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LA JOURNÉE
10 - 16 h : concours de peinture rapide
18 - 19 h : arrivée des gens pour être les jurés des peintures
19 h 30 - 20 h 30 pique-nique et remise prix
20 h 30 spectacle
21 h 30 : danse, vin chaud et lumières

LE SPECTACLE
Les problèmatiques
Comment célèbrer un œuvre utopique ? Faut-il donner du sens à un acte gratuit ? Qu’est-ce que la fidélité à une Folie ?

1. Les Principes
11. L’objet :

Faire un spectacle d’environ une heure, en soirée, le 20 septembre 2008, à l’occasion des Journées du Patrimoine, au Cyclop de Milly-la-Forêt.

12. Les partis pris de la Ville :
Ce spectacle évoquera l'aventure humaine et artistique du Cyclop.
Il fait participer des habitants de Milly, par le biais de ses associations, encadrés par l’équipe du Favier Théâtre.
La soirée doit d’abord être festive. Même si elle a l’intention d’instruire sur le Cyclop, il s’agit d’abord de donner le goût à.

13. La note d’intention du metteur en scène :
Je veux donner à aimer le Cyclop. Plus généralement, je veux donner à aimer l’art contemporain. Nous savons que ce n’est pas une chose facile. Ni même qui se décrète. Ce ne sont pas des preuves de son intérêt qu’il faut, c’est son évidence.
Je ne choisis donc pas un discours frontal, mandarinal, bref répulsif. C’est par touches successives, c’est des éclairages parcellaires mais polymorphes que je compte y arriver. Mes armes seront l'humour (voire l’ironie) et la surprise.

2. Le déroulement

En gras, ce qui est fixé ou pris.

21. Les Biographies

Durée approximative : 5 min
L’idée de base
Parler des artistes. Mieux les connaître.3
La réalisation
Des membres de l’Apam, par groupe de 2 à 3 interpellent les spectateurs. Ils s’identifient aux artistes qui ont travaillé ici. Il les présentent ainsi que ce qu’ils y ont réalisé. Ils disent (ou improvisent) soit les textes inclus dans l’ouvrage de Tinguely, soit ce qu’ils ont recueilli sur internet, soitce qu’ils connaissent personnellement.
Ils sont habillés comme l’étaient les artistes au moment de la construction du Cyclop : bleu de travail, bottes, gants et casques de chantier, etc.
Qui fait quoi ?
Sont déjà pris (éviter les doublons tant que tous les artistes ne sont pas représentés)
Jean Tinguely, par Bernard Arnal
Niki de Saint Phalle, par Marielle Vincent
Arman, par Marie-Josephe Gourdelier
Louise Nevelson, par Andrée Boisgard
Yves Klein, par Catherine Estrade
Eva Aeppli, par Aline Gueury
César, par Michelle Rouet
Marcel Duchamp, par Camille Hery
Jesus Rafael Soto, par Roselyne OSMOND

22. Le Cyclop vit

Durée approximative : 5 min
L’idée de base
“Au détour d’un sentier, caché derrière les arbres, soudain, surgit le Monstre.”5
Le Cyclop est une œuvre vivante, qu’il faut entendre.6
La réalisation
Au bout de 10 minutes de biographies, on actionne le Cyclop.
On plonge les spectateurs dans l’obscurité.
Le Cyclop, fonctionne, c’est-à-dire qu’il grince, bruisse, frotte, éructe. Je veux donner à entendre (la machinerie, le marteau), et surtout à imaginer. Éclairage fragmentaire du Cyclop.

23. La naissance imaginaire du Cyclop

Durée approximative : 5 min
L’idée de base
Revenir à l’idée même de Cyclope, de Monstre. Inventer une naissance mythologique et titanesque - avec humour et démesure.
La réalisation
Un (ou des) acteur(s) du Favier Théâtre di(sen)t un extrait du “Pédant joué”, de Cyrano de Bergerac (I,1)

Julie Le Lagadec : Granger (devant)
Chateaufort : Pascal Loutellier (dedans)

Le texte

Granger - O par Castor et Pollux tous les Monstres ne sont pas en Afrique. Et de grâce, Satrape du Palais Stygial, donne-moi la définition de ton individu. Ne serais-tu point un être de raison, une chimère, un accident sans substance, un élixir de la matière première, un spectre de drap noir ?

