grand Truc ?
Ensemble. Le fesse du Grand Truc votre gendre.
Jennifer Comme je le fus voir, et que j’entends parfaitement sa langue, il s’entretint avec moi ;
Patrick et, après quelques autres discours, il me dit :
Julie Acciam croc soler ouch alla moustaph gidelum amanahem vara hini oussere carbulath. [Vends Simca 1000. État neuf.]
Jennifer C’est-à-dire : « N’as-tu point vu une belle jeune personne qui est la fille de monsieur Jourdain, gentilhomme parisien ? »
M. Jourdain. Le fils du Grand Turc dit cela de moi ?
Ensemble Oui [Yo].
Patrick Comme je lui eus répondu que je vous connaissais particulièrement et que j’avais vu votre fille :
Julie « Ah ! me dit-il, marababa sahem » ;
Patrick c’est-à-dire :
Ursula « Ah ! que je suis amoureux d’elle ! »
M. Jourdain. Marababa sahem veut dire : Ah ! que je suis amoureux d’elle ?
Ensemble. Ouais.
M. Jourdain. Par ma foi, vous faites bien de me le dire, car, pour moi, je n’aurais jamais cru que ce Marababa sahem eût voulu dire : Ah ! que je suis amoureux d’elle ! Voilà une langue admirable que ce Truc !
Jennifer. Plus admirable qu’on ne peut croire.
Claudia Savez-vous bien ce que veut dire Cacaracamouchen ?
M. Jourdain. Cacaracamouchen ? Non.
Ursula C’est-à-dire : Ma chère âme.
M. Jourdain. Cacaracamouchen veut dire : Ma chère âme ?
Ensemble Ouais.
M. Jourdain. Voilà qui est merveilleux ! Cacaracamouchen, ma chère âme : dirait-on jamais cela ? Voilà qui me confond.
Marion. Enfin, pour achever mon ambassade, il vient vous demander votre fille en mariage ;
Jennifer et pour avoir un beau-père qui soit digne de lui, il veut vous faire
Tous Mamamouchi,
Marion qui est une certaine grande dignité de son pays.
M. Jourdain. Mamamouchi ?
Ensemble. Ouais, Mamamouchi ;
Ursula c’est-à-dire, en notre langue, paladin.
Patrick Paladin, ce sont de ces anciens…
Ursula Paladin enfin ! Il n’y a rien de plus noble que cela dans le monde ;
Patrick et vous irez de pair avec les plus grands seigneurs de la terre.
M. Jourdain. Le fesse du Grand Truc m’honore beaucoup, et je vous prie de me mener chez lui pour lui en faire mes remerciements.
Ensemble. Comment !
Marion le voilà qui va venir ici.
M. Jourdain. Il va venir ici ?
Tout à coup, ils s’excitent et courent partout comme des singes.
Ensemble. Oui ;
Julie et il amène toutes choses pour la cérémonie de votre dignité.
M. Jourdain. Voilà qui est bien prompt.
Jennifer. Son amour ne peut souffrir aucun retardement.
M. Jourdain. Tout ce qui m’embarrasse ici, c’est que ma fille est une opiniâtre qui s’est allée mettre dans la tête un certain Cléonte, et elle jure de n’épouser personne que celui-là.
Marion Elle changera de sentiment quand elle verra les fesses du grand Turc ;
Jennifer et puis il se rencontre ici une aventure merveilleuse :
Ursula c’est que le fesse du Grand Truc ressemble à ce Cléonte, à peu de chose près.
Julie Je viens de le voir, on me l’a montré ; et l’amour qu’elle a pour l’un pourra passer aisément à l’autre, et… Je l’entends venir ;
Tous le voilà.

Les Petits Covielle sortent de scène et vont au-devant de Cléonte.
Arrivée en procession du Carnaval des Figurants (mélanger les époques)
Ils sont munis de flambeaux.
Les Danseuses entrent derrière Cléonte et Covielle.
Elles traversent le public en "serpent", puis tournent autour de la scène avant que de monter dessus.
Cristèle et une autre danseuse vont se placer très vite en AJ ou AC
Aladin