Adaptation : Hervé Bargy et Marc Favier, avec les propositions des autres participants.
Ceci est le texte que l'on jouera. Pour avoir des explications de texte ou la mise en scène, voir
Le Pédant joué
Chorales
Vendredi - Dimanche : La Frette
Samedi : EDM Sannois
Granger, pédant
CHATEAUFORT, Capitan.
MATHIEU GAREAU, Paysan.
DE LA Tremblaye, Gentilhomme amoureux de la Fille du Pédant.
CHARLOT Granger, Fils du Pédant.
CORBINELI, Valet du jeune Granger, Fourbe.
PIERRE Paquier, Cuistre du Pédant, faisant le Plaisant.
FLEURY, Cousin du Pédant.
MANON, Fille du Pédant.
GENEVOTE, Sœur de M. de la Tremblaye .
La scène est à Paris au Collège de Beauvais
ACTE 1 : 21'
Granger - O par Castor et Pollux, tous les Monstres ne sont pas en Afrique. Et de grâce, Satrape du Palais Stygial, donne-moi la définition de ton individu. Ne serais-tu point un être de raison, une chimère, un accident sans substance, un élixir de la matière première, un spectre de drap noir ?
Châteaufort - Puisque je te vois curieux de connaître les grandes choses, je vais t'apprendre les miracles de mon berceau. Premièrement, la Nature se voyant incommodée d'un si grand nombre de Divinités, voulut opposer un Hercule à ces Monstres. Cela lui donna bien jusqu'à la hardiesse de s'imaginer qu'elle pouvait me produire. Pour cet effet elle empoigna les âmes de Samson, Aïe ! d'Hector, d'Achille, d'Ajax, de Cirus, des papis et des mamis Mondas, d'Alexandre, de Romulus, de Scipion, d'Annibal, de Sylla, de Pompée, de Pyrrhus, de Caton, de frich-moul-mermec, de César, et d'Antoine. Puis les ayant pulvérisées, calcinées, rectifiées façon puzzle, paf ! Paf ! aux quatre coins de l'hexagone. Elle réduisit toute cette confection, en un spirituel sublimé qui n'attendait plus qu'un fourreau pour s'y fourrer.
Paquier/Marie (en FC) - Et c'est vous qui fûtes le fourreau ?
Châteaufort - Affirmatif. Tierco. Et Nature glorieuse de sa réussite, ne pût goûter modérément sa joie, elle clabauda partout son chef-d'œuvre. L'Art, qui d'ordinaire perfectionne la Nature, en devint jaloux. Fâché, disait-il, qu'une teigneuse emportât toute seule la gloire de m'avoir engendré. Il la traita d'ingrate, de superbe, de huître à écailles, de vilaine et lui déchira sa coiffe. Nature, de son côté prit son ennemi aux cheveux. Aïe, aïe, Aïe. Enfin l'un et l'autre battit, et fut battu. Le tintamarre des apostrophes, des soufflets, des bastonnades, m'éveilla. Je les vis, et jugeant que leurs démêlés ne portaient pas la mine de prendre sitôt fin : pour les mettre d'accord, je décidais de me créer moi-même.
Paquier/Christine - Et que firent donc l'Art et la Nature devant cette incroyable genèse ?
Châteaufort - Rien. Depuis ce temps-là leur querelle dure toujours. Partout vous voyez ces irréconciliables ennemis, et les descriptions de nos écrivains d'aujourd'hui ne sont lardées d'autre chose que des faits d'armes de ces deux gladiateurs, à cause que prenant à bon augure d'être né dans la guerre, je leur commandai en mémoire de ma naissance de se battre jusqu'à la fin du monde. Repos. Pouvez fumer.
Paquier/Daïna et Katarina (en FJ) - Et qu'advint-il de ces Divinités qui incommodaient dame Nature ?
Chateaufort - Je voulus bien dépêtrer Dame Nature de ces Dieutelets dont l'insolence la mettait en peine. Je les mandai, ils obéirent. Enfin je prononçai cet immuable arrêt : “" Gaillarde troupe, quand je vous ai convoqués, la plus miséricordieuse intention que j'eusse pour vous était de vous annihiler ; mais craignant que votre impuissance ne reprochât à mes mains l'indignité de cette victoire, voici ce que j'ordonne de votre sort."” Silence dans les rangs.
Châteaufort
- Vous autres Dieux qui savez si bien courir, leur dis-je :
- Toi, Saturne, Père du temps, qui
mange et dévore tout, jusqu'à tes enfants, court à l'hospice.
Lui,
Jupiter qui a la tête fêlée depuis le coup de hache
qu'il reçut de Vulcain, court les rues ;
Toi, Mars qui comme soldat court aux armes,
Toi, Phébus qui comme Dieu des vers, court la bouche des poètes,
Toi, Vénus qui comme putain court l'aiguillette,
Toi, Mercure qui comme messager, court la poste,
et toi Diane enfin, qui comme chasseresse court les bois :
Vous montrez tous les sept à califourchon chacun sur une étoile. Là, vous
courrez de si bonne sorte, que vous n'aurez pas le loisir d'ouvrir les
yeux.
Granger - Et des autres Dieux qu'en fîtes-vous ?
Châteaufort - Midi sonna, la faim me prit, j'en fis un plat en sauce pour mon dîner.
Châteaufort - Il est vrai, et dès lors, mes actions ont toutes été héroïques ou divines ; car si je regarde, c'est en Basilic, si je vomis, c'est en Mont-Etna, si j'écume, c'est en Cerbère, si je dors, c'est en Morphée , si je mange, c'est en gangrène, si je bois c'est en éponge, si j'ordonne c'est en Destin, si j'embrasse c'est en Judas. Vous voyez que grâce à moi l'histoire du Phénix superbe qui s'engendra lui-même, n'était pas un conte.
Ne
peut ouïr le nominatif
A cause de leur génitif,
Et souffre mieux le vocatif
De ceux qui n'ont point de datif,
Que de ceux dont l'accusatif
Apprend qu'ils ont un ablatif.
J'entends que le diminutif
Qu'on fit de vrai trop excessif
Sur votre flasque génitif,
Vous prohibe le conjonctif.
Donc, puis que vous êtes passif
Et ne pouvez plus être actif,
Témoin le poil indicatif
Qui m'en est fort persuasif,
Je vous fais un impératif
De n'avoir jamais d'optatif
Pour aucun genre subjonctif,
De nunc, jusqu'à l'infinitif,
Ou je fais sur vous l'adjectif
Du plus effrayant positif
Qui jamais eut comparatif
Et si ce rude partitif,
Dont je serai distributif
Et vous le sujet collectif,
N'est le plus beau superlatif,
Et le coup le plus sensitif
Dont homme sait mémoratif ;
Je jure par mon jour natif
Que je veux pour ce seul motif
Qu'un sale et sanglant vomitif,
Surmontant tout confortatif,
Tout lénitif, tout restrictif,
Et tout bon corroboratif,
Sait le châtiment primitif
Et l'effroyable exprimitif
D'un discours qui serait fautif ;
Car je n'ai le bras si chétif,
Ni vous le talon si fuitif,
Que vous ne fussiez portatif
D'un coup bien significatif.
O visage ! ô portrait naïf !
O souverain expéditif
Pour guérir tout sexe lascif
D'amour naissant, ou effectif !
Genre neutre, genre métif,
Qui n'êtes homme qu'abstractif,
Grâce à votre copulatif
Qu'a rendu fort imperfectif
Le cruel tranchant d'un canif ;
Si pour résoudre ce Logogrif
Vous avez l'esprit trop tardif,
A ces mots soyez attentif :
Je fais vœu de me faire juif
Au lieu d'eau de boire du suif,
D'être mieux damné que Caïf,
D'aller à pied voir le Cherif,
De me rendre à Tunis captif,
D'être berné comme escogrif,
D'être plus maudit qu'un Tarif,
De devenir ladre et poussif,
Bref par les mains d'un sort hâtif
Couronné de Cyprès et d'If,
Passer dans le mortel Esquif
Au pays où l'on est oisif
Si jamais je deviens rétif
A l'agréable exécutif
Du vœu dont je suis l'inventif,
Et duquel le préparatif
Est, beau Sire, un bâton massif,
Qui sera le dissolutif
De votre demi substantif
Car c'est mon vouloir décisif
Et mon testament mort ou vif.
Mais vous parler ainsi c'est vous donner à résoudre les enigmes d'un Sphinx
; c'est perdre sa sueur et son temps ; c'est écrire sur
la Mer, bâtir sur le sable, et fonder sur le Vent. Enfin, par Jupiter,
vous êtes un ignorant, et ne témoignez de votre pinceau approximatif
que d'une vague culture de lettres.
Châteaufort - De Lettres ?
Granger - Trois lettres ! Pas plus.
Châteaufort - … Pas mieux ! Ah que me dites-vous ? Des âmes de terre et de boue pourraient s'amuser à ces vétilles ; mais pour moi je n'écris que sur les corps humains.
Paquier/G. Marie - C'est de la peinture sur soi ?
Granger - Je le vois bien. C'est peut-être ce qui vous donne envie d'appuyer votre plume charnelle sur le parchemin vierge de ma fille. Elle n'en serait pas contristée, la pauvrette ; car une femme aujourd'hui aime mieux les bêtes que les hommes, jusqu'à préférer monter des ânes. Vous aspirez aussi bien qu'Hercule à ses Colonnes ivoirines.
Granger - Mais l'orifice, l'orée, et l'ourlet de ses guêtres, sera pour vous infranchissable.. J'y veillerai. Je sais que votre valeur est recommandable mais en cet âge de fer, la pauvreté fait le crime. Enfin d'un certain riche paysan la charrue m'éblouit et je suis tout à fait résolu à lui laisser labourer son sillon. C'est pourquoi je vous conseille de ne plus approcher ma fille en Roi d'Egypte, c'est-à-dire qu'on ne vous voie point auprès d'elle dresser la Pyramide à son intention. Quoi que j'aime les règles de la Grammaire, je ne prendrais pas plaisir de vous voir accorder ensemble le Masculin avec le Féminin.
Granger - O ! Microcosme de visions fantastiques ! Hors d'ici profane. Ma colère "primo" commencera par la Démonstration, puis marchera ensuite une Position de soufflets ; "Item" une Addition de bastonnades ; “Hinc”, une Fraction de bras ; “Illinc”, une Soustraction de jambes. De là je ferai grêler une Multiplication de coups, tapes, taloches, horions, fendants, estocs, revers, estramaçons et casse-museaux si épouvantables, qu'après cela l'œil d'un lynx ne pourra pas faire la moindre division, ni subdivision, de la plus grosse parcelle de votre miserable individu.
Châteaufort - Et moi, chétif excommunié, j'aurais déjà fait couler ton âme par cent plaies, sans la dignité de mon être, qui me défend d'ôter la vie à quelque chose de moindre qu'un Géant : et même je te pardonne.
Granger - Pardonnez à mon peu de foi, mais j'ai peine à croire qu'un Dieu puisse se loger dans un homme.
Châteaufort - Relevez-vous, Monsieur le Curé, je suis content : choisissez vite où vous voulez régner, et cette main vous bâtit un Trône dont l'Escalier sera fait des cadavres de six cents Rois.
Granger - Mon Empire sera plus grand que le monde si je règne sur votre cœur. Protégez-moi seulement contre je ne sais quel gentillâtre qui a bien l'insolence de marcher sur vos brisées et…
…
Châteaufort - Ne vous expliquez pas, j'aurais peur que mes yeux en courroux ne jetassent des étincelles, dont quelques-unes par mégarde pourrait vous consumer. Un mortel aura donc eût la témérité de se chauffer au même feu que moi. Mais je ne puis parler davantage, la rage me transporte. Je vais songer au genre de mort dont nous exterminerons ce Pygmée qui veut faire le Colosse.
I, 2 - Granger, Paquier
Granger - Hé bien, Petre, ne voilà pas une digue que je viens d'opposer aux terreurs que me donne tous les jours Monsieur de La Tremblaye ?
Paquier/Tous - Oui, Maître.
Granger - Car La Tremblaye à cause de Châteaufort, Châteaufort à cause de La Tremblaye, désisteront de la poursuite de ma fille. Ce sont deux poltrons si éprouvés, que s'ils se battent jamais, ils se demanderont tous les deux la vie. Je n'ai qu'une fille à marier, et j'ai trois gendres prétendus. C'est pour résumer, pour ceux qui n'ont pas suivi.
Paquier Léo/Clo - L'un se dit brave.
Granger - Je sais le contraire.
Paquier Christine - L'autre prétend être riche.
Granger - Mais je ne sais.
Paquier Daïna/Katarina - L'autre est gentilhomme.
Granger - Mais il mange beaucoup. Paquier, ce n'est pas encore là ma plus grande plaie : j'aime.
Paquier Tous- Je sais cela.
Granger - Et mon fils est mon rival.
Paquier Katarina - C'est ce que je ne savais pas.
Granger - Elle ne m'a pas encore vue. Mais depuis que cette furieuse pensée a pris gîte au ventricule de mon cerveau, je lui écris tous les jours, je sens bien que son cœur s'échauffe au contact de mes braises. Tiens, prends ce billet que tu iras lui porter tout à l'heure.
Paquier /Nael ou David - J'y vais de ce pas, Maître.
Granger - Mais que faire de mon fils ?
Paquier Tous - Espérez en Dieu, il vous assistera.
ils sont leur signe de croix.
Granger - Si je l'envoyais à Venise ?
Paquier Tous - A Venise ?
Granger - O ! oui sans doute. Bien donc dès demain je le mettrai à la mer. Va-t'en dire à Charlot qu'il accoure subitement ici.
Ils y vont.
et
Ils s'arrêtent.
s'il veut savoir qui le demande, dis-lui que c'est moi.
Ils y vont.
et
Ils s'arrêtent.
Non, rien.
Ils ne bougent plus. Granger les chasse.
I, 3 - Granger, seul.
Tiens,
me voilà seul ! Charlot
parti, le marteau de la jalousie ne sonnera plus les longues heures, du désespoir
dans le clocher de mon âme. D'un autre côté me puis-je résoudre
au mariage, moi que les Livres ont instruit des accidents qu'il tire à
sa corde ? Que je me marie, ou ne me marie pas, je suis assuré de me
repentir. Et si elle voulait plastronner sa virginité, contre les estocades
de mes perfections. Hé ! à d'autres, un pucelage est plus difficile
à porter qu'une cuirasse. Toutes les Femmes ne sont-elles pas semblables
aux arbres, pourquoi donc ne voudrait-elle pas être arrosée ?comme
les arbres, si elles sont ou trop ou trop peu humectées, elles ne portent
point ; comme les arbres elles ont les fleurs avant les fruits ; comme les arbres
elles déchargent quand on les secoue.Mais
je crois que mon fils s'approche à pas d'écrevisse ; je m'en vais “obviam”
droit à lui.
I, 4 - CHARLOT, Paquier
Charlot. Je ne puis rien comprendre à ton galimatias.
Paquier/Marie - Pour moi je ne trouve rien de si clair.
Charlot. Mais enfin ne saurais-tu me dire qui c'est qui me demande ?
Paquier/Katarina. Je vous dis que c'est moi.
Charlot. Comment toi ?
Paquier/Daïna. Je vous dis pas moi : Mais je vous dis que c'est Moi ; car il m'a dit en partant : “dis-lui que c'est moi.”
Charlot. Ne serait-ce point mon Père que tu veux dire ?
Paquier/Katarina. Hé ! vraiment oui. A propos je pense qu'il a envie de vous envoyer sur la Mer.
Charlot. Et quoi faire, Paquier ?
Paquier/G. Marie. Il ne me l'a point dit ; mais je crois que c'est pour voir la campagne.
Charlot. J'ai trop voyagé, je suis fatigué.
Paquier/Katarina - Qui, vous ? Je veux bien gager ce chapeau de Cocu, que portât votre père, que vous n'avez jamais vu la Mer que dans une huître.
Charlot - Et toi, Paquier, en as-tu vu davantage ?
Paquier/Daïna - Oui-da. J'ai vu Sarcelles, Saint-Cloud et Sannois.
Charlot - Et qu'as-tu vu de beau ?
Paquier/G. Marie - A la vérité je n'ai pas bien regardé.
Charlot
- Je pense, ma foi, que tes voyages n'ont pas été plus longs que sera celui
dont tu me parles. Va, tu peux l'assurer que je ne désire pas...