Châteaufort - Puisque je te vois curieux de connaître les grandes choses, je veux t'apprendre les miracles de mon berceau.
Premièrement, la Nature se voyant incommodée d'un si grand nombre de Divinités, voulut opposer un Hercule à ces Monstres. Cela lui donna bien jusqu’à la hardiesse de s'imaginer qu'elle pouvait me produire. Pour cet effet elle empoigna les âmes de Samson, d'Hector, d'Achille, d’Ajax, de frich-moul-mermec, de Cirus, d'Épaminondas, d'Alexandre, de Romulus, de Scipion, d'Annibal, de Sylla, de Pompée, de Pyrrhus, de Caton, de frich-moul-mermec, de César, et d'Antoine. Puis les ayant pulvérisées, calcinées, rectifiées, aux quatre coins de l'hexagone, elle réduisit toute cette confection, en un spirituel sublimé qui n'attendait plus qu'un fourreau pour s'y fourrer.

Paquier/Clotilde - Et c’est vous qui fûtes le fourreau ?

Châteaufort - Affirmatif ! Tierco, et Nature glorieuse de sa réussite, ne pût goûter modérément sa joie, elle clabauda son chef-d'œuvre partout. L' Art qui d'ordinaire perfectionne la nature, en devint jaloux. Fâché, disait-il, qu'une teigneuse emportât toute seule la gloire de m'avoir engendré. Il la traita d'ingrate, de superbe, de vilaine et lui déchira sa coiffe. Nature, de son côté prit son ennemi aux cheveux. Aïe, aïe, aïe. Enfin l'un et l'autre battit, et fut battu. Le tintamarre des apostrophes, des soufflets, des bastonnades, m’éveilla. Je les vis, et jugeant que leurs démêlés ne portaient pas la mine de prendre sitôt fin, pour les mettre d'accord, je me créai moi-même.

Paquier/Jean-Louis - Et que firent donc l’Art et la Nature devant cette incroyable genèse ?

Châteaufort - Rien. Depuis ce temps-là leur querelle dure toujours. Partout vous voyez ces irréconciliables ennemis se prêter le collet, et les descriptions de nos écrivains d’aujourd'hui ne sont lardées d'autre chose que des faits d’armes de ces deux gladiateurs, à cause que prenant à bon augure d’être né dans la guerre, je leur commandai en mémoire de ma naissance de se battre sans se reposer jusqu’à la fin du monde. Repos. Pouvez fumer.

Paquier/Clotilde. Et qu'advint-il de ces Divinités qui incommodaient dame Nature ?

Chateaufort - Je voulus bien dépêtrer Nature de ces Dieutelets dont l'insolence la mettait en cervelle. Je les mandai, ils obéirent. Enfin je prononçai cet immuable arrêt : “ Gaillarde troupe, quand je vous ai convoqués, la plus miséricordieuse intention que j'eusse pour vous était de vous annihiler ; mais craignant que votre impuissance ne reprochât à mes mains l'indignité de cette victoire, voici ce que j'ordonne de votre sort.” Silence dans les rangs.

Paquier/Paola - Je vous vois aussi beau que vous étiez terrible.

Châteaufort - Vous autres Dieux qui savez si bien courir, leur dis-je, toi Saturne, Père du temps, qui mangeant et dévorant tout, court à l’hôpital, lui Jupiter qui comme ayant la tête fêlée depuis le coup de hache qu'il reçut de Vulcain doit courir les rues, toi Mars qui comme soldat court aux armes, lui Phébus qui comme Dieu des vers, court la bouche des Poètes, toi Vénus qui comme putain court l’aiguillette, lui Mercure qui comme Messager, court la Poste, et toi Diane enfin, qui comme chasseresse court les Bois : Vous prendrez la peine s’il vous plaît de monter tous les sept à califourchon chacun sur une étoile. Là, vous courrez de si bonne sorte, que vous n’aurez pas le loisir d'ouvrir les yeux.