I, 5 - Granger, CHARLOT, Paquier
Granger - Que tu demeures plus longtemps ici ? Vite, Charlot, il faut partir. Songe à l'adieu dont tu prendras congé des Dieux Foyers, protecteurs du toit paternel ; car demain l'Aurore porte-safran ne se sera pas plutôt jetée des bras de Tithon dans ceux de Céphale, qu'il faudra te fier à la discrétion de Neptune Guide-nefs.
Charlot - Pour aller où, mon Père ?
Granger - C'est à Venise, mon fils, que je t'envoie.
Charlot - À Venise ?
Granger - Ton oncle, qui est dépourvu d'héritiers mâles, m'a demandé de lui trouver une personne de confiance sur laquelle il puisse se reposer pour gérer sa fortune. Enfin, Charlot, il faut partir.
Charlot - Je vois bien, Monsieur, que vous voulez éprouver si je serais assez lâche pour vous abandonner, et par mon absence vous arracher d'entre les bras un fils unique. Mais non, mon père, si vos tendresses sont assez grandes pour sacrifier votre joie à mon avancement, mon affection est si forte, qu'elle m'empêchera bien de vous obéir. Aussi quoi que vous puissiez alléguer, je demeurerai sans cesse auprès de vous, et serai votre bâton de vieillesse.
Granger - Ce n'est pas pour prendre votre avis que je vous ai fait venir, mais pour vous apprendre ma volonté. Donc demain je vous emmaillote dans un Vaisseau, pendant que l'air est serein ; car s'il venait à nébulifier, nous sommes menacés par les Centuries de Nostradamus, d'un temps fort incommode à la Navigation.
I, 6 - Granger, FLEURY, Paquier
Fleury - Hé bien, mon Cousin, notre Laboureur est-il arrivé ? Ferons-nous ce mariage ce soir ou demain ?
Granger - Hélas ! mon Cousin, ce riche gendre n'est pas encore venu. Je l'attendais ici ; mais alors que je ne pensais vaquer qu'à la joie, je me vois investi des glaives de la douleur. Mon fils est fou, mon Cousin.
Fleury - Bon Dieu
! Depuis quand ce malheur est-il arrivé ?
Granger - Hélas
! tantôt comme je le caressais, il a voulu se jeter à mon visage et dessiner
à mes dépens le portrait d'un Maniaque sur mes joues.
Charlot
- Moi j'irai à Venise ?
Fleury - Voilà votre fils qui vient.
I, 7 - CHARLOT, FLEURY, Granger, CUISTRES
Charlot - Et j'abandonnerais la seule chose pour laquelle j'aime le jour ? J'irai plutôt aux Enfers ; plutôt d'un poignard j'ouvrirai le sein de mon barbare Père, et de mes propres mains prenant son cœur dans un ruisseau de sang, j'en battrai les murailles, plutôt que de soumettre mes plaisirs aux caprices d'un vieillard hébété.
Fleury
- O ! grand Dieu, quelle rage !
Charlot
- Non, mon Père, je n'y puis consentir.
Fleury, fuyant. Liez-le, mon cousin, liez-le. Assez de malheur.
Granger - Piliers de classes, Tire-gigots, Ciseaux de Portions, Exécuteurs de justice Latine : Adeste subito, adeste, ne dicam advolate. Jetez-moi promptement vos bras cuistraux sur ce Microcosme erroné de chimères abstractives, et liez-le aussi fort que Promethée sur le Caucase.
Charlot
- Vous avez beau faire, je n'irai point.
Granger
- Prenez garde qu'il n'échappe,
il ferait un ragout de nos scientifiques
substances.
Charlot - Mais mon Père, encore dites-moi pour quel sujet vous me traitez ainsi ? Ne tient-il qu'à faire le voyage de Venise pour vous contenter ? J'y suis tout prêt.
Granger - Quoi ? Osez-vous attenter au tableau vivant de ma docte machine, Goujats de Ciceron ? Songez à vous. Iratus est Rex, Reginaque non sine causa. Apprenez que j'en dis moins que je n'en pense, et que Supprimit Orator quae rusticus edit inepte. Je crois que c'est clair.
Charlot - Oui, mon Père. Je vous promets de vous obéir en toutes choses ; mais pour aller à Venise, il n'y faut pas penser.
Granger - Comment, Frelons de College, Rouille de mon Pain, gangrène de ma substance ? Cet obsédé n'a pas encore les fers aux pieds ? Vite, qu'on lui donne plus d'entraves que Xerxès n'en mit à l'Océan quand il voulut le faire Esclave.
Charlot - Ah ! mon Père, ne me liez point, je suis tout prêt à partir.
Granger
- Ha ! je le savais bien que mon fils était trop bien morigéné pour donner chez
lui passage à la frénésie. Va mon Dauphin, mon Infant, mon Prince de Galles,
tu seras quelque jour la bénédiction de mes vieux ans. Excuse un esprit prévenu
de faux rapports. Je te promets en récompense d'allumer pour toi mon amour au
centuple dès que tu seras là.
Charlot
- Où, là, mon Père ?
Granger
- A Venise, mon fils.
Charlot
- A Venise, moi ? Plutôt la mort.
Granger
- Au fou, au fou ! ne voyez-vous pas comme il m'a jeté de l'écume en parlant
? Voyez ses yeux tout renversés dans le crâne
: Ha ! mon Dieu, faut-il que j'aie un enfant fou ! Vite, qu'on
me l'empoigne!
Charlot - Mais encore ? Apprenez-moi pourquoi on m'attache ?
Granger - Paquier va vous le dire.
TOUS
les Paquier - Parce
que vous ne voulez pas aller à Venise.
Charlot
- Moi, je ne veux pas y aller ? On vous le fait croire. Hélas ! mon Père, tant
s'en faut, toute ma vie j'ai souhaité avec passion de voir l'Italie, et ces
belles Contrées qu'on appelle le jardin du Monde.
Granger
- Donc, mon fils, tu n'as plus besoin d'Ellébore. Donc ta tête reste encore
aussi saine que celle d'un Chou après la gelée. Viens m'embrasser, viens mon
Toutou, et va-t'en aussitôt chercher quelque chose de gentil et à bon marché,
qui soit rare hors de Paris, pour en faire un présent à ton Oncle. Je te vais
toute à cette heure retenir une place au Coche de Lyon.
(à part, à Paquier) Va, maintenant, Paquier, porter
la lettre à ma Dulcinée. Va, cours, vole. Et ne te retourne pas.
I, 8 - CHARLOT, CORBINELI.
Charlot - Que de fâcheuses conjonctures où je me trouve embarrassé ! Après toute ma feinte, il faut abandonner ma Maîtresse. Mourir ou me faire enfermer.
Par des Contre Bleu Nuit, je vous ai annoncé que vous allez jouer
Clarinettes
: Otto e mezzo 2'
D'abord le thème.
Puis une clarinette pendant les dialogues.
Ah, mon pauvre Corbineli.
Corbineli
- Ah, mon pauvre Monsieur. Qu'y a-t-il ? Comment va notre affaire ?
Charlot
- Je suis le plus malheureux de tous les hommes.
Corbineli
- Comment cela ?
Charlot
- J'ai découvert que mon père est mon rival.
Corbineli
- Votre père amoureux ?
Charlot
- Oui.
Corbineli
- Pouah ! Lui, se mêler d'aimer ! Se moque-t-il du monde ? L'amour a-t-il été
fait pour des gens bâtis comme lui ?
Charlot
- J'ai eu toutes les peines du monde à lui cacher le trouble où cette nouvelle
m'a mis. Mon père m'envoie à Venise, je dois partir demain.
Corbineli - Si vous me faites confiance, votre voyage ne sera pas long. Suivez-moi seulement.
Vendredi
et Dimanche - La Frette : Venise
Samedi : Reprise de 8 et 1/2 par les Clarinettes
SCÈNE PREMIÈRE - Châteaufort seul.
Vexé par Granger d'avoir été traité de "gonzesse", il arrive en treillis. Ses rangers lui font mal.
Il fait semblant d'être blessé. Il y a une progression dans le discours
C
- Madame, l'esprit toujours plein de vos charmes …
M - Vous vous êtes battu ?
C - Et donc ? (Bon ! beau début ! )
M - Vous avez eu avantage sur votre ennemi ?
C - Fort bien. (Bien répondu !)
M - Vous l'avez désarmé ?
C - Facilement.
M - Et blessé ?
C - Hon.
M - Dangereusement, s'entend ?
C - A travers le corps, Madame.
elle crie de peur.
M
- Votre duel victorieux vous condamne à l'exil !
C - Il le faut. (Fort bien ! belle conception ! )
M - Sans dire adieu au Roi ?
C - Ha, a, a.
M - Mais cet autre, ce La Tremblaye, mordiable, de quelle mort le ferez-vous
tomber ?
C
- Je ne suis pas un bourreau. Je ne l'étranglerait pas comme Hercule
étrangla le fils de Poséidon.
M
- Lui ferez-vous avaler toute la mer ?
C - Lui donner le même tombeau qu'Aristote serait trop illustre pour
un ignorant. S'il était Maquereau, je le ferais mourir en eau douce.
M - Lui ferez-vous goûter
les supplices de l'Enfer ?
C - Dans la flamme, il n'aurait pas le temps de bien goûter la mort.
M - Vous commanderez donc à la Terre de l'engloutir tout vif ?
Il drague la spectatrice.
C - Non, car tous ces petits Gentillâtres sont habitués à manger leurs terres. Ce La Tremblaye pourrait bien manger celle qui le couvrirait. De le déchirer par morceaux, ma colère ne serait pas contente, s'il restait de ce malheureux un atome après sa mort. O! Dieux, je suis réduit le laisser vivre, parce que je ne sais pas comment le faire mourir.
Clarinettes
: La Soupe aux choux (1'25)
Non
coupable
II, 2 - Gareau, Châteaufort
Gareau
- Vartigué, vela un d'ces mangeux de petits enfants. Comme la vegne de Belleville,
bel aspect et peu de rapport.
Châteaufort - Où vas-tu bonhomme ?
Gareau
- Tout devant moi.
Châteaufort - Mais je te demande où va le chemin
que tu suis ?
Gareau
- Il ne va pas, il ne bouge pas.
Châteaufort - Pauvre rustre, ce n'est pas cela
que je veux savoir: le Monsieur te demande si tu as encore bien du chemin
à faire aujourd'hui.
Gareau
- Nanain, je le trouverai tout fait.
Châteaufort - Tu parais, Dieu me damne, trop
gaillard pour n'avoir pas dîné.
Gareau
- Dix nez ? Qu'en fera-je de dix ? il ne m'en faut qu'un.
Châteaufort - Un seul nez ? Ah non c'est un peu court jeune homme ! On pouvait
dire... Oh Dieu ! Bien des choses en somme. En variant le ton - par exemple,
tenez : « Hé ardé ! C'est-y un nez ? Nanain ! C'est queuqu'navet géant ou
ben queuqu'melon nain ! »
Gareau - Hé qu'est-ce donc ? Je pense donc qu'vous m'prendriez
On reste dans du conditionnel paysan.
pour queuque ignorant ? Regard' moi ça. D'où s'qui sort ce galouriau ? V'la un engin de belle dégaine ! Par la morguoi, si j'avoüas une sarpe ei un bâton, je feroüas un Gentizome tout aussi bien.
C'est-y pas qu' vous avez un engin de fer au côté qu'vous faîtes l'olibrius. Jarnigué, je ne suis pas un niais ! J'ai été, sans reproche marguillier, j'ai été bedeau, j'ai été porte-offrande, j'ai été chasse chien, j'ai été Dieu et Diable, je ne sais pus qui je suis. Mais ardé, de tout ça, brerrrr, j'm'en tamponne le coquelicot et j'vas droit au but !
Châteaufort - Malheureux excommunié, voilà bien du haut style.
Gareau - Testigué, pasqu'vous êtes gentizome vous vous croyez un grand génie ! Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier. Qu'avez-vous fait pour tant de bien ? Vous êtes donné la peine de naître et rien de plus. Tandis que moi, par la morguoi, je suis résolu de me marier. Et je me marierai.
Châteaufort -
Qui, toi ?
Gareau
- Oui, moi-même, en propre personne. Quel est votre avis là-dessus ?
Châteaufort - Je te prie auparavant de me dire une chose.
Gareau
- Et quoi ?
Châteaufort - Et avec qui comptes-tu te marier ?
Gareau - Moi ?
Châteaufort - Oui.
Gareau - Avec Mademoiselle Manon, fille du seigneur Granger.
Gareau
- Monsieur de Mauvières m'appelait bien son bâtard.Il ne s'en est pas fallu
l'épaisseur d'un sou, qu'il ne m'ait fait apprenti conseiller.
« Viens-çà, ce me fit-il une fois, gros fils de putain, car
j'étions
tout
comme deux frères ; je veux, ce fit-il, que tu vinsses, ce fit-il, autour
de moi, ce fit-il, dans la Turquise, ce me fit-il.
- Oh ! Ce l'y fis-je, vous vous gaussez.
- Non-est, ce me fit-il.
- Oh ! Si est, ce l'y fis-je.
- Oh ! Ce me fis-je à part moi : écoute Jean, ne faut point faire le bougre,
faut sauter ».
Châteaufort - Il faut que tu saches...
Gareau
- Dame, je n'fit point mauvaise figure davantage et
je me bouti avec li cahin caha,à la franche marguerite.
Mais quand on y est, on y est. Par ma foi pourtant, je dus paraître un peu
sot, un peu sot je dus paraître, car Mart in Binet...
Châteaufort - D'accord. C'est que …
Gareau
- Et, y à propos Denis le Balafré son
onque, s'en venit l'aut jour à tantôt, tourner autour de moi. Ah ma foi, ma
foi, par Dieu, que j'lui ai collé une de ces volées, mon plus beau chinfregniau
sur la moustache, qu'il en est resté les badigoines escrabouillées pendant
tout l'hyvar.
Châteaufort - Que diable ! je n'en doute pas.
Écoute-moi donc …
Gareau
- Que Guiebe aussi ! Tous les jours que Dieu
faisait, ce bagnard là, me tournait autour comme un Satan. C'est sa sœur
qu'habite avec le Grand Tiphaine. Mais regardez un peu, c'n'était encore qu'une
vermine et elle faisait déjà la dévergondée. Pour sûr qu'elle savait lire
les psaumes, tout autant elle savait-y-faire avec les galants.
Châteaufort - Il faut que j'aie bonne patience.
Gareau
- Elle se carrait comme un pou dans une rogne. Dame aussi, elle avait la voix,
sauf votre respect, aussi claire qu'une eau de roche.
On disait que monsieur le Curé lui avait bien souvent trempé l'goupillon dans
son bénitier.
Châteaufort, esayant
de clore la logorrhée de Gareau - Oh ! Marie-toi donc. Je ne dis plus
un mot.
Gareau
- Mais, ardez, ce sont des médisants. Faut laisser dire
; et pis quand il aurait lutiner un tantinet, c'est à lui à faire, et à nous
à nous taire, puisqu'il donne bien la pollution aux autres, il ne l'oublie
pas pour lui. Monsieu le Vicaire itou était d'une humeur bien docile et bien
courtoise. Mais il faut que vous sachiez...
Châteaufort - Eh de grâce, Villageois, achève-nous
tes aventures.
Gareau
- O donc je voyagîme sur l'Or riant et sur la mardi Terre Année.
Châteaufort - Tu veux dire "vers l'Orient" et
"sur la Méditerranée" ?
Gareau
- Hé bien je me reprends, un verre se reprend bien. J'arrivîme itou aux Deux
Trois de Gilles le bâtard, et pis au pays... au pays... au pays... du Beurre.
Châteaufort - Bon, "Gilles
le bâtard" pour "Gibraltar", j'ai compris. Mais que Diable veux-tu dire, au
pays du Beurre ?
Gareau - Oui au pays du Beurre. Tant qu'y a que
c'est un pays qu'est mou comme du beurre, et où les gens sont durs comme le
grès. Ha ! c'est la graisse.
Châteaufort - …
Gareau - Beurre. Grès. Grèce.
Châteaufort - …
Gareau
- Désolé. Et pis après cela, je nous en allîmes, réverence parlé, en un pays
si loin, si loin. Ardé, je crois qu'il suffîme que nous cheminiasse encore
deux lieues que j'eussions trouvé le Paradis et l'Enfer. Dame, je m'attardimes
guère et faisîmes nos caisses pour le bout du monde, dans la Turquise, moi
et mon maître.
Châteaufort - Ton Maître savait donc l'Idiome
Turc ?