Paquier/Clotilde - En effet, les planètes sont justement ces sept-là.

Granger - Et des autres Dieux qu'en fîtes-vous ?

Châteaufort - Midi sonna, la faim me prit, j'en fis un saupiquet mon dîner.

Paquier/Jean-Louis - Maître, ce fut assurément en ce temps-là que les Oracles cessèrent.

Châteaufort - Il est vrai, et dès lors, mes actions ont toutes été héroïques ou divines ; car si je regarde, c'est en Basilic, si je vomis, c'est en Mont-Etna, si j'écume, c'est en Cerbère, si je dors, c'est en Morphée, si je mange, c'est en gangrène, si je bois c'est en éponge, si j'ordonne c'est en Destin, si je baise c'est en Judas. Vous voyez grâce à moi que l'histoire du Phénix superbe qui s'engendra lui-même, n'était pas un conte.

 

DIALOGUE ENTRE JEAN, NIKI ET LE CYCLOP
Bernard + Audrey + Raymond + Cyclop (Thierry)

Ils commencent FJ (près de la langue) : il y est, elle arrive.

Jean : Niki !... Niki !! (10’’)

Niki ! Viens-tu ? (5’’)

Jean : Oui, oui, attends moi j’arrive ! (5’’)

Niki : Alors Jean ! Est-ce la clairière dont tu m’as parlée ?
Est-ce là que tu comptes construire ton rêve ?

Jean : Oui Niki ! Regarde cet endroit est magique !
Vois-tu ce grand bouquet de chênes, je les appelle « les 4 frères », c’est à sa droite que je vais construire Gigantoleum, on va faire des choses rigolotes ! Avec toi, avec mes copains Bernhard Luginbuhl et Rico Weber.

Niki : Mais comment vas-tu composer avec les chênes ?

Jean : J’ai décidé de faire vivre les arbres avec nous, on va leur donner de la nourriture en enterrant des poumons et des foies de génisses, et puis celui de droite là je le vois comme le brin de persil sur l’oreille du gitan.

Niki : Ah ! Tu as déjà pensé ça ! Mais je n’ai rien vu de tel sur tes premiers croquis !

Jean : Je vais faire d’autres dessins, ce n’est que par le dessin que je peux voir clair là-dedans !

Niki : Mais j’y suis. Attends ! Je vais transformer Gigantoléum en tête : ce sera la tête du monstre de la forêt !
Quand commences-tu ?

Jean va à la bétonnière. Niki commence à faire des dessins.

Jean : Maintenant ! Aller Rico, mets la bétonnière en route ! On s’y met tous Bernhard, donne moi ton idée sur les fondations !

Bruit de bétonnière qui tourne ponctuée par l’ajout de graviers et de pierres à la fin) pendant 10 à 20 secondes.
Elle est au pied de l'œuvre.

Niki : Jean, je m’interroge : est-on sûr de pouvoir construite la tête ici ?

Il commence de la bétonnière et se rapproche de Niki.

Jean : Oui, le terrain est à nous, et j’aime l’idée que l’œuvre soit rattachée à Milly-la-Forêt. J’ai rencontré le Maire M. Clovis Lelong, je lui ai présenté mon projet et il m’a donné son feu vert en me disant : je ferme les yeux mais ne demandez aucune permission officielle, elle serait automatiquement refusée.

Niki : Maintenant je sens bien l’élan que tu veux lui donner mais il te faut apporter la solidité et la résistance nécessaires à une sculpture géante !

Jean : C’est prévu Niki, j’ai passé une annonce dans un journal en Suisse. Ecoute un peu :

Il s'adressait à elle ; maintenant, c'est au public.

recherche serrurier de construction, polyvalent n’ayant pas le vertige, ayant le permis de conduire, connaissance du jeu de Jass souhaitée. Qu’en penses-tu ?

Niki : Ah, je vois que tu as envie de jouer aux cartes !

Jean : Demain, un type formidable va nous rejoindre.
Il s’appelle Seppi Imhof. C’est un soudeur professionnel. Je l’ai embauché pour 6 mois.
Bon, je vais mettre le groupe en route, allez ! On s’y met maintenant.