Gareau - Idiome toi-même. Hé vrament, oui il
les savait. Les avait-il pas vu dans le Latin ? Son frère itou était bien
savant, mais pas encore autant, car on disait que lui n'avait appris le Latin
qu'en Français.C'tait un bon gars, qui s'en allait tout devant lui, hurlu,
brelu, l'air de rien, et stanpandant il marmonnait toujours dans une brassée
de livres. D'aucuns s'intilaient, s'intulaient : ouais ? Ce n'est pas encore
comme ça : s'inlutilaient, j'y suis quasi : s'intilutaient : s'in, s'in, s'in...
Tant qu'y a que j'm'entends bian !
Châteaufort
- Tu veux dire : s'intitulaient ?
Gareau - Oui, oui, sin, sin … héla qui
se faisaient comme vous dites, là tout débrouillé. Je ne sais pus où j'en
sis, vous me l'avez fait pardre. Tant qu'y a, qu'au bout du bout, je nous
en revînmes. Il apportit de ce pays là, tant de guiamans
rouges, d' hémorroïdes vertes…
Châteaufort - Tu veux dire
“des émeraudes”
Gareau - Oh, mais qu'est-ce qu'y va m'chercher des cirons dans la tonsure ? L'est-y bien raisonnable aujourd'hui, c'est-y qu'il a mangé d'la soupe à neuf heures ? Et si je n'veux pas dire comme ça moi ? Ardé, ça le fait rire ? (Il le frappe) Vous êtes un sot et un ignorant. Car, ventregué, si vous êtes un si bon diseux, tapons-nous donc la gueule comme il faut. Et quien et vela pour toi !
Châteaufort
- Ce coup ne m'offense point, au contraire il publie mon courage invincible
à souffrir. Toutefois, je veux bien te dire que j'ai fait en ma vie septante
mille combats, et n'ai jamais porté botte qui n'ait tué sans confession. Sus
donc, mais gardons la vue, ne portons point de même temps, ne poussons point
de près, ne tirons point de seconde ; Mardieu ! depuis le temps je me serais
mis en garde, j'aurais gagné la mesure,je l'aurais rompue, j'aurais surpris
le fort, j'aurais pris le temps, j'aurais coupé sous le bras, j’aurais
marqué tous les battements, j'aurais tiré la flanconade, j’aurais
porté le coup de dessous, je me serais allongé de tierce sur
les armes, j'aurais quarté du pied gauche, j'aurais marqué feinte
à la pointe et dedans et dehors, j'aurais estramaçoné,
ébranlé, empiété, engagé, volté,
porté, paré, riposté, carté, passé, désarmé,
et tué trente hommes.
Gareau
- Vraimant, voilà bien la musique d'un embrocheux de limaces.
Il le frappe encore.
Gareau le frappe.
Il le frappe encore.
Foi de Cavalier, cette gentillesse me charme. Voilà le faquin du plus grand cœur que je vis jamais.
Gareau le frappe encore.
Il est frappé derechef. Gareau se retire en un coin du Théâtre, et le Capitan demeure seul.
Quelque faquin de cœur bas, et avili aurait voulu mesurer son épée avec ce vilain ; mais moi qui suis Gentilhomme. Il ne s'en est cependant quasi rien fallu que je ne l'aie percé de mille coups. En effet j'allais tout massacrer. Et pour une plus grande prévoyance, je m'en vais faire promptement avertir Messieurs les Maréchaux qu'ils m'envoient des Gardes pour m'empêcher de me battre ; car je sens ma colère qui croît, mon cœur qui s'enfle, et les doigts qui me démangent de faire un homicide. Vite,vite, des Gardes, car je ne réponds plus de moi.
Gareau revenant le frappe encore et le Capitan s'en va.
Manon - Quel démêlé donc, mon pauvre Jean, avais-tu avec ce Capitaine ?
Gareau - Aga, il m'agaçait avec sa philosophie. Ardé, c'est tout fin dret comme ce grand Cocsigrue de Monsieu du Meny, quand je travaillais chez Mademoiselle de Cernay. Il paraît, à ce que Chuchotaient les médiseux, qu'avec Mademoirelle notre Metraisse, il boutet cety-ci dans cety-là. Mais par la morguoi, c'étet un bel oisiau qu'étet un tantinet tarabusté de l'entendement. Et qui s’est mis tout d’un coup à me battre l'échine. Vartigué je n'êtes pas Gentizome pour me battre en deuil, mais… O donc c'étet Mademoirelle notre Métraisse qui m'avet loué et stanpandant il voulut, ce dit-il, me faire, ce dit-il, enfiler la porte. "Oh ! ce me fit-il, je te ferai bien enfiler la porte, ce fit-il." Guian cette parole-là me prenit au cœur. "O par la morguoy, ce l'y fis-je, vous ne me ferais point enfiler la porte ; et pis au fons, ce l'y fis-je, c'est Mademoirelle qui m'a loüé : si Mademoirelle veut que je l'enfile, je l'enfilerai bian, mais non pas pour vous."
Granger - Or çà, notre Gendre, oublions toutes ces querelles. L'Hyménée doit allumer nos cœurs, non pas notre fiel. C'est le sujet qui nous assemble tous. Voilà ma fille qui voudrait déjà qu'on dit d'elle et de vous “Sub, super, in, subter, casu junguntur utroque, in vario sentsu”.
Gareau - Super.
Manon - Et ça veut dire ?
Granger - " Sous, au-dessus, dans, au-dessous, l'un dans l'autre, et dans tous les sens"
Manon - Super. Mon Père, je ne suis pas capable de former des souhaits, mais de seconder les vôtres : Conduisez ma main dans celle que vous avez choisie, et vous verrez votre fille d'un visage égal, ou descendre, ou monter.
Granger - Rien donc ne nous empêche plus de conclure cet accord, aussitôt que nous saurons les natures de votre bien.
Fleury - Là donc, ne perdons point de temps.
Granger - Vos facultés consistent-elles en rentes, en maisons, ou en meubles ?
Gareau - Dame oui, j'ai très-bian de tout ça : je fais un héritage.
Granger - Qu'on donne promptement un siège à Monsieur. Manon, saluez votre mari. Cette succession est-elle grande ?
Gareau - Elle est de vingt mille francs.
Granger - Vite, Paquier, qu'on mette le couvert !
Là, là, vous moquez-vous, remettez votre bonnet ; entre nous autres, il ne faut point tant de manières ni de cérémonies. Hé ! qu'est-ce donc ? On dirait que nous ne nous connaissons plus. Vous avez oublié le temps où vous étiez au château ?
Granger - Laissons cela.
Gareau - Parguene, alez, ous n'esquiais qu'un petit Navet en ce temps-là, ous êtes à cette heure ci eune Citrouille bian grosse.
Allez, vous n'étiez qu'un petit Navet en ce temps-là. Vous êtes à cette heure une citrouille bien grosse.
Granger - Ne parle point davantage.
Gareau - Vrament, laissez faire, je pense que Guieu marci, j'avons bian parlé de vous, feu ma femme et moi. S'il vous était venu des cornes toutes les fois que les oreilles vous ont corné.
Vraiment, laissez faire, je pense que, Dieu merci, nous avons beaucoup parlé de vous, ma mère et moi.
Granger - Par Dieu ! tais-toi.
Gareau - Ce que j'en dis des cornes, pourtant, ce n'est pas que j'en parle, pour sûr, ous en avez bian assez comme ça.
Granger -Tais-toi, te dis-je.
Granger - Avez-vous ici les papiers de cet héritage-là ?
Gareau - Nanain vramant, on ne veut pas me les donner. Mais je me doute bian de ce qu'oul y a. Testigué, regardez tous ces brinborions de Contrats, ce n'est que de l'écriture qui n'est pas vraie. Ho bian, acoutez la, c'est eune petite sussion qui est vramant bian grande da, de Nicolas Girard ;
Pas vraimant, on ne veut pas me les donner. Mais je me doute bien de ce qu'il y a. Testigué, je m'amuse bien à des papiers, moi. Hé ! regardez tous ces machins de Contrats, ce n'est que de l'écriture qui n'est pas vraie, elle n'est pas reliée. Hé bien, écoutez ça, c'est une succession qui est vraimant bien grande, oui, de Nicolas Girard.
hé là, le père de ce petit Louis Girard qui étet si remuant. Vous remettez ?
Granger - Euh … Non !
Gareau - C'est lui qui s'est noyé dans la mer.
Granger - La mère de qui ?
Gareau - O bian son père est mort aussi ; je l'avons conduit en tare. Ce pauvre diable était allé dénicher des Pies en haut d'un arbre. Et puis, le vela bredi, breda, qui glisse tout en bas des branches, et dans eune grande escousse, pouf, il tombe à la renvarse.
Vous voyez, le père de ce petit Louis Girard qui était si remuant. Vous vous en souvenez ? C'est lui qui s'est noyé dans la mer. Eh bien son père est mort aussi ; je l'ai conduit en terre. Ce pauvre diable était allé dénicher des Pies en haut des arbres. Et puis, le voila bredi, breda, qui glisse tout en bas des branches, et dans une grande secousse, pouf, il tombe à la renverse.
Or donc lui il était mon Compère et sa femme ma Comère. Or ma Comère, pis que Comère y a, auparavant que d'avoir épousé mon Compère, avait épousé en premières noces, le Cousin de la Bru de Pierre Olivier, qui touchait de bien près à Jean Henault, de par le Gendre du Beau-frère de son Oncle.
Granger inspire comme s'il comprenait. Mais non.
Granger - …
Gareau - Or cely-ci, retenez bian, avait eu des enfants de Jaquelaine Brunet qui mourirent sans enfants : Mais il se trouve que le neveu de Denis Gauchet avait tout donné à sa femme par contrat de mariage, à celle fin de frustrer les heriquers de Thomas Plançon, pis que sa grand-mère n'avait rian laissé aux Minots de Denis Vanel l'aîné : Or il se trouve que je somes parent en queuque magniere de la Veuve de Denis Vanel le jeune, et par consequent, ne devons-je pas avoir la succession de Nicolas Girard ?
Or celui-ci, retenez bien, avait eu des enfants de Jaqueline Brunet qui mourut sans enfants : Mais il se trouve que le neveu de Denis Gauchet avait tout donné à sa femme par contrat de mariage, à seule fin de frustrer les héritiers de Thomas Plançon, puis que sa grand-mère n'avait rien laissé aux enfants de Denis Vanel l'aîné : Or il se trouve que je suis parent de la Veuve de Denis Vanel le jeune, et par consequent, ne dois-je pas avoir la succession de Nicolas Girard ?
Granger - Mon ami, j'ouvre mes yeux aussi grands que des salières, et pourtant, je n'entends goutte à votre affaire.
Gareau s'agenouille pour se servir des éléments sur la table et en fait ses personnages.
Gareau - O Monsieu, je m'en vas vous l'éclaircir aussi finement claire, que la voix des enfans de chœur de notre vilage. A coutez donc : Il faut que vous sachiez que la Veuve de Denis Vanel le jeune, dont je sommes parent en queuque magniere, était fille du second lit de Georges Marquiau, le Biau-frère de la Sœur du Neveu de Piare Brunet, dont j'avons parlé tantôt. Or, il est bian à clair que si le Cousin de la Bru de Piare Olivier, qui touchait de bian près à Jean Henault, de par le Gendre du Biau-frère de son Onque, était le père des enfants de Jaqueline Brunet trépassés sans enfants, et qu'après tout ce tintamare là on n'avait rian laissé aux Mineux de Denis Vanel le jeune, j'y devons rentrer, n'est-ce pas ?
Écoutez donc : Il faut que vous sachiez que la Veuve de Denis Vanel le jeune, dont je suis parent d'une certaine façon, était fille du second lit de Georges Marquiau, le Beau-frère de la Sœur du Neveu de Pierre Brunet, dont je vous ai parlé tout à l'heure. Or, il est bien à clair que si le Cousin de la Bru de Pierre Olivier, qui touchait de bien près à Jean Henault, de par le Gendre du Beau-frère de son Oncle, était le père des enfants de Jaqueline Brunet trépassée sans enfants, et qu'apres tout ce tintamare là on n'avet rian laissé aux Mineux de Denis Vanel le jeune, j'y devons rentrer, n'est-ce pas ?
Granger - Paquier, repliez la nappe, Monsieur n'a pas le loisir de s'arrêter. Ma foi, beau Sire, depuis le jour que Cupidon sépara la Lumière du Chaos, il ne s'est point vu sous le Soleil un démêlé semblable. Dédale et son Labyrinthe peuvent aller se rhabiller. Je vous remercie cependant de l'honneur qu'il vous plaisait nous faire : Vous pouvez promener votre Charrue ailleurs que sur le champ virginal du ventre de ma Fille.
Manon - Les Valets de la Feste vous remersissont.
Fleury - Vous avez du courage, mais vous êtes un peu court jeune homme.
Gareau parle au public.
Gareau - Ma foi, c'est à voir. Je n'en voulais pus. J'aime bian mieux eune bonne grosse Ménagère qui vous travaille de ses dix doigts, que de ces Madames de Paris qui se fesont courtiser des Courtisans. Vous verrez ces Galouriaux, leur dire tout le long du jour des “Mon cœur”, “Mamour”, par-ci, par-là. “Je le veux bian”, “Le veux-tu bian ?” Et pis c'est à se sabouler, à se patiner, à plaquer les mains au commencement sur les joues, pis sur le cou, pis sur les tripes, pis sur le brinchet, pis encore pus pas, et ainsi le vitse glisse. Stanpendant, moi qui ne veux pas qu'on me fasse des Trogedies, si j'avais trouvé quelque ribaud lécher le morviau à ma femme, peut-être que dans le desespoir je m'emporteroüas et puis ce serait du scandale. Queuque gniais !
Ma foi, c'est à voir. Je n'en veux plus. J'aime bien mieux une bonne grosse Ménagère qui vous travaille de ses dix doigts, que de ces Madames de Paris qui se font courtiser des Courtisans. Vous verrez ces godelureaux, leur dire tout le long du jour des “Mon cœur”, “Mamour”, par-ci, par-là. “Je le veux bian”, “Le veux-tu bian ?” Et pis c'est à se rouler par terre, à se patiner, à plaquer les mains au commencement sur les joues, pis sur le cou, pis sur la poitrine, sur à la taille, pis encore pus pas, et ainsi le vitse glisse. Moi qui ne veux pas qu'on me fasse des drames. Si j'avais trouvé quelque paillard lécher le bout à ma femme, peut-être que dans le desespoir je m'emporterais et puis ce serait du scandale. Quel niais ! s'y laisserait prendre.
Granger
- O espérances futiles du concept des humains ! J'avais été jusque dans la
campagne choisir un gendre en qui je pensais que la fortune eut été prodigue
mais je trouve que si la mine de son visage est bien plate, celle de sa bourse
l'est plus encore.
Corbineli - O Ciel ! ô disgrâce imprévue ! ô misérable père ! Pauvre Monsieur Géronte…euh … Granger, que feras-tu , que feras-tu ?
Granger - Que dit-il là de moi, avec ce visage affligé ?
Corbineli - N'y a-t-il personne qui puisse me dire où est le Monsieur Granger ?
Corbineli - Où pourrai-je le rencontrer pour lui dire cette infortune ?
Corbineli - En vain je cours de tous côtés pour le pouvoir trouver.
Corbineli - Il doit être caché en quelque endroit qu'on ne puisse point deviner.
Corbineli - Ah ! Monsieur, il n'y a pas moyen de vous rencontrer.
Granger - ça fait une heure que je suis devant toi. Qu'est-ce que c'est donc qu'il y a ?
Corbineli - Monsieur...
Corbineli - Monsieur, votre fils …
Corbineli - Non, ne pleurez pas, Monsieur, vous me feriez rire.
Granger - Hé bien ?
Corbineli - Hélas ! tout est perdu, votre fils est mort.
Granger - Mon Fils est mort l Es-tu hors du sens ?
Corbineli - Non, je parle sérieusement : Votre fils, à la vérité n'est pas mort, mais il est entre les mains des Trucs.
Granger - Entre les mains des Trucs ? Soutiens-moi, je suis mort.
Corbineli - Non
Granger - Si, si
Corbineli - Nous cherchions un bateau pour traverser de la porte de Nesles au Quai de l'École…
Corbineli - Quérir des fagots. Mon Maître s'étant souvenu du commandement que vous lui avez fait, d'acheter quelque bagatelle qui fut rare à Venise, et de peu de valeur à Paris, pour en régaler son oncle. C'est alors qu'il est tombé dans une disgrâce la plus étrange du monde.
Granger - Et quelle ?
Corbineli - Nous sommes allés sur le port. Là, entre autres choses, nous avons arrêté nos yeux sur une galère truque la mieux équipée du monde. Un jeune Truc de bonne mine nous a invités d'y entrer et nous a tendu la main. Nous y avons passé. Il nous a fait mille civilités. Il nous a donné la collation. Et nous avons mangé des fruits les plus excellents qui se puissent voir, et bu un vin… Mais un vin … le meilleur du monde.
Granger - Hé ! de par le Cornet retors de Triton Dieu Marin qu'y a-t-il de si affligeant à tout cela ?
Corbineli - Attendez, Monsieur, on y arrive. Donc, on était en train de manger, il a fait mettre la galère en mer, et, se voyant éloigné du port, ces écumeurs impitoyables se sont mis en tête de poignarder votre Fils...
Paquier/Marie-Hélène - Quoi, sans confession ?
Corbineli. S'il ne se rachetait par de l'argent.
Granger. Ah ! les misérables ! c'était pour lui faire peur.
Corbineli - Mon Maître ne m'a jamais pû dire autre chose, que: “Va-t'en trouver mon Père, et dis-lui "...” Ses larmes aussitôt suffoquant sa parole, m'ont bien mieux expliqué qu'il n'eut su faire, les tendresses qu'il a pour vous…
Granger - Que Diable allez faire aussi dans la Galere d'un Truc ?
Paquier/Daïna & Katarina - D'un Truc !
Granger - “Perge.”
Granger - Tu ne devais pas parler de rançon. Il ne faut jamais parler de rançon. Il se sera moqué de toi.
Corbineli - Au contraire, à ce mot, il a un peu rasséréné sa face. "va, m'a-t-il dit, mais si tu n'es pas de retour ici dans un moment, j'irai prendre ton maître dans son collège, et vous étranglerai tous trois aux antennes de notre navire. » Alors, moi, je me suis jeté dans une barque, et j'avais tant fait cahin-caha, que me voilà, pour vous avertir que, si vous ne lui envoyez par moi tout à l'heure cinq cents écus, il va nous emmener votre fils en Alger.
Granger - Cinq cents écus !
Corbineli - Oui, Monsieur. Et, pour cela, il ne m'a donné que deux heures.
Granger - Ah ! le pendard de Truc ! m'assassiner de cette manière !
Corbineli - C'est à vous, Monsieur, de penser à sauver des fers un fils que vous aimez avec tant de tendresse.
Granger - Qui ça ?
Corbineli - Charlot.
Granger - Que Diable aller faire dans la Galère d'un Truc ?
Paquier/Marie - Qui n'a peut-être pas été à confesse depuis dix ans.
Granger - Mais penses-tu qu'il soit bien résolu d'aller à Venise ?
Corbineli - Il ne respire autre chose.
Granger - Le mal n'est donc pas sans remède. Paquier, donne-moi le réceptable des instruments de l'Immortalité
Paquier/Christine - Hein ?
Granger - “Scriptorium, scilicet».
Paquier/Christine - Comment ?
Granger - enfin quoi, une table.
Granger - Écrire une Lettre à ces Trucs.
Corbineli - Touchant quoi ?
Granger - Qu'ils me renvoient mon fils, parce que j'en ai affaire. Qu'au reste ils doivent excuser la jeunesse qui est sujette à beaucoup de fautes.
Paquier/Marie-Hélène - Il n 'y a plus de jeunesse.
Corbineli - …
Granger - Dis-leur que s'il lui arrive une autrefois de se laisser prendre, je leur promets, foi de Docteur, de ne leur en plus obtondre la faculté auditive.
Corbineli - Ils se moqueront de vous.
Granger - Va-t'en, Corbineli, va dire à ces Trucs que je vais envoyer la justice après eux.
Corbineli - La police en peine mer ! Vous n'y pensez pas ?
Granger - Mais que diable, que diable allait-il faire dans cette galère ?
Corbineli - Une méchante destinée conduit quelquefois les personnes.
Granger - Mon Dieu, faut-il que je sois ruiné à l'âge où je suis. Ha, malheureuse géniture, tu me coûtes plus d'or que tu n'en pèse. Dans la galère d'un truc... Va-t'en donc dire à ce Truc, de ma part, que le premier des leurs qui tombera entre mes mains, je le renvoie pour rien.
Corbineli - Cela s'appelle dormir les yeux ouverts.
Granger - Ah ! que diable aller faire dans cette galère ! Il faut, Corbineli, il faut que tu fasses ici l'action d'un serviteur fidèle.
Corbineli - Sir, yes, Sir !
Granger - Va dire à ce Truc qu'il me renvoie mon fils, et que tu te mettes à sa place jusqu'à ce que j'aie amassé l'argent qu'il demande.
Corbineli - Monsieur, pensez-vous que ce Truc a si peu de jugeote pour recevoir un misérable comme moi à la place de votre fils ?
Granger - Que diable allait-il faire dans cette galère ?
Corbineli - Il ne devinait pas ce malheur. Songez, Monsieur, qu'il ne m'a laissé que deux heures.
Granger - Tu dis qu'il demande…
Corbineli - Cinq cents brouzoufs.
Granger - Cinq cents écus ! N'a-t-il point de conscience ?
Corbineli - Vraiment oui, de la conscience à un Truc !
Granger - Sait-il bien ce que c'est que cinq cents écus ?
Corbineli - Oui, Monsieur, il m'a dit que c'était mille cinq cents dollars.
Granger - Croit-il, le traître, que mille cinq cents dollars se trouvent dans le pas d'un poney du Conemara ?
Corbineli - Ce sont des gens qui n'entendent point de raison.
Granger - Mais que diable allait-il faire à cette galère ?
Corbineli - Il est vrai ; mais quoi ! on ne prévoyait pas les choses. De grâce, Monsieur, dépêchez.
Paquier/Katarina - Et les petites pièces jaunes pour Bernadette.
Granger, à lui-même - Dans la galère d'un Truc ! (à Paquier :) Bien, va-t'en.
Corbineli - Monsieur ! Il n'aura pas cent balles de tout ce que vous dites ; et il faut cinq cents brouzoufs pour sa rançon.
Granger - Cinq cents écus ! Ah mon fils, j'aurais donné ma vie pour sauver la tienne ! Corbineli, va-t'en dire à mon fils qu'il se laisse pendre.
Corbineli - Mademoiselle Genevote n'était pas trop sotte, quand elle disait tantôt qu'elle refusait de vous épouser, sur ce que l'on l'assurait que si elle était esclave en Truquie vous seriez capable de l'y laisser. Comme votre fils.
Granger - Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?
Corbineli - Oh ! que de temps perdu ! Laissez là cette galère, et songez que le temps presse, et que vous risquez de perdre votre fils. Hélas ! mon pauvre petit-maître, peut-être que je ne te reverrai jamais, et qu'à l'heure où je parle, on t'emmène esclave en Truquie ! Mais il ne sera pas dit je n'ai pas fait pour toi tout ce que j'ai pu, et que si tu n'es pas racheté, il n'en faut accuser que le peu d'amour d'un père.
Granger - Attends, Corbineli, je m'en vais chercher cette somme.
Corbineli - Dépêchez-vous donc vite, Monsieur, j'ai peur que l'heure ne sonne.
Granger - C'est bien cinquante écus qu'il demande ?
Corbineli - Nut.
Granger - Cent écus ?
Granger - Cinq cents écus ?
Corbineli - Gagné !
Granger - Que diable allait-il faire dans cette galère ?
Corbineli - Vous avez raison. Mais hâtez-vous.
Granger - Aller sans dessein dans une galère !
Corbineli - Cela est vrai. Mais faites promptement.
Granger - Que diable aller faire dans la galère d'un Truc !
Corbineli - Cette galère lui tient au cœur.
Granger - Tiens, je ne me souvenais pas que je venais justement de recevoir cette somme en or liquide.
Corbineli - Ben, tiens.
Granger - Et je ne croyais pas qu'elle dût m'être sitôt enlevée. Tiens ! Va-t'en racheter mon fils.
Corbineli - Oui, Monsieur.
Granger - Mais dis à ce Truc que c'est un scélérat.
Corbineli - Oui.
Grommelot russe.
Granger - Un bachi-bouzouk.
Corbineli - Oui.
Granger - Un moule-à-gaufres.
Corbineli - Laissez-moi faire.
Granger - Un tonnerre de Brest. Qu'il me tire cinq cents écus contre toute sorte de droit.
Corbineli - Oui.
Granger - Que je ne les lui donne ni à la mort ni à la vie.
Corbineli - Fort bien.
Granger - Et que, si jamais je l'attrape …
Corbineli - Oui.
Granger - Va, va vite et ramène-moi mon fils chéri et adoré que j'aime tant.
Corbineli - Monsieur.
Granger - Oui ?
Corbineli - Et l'argent ?
Granger - Mais, je te l'ai donné !
Corbineli - Non.
Granger - Non ? Dans la poche ? Je l'ai remis dans la popoche ?
Corbineli - Oui.
Granger - Ah ! c'est la douleur qui me trouble l'esprit.
Corbineli - Je vois bien ça.
Granger - S'en aller dans la galère d'un Truc ! Et qu'y faire, de par tous les diables, dans cette galère ! Galère, galère, tu mets bien ma bourse aux galères.
II, 5 - Charlot, Corbineli
Charlot - Hé bien, Corbineli.
Corbineli - Quoi ?
Charlot - As-tu réussi pour moi dans ton entreprise? As-tu fait quelque chose pour tirer mon amour de la peine où il est?
Corbineli - Hélas, je n'ai rien pu faire.
Charlot - Il faut donc que j'aille mourir.
Corbineli - Psst. C'est par là.
Charlot - ça m'est égal de vivre si Genevote m'est enlevée.
Corbineli - Holà ! holà ! tout doucement. Comme diantre vous allez vite !
Charlot - Que veux-tu que je devienne ?
Corbineli - Voilà cinq cents écus que j'ai tirées de votre père.
Charlot - Tu me redonnes la vie ! Allons vite, allons inhumer cet argent, qui est mort pour mon Père, au pied de mademoiselle Genevote.
Clarinettes + Hautbois : Il en faut peu pour être heureux 1'10
Admirons la médisance du peuple qui jurait que mon père, bien loin de consentir à mon mariage avec mademoiselle Genevote, prétendait même l'épouser. Voici que pour découvrir l'imposture des calomniateurs, il envoie de l'argent pour les frais des cérémonies.
II, 6 - Granger, Paquier
Granger - Fortune, ne me regarderas-tu jamais qu'en rechignant ? Jamais ne riras-tu pour moi ?
Paquier/Odette - Ne savez-vous pas qu'elle est sur une roue, Damoiselle Fortune ?
Marie-Hélène
- Un jour en haut, un jour en bas
Christine
- Mais, Monsieur assurément vous êtes ensorcelé.
Granger - As-tu quelquefois entendu frétiller sur la minuit dans ta chambre quelque chose de noir ?
Granger - Il serait donc à propos, ce me semble, de prendre garde à moi.
Reprise musique par un soliste clarinettes
Quelque démon pourrait bien venir habiter avec ma fille, et pis encore, butiner les reliques de mon chétif et malheureux “Trésor”. Ma foi pourtant, Diables follets, si vous attendez cela pour dîner, vous n'avez qu'à dire Grâces : je m'en vais purger toutes mes Chambres chacune d'un clystère d'eau bénite. Ils pourraient bien toutefois me voler d'un côté, quand je les conjurerais de l'autre. N'importe : Paquier, va-t'en chercher sous mes grandes armoires un vieux Livre de psaumes. Déchire-le par morceaux, et attaches-en un feuillet à chaque entrée de ma Chambre, aux fenêtres, aux cheminées; et principalement mets-en sur un certain coffre-fort. Écoute, écoute, Paquier, il vient de me souvenir que les Démons s'emparent des Trésors égarés ou perdus : De peur que l'un d'entre d'eux ne vienne à se méprendre, écris dessus en gros caractères : “Il n'est égaré ni perdu, car je sais bien qu'il est là”.
Granger - Je veux me divertir de ces pensées mélancoliques. Ces imaginations sépulcrales usent bien souvent l'âme auparavant le corps. Paquier. “adesto” : Va-t'en au logis de ma toute belle Navre-cœur. Souhaite-lui de ma part le bonjour qu'elle ne me donne pas : Parle-lui avantageusement de mon amour : Et surtout ne l'entretiens que de Feux, de Charbons et de Traits. Va vite, et reviens m'apporter la réponse.
II, 7 - Paquier, Genevote.
Les Paquier regardent Granger fuir à C. Ils voient arriver Genevote à J, ils reculent en FC.
Avec leur bouche, les Paquier manifestent leur indécision.
Rémi - Cela est plus facile à dire qu'à faire.
Genevote, arrivant. Comment se porte ton Maître, Paquier ?
Rémi avance d'un pas pour s'exprimer.
A chaque intervention, ils avancent d'un pas vers Genevote.
Ce sont les autres qui disent le mot en majuscule.
Genevote s'avance vers leur groupe. Ils reculent puis se répartissent sur le plateau : Genevote FC, Rémi AM côté C, Alice AM côté J, Katarina FM côté J, Nael FJ, David AJ
Genevote - Je ne sais pas s'il souffre de ce que tu dis ; mais je peux t'assurer que le jour où il commença de m'aimer, je commençai à mériter la Couronne du Martyre. O ! Paquier fidèle témoin de ma passion, dis à ton Maître, que sa chère et malheureuse Genevote, verse plus d'eau de ses yeux, que sa bouche n'en boit, qu'elle soupire, autant de fois qu'elle respire, et que...
Rémi - Mademoiselle, je vous prie, laissons là toutes ces choses ; parlons seulement de ce dont mon Maître m'a commandé de vous entretenir.
Rémi - car mon Maître ne peut se passer de FEU.
David, se rapprochant - Vous ne savez donc pas que votre fréquentation a rempli mon Maître d'un FEU sauvage ?
Marina - Ce n'est pas de cela dont je dois vous parler.
Rémi - Dites-moi donc, ferez-vous cette année les FEUX de la Saint-Jean ?
Genevote - Plût à Dieu que je pusse découvrir ma flamme à ton Maître sans l'offenser, car je brûle pour lui...
Genevote - D'un amour si violent que je souhaiterais qu'une moitié de lui devienne une moitié de moi-même : mais la glace de son cœur...
Ils poussent tous un "ha" de dépit.
Genevote - As-tu fait dessein de continuer tes extravagances jusqu'au Jugement dernier ?
Genevote - Je souhaiterais autant de science qu'en a ton Maître, pour répondre à ses Disciples.
Genevote - Tu pourras lui témoigner combien je l'aime ; et cependant je suis bien assurée que son affection n'est pas réciproque.
Alice - il vous peint avec mille beaux TRAITS d'esprit, dans un Livre intitulé : “La TRÈS-belle, TRÈS-parfaite, et …TRÈS-accomplie Genevote, par son …TRÈS-humble, …TRÈS-obéissant et …TRÈS-affectionné serviteur,
Ils sont très prêts de Genevote.
Elle voit Corbi qui lui fait signe en coulisse. Elle va le rejoindre.
Tous - Granger.”
Genevote - Tu diras à ton Maître que j'étais venue ici pour le voir ; mais que l'arrivée de ce capitaine m'a fait fuir. Je reviendrai bientôt. Adieu.
Châteaufort. Hé l mon Dieu, Messieurs, j'ai perdu mon Garde, mon pauvre garde. Personne ne l'a-t-il rencontré ? C'est un garde que les Maréchaux de France m'ont envoyé pour m'empêcher de faire un duel, le plus sanglant qui jamais ait rougi l'herbe du Pré aux Clercs. Sans mentir j'en ferai reproche à la Connétablie, d'avoir confié à un jeune homme, la garde d'un Diable comme moi. Si j'allais maintenant rencontrer mon adversaire, que serait-ce ? Il faudrait s'égorger comme des bêtes farouches. Pour moi, encore que je sois vaillant, je ne suis point brutal. Ce n'est pas que je craigne le combat, au contraire, c'est le pain quotidien que je demande à Dieu tous les jours en me levant. Hola, Garde-Mulet, ne l'as-tu point vu passer, mon Garde ? Ventre, que dira la Noblesse de moi, quand elle saura que je n'ai pas eu le soin de bien garder mon Garde ?
Paquier/Nael. Hé bien, Monsieur, qu'importe, puisque vous voulez tuer votre ennemi, que ce Garde vous ait abandonné ? Vous pouvez à cette heure vous battre sans obstacle.