Il monte à l'étage. Démarrage d’un groupe électrogène puis meulage et soudure avec une visqueuse et cordon de soudure à l'arc.
Elle l'apostrophe de dos.

Niki : Mais Jean, où vas-tu trouver la matière première, toute la ferraille nécessaire ?

Jean : Ne t’inquiète pas : mon ami Guy Duperche – tu sais le ferrailleur de Maisse dont je t’ai parlé – Il me trouve et m’apporte toute la bonne ferraille qu’il faut.

Bruit de ferraille qu’on livre qui tombe. Fait par un assistant.
Elle passe derrière le public pour prendre les sandwiches.

Niki : Continue Jean ! Continue ! Quelle belle équipe vous faites, toi, Luginbuhl, Rico et maintenant Seppi, j’adore tout ce travail en pleine nature.

Jean : Ah oui ! Il y a une certaine sensualité à travailler à plusieurs, c’est joyeux !
Je ne sais pas pourquoi je fais ça, mais tu vas voir, je vais utiliser les méthodes des ingénieurs pour faire de la sculpture…
Je vais tout enclencher !!
On a du plaisir à la faire, on fonce, on veut que cette absurdité soit engagée !! Allez les gars !

Mélodie : Bruit de marteau, frappe sur le bidon, sur les disques
Bing Bang Pif Paf + marteaux au 2°
Raymond plus assistant)

Jean descend pendant les bruitages, du côté de la jauge.

Arrête Rico on va manger ! Allume le feu !
Fais-nous la bouffe !

Niki : (avec un panier garni, de derrière le public.) Jean ! Je vous ai apporté le casse-croute !

Jean : Ah ! Merci ma princesse, ca va nous changer des grillades. Hé les gars, venez vite : on va se régaler !

Niki : Mais Jean conduis-moi d’abord là haut. Je veux voir où vous en êtes.

Elle y va, il l'arrête et le rejoint.

Jean : Attends ! J’ouvre la porte de Luginbuhl.

Niki : Va doucement, j’aime sa musique.

(Ouverture de la porte, écoute du son
Puis frappe sur le bidon et les disques… Bing Bang)

Jean : Arrête Seppi… fais pas l’andouille !! Niki, tu joues au flipper ?

Niki : Mais non Jean ! Tu sais bien que je ne peux pas, c’est trop dur pour moi

Jean : alors viens ! Allons au pénétrable de mon ami Soto

Ils montent.

Allez passe devant ! Vas-y !

Mélodie passage dans le pénétrable / en tous sens / arrêt / sortie)
Il montent au balcon.

Jean : Je veux faire participer le public. Le faire s’amuser, sentir, bouffer, toucher, avoir des émotions rudimentaires.

Niki : Ah ! Metha ! Quelle machine ! Est-ce qu’elle marche ?

Jean : Oui on vient juste de brancher le moteur.
Seppi mets-la en route !

Thierry démarrage Métha maxi pendant 3 coups de marteau.

Niki : Attention Jean le chariot va tomber.

Jean : Mais non mais non… regarde : c’est poétique.

Coup de marteau.

Tu vois bien, ce n’est pas une utopie ! Ecoute le marteau frapper son enclume…

Coup de marteau.

Je suis un artiste du mouvement,… rappelle toi les dessins, c’est chouette non ?

Coup de marteau. Arrêt Metha Maxi.

Aller Seppi fait moi marcher Métha Harmonie.

3 coups de marteau au moins- définir la chronologie.

J’aime voir les spectateurs s’amuser au théâtre. Si tu voyais là-haut. Il y a un petit théâtre … avec des sièges mouvants. J'aime voir les spectateurs être étonnées par un marteau amoureux d’une bouteille… Le marteau monte monte et plus il monte plus son amour grandit et d’un seul coup il ne tient plus, il va la rejoindre et paf !! Il lui tombe dessus… et la bouteille pête et disparaît… amusant, non ?