Châteaufort. O ! Chien de Myrmidon, Chien de Filou, Chien de Grippe-manteau, Chien de Traîne-gibet, que tu es brute en matière de démêlés ! Où sera donc la foi d'un Chevalier ? Quoi, tu te figures que je sois si peu sensible à l'honneur, que de me résoudre à tromper lâchement, perfidement, traîtreusement, la vigilance d'un honnête homme qui me gardait, et qui à l'heure que je parle, ne s'attend nullement que je me batte ? Moi aggraver la faute d'un imprudent, par une plus grande ! Si un seul homme se le fut imaginé, je défendrais au Genre Humain d'être vivant dans trois jours.
Châteaufort. Va toi-même à Dieu, poltron, et dis-lui de ma part, que je lui vais envoyer bientôt tout ce qui reste d'hommes sur la Terre.
III, 1- Granger, Paquier
Paquier/Marina - Car
par les Feux je l'ai brûlée,
G.Marie - par les Charbons je l'ai fait passé,
Alice - et par les Traits je l'ai percée.
Granger - "Par les Charbons tu l'as fait passé" ?
Paquier/David - Les charbons à bois mais la caravane passe.
Granger - Ha ! Paquier, tu t'es aujourd'hui surpassé toi-même. N'espère pas toutefois d'auréole digne de ton exploit, un tel service mérite des Empires, et la Fortune cette ennemie de la Vertu, ne m'en a pas donné : Mais viens chez ma Maîtresse me voir entrer dans la Place dont tu m'as ouvert la brèche.
Paquier/Rémi
- Ne courez pas si vite ; vous cherchez votre âne quand vous êtes dessus.
Alice - Ne vous ai-je pas dit qu'elle doit venir
vous trouver ici ?
Granger.(Il ouvre un grand Bahut, d'où il tire de vieux habits, avec un miroir etc.) Il m'en souvient. Je n'ai donc plus qu'à choisir lequel me siéra le mieux de mes habits Pontificaux. O ! Vénus, aide-moi. Et vous, sacrez haillons de mes Ancêtres qui ne gagnez des crottes qu'aux bons jours, vous qui n'avez point vu le jour depuis celui du mariage de mon Bisaïeul, qu'il n'y ait sur vous, tache, trou, balafre, ou déchirure, qui ne reçoive un sanglot, une larme. Amour, flamme folette, qui n'est jamais qu'au bord d'un précipice ; feu qui brûles, et ne consumes point ; Guide aveugle qui crèves les yeux à ceux que tu conduis ; Bourreau qui fait rire en tuant ; Poison que l'on boit par les yeux ; Amour, petit Poupard, c'est à tes côtes douillettement frétillards, que je viens achever les reliques de mes jours.
On joue le texte supprimé.
Plantons nous diamétralement devant ce chef-d'œuvre Vénitien,
Autrement dit le miroir: les glaces de Venise étaient célèbres,
et faisons avec un compte exact la revue de tous les traits de mon visage. Que le poil de ma barbe qui paraîtra hors d'œuvre
« Hors de sa place ».
soit châtié comme un passe-volant.
Faux soldat, qui se présentait aux revues, pour toucher la paye au profit du capitaine. Le passe-volant était puni du fouet ou de la marque.
Faux soldat enrôlé pour les revues. Les passe-volants étaient punis du fouet ou de la flétrissure.
Essayons quel personnage il nous siéra mieux de représenter devant elle, de Caton, ou de Momus.
Caton représente la gravité, Momus est le dieu du rire.
Cf. L'article de Kahn : Cyrano républicain
je tâche à rire et à pleurer sans intervalle, et je n'en puis venir à bout. [Il rit et il pleure en même temps].Certains acteurs de farce ou de la comédie italienne étaient célèbres pour ce jeu de physionomie.
Mais que viens-je de voir ? Quand je ris, ma mâchoire ainsi que la muraille d'une Ville battue en ruine, découvre à côté droit une brèche à passer vingt hommes.
On joue le texte supprimé.
"C'est pourquoi, mon visage, il faut vous habituer à ne plus rire qu'à gauche. On m'a dit que j'ai la voix un peu cassée, il faut surprendre avec l'oreille mon image en ce Miroir, avant qu'elle se taise."
Il se teste.
“je salue très-humblement le Bastion des Grâces, et la Citadelle des Rigueurs de Mademoiselle Genevote.”
Ai-je parlé trop haut, ou trop bas ? Il serait bon, ce me semble, d'avoir des Lieux communs tout prêts pour chaque Passion que je voudrai vêtir. Il faudra faire éclater, selon que je serai bien ou mal reçu, le Dédain, la Colère ou l'Amour.
Çà
pour le “Dédain” :
“Quoi, tu penserais que tes yeux eussent frappé
ma poitrine au défaut de la cuirasse ? Non, non, tes traits sont
si doux, qu'ils ne blessent personne. Quoi, je t'aurais aimée, chétif égout
de concupiscence, Vase de nécessité, Pot de chambre du sexe masculin ? Hélas
! petite gueuse, regarde-moi seulement, adore, et te tais.”
Elles s'en vont au fur et à mesure
Pour la “Colère”
:
“O ! trois et quatre fois, Mégère impitoyable,
puisse le Ciel en courroux ébouler sur ton zenith des Hallebardes au lieu de
pluie : puisses-tu boire autant d'encre, que ton amour m'a fait verser de larmes
: Puisses-tu cent fois le jour servir aux Chiens de muraille pour pisser.”
Hautbois : Summertime ?
Pour
l' “Amûr” :
“Soleil, principe de ma vie, vous me donnez la mort ; et déjà je ne serais
plus qu'une Ombre vaine et gémissante qui marquerait de ses pas la rive blême
des Enfers, si je n'eusse redouté de faire périr en moi votre amour. Peut-être,
ô belle Tigresse ! que mon chef neigeux vous fait peur : je sais bien aussi,
que les jeunes ont dans les yeux moins de rouge et plus de feu que nous ; que
vous aimez mieux notre bourse au singulier qu'au pluriel ; qu'au déduit amoureux
une Femme est insatiable. Mais sachez qu'un jour l'âge ayant promené sa charrue
sur les roses et sur les lys de votre teint, fera de votre front un grimoire
en Arabe.
III, 2 - Granger, Paquier, Genevote.
Granger - Il n'y a rien de plaisant à cela, et vous n'avez aucune raison d'en rire.
Genevote - Quoi ! que voulez-vous dire, Monsieur ?
Granger - Je veux dire que vous ne devez pas vous moquer de moi.
Genevote - De vous ?
Granger - Oui.
Genevote - J'oserai pas.
Granger - Pourquoi venez-vous ici me rire au nez ?
Genevote - Ce n'est pas de vous que je ris. Je ris toute seule d'un conte, le plus plaisant qu'on puisse entendre. Mais si vous le croyez, pardonnez-moi; et toute la pénitence que je vous demande pour l'offense que je vous ai faite, c'est de rire avec moi de cette histoire.
Granger - Mademoiselle, je crois qu'elle est divertissante au-delà de ce qui le fut jamais mais...
Genevote - Elle vient d'arriver il n'y a pas deux heures au plus facétieux personnage de Paris ; et vous ne sauriez croire à quel point elle est plaisante. Car je n'ai jamais rien trouvé de si drôle qu'un tour qui vient d'être joué par un fils à son père, pour lui soutirer de l'argent.
Granger - Par un fils à son père ?… pour lui soutirer de l'argent ?
Genevote - Mais vous n'en riez pas ?
Granger - Ha, a, a, a, a. Mais je vous prie de me dire cette histoire.
Genevote - Il faut avant que d'entrer en matière, vous anatomiser ce Squelette d'homme.Traçons en deux paroles le crayon de notre ridicule Docteur. Premièrement en ses cheveux on trouve de l'huile, de la graisse et des cordes de Luth. Sa tête peut fournir de corne les Couteliers, et Son front fournir aux Nécromanciens des grimoires pour invoquer le Diable : Son cerveau est d'enclume ;Ses yeux, de cire, de vernis et d'écarlate ; son visage, de rubis ; Sa gorge, de clous; Sa barbe, de décrotoires : Sa peau, de lime ; Sa bouche, de four à pain : Son haleine, de vomitif : Ses oreilles, d'ailes à moulin : et Son derrière, de vent à le faire tourner. Pour son Nez il mérite bien une égratignure particulière. Cet authentique Nez arrive partout un quart d'heure devant son Maître. Dix Savetiers de raisonnable rondeur vont travailler dessous à couvert de la pluie. Que dis-je, un nez, C'est un roc!... C'est un pic!... C'est un cap!... Mais riez donc !
Genevote - Cet honnête homme régente une classe dans l'Université. C'est bien le plus faquin, le plus chiche, le plus avare, le plus sordide, le plus mesquin... Mais riez donc !
Granger - Ha, a, a, a, a.
Genevote - Ce vieux rat de Collège a un Fils qui, je pense, est le receleur des perfections que la Nature a volées au Père. Ce Chiche penard, ce radoteur…
Granger - Mademoiselle, passez ces épithètes ; il ne faut pas croire tous les mauvais rapports, outre que la vieillesse doit être respectée.
Genevote - Quoi, le connaissez-vous ?
Genevote - Attendez. Ne me saurais-je souvenir de son nom? Haye. Aidez-moi un peu. Ne pouvez-vous me nommer quelqu'un de cette ville qui soit connu pour être avare au dernier point?
Genevote - Il y a à son nom du G.
Genevote - Angers... Danger. Non. Gr... Granger; oui Granger justement; voilà mon vilain, je l'ai trouvé.
Genevote. Ce vieux Bouc veut envoyer son fils en je ne sais quelle Ville …
Granger - Venise.
Genevote - Merci. Pour éloigner son rival. Et mon amant m'allait perdre faute d'argent, si pour en tirer de son père, il n'avait trouvé du secours dans l'industrie d'un serviteur qu'il a.
Nous allions partir de cette ville
Et sans argent, ma foi, point de fille,
Mais par la fourberie de son valet
Le vieillard a remis le butin
C'est un nom que jamais je n'oublierais
Ce fidèle domestique, ce …
Granger - Corbineli ! tu m'as vendu, et je te ferai donner le fouet.
Genevote - Ah, ah, ah, ah. Notre valet est allé chercher ce chien d'avare ! ah ! ah ! ah ! et lui a dit qu'en se promenant sur le port avec son fils, hi ! hi !
Genevote - … ils avaient vu une galère truque où on les avait invités d'entrer.
Genevote - … qu'un jeune Truc leur y avait donné la collation, ah ! que, tandis qu'ils mangeaient, on avait mis la galère en mer, et que le Truc l'avait renvoyé lui seul à terre dans un esquif, avec l'ordre de dire au père de son maître qu'il emmenait son fils à Alger, s'il ne lui envoyait tout de suite cinq cents écus. Ah ! ah ! ah !
Genevote - Comment ? vous ne riez point de ce vieux bossu, de ce maussade à triple étage ?
Granger - Baste, baste, faites grâce à ce pauvre vieillard !
Granger - Passez outre, cela ne fait rien à l'Histoire.
Genevote - …victime de la tendresse qu'il a pour son fils fait un combat étrange avec son avarice. Cinq cents écus qu'on lui demande sont justement cinq cents coups de poignard qu'on lui donne. Ah ! ah ! ah ! Il ne peut se résoudre à tirer cette somme de ses entrailles, et chaque réflexion est douloureusement accompagnée d'un :
Genevote et Granger - Mais que diable allait-il faire à cette galère !
Genevote - Ah ! maudite galère ! Traître de Truc ! » Mais vous n'en riez pas ?
Genevote - Mais riez donc !
Genevote - Enfin, après plusieurs détours, après avoir longtemps gémi et soupiré… Mais il me semble que vous ne riez point de mon conte. Qu'en dites-vous ?
Granger - Il est vrai, Mademoiselle, que je suis interdit ; Mais jugez aussi par le trouble de mon visage, de celui de mon âme. L'image de votre beauté joue incessamment dans mon cœur à Remue-ménage.
Genevote - Vous pourriez m'attendrir par de telles douleurs.
Granger - Du Monde, la plus belle partie, c'est l'Europe. La plus belle partie de l'Europe, c'est la France, “Secundum Geographos”. La plus belle Ville de France, c'est Paris. Le plus beau Quartier de Paris, c'est l'Université, “Propter Musas”. Le plus beau College de l'Université, je soutiens à la barbe de la Sorbonne que c'est Beauvais ; et son nom est le répondant de sa beauté, puis qu'on le nomma Beauvais, “quasi” beau à voir. La plus belle Chambre de Beauvais c'est la mienne. “Atqui” le plus beau de ma Chambre, c'est moi. Ergo, je suis le plus beau du monde.
Genevote. Vraiment, Monsieur, quoi que vous soyez incomparable, vous n'êtes pas un homme sans comparaison.
Granger - “Et hinc infero” que vous, Pucelette Mignardelette, Mignardelette Pucelette, étant encore plus belle que moi, il serait, je dis “Sole ipso clarius”, que vous incorporant au Corps de l'Université en vous incorporant au mien, vous seriez plus belle que le plus beau du monde.
Genevote - Monsieur, il est vrai, je ne le puis cacher, c'est à ce coup que je rends les armes.
Granger - Mademoiselle, j'ai d'autres armes encore qui sont toutes neuves à force d'être vieilles, dont je présume outre-percer votre tendrelette poitrine.
Genevote - Je m'abandonne tout à vous. Usez de moi aussi librement que le Chat fait de la Souris : Rognez, tranchez, taillez, faîtes-en comme des Choux de votre jardin.
Paquier/Rémi. Je trouve pourtant bien du distinguo entre les Femmes et les Choux ; car des Choux la tête en est bonne, et des Femmes c'est ce qui n'en vaut rien.
Granger - Auriez-vous donc agréable, Mademoiselle, lorsque la nuit au visage d'ébène, aura, de ses haillons noirs embéguiné le minois souffreteux de notre Zénith…
Genevote - Pendant la nuit, quoi !
Granger - … Que je transportasse mon individu aux Lares domestiques de votre toit, pour humer à longs traits votre éloquence melliflue, et faire sur votre couche un sacrifice à Vénus ?
Granger - O ! que ne suis-je Julius César qui fit passer le Soleil sous sa férule : mais moi, je le contraindrais de marquer minuit à six heures.
III, 3 - Genevote, La Tremblaye, Charlot, Corbineli
Charlot. Etes-vous folle ? Savez-vous bien que c'est à mon père que vous venez de parler ?
Genevote. Je viens de m'en apercevoir, et je me suis adressée à lui même sans y penser, pour lui conter son histoire.
Charlot. Comment, son histoire ?
Genevote. Je pensais aller plus loing vous faire rire ; mais je vois bien qu'il me faut décharger ici.
Charlot. Aux dépens de mon Père ?
Genevote. C'est bien le plus bouffon personnage de qui jamais la tête ait dansé les sonnettes ; et moi par contagion je suis devenue facétieuse, jusques à lui permettre d'escalader ma chambre.
Charlot. Comment ?
Genevote. Avec une échelle, pardi. A bon entendeur, salut : Il se fait tard ; les machines sont peut-être déjà en chemin, retirons-nous.
III, 4 - La Tremblaye, Corbineli
La Tremblaye, il heurte à la porte de Manon - Va donc avertir Mademoiselle Manon. Tout va bien, la bête donnera dans nos panneaux, ou je suis mauvais chasseur.
III, 5 - La Tremblaye, Manon, Corbineli
La Tremblaye. Je m'en vais chercher quelques amis pour m'assister, en cas que son Collège voulut le secourir. Mais une autre difficulté m'embarrasse : je crains, si je n'arrive pas assez tôt, qu'il ne soit déjà dans la chambre de ma sœur. Et comme enfin elle est fille, qu'elle n'ait de la peine à se dépêtrer des poursuites de ce Docteur échauffé. Et qu'au contraire, s'il trouve la fenêtre fermée, contre la parole qu'il a reçue d'elle, qu'il ne s'en aille, pensant qu'il a été roulé.
De l'italien burla: « Plaisanterie, tromperie».
Il y a donc stratagème. Il faut que La Tremblaye vienne mettre la pression sur Granger.
Corbineli. O ! de cela n'en soyez point en peine, car je l'arrêterai en sorte qu'il ne courra pas fort vite escalader la chambre, et n'osera pour quelqu'autre raison que je vous tais, retourner en son logis. C'est pourquoi je vais m'habiller pour la pièce que nous allons lui jouer.
La Tremblaye. J'étais venu pour imaginer avec vous un moyen de hâter notre mariage ; mais votre Père lui-même nous en donne un fort bon. (Il lui parle bas à l'oreille). Il va tout à l'heure assiéger notre Chasteau pour voir ma sœur,
Vendredi
- Dimanche : La Frette : Cool (peut-être pas)
Samedi : Clarinettes : Panthère rose
et moi je...
Manon. C'est par là qu'il s'y faut prendre, n'y manquez pas. Adieu.
ACTE IV : 19'
IV, 1 - Granger, Paquier, CORBINELI
Granger - Tout est endormi chez nous d'un somme de fer. Tout y ronfle jusqu'aux grillons et aux Crapauds. Paquier avance ton échelle : Mais que c'est bien pour moi l'échelle de Jacob, puis qu'elle va me monter au Paradis d'Amour.
Paquier Garçons - Je crois que voici la maison.
Paquier appuye son échelle sur le dos de Corbineli et tombe.
Sylvain - Ah ! je suis mort. C'est ma faute, je ne lui avais pas donné assez de pied.
Granger - Monte encore un coup, pour voir si elle est bien appuyée.
Corbineli présente le ventre à l'échelle.
Paquier/Sylvain - Mon échelle est barbue.
Granger - Tu es fou. Tu es fou.
Paquier/Sylvain, Corbineli redonne le dos pour la soutenir - Domine, notre échelle s'est rasé, j'ai peur d'avoir donné trop de pied. (Il nage des bras dans la nuit pour toucher le mur.) Comment je ne rencontre point de mur ?
Marie-Hélène - Notre machine tiendrait-elle bien toute seule ? Christine - Maître, plantez vous-même votre échelle, je n'y oserais plus toucher.
Granger - Je pense que j'y suis. Voici la porte. Sonde pour essayer si elle est ferme.
Paquier. (Corbineli transpose l'échelle d'un côté et d'autre avec tant d'adresse, que Paquier. faisant aller sa main à drait et à gauche, frappe toujours un des côtés de l'échelle sans trouver d'échelons.) Ha ! miserable que je suis, on vient d'arracher les dents à mon échelle.
Corbineli transpose l'échelle d'un côté et d'autre avec tant d'adresse, que Paquier faisant aller sa main à droit et à gauche, frappe toujours un des côtés de l'échelle sans trouver d'échelons.
Granger - Tais-toi, Paquier. J'ai vu tout à l'heure passer je ne sais quoi de noir. C'est peut-être un de ces démons au teint blême, dont nous parlions tout à l'heure, qui vient pour m'effrayer.
Paquier Daïna - Maître, on dit que pour épouvanter le Diable, il faut montrer du courage. Toussez deux ou trois fois, vous vous rassurerez.
Granger tousse.
Granger - Qui es-tu ?
Paquier Katarina - Un peu plus haut.
Paquier Katarina - Encore plus fort.
Granger - Qui es-tu donc ?
Paquier Katarina - Chantez un peu pour vous rassurer.
Granger chante. La salsa.
Granger - Il a peur lui-même, car il n'ose parler.
Mais, Paquier, ne serait-ce point mon Ombre, car elle est vêtue tout
comme moi ; fait tous mes mêmes gestes ; recule quand j'avance ; avance
quand je recule ? Il faut que je m'éclaircisse. (Il donne un coup,
et Corbineli le lui rend.)
Vendredi et Dimanche : Hautbois : America
Samedi : EDM Sannois : La Salsa du Démon
?
Quoi je frappe une ombre et une ombre me frappe !
Paquier Rémi - Monsieur, il se peut que les Ombres de la Nuit étant plus épaisses que celles du jour, elles soient aussi plus robustes, et qu'ainsi elles puissent frapper les gens.
(Corbineli entre vitement avec un passe-partout, et Granger court après pour entrer aussi.)
Nael - Entrez, voilà la porte ouverte.
Granger - Ma foi l'Ombre est plus habile que moi. Écoutez donc, me voici, c'est moi.
Paquier Katarina - Non vraman, ce n'est pas mon Maître qui est chez vous, ce n'est que son Ombre. G.Marie Que Diable, Monsieur, votre Ombre est-elle folle de marcher devant vous, et d'entrer toute seule en un logis où elle ne connaît personne ? Daïna Ho asseurément que nous nous sommes trompés, car si c'était une Ombre, la Lune l'aurait faite, et cependant la Lune ne luit pas. Katarina Hélas ! “profecto”, je viens de le trouver ; nous en étions bien loin. G.Marie C'est votre âme, car ne vous souvient-il pas qu'hier vous la donnâtes à Mademoiselle Genevote ? Daïna Or n'étant plus à vous, elle vous aura quitté ; cela est bien visible, puis que nous la rencontrons en chemin. Katarina Ah ! âme perfide, vous ne deviez pas trahir un Docteur de la façon ; ce qu'il en avait dit n'était qu'en riant. G.Marie Cependant vous l'abandonnez pour une niaiserie ! Daïna je m'en vais bien voir si c'est elle, car si ce l'est, peut-être qu'en la flattant un peu, elle se repentira de sa faute. Katarina Je t'adjure, par le grand Dieu vivant, de me dire qui tu es ?
La réplique de Corbineli, c'est du patrimoine. C'est un inventaire de toutes les superstitions, du Moyen-âge au XVIIe s. A garder absolument.
Corbineli, par la fenêtre. Je suis le grand Diable Vauvert.
Clarinettes : Huit et demi
C'est moi qui fais dire la Patenôtre du Loup, qui noue l'éguillette aux nouveaux mariés, qui fais tourner le Sas, qui pétris le Gâteau triangulaire : Qui rends invisibles les Frères de la Rose-Croix : Qui dicte aux Rabbins la Cabale et le Talmud : Qui donne la Main de Gloire, le Trèfle à quatre, la Pistole volante, le Guy de l'An-neuf, l'Herbe de Fourvoiement, la Graine de Fougère, le Parchemin vierge, l'Emplâtre Magnétique. J'enseigne la composition des Brevets, des Sorts, des Charmes, des Caractères, des Talismans, des Images, des Miroirs, des Figures constellées. Je prêtai à Socrate un Démon familier, je fis voir à Brutus son mauvais Génie. J'envoie les Démons familiers, les Esprits folets, les Martinets, les Gobelins, le Moine-bourru, le Loup-garou, la Fileuse, la Bête de la grosse Tour, la Mule ferrée, le Filourdi, le Marcou, le Cauchemar, le Roi Hugon, le Connétable, les trépassés, les hommes noirs, les femmes blanches, les ardents, les lémures, les farfadets, les ogres, les larves, les incubes, les lamies, les fées, les ombres, les mânes, les spectres, les fantômes. Enfin je suis … je suis … Le Grand Veneur de la Forêt de Fontainebleau.
Granger - Ha ! Paquier qu'est ceci ?
Paquier G. Marie - Voilà un Démon qui n'a pas eu toute sa vie les mains dans ses pochettes.
Granger - Qu'augures-tu de cette vision ?
Paquier Rémi - Que c'est un Diable Femelle, puisqu'il a tant de caquet.
Granger - En effet, je crois qu'il n'est pas méchant, car j'ai remarqué qu'il ne nous a dit mot, jusqu'à ce qu'il soit protégé par un mur.
Paquier
Katarina - Ma foi, Monsieur, ne croyez point aux petits diables, à moins qu'ils
ne vous emportent.
Rémi - Pour moi, je n'en ai jamais vu que sur les épaules des femmes.
IV, 2 - La Tremblaye, Granger, Paquier, Châteaufort
La
Tremblaye - Aux voleurs, aux voleurs : Vous serez pendus, coquins !
PAQUIER DaÏna + Kata - Doit-il mourir monsieur
?
LA TREMBLAYE - Il peut bien s'y attendre.
GRANGER - La mort... Je me sens tout propre à faire radoter cette demoiselle
aux yeux clos.
C’était l’usage, dans les exécutions, que le confesseur qui assistait le patient et qui l’aidait à monter sur l’échelle de la potence, donnât à l’assistance le signal des prières pour les trépassés.
Le Salve Regina se chante au moment de l'exécution des criminels, lorsqu'ils sont sur l'échelle par laquelle ils montent à la potence.
Paquier/Christine. Seigneur, ayez donc pitié de l'âme de feu mon pauvre Maître.
Granger - Au secours, Monsieur de Châteaufort ; c'est votre ami Granger que La Tremblaye veut poignarder.
MUPPET ? thème par un soliste 10 secondes ?
Châteaufort, par sa fenêtre. Qui sont les Canailles qui font du bruit là-bas ? Si je descends, je lâcherai la bride aux Parques.
La Tremblaye, en grommelot.
La Tremblaye - Soldats ! qu'on arrête ces hommes !
Granger - Ah ! Monsieur de Château très-fort, envoyez de l'Arsenal de votre puissance, la foudre craquetante, sur la témérité criminelle de ces chétifs myrmidons !
Châteaufort, descendu sur le Théâtre - Vous voilà donc, marauds. Hé ! ne savez-vous pas qu'à ces heures muettes, j'ordonne à toutes choses de se taire, hormis à ma Renommée ? Ne savez-vous pas que si j'entre, c'est par la brèche ; si je sors, c'est du combat ;si je monte, c'est dans un Trône : si je descends, c'est sur le pré ; si je couche, c'est un homme par terre : si j'avance, ce sont mes conquêtes : si je recule, c'est pour mieux sauter : si je joue, c'est au Roi dépouillé : si je gagne, c'est une bataille : si je perds, ce sont mes ennemis : si j'écris, c'est avec du sang ; si je lis, c'est un Arrêt de mort ; enfin si je parle, c'est par la bouche d'un canon ? etc. Donc, pendard, tu savais ces choses, et tu n'as pas redouté mon Tonnerre ? Choisis toi-même le genre de ton supplice ; mais dépêche-toi de parler, car ton heure est venue.
La Tremblaye - Ah ! quelle frénésie !
Granger - Monsieur de Château-plus-fort-que-très-fort, “a minori ad maius”. Si vous traitez de la sorte un malheureux, que feriez-vous à votre rival ?
Châteaufort - Mon rival ! Jupiter ne l'oserait être avec impunité.
Granger - Cet Homme ose donc plus que Jupiter ?
Châteaufort - Ce grimaud, ce fat, ce farfadet ! Docteur, vous avez grand tort. Je l'allais faire mourir avec douceur. N'avez-vous point su cet estramaçon dont les siècles ont tant parlé ! Certain fat avait marché dans mon ombre. Mon tempérament s'en alluma, je laissai tomber celui de mes revers qu'on nomme l'archi-épouvantable, avec un tel fracas, que le vent seul de mon épée, étouffa mon ennemi. L'Univers, de frayeur, de carré qu'il était, s'en ramassa tout en une boule. Les Cieux en virent plus de cent mille étoiles. Le Vésuve en jeta feu et flamme. Les Fleuves en gardèrent le lit, la Nuit en porta le deuil. L'or en eut le jaunissse, les peignes en grincèrent des dents, la crotte en sécha sur pied.
La Tremblaye - Ah, c'est chié !
Châteaufort - Le Tonnerre en gronda, l'hiver en frémit, l'été en eut des sueurs froides, l'automne en avorta et le vin s'en aigrit.
IV, 3 - Manon, Granger, Paquier, La Tremblaye, Châteaufort
Manon - Ah ! Monsieur de La Tremblaye, mon cher Monsieur, donnez la vie à mon Père, et je me donne à vous.
La Tremblaye - Mais il mérite la mort, d'avoir été surpris en volant dans ma maison.
Granger - O Dieux ! quelle fourbe ! Sans doute la miserable est d'intelligence avec son traître d'Amoureux. Non, non, ma Fille, non, vous ne l'épouserez jamais.
Manon - Ah ! Monsieur de La Tremblaye, arrêtez. Je vois à vos yeux que vous allez le tuer. Bon Dieu ! faut-il voir massacrer mon Père devant moi ou mourir ignominieusement pour un vol qu'il n'a même pas achevé ? Donc à l'âge où je suis, il faut que je perde mon Père ? Hé ! pour l'amour de Dieu, mon Père, mon pauvre Père, acquiescez. Vous voyez que La Tremblaye est un brutal qui ne vous pardonnera jamais, si vous ne devenez pas son beau père. Pensez-vous que votre mort ne me touche point ? Sachez que je ne vous survivrais guère, et pour vous sauver d'un péril encore moindre que celui-ci, je ne balancerais point de me prostituer. A plus forte raison pour vous sauver du gibet, n'ayant qu'à devenir la femme d'un brave Gentilhomme pourquoi ne le ferais-je pas ?
Granger - Oserais-je en ce piteux état vous offrir ma fille, Monsieur de la Tremblaye, et demander votre sœur ?
La Tremblaye frappe, et Châteaufort compte les coups.
Châteaufort - Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze... Ah ! le rusé, qu'il a fait sagement ! S'il en eut donné treize, il était mort.
Châteaufort - Un, deux, trois, cinq, huit, douze... Ah ! le rusé, qu'il a
fait sagement ! S'il en eut donné treize, il était mort.
Recevant les coups de La Tremblaye, il les compte et feint d'avoir résolu d'en accepter douze, non pas treize. La Tremblaye le jette à terre d'un coup de pied.
La Tremblaye - Voilà pour vous obliger à ce meurtre.
Châteaufort - Justement j'allais me coucher.
Granger - Je vous rejoins. Auparavant je donne quelques ordres ici afin que nous ayons de quoi nous esbaudir, lorsque nous reviendrons.
IV, 4 - Granger, Corbineli, Paquier
Granger - Paquier, va-t'en “subito” me chercher les musiciens. Mais après leur avoir parlé, reviens et amène-les ; car c'est un lieu où je te défends de prendre racine.
Corbineli - Monsieur, c'est aujourd'hui la Sainte Cécile, si Paquier ne trouve leurs maisons aussi vides que leurs instruments, je veux bien être battu.
Granger - Justement. Pour toi, Corbineli...
Corbineli - Monsieur ?
Granger - Je te pardonne ta fourberie en faveur de ma conjonction matrimoniale.
Corbineli - Monsieur, m'en voilà tout réjouis.
Granger - Et puis Corbineli, tu vois ici un pirate d'amour. C'est sur une mer orageuse et fameuse en naufrages que j'ai besoin pour guide du phare de tes inventions. Certaine voix secrète me menace au milieu de mes joies, d'un brisant ou d'un écueil. Penses-tu que ma maîtresse puisse revoir mon fils, sans rallumer des flammes qui ne sont pas encore éteintes ? Ah ! c'est une plaie nouvellement fermée, qu'on ne peut toucher sans la rouvrir. Toi seul peut démêler les sinueux détours d'un si lethifère Dédale.
Qu'allait-il faire dans ce dédale ?
Si tu veux que l'embryon de tes espérances devenant le plastron de mes libéralités, métamorphose ta bourse en un microcosme de richesses et ta maison en corne d'abondance, tu feras ce que je dis.
Corbineli - Que craignez-vous ?
Granger - Je présage un sinistre succès à mes entreprises, si mon coquin de fils assiste à mes noces.
Corbineli - Mais comment faire ?
Granger - Enfonce-le dans un Cabaret, où le jus des Tonneaux puisse l'entretenir jusqu'à demain matin. Voici de l'or, voici de l'argent. Prends, ris, bois, mange, et surtout remplis le comme une outre ! Qu'il en crève, n'importe, ce ne sera que du vin perdu.
TONIGHT
Corbineli - Le voici comme si Dieu nous le devait. Permettez que je lui parle un peu particulièrement.
Corbineli - Je vous allais chercher. Votre père vient de condamner votre raison à la mort. Il prétend, le bon idiot, faire ce soir les noces de votre soeur avec monsieur de La Tremblaye et les siennes avec mademoiselle Genevote. Craignant donc que votre présence n'apportât beaucoup d'obstacles à la perfection de ses desseins, il m'a chargé de vous saouler à la taverne. J'ai moi-même reçu les ordres et les instruments pour vous enivrer. Mais si vous me faites confiance, vous blesserez votre ennemi avec sa propre épée. Vous utiliserez sa méchante ruse pour l'exécution de ce que je vous ai tantôt mandé par Paquier.
Charlot - Quoi, contrefaire le mort ?
Corbineli - Oui. Je le persuaderai que dans l'écume du vin vous aurez pris une querelle, dont l'issu vous fut fatale. Mais allez vite étudier vos Postures pendant que nous amuserons votre Père. Et puis revenez ici-même représenter votre personnage.