Seppi !... Seppi ! Ah ! Il est parti grimper dans la structure ! Il se promène… C’est comme ça depuis 20 ans, mais ce gars là, il maîtrise le fer comme personne, c’est un homme de fer !
Niki, on a fait les maquettes mais le visage je ne le tiens pas ! Les couleurs vives ne vont pas avec la forêt Il faut que ce soit toi qui le trouve.

Niki : ça y est Jean, j’ai bien réfléchi, j’ai beaucoup cherché et Euréka !! J’ai trouvé la bonne idée : il sera fait de miroirs !...
Comme au jardin des tarots, ces facettes reflèteront les rayons du soleil et ceux de la lune, son œil sera un œil de diamant.

Flash expression corporelle de Niki.

La tête nous regardera et la salive va dégouliner sur sa langue.

Micro bruit de l’eau au micro : par Mélodie. L’eau et l’œil fonctionnent.
Les Participants arrivent avec des lampes électriques. Noir. Ils éclairent d'une façon parcellaire. Ils essaient de suivre le passage des boules.

Jean : La boule ! Regarde la boule ! Ecoute-là ! …

On attend qu'une boule passe.

Les boules, c’est la circulation des idées, de la pensée, ce sont les neurones de la tête qui sont en mouvement !

On attend qu'une autre boule passe.

La tête vit ! Elle vit !

On attend qu'une 3e boule passe.

On a foutu de l’argent en l’air mais je suis heureux. Je vais être avec mes copains, tous mes copains. Je vais installer leurs œuvres à la tête.

Niki : la collaboration entre toi et moi, c’est un don du ciel, unique et privilégié,
Mais au fond, pourquoi as-tu fait la tête ??

Jean : C’est pour t’épater !!...
La raison, c’est aussi que nous sommes deux sculpteurs attachés l’un à l’autre, qui vivent dans deux mondes très opposés, opposés dans l’idéologie , opposés dans les matériaux, opposés aussi dans la masculinité d’une part et dans la profonde matérialisation de la féminité d’autre part.

Niki : Mais n’-a-t-il pas une rivalité entre nous, une compétition même ?

Jean : Ça fait un combat, on se combat !

Niki : Et ça fait aussi une unité, comme le yin et le yang, pas seulement un combat mais une chose complète !!

Fumée artificielle sur plusieurs niveaux, Jean n’est plus
J’entre dans la fumée et disparais
+ Bengale et étoiles artifices : dans la tour de la grue et dans le lac au sommet.

Ça y est, la tête, tu es terminée.
Tous les amis de Jean sont présents et installés !
Selon son vœu, tu vas être un musée, un musée vivant, et le public va pouvoir te visiter.
Maintenant tu deviens Cyclop !!

Fort.

Alors grand cyclop, mets toi en mouvement !
Je te veux animé, écoute moi, fais moi entendre ta voix, regarde moi…
Sois le grand monstre de la forêt que nous adorons tous ! »

Thierry + Assistant + Raymond (tout le cyclop se met en mouvement avec le pénétrable, le bidon, les disques
Moi (Série de pétards)

24. Ave verum

L’idée de base
La collusion des genres et l’auto-dérision.
La réalisation
Pendant le discours du Cyclope/Chateaufort, les gens de l’Apam ont eu le temps de mettre des masques (bleus) auxquels on a collé de fausses moustaches. Ils écoutent comme des élèves.
Sur la fin du texte, intervient la chorale. Les silhouettes bleues se transforment en “fabricants” du Cyclop.

25. Le Biglotron

L’idée de base
Dénoncer “l’idolâtrie matérialiste” pour s’en échapper.
La réalisation
À la fin du chant, pendant que les “hommes bleus” continuent à faire semblant d’œuvrer dans le Cyclop, des “scientifiques” (à blouses blanches) s’adressent au public en disant le texte du Biglotron de Pierre Dac.
Le texte sera scandé par d’autres bruits du Cyclop.
Le texte
Fixer qui dit quoi

Julie. Dernier-né de la technique expérimentale d'expression scientifique d'avant-garde, le Biglotron est un extraordinaire appareil de synthèse dont la conception révolutionnaire bouleverse de fond en comble toutes les lois communément admises, tant dans le domaine de la physique thermonucléaire que dans celui de la gynécologie dans l'espace.