IV, 6 - Granger, Corbineli, Paquier
Corbineli - O Monsieur, je ne sais pas ce que vous avez fait à Dieu, mais il vous aime bien. Votre fils sort du Cabaret de la Croix-Blanche soutenu par deux ou trois de vos Pensionnaires.
Paquier/Marie-Hélène - Avouez, Monsieur, que Dieu est bon. Voilà sans doute la récompense de la Messe que vous lui fîtes dire il n'y a que huit jours.
La Tremblaye - Je vous venais quérir …
Granger - J'allais sortir au moment où vous êtes entré.
La Tremblaye - On n'attend plus que vous.
Granger - J'ai renoncé aux musiciens et j'ai préféré exhiber un intermède de muses fort jovial. Vous verrez mes grimauds nous scander quelques vers et à force de pointes bien aigües, piquer les épigrammes aux culs.
La Tremblaye - Je vous conseille de prendre là-dessus le conseil de Corbineli, il est Italien, ceux de sa nation jouent la comédie en naissant.
Vendredi et Dimanche : La Frette : Tourdion 1
Granger - Ho, ho, j'aperçois mon fils ivre.
Corbineli - Hélas, Monsieur, il a tant bu, que je pense qu'il ferait du vin à deux sous, rien qu'en soufflant dans un pichet d'eau.
IV, 8 - Châteaufort, Charlot, Granger, La Tremblaye, Corbineli, Paquier
Charlot - L'Hôtesse, je ne vous dois rien, je vous ai tout rendu. Miracle, miracle, je vois des étoiles en plein jour. Copernic a dit vrai, ce n'est pas le Ciel, en effet, c'est la Terre qui tourne. Corbineli, dis-moi, suis je bien enluminé, à ton avis ?Garçon, encore Chopine, et puis plus : Blanc ou clairet, n'importe ! pourvu qu'ils demeurent en paix, car à la première querelle je les mets hors de chez moi.
Tourdion 2
Vite donc, haut le coude. Dans la soif où je suis, je te boirais, toi, ton père, et tes aïeux, s'ils étaient dans mon verre. Buvez toujours, compagnons, buvez toujours voyez un peu comme on devient riche à force de boire : je pensais n'avoir qu'une maison tantôt, j'en vois deux maintenant. C'est la vertu du vin qui fait tous ces prodiges. Sans mentir, Démocrite était bien fou, de croire que la vérité fut dans un Puits. N'avait-il pas oui dire “In vino veritas” ? La Nature nous a bernée. Elle, qui nous a donné à chacun deux bras, deux pieds, deux mains, deux oreilles, deux yeux, deux naseaux, deux rognons, et deux fesses, ne nous aura donné qu'une bouche ? Ah ! qu'heureuse entre les Dieux est la Renommée, d'avoir cent bouches. C'est pour bien s'en servir que la mienne ne dit mot ; car sympathisant à mon humeur, elle boit toujours sans relâche. Point d'eau, point d'eau, si ce n'est au Moulin. C'est pour bien s'en servir que la mienne ne dit mot, car sympathisant à mon humeur, elle boit sans relâche. Point d'eau, point d'eau, si ce n'est au moulin !
Tourdion 3
(apostrophant Granger)
Que vient faire ici ce Neptune avec sa fourche ? et ton suppôt de Triton que voilà.
Paquier/Rémi - Voyez-vous monsieur l'ivrogne, je ne suis pas suppôt, je suis homme de bien.
IV, 9 - La Tremblaye, Charlot
LA
TREMBLAYE
Allez, allez, il faut bien que la passion éborgne étrangement
votre bon père, car il était bien aisé de juger que ni
vos yeux, ni vos gestes, ni vos pensées ne sentaient point le vin.
Mais pour autant je n'ai pas su deviner le pourquoi de cette ruse.
CHARLOT
Je vous l'apprendrai chez vous, aussi bien que le sujet de la comédie
de Corbineli.
ACTE
V
V, 1 - Granger, Paquier (Clo + Léo)
Granger - Quoi, tout ce que j'ai vu ... ?
Paquier - N'est que feinte.
Granger - Donc mes yeux, donc mes oreilles...
Paquier - Vous ont trompé.
Granger - Conte-moi donc la série et la concaténation des projets qu'ils machinent.
Paquier - Que diantre, que vous avez la tête dure ! je vous ai dit que votre fils a contrefait l'ivrogne, afin que tantôt Corbineli vous persuade plus facilement, qu'ayant pris querelle dans les fumées de la débauche, il se sera battu et aura été tué sur place.
Granger - Mais quid de toutes ces fourberies.
Paquier - Quid ? Je m'en vais vous l'apprendre. Mademoiselle Genevote, qui est complice, doit feindre d'avoir promis à Charlot de l'épouser mort ou vif, et qu'à moins de s'être acquittée de sa parole, elle ne vous donnera pas sa main. Corbineli là-dessus vous conseillera de lui faire épouser le cadavre, afin qu'étant libre de sa promesse elle puisse enfin se donner à vous. Une fois le mariage célébré, votre fils mort devra ressusciter et la tenant entre ses bras, vous remercier du présent que vous lui aurez fait.
Granger - Donc, la ruse est éventée. Pour te remercier, je te permets de prendre un impôt sur la pitance de mes disciples. Justement, j'aperçois le fourbe qui vient. Voici l'heure à laquelle ces pêcheurs s'empêtreront dans leurs propres filets. Reste au port et considère la tempête à ton aise.
V, 2 - Granger, Paquier, Corbineli
Corbineli - Ah ! Messieurs, serai-je toujours ambassadeur de mauvaises nouvelles ?
Granger - Quoi ?
Corbineli - Mon pauvre maître, votre fils...
Granger - C’est un coquin que je veux faire pendre.
Corbineli - Hélas ! Monsieur, vous ne serez pas en peine de cela. Votre fils est mort.
Granger - Comment cela ?
lazzo du mort.
Clarinettes : LE BON, LA BRUTE …
Corbineli - Au sortir d’ici, étant comme vous avez vu un peu plus gai que de raison, il a choqué un cavalier qui passait. L'un et l'autre se sont offensés ; Ils ont dégainé ; et presque en même temps votre fils est tombé mort, traversé de deux grands coups d'épée.
Granger - Quoi, la Fortune réservait au déclin de mes ans le spectacle d'un revers si lugubre ?
Clarinettes Fin : LE BON, LA BRUTE …
Paquier/Tous - Est-il bien mort ?
Corbineli - Si bien mort, qu’il n'en reviendra pas.
Granger - Corbineli, appelle Mademoiselle Genevote.
Corbineli - Mademoiselle Genevote !
Granger - Elle diminuera mes douleurs en les partageant.
V, 3 - Genevote, Paquier, Corbineli
Granger - Mon fils a vécu, mademoiselle, et je dirais qu'il vit encore si j'avais achevé un poème que je médite sur le genre de son trépas.
Genevote - Quoi ! monsieur Granger n'est plus ?
Granger - Mais ne vous lamentez pas de la fin d'un homme qui, pour une méchante et périssable vie, en recouvre une dans mes cahiers, immortelle et tranquille.
Genevote - Nous étions trop bien unis, pour être déjà séparés. Je veux comme lui, sortir de la vie. Dès aujourd’hui je vais faire dans un cloître un solennel sacrifice de moi-même.
Granger - Non, ma Cythérée, car vous pouvez m'épouser, et garder votre parole. Il faut, pour vous rendre quitte de votre promesse, que vous l'épousiez mort. Puis quand vous serez libre de votre serment, nous procéderons tout à loisir à notre mariage.
Genevote - Je veux ce que vous voulez.
Corbineli - Il semble que vous soyez inspiré d'un dieu, tant vous parlez divinement.
Granger - Une seule chose m'arrête : c'est que vous ne fassiez un miracle et que vous ne rendiez la vie à ceux qui ne sont pas morts.
Corbineli - (tout bas) O puissant dieu des fourbes, ma corde vient de rompre.
Granger - Tu m'as trahis ! Toi que j'avais élu pour la boîte, l'étui, le coffre, et le garde-manger de toutes mes pensées.
Paquier/Christine - Choisis lequel tu aimes le mieux, d'être assommé, ou pendu !
Corbineli - J'aime mieux boire.
Granger - Ce n'était point assez de m'avoir volé au nom des Trucs. Il fallait ajouter une nouvelle trahison. Et de son corps, donc, menteur infâme, qu'en fis-tu ?
Corbineli - Ma foi ! là-dessus, je m'éveillai.
Granger - Que veux-tu dire, tu t'éveillas ?
Corbineli - Vraiment oui. Il ne me fut pas possible de dormir davantage, car votre fils faisait un tonnerre de Diable avec une assiette dont il tambourinait sur la table.
Granger - Quoi ! Toute cette mort n'était qu'un songe ?
Corbineli - Hé ! Comment donc l'entendiez-vous ?
Granger - O dieux, je pensais moi... Mais vous, mademoiselle, vous ne sauriez vous laver les mains...
Genevote - Moi, j'ai fait semblant de croire que votre fils était mort pour vous faire goûter, quand vous le reverriez en vie, beaucoup de contentement, par un excès de son contraire.
Granger - Ha, mademoiselle, le fiel importun de mes angoisses n'est que trop adouci par l'antidote sucré d'un si friand discours. Et toi Corbineli, tu mérites... Tu m'as bien mené en bateau, mais il faut avouer à propos des Trucs, que tu es un grand menteur.
Corbineli - J'affecte, pour moi, d'être remarqué par le titre de Grand, sans me soucier que ce soit celui de grand menteur, grand ivrogne, ou grand politique. N'importe, pourvu que cette épithète remarquable m'empêche de passer pour médiocre.
Granger - Tu t'excuses de si bonne grâce, que je t'ordonne pour pénitence, de nous exhiber le spectacle de quelque comédie.
Corbineli - J'en sais une Italienne, dont le dénouement est fort agréable. Amenez seulement ici monsieur de La Tremblaye, votre fils, et les autres, afin que je distribue les rôles sur le champ.
Granger fait signe à Paquier.
V, 4 - Granger, Paquier, genevote, Corbineli
Corbineli - Vous n'aurez pas le temps d'étudier une longue préparation. Je prendrai soin, me tenant derrière vous, de vous souffler ce que vous aurez à faire. Vous monsieur, vous paraîtrez durant toute la pièce, et quoique votre personnage semble sérieux, il n'en est pas de plus bouffon.
Granger - Qu'est-ceci ? Vous m'engagez à soutenir des rôles en vos batelages, et vous ne m'en racontez pas seulement le sujet ?
Corbineli - Je vais vous en ébaucher un raccourci. C'est une histoire véritable que nous poserons à Constantinople, quoiqu'elle se passe autre part. Vous verrez un homme du tiers état, riche de deux enfants et de force écus. Le fils restait à pourvoir, il s' affectionne d'une damoiselle de qualité. Il aime, il est aimé, mais son père s'oppose à leur mariage. Ils se désespèrent. Enfin les voilà prêts, en se tuant, de clore cette pièce par une catastrophe. Mais ce père dont le naturel est bon, se soumet aux volontés du Ciel, et consent au mariage.
Granger - Très bien. Va conférer avec tes acteurs, je te déclare plénipotentiaire de ce traité comique. Toi, Paquier, Paquier je te fais le portier effroyable de l'introït du fanfaron, du bourgeois, et du page, qui ne manqueront pas d'y transporter leurs ignares personnes. Tu verras diverses sortes de visages. Les uns t'aborderont froidement, et si tu les refuses, aussitôt glaive en l'air, ils forceront ta porte avec brutalité. Il t'en viendra d'autres, la barbe faite en garde de poignard, aux moustaches rubanées, au crin poudré, au manteau galonné, qui tout échauffés se présenteront à toi. Si tu t'opposes à leur torrent, ils te traiteront de fat ; se formaliseront que tu ne les connais pas. Dès qu'ils t'auront arraisonné de la sorte, juge qu'ils ont trop bonne mine pour être bien méchants. Avale toutes leurs injures. D'autres, pour s'introduire, demanderont à parler à quelque acteur, pour affaire d'importance et qui ne se peut remettre, d'autres auront quelques hardes à leur porter. A tous ceux-là “Vous ne devez pas entrer”. D'autres, comme les pages, environnés chacun d'un étudiant, d'un homme du peuple et d'une putain, viendront pour être admis : reçois en la moitié, chasse l'autre. Ce n'est pas que cette race de pygmées puisse rien effectuer de terrible, mais elle suivrait à coup sûr, le torrent de canailles armées qui déborderaient sur toi comme des guêpes sur une poire molle. “Vale, mi care”.
V, 6 - Paquier, Chateaufort
Paquier Clo - Voici mon coup d'essai. Courage, j'en vais faire un chef-d'œuvre.
Chateaufort - Bourgeois, ho ! Holà, ho, Bourgeois ! Vous autres malheureux, ne représentez-vous pas aujourd’hui céans quelques couillonneries et billevesées ?
Paquier Léo - « Salva pace », monsieur, mon maître n'appelle pas cela ainsi.
Chateaufort - Quelque mômerie, quelque fadaise ? Vite, vite, ouvre moi.
Paquier Clo - Je pense qu'il ne vous faut pas ouvrir, car vous avez la barbe faite en garde de poignard, vous ne m'avez pas abordé froidement, vous n'avez pas dégainé, et vous n'êtes pas page.
Chateaufort - Ah ! vertubleu, poltron, dépêche-toi : je ne suis ici que par curiosité.
Paquier Léo - Vous ne faites point du tout comme il faut.
Chateaufort - Marbleu, mon camarade, de grâce, laisse-moi passer !
Paquier Clo - Non ce n'est pas comme ça non plu. Il ne faut pas prier.
Chateaufort - Savez-vous ce qu'il y a, petit godelureau ?... Je ne me soucie ni de vous, ni de votre collège. Qui pensez-vous que je sois ? un nigaud ? Il est vrai que j'ai sur moi une mauvaise cape, mais en revanche, je porte au côté une bonne tueuse.
Paquier Léo - Vous raisonnez là tout comme ceux qui ne doivent point entrer.
Chateaufort - De grâce, pauvre homme, il faut que j'aille dire à ton maître que je suis ici, et qu'il me rende un mien goujat qui s'est enfui de chez moi sans mon congé.
Paquier Clo - « Il en viendra d'autres qui désireront parler à quelque acteur pour affaire d'importance », je ne sais plus comme il faut dire à ceux là. Ha !Oui. Monsieur, « Vous ne devez pas entrer ! »
Chateaufort - Ventre, je vous dis encore que je ne suis ici que par promenade. Penses-tu donc, manant, qu'un Gentilhomme de ma qualité...
Paquier Léo - Maître, maître, venez vite. Vous ne m'avez point dit ce qu'il fallait répondre à ceux qui parlent de promenade.
V, 7 - Gareau, Paquier, Chateaufort
Gareau - O parguene sfesmon, ben si j'm'attendais. Et pensé vous don que ce set un parsenage comme les autres, qui parle à batons rompus ? Dame nanain. c't' homme là, qui sait peu et prou mais qu'n'a rien à dire. C'est surement le valet de cet homme qui en sait tant. Vela le maître tout craché.
Chateaufort - J’aurais déjà fait un crible du ventre de ce coquin, mais je crains d'enfreindre les règles de la comédie, si j'ensanglantais la scène.
V, 8 - Granger, gareau, chateaufort, Paquier
Granger - Quel climat sont allés habiter nos comédiens ? l'Antipode, ou notre Zénith ? Je vous décoche le bonjour, Chevalier du grand Revers ; et vous l'homme à l'héritage, salut et déliction !
Gareau - Parguene je sis venu nonobstant pour vous débrouiller ma sucssion encore une petite escousse. Excusez l'importunance, c'est la ménagère à mon onc' qui m'a crié dessus pour que je venins. (à Granger) "Que velez-vous que je vous dise ? Elle feset la diablesse. (comme s'il était la tante :) “ monsieur Granger, pis qu'il scet tout, c'est à ly à savoir ça. Va-t'en, va, jean, il te dorra un consille là-dessus.” Dame j'y sis venu. (Il lui présente une fressure de veau pendue au bout d'un bâton.) Tanquia, pendant qu'on y est, comme dit l'autre, vela une petite douceur que notre Mère-grand vous envoie.
Granger - Va, cher ami, je ne suis pas jurisconsulte mercenaire.
Gareau - La, la, prenez toujours ; vaut mieux un tien, que deux tu l'auras.
Granger - Je te dis encore un coup, que je te remercie.
Gareau - Prenez, vous dis-je, vous ne savez pas qui vous prendra.
Granger - Et fi ! champêtre agronome, prends-tu mes vêtements pour la marmite de ta maison ?
Gareau - Ho, ho, tredinse, il ne sera pas dit que j'usions d'obliviance
"Oublieux", c'est mieux
bien que je sois quelqu'un de peu, je ne suis pas sans bonnes manières.
Granger - Veux-tu donc me salir de la tête aux pieds ?
Gareau - Bonnefy, vous le prendrez. Je sais bien, comme dit l'autre, que je ne suis pas digne d'être capable ; mais stanpandant, vous le prendrez da, car on me crierais dessus sinon ; et pis vous en garderiez de la rancoeur contre moi.
Granger - O vénérable confrère de Pan, cesse enfin de diffamer mes ornements, et je te permets, de rester spectateur d'une invention théâtrale la plus hilarieuse du monde.
Chateaufort - J'y entre aussi, et pour récompense je te permets, en cas d'alarme de te mettre à couvert sous le bouclier impénétrable de mon terrible nom.
Granger - J'en suis d'accord.
Paquier/Marie-Hélène - (à Chateaufort) Mais, monsieur, je voudrais bien savoir qui vous êtes, vous qui vouliez entrer.
Chateaufort - Je suis le Fils du Tonnerre, le frère aîné de la foudre ; le cousin de l'éclair ; l'oncle du tintamarre ; le gendre des Furies ; le mari de la Parque ; le proxénète de la Mort !
Paquier/Marie-Hélène - Voyez si j'avais tort de lui refuser l'entrée. Comment un si grand Homme pourrait-il passer par une si petite porte ?
Christine
- Monsieur, on vous souffre, a condition que vous laissiez vos parents dehors
car avec le Bruit, le Tonnerre, et le Tintamarre, on ne pourrait rien entendre.
(Ils entrent)
V, 9 - Corbineli, Granger, Châteaufort, Paquier, Gareau, La Tremblaye, Charlot, Manon, Genevote
Corbineli - Tout est prêt. Faites seulement apporter un siège, pour vous y installer, car vous avez à paraître pendant toute la pièce.
Paquier Daïna - Pour vous, ô seigneur de vaste étendue, plongez-vous dans celui-ci,
Marie mais gardez d'ébouler sur la compagnie, car nos reins ne sont pas à l'épreuve des pierres, des montagnes, des tours, des roches, des buttes, et des châteaux.
Granger - Çà donc, que chacun s'habille. Hé ! quoi je ne vois point de préparatifs ? Où sont donc les masques des Satyres ? les chapelets et les barbes d'ermites ? les carquois des Cupidons ? Les flambeaux des Furies ? je ne vois rien de tout cela.
Genevote - Notre action n'a pas besoin de toutes ces simagrées. Comme ce n'est pas une fiction, nous n'y mêlons rien de feint ; nous ne changeons point d'habit ; Cette place nous servira de théâtre, et vous verrez toutefois que la comédie n'en sera pas moins divertissante.
Granger - Je conduis la ficelle de mes désirs, au niveau de votre volonté. Mais déjà le feu des gueux fait place à nos chandelles.
Paquier Christine, poursuivant un quidam - Holà! vos quinze sols!
Le cavalier - J'entre gratis !
Paquier Christine - Pourquoi ?
Le cavalier - Je suis chevau-léger de la maison du Roi !
Paquier Christine - ( à un autre cavalier qui vient d'entrer) - Vous ?
2ème cavalier - Je ne paye pas !
Paquier Christine- Mais...
2ème cavalier - Je suis mousquetaire.
1er cavalier (au deuxième) - On ne commence qu'à deux heures. Le parterre est vide. Exerçons-nous au fleuret.
Un laquais Kata (entrant) - Pst... Flanquin...
un autre Daïna (déjà arrivé) - Champagne ?...
1 er laquais Kata (lui montrant des jeux qu'il sort de son pourpoint Cartes. Dés. Il s'assied par terre) - Jouons.
2 eme laquais Daïna
(même jeu)
Oui, mon coquin.
1 er laquais Kata
(tirant de sa poche un bout de chandelle qu'il allume et colle par terre)
J'ai soustrait à mon maître un peu de luminaire.
Un garde Un
escrimeur
(à une bouquetière qui s'avance)
C'est gentil de venir avant que l'on n'éclaire !...
(Il lui prend la taille)
un des bretteurs
Un escrimeur
(recevant un coup de fleuret)
Touche !
Un des joueurs
Kata
Trèfle !
Le garde Un
escrimeur
(poursuivant la fille)
Un baiser !
LA BOUQUETIERE
Marie
( se dégageant)
On voit !...
le garde Un escrimeur (l'entraînant dans les coins sombres) - Pas de danger !
Un homme MH
(s'asseyant par terre avec d'autres porteurs de provisions de bouche)
Lorsqu'on vient en avance, on est bien pour manger.
Un bourgeois Fleury/Yves
(conduisant son fils)
Plaçons-nous là, mon fils.
Un joueur Kata
Brelan d'as !
Un homme Rémi
(tirant une bouteille de sous son manteau et s'asseyant aussi )
Un ivrogne doit boire son bourgogne...
(il boit)
à l'hôtel de Bourgogne !
Le bourgeois Fleury/Yves
(à son fils) - Ne se croirait-on pas en quelque mauvais lieu
?
(Il montre l'ivrogne du bout de sa canne.)
Buveurs...
(En rompant, un des cavaliers le bouscule)
Bretteurs !
(il tombe au milieu des joueurs)
Joueurs !
Le garde Un
escrimeur
( derrière lui, lutinant toujours la femme)
Un baiser !
Le bourgeois Yves
(éloignant vivement son fils)
Jour de Dieu ! Et penser que c'est dans une salle pareille Qu'on joua du Rotrou,
mon fils!
Le jeune homme
Rémi
Et du Corneille !
UNE BANDE DE PAGES
Petits Paquiers
(se tenant par la main, entre en farandole et chante)
Tra la la la la la la la la la la lère...
Paquier Christine
- (sévèrement aux pages)
Les pages, pas de farce !...
1er page Daïna
(avec une dignité blessée)
Oh ! Monsieur! ce soupçon !...
(Vivement au deuxième, dès que Paquier a tourné le dos.)
As-tu de la ficelle ?
2 ème page
Kata
Avec un hameçon.
1er page Daïna
On pourra de là-haut pêcher quelque perruque.
Un tire laine Marie
(groupant autour de lui plusieurs hommes de mauvais usine)
Or çà, jeunes escrocs, venez qu'on vous éduque : Puis donc
que vous volez pour la première fois...
2 ème page
Kata
(criant à d'autres pages déjà placés aux galeries
supérieures)
Hep ! Avez-vous des sarbacanes ?
3 ème page Les Cousins (d'en haut) - Et des pois !
Il souffle et les crible de pois.
Corbineli - SILENCE !
Tous ...
Granger - Ça, qui de vous le premier estropiera le silence ?
Commencement de la Piece
Genevote - Enfin, qu'est devenu mon soupirant ?
Charlot - Il est si bien perdu, qu'il ne souhaite pas de se retrouver.
Genevote - Je n'ai point encore su le lieu ni le temps qui conspirèrent à la naissance de votre passion...
Charlot - Hélas ! ce fut aux Carmes, un jour que vous étiez au sermon...
Granger - Soleil, mon Soleil, qui tous les matins faites rougir de honte la céleste Lanterne...
Corbineli - Je pense, ma foi, que vous êtes fou de les interrompre : ne voyez-vous pas bien que tout cela est de leur personnage ?
Charlot - Tous les attraits de votre beauté vinrent assiéger ma raison, et il ne me fut pas possible de les haïr, après après les avoir considérés.
Granger - Allons, ma Nimphelette, allons, il est vergogneux aux dames pudibondes d'écouter un tant vert jouvenceau.
Corbineli - Que Diable ! Laissez-les parler, ou bien nous donnerons votre rôle à quelqu'un qui s'en acquittera mieux que vous.
Genevote - Je devine et je crois tout ce que vous souhaitez. Mais je m'étonne que vous ne travailliez pas plus courageusement aux moyens de posséder un trésor pour qui vous avez tant de passion.
Charlot - Mademoiselle, tout ce qui dépend d'un bras plus fort que le mien, je le souhaite, et ne le promets pas. Au moins suis-je assuré de vous faire paraître mon amour par mon combat, d'ailleurs j'ai fait dire à mon père que j'avais l'intention de lui désobéir. Paquier, as-tu dit à mon Père que j'étais résolu malgré son commandement, de passer outre ?
Paquier/Odette - Corbineli, souffle-moi.
Corbineli
- (tout bas)
Non, Monsieur, je ne m'en suis pas souvenu.
Paquier/Odette - Non, monsieur, je ne m'en suis pas souvenu.
Charlot
- (Il tire l'épée sur Paquier.)
Ha ! maraud, ton sang me vengera de ta perfidie !
Corbineli - Fuis-t'en donc, de peur qu'il ne te frappe.
Paquier/Odette - Cela est-il de mon rôle ?
Corbineli - Oui.
Paquier/Odette - Fuis-t'en donc, de peur qu'il ne te frappe.
Charlot - Je sais qu'à moins d'une couronne sur la tête, je ne saurais seconder votre mérite.
Genevote - Les rois, pour être rois, ne cessent pas d'être hommes ; pensez-vous que...
Granger - En effet, les mêmes appétits qui agitent un poux agitent un éléphant. Ce qui nous pousse à forger un support de marmite, fait à un roi détruire une province. L'ambition allume une querelle entre deux comédiens. La même ambition allume une guerre entre deux potentats. Ils veulent de même que nous, mais ils peuvent plus que nous.
Corbineli - Ma foi je vous enchaînerai.
Charlot - Pour moi, mon humeur et mon sort m'ont logé dans le monde à l'étage du milieu. Je ne suis point de ces savants qui abandonnent à leurs écrits le soin de les faire vivre après la mort.
Genevote - Mais en revanche, vous n'êtes pas de ces étudiants qui portent le collège partout, qui oublient de ranger leurs notes en sortant du cours et dont les honnêtes gens ne sauraient approcher tant ils puent encore la déclinaison latine.
Charlot - On croira que je veux épouser votre rang.
Genevote - Il suffit que je crois toute choses à votre avantage. A quoi bon me faire tant de protestations d'une amour que je suis bien aise de croire ? Il voudrait bien mieux maintenant être pendus au cou de votre père, et à force de larmes et de prières, arracher son consentement pour notre mariage.
Charlot - Allons-y donc. Monsieur, je viens me conjouïr avec vous de ma bonne fortune et partager le bonheur d'une si précieuse conquête.
Genevote - Et moi, vous témoigner l'envie que j'ai de vous faire bientôt grand-père.
Granger - Comment, grand Père ? je veux bien tirer de vous une propagation de petits individus, mais j'en veux être cause prochaine, et non pas cause éloignée.
Corbineli - Ne vous tairez-vous pas ?
Granger - Coeur bas et ravalé, n'as-tu point de honte de consumer l'avril de tes jours à cajoler une fille ?
Corbineli - Ne voyez-vous pas que l'ordre de la pièce demande qu'ils disent tout cela ?
Granger - Ils n'ont pas assez de bien l'un pour l'autre, je ne souffrirai jamais...
Genevote - Non, non, monsieur, je suis d'une condition qui vous défend d'appréhender la pauvreté pour vos petits. Je souhaiterais seulement que vous eussiez une terre que nous avons à huit lieues d'ici : la solitude agréable des bois, le vert émaillé des prairies, le murmure des fontaines, l'harmonie des oiseaux, tout cela repeinturerait de noir votre poil déjà blanc.
Granger - Ah ! sirénique laronnesse des cœurs ! je vois bien que vous guettez ma raison au coin d'un bois, que vous la voulez égorger sur le pré, ou bien l'ayant submergée à la fontaine, la donner à manger aux oiseaux.
Charlot - Aussi n'espérais-je pas que la raison vous fît paraître ce que l'amour vous commandait de refuser. Je suis venu...
Paquier/Marie-Hélène - J'ai vu, j'ai vaincu, dit César, au retour des Gaules.
Charlot - Vous conjurer... De reprendre la vie que vous m'avez prêtée.
Paquier/Marie-Hélène - Il était bien fou, de vous prêter une chose dont on n'a jamais assez.
Charlot - Mais parce que chacun de nos esprits anime réciproquement ce qu'il aime, que le coup qui me sera funeste sera mortel à celle qui vit en moi et que nous désunir, c'est nous détruire, (Il tire un poignard), prenez ce poignard, père dénaturé, faites deux homicides par un meurtre, écrivez le destin de ma Maîtresse avec mon sang, et ne permettez pas que la moitié d'un si beau couple expire de douleur sur le tombeau de son autre moitié. Frappez ! Qu'attendez-vous ?
Paquier/Marie-Hélène - Il attend que la vache soit pleine pour tuer le taureau.
Corbineli - Le diable t'emporte, coquin !
Paquier/Marie-Hélène - Il me rapportera.
Corbineli - Un bâton quelque jour reconnaîtra tous ces bons offices.
Paquier/Marie-Hélène - Cicéron a dit : tout ce qui est honnête est vertueux.
Genevote - Quoi, monsieur ! Vous ne dîtes mot. Est-ce l'appréhension de voir tirer votre sang de nos veines qui vous a gelé la parole ?
Corbineli - Qu'est-ce ? Êtes -vous trépassé ? Que répondez-vous ?
Granger - Ah ! que tu viens de m'arracher d'une belle pensée. Je rêvais quelle est la plus belle figure, de l'antithèse ou de l’interrogation.
Corbineli - Ce n'est pas cela dont il est question. Nous parlons de marier mademoiselle et votre fils.
Granger - Que parlez-vous de mariage avec cet hobereau ? Êtes-vous orbe de la faculté intellectuelle ? Êtes-vous hétéroclite d'entendement ? Ou le microcosme parfait d'une continuité de chimères abstractives ?
Corbineli - A force de représenter une Fable, la prenez-vous pour une vérité ? Ce que vous avez inventé vous fait-il peur ?
Charlot - Et toi, Paquier, sur tout maintenant garde-toi bien de parler, car il paraît ici un muet que tu représentes.
Corbineli - Dépêchez-vous d'accorder cette fille à votre fils. Mariez-les.
Granger - Comment, marier, c'est une comédie ?
Corbineli - Hé bien, ne savez-vous pas que la conclusion d'un poème comique est toujours un mariage ?
Granger - Oui, mais comment serait-ce ici la fin, il n'y a pas encore un acte.
Corbineli - Nous avons uni tous les cinq en un, de peur de confusion : cela s'appelle une pièce à la polonaise.
Granger - Ha bon, comme cela je te permets de prendre mademoiselle pour légitime épouse.
La Tremblaye - Et moi j'y consens.
Genevote - Vous plaît-il de signer les articles, voilà le notaire tout prêt.
Paquier/Christine - J'enrage d'être muet, car je dirais quelque chose de beau.
Gareau - Ah l par ma foi, moi aussi ! Ça m'rappelle ma femme. Feu la pauvre défunte, Dieu ait son âme, da, elle m'en fit voir de belle. Par ma figuette, elle me boutit à porter des cornes en tout bien et tout honneur. Stanpandant la bonne chienne qu'elle était...
Corbineli - C'est maintenant à vous, Monsieur, pour combler la félicité de ces nouveaux mariés, d'augmenter leur revenu de celui d'un Empire. Il vous sera bien-aisé, puis que vous faites chanceler la couronne d'un Monarque en la regardant.
Chateaufort - Je donne assez, quand je n'ôte rien, et je leur ai fait beaucoup de bien, de ne leur avoir point fait de mal.
Charlot - Mon petit cœur, il est fort tard, allons nous mettre au lit.
Gareau - Ben tiens ! Cette nuit y fera clair de l'Une, et demain y fera clair de l'Autre.
Fin de la Comedie
Granger - Hé bien, Mademoiselle, que dites-vous de notre Comédie ?
Genevote - Elle est belle. Mais apprenez qu'elle est de celles qui durent autant que la vie. Vous nous avez marié vous-même en signant les articles de ce contrat qui est véritable.
Granger - Alea jacta est. J'ai été joué.
Genevote - Accusez-vous seulement d'avoir enseigné le premier à fourber, quand vous fîtes croire que votre fils était fou, j'ai enfin compris ses sentiments.
Corbineli - Enfin, c'est une pilule qu'il vous faut avaler.
Fleury - Mon cousin, comment pourrais-je vous consoler ?
Granger - N'en prenez pas la peine, je me consolerai bien moi-même. O Tempora ! O Mores !
Hautbois + Clarinettes : Il en faut peu pour être heureux