Entièrement réalisé en matière agnostique, autrement dit, pour éclairer le profane, en roubélure de plastronium salygovalent, il se présente sous la forme néo-classique d'un tripottsolipède rectangle, c'est-à-dire d'un ictère octopolygonal à incidence ipso-facto-verso-rectométrique.

Tel qu'il est, le Biglotron se compose, ou plus exactement se décompose en trois circuits principaux dont deux secondaires et un complémentaire et dont voici, par ordre d'entrée en action, le processus fonctionnel de sa posologie fondamentale :

Flamby. Tout d'abord, dans le premier circuit, on distingue le Clebstroïde qui, isolé du P.X. de l'intermudon par une armature en fignabulose ignifuge, agit, par capillarité médullaire, sur le fiduseur de télédéconométrie différée, lequel, en vertu du phénomène d'osmose ondulatoire érigé en principe par le célèbre physicien Jean-Marie Meszke-Lavoulvoule, catalyse en quelque sorte, le Schpoutzmühl de dérivation qui, par voie de conséquence, se trouve entraîné par le brigmuch michazérospiroïdal en direction de la zone d'influence de la boustife de relevailles dont le tuyau d'argougnaphonie spéculaire libère un certain volume de Laplaxmol, lequel, comme chacun le sait, n'est autre qu'un combiné de smimuphre à l'état pur et de trouduchium filtrant sulsiforé.

Mélodie. Dans le deuxième circuit, le même mouvement s'opère, mais en sens inverse ; il est donc inutile d'en parler, même à voix basse, d'autant que c'est dans son troisième circuit que se trouvent étroitement conjugués les éléments majeurs de vérité parmi lesquels le schptzmocl rotatif à crémaillère alternative dont le rôle de générateur permanent d'énergie est prépondérant puisque par le simple truchement de son induit de giclée, il polypophéripotéise littéralement le filtre à moléculbutant, lequel, en dernière analyse, détermine l'angle orbiculaire et synochoïdal du foutaisiogognomètre à spirale introputréfactionnelle.

Julie et Flamby.

Julie. C'est à ce moment que se déclenche - sauf les dimanches et jours de fêtes - le bobinaromètre de diversion qui, par le seul jeu de ses trois Pétassapiflon et de ses deux Poufiassatarif active l'alimentation pruritaire de l'eczématofil de rupture, ce qui permet d'assurer la selfsaturation plurilatérale de l'hufnuf à tête chercheuse et d'empêcher, par ailleurs, la formation de cristaux de niortiflore de barzanoufle sur les parois tubulaires des pepsoïdaux caltinomalfoireux, c'est-à-dire de neutraliser le calcifrage, le redoutable calcifrage, toujours à craindre à cette période par suite du passage du flagdazmühl dans le calcif du propentaire de nartification.

Flamby. Parallèlement enfin, le flugdug

Julie. le flugdug métranoclapsoïdique, naturellement

Flamby. autrement ça n'aurait aucun sens - le flugdug donc, prenant appui sur la muffée d'allergie du connecteur à rustine de distorsion hémorroïdo-statique, canalise, d'une part, l'afflux des particules hypodméfessaloïdes et de l'autre, le reflux indexé des molécules hypersonfrocoïdaux,

Mélodie. d'où élimination positive de toute interférence parasitaire puisque l'ensemble de la vélomation des circuits est, en dernier ressort, simultanément contrôlé par l"amplificateur de roupane et par l'utilisation rationnelle, dans la bélure paphamotrice de la force extra-phalzaroïdique,

Julie. laquelle comme nul ne l'ignore, est proportionnelle au carré des ondes talerdinconcentriques.

Mélodie. Tel est, dans ses lignes essentielles, le Biglotron, que les plus hautes autorités internationales s'accordent à reconnaître comme la plus étonnante découverte de notre temps et qui, dans un avenir d'autant plus proche qu'il sera moins éloigné, est appelé non seulement à servir à tout, ce qui est la moindre des choses,

Julie. mais encore et surtout à n'importe quoi, y compris tout ce qui en découle,

Mélodie. sans préjudice du reste

Tous. et de tout ce qui s'ensuit.

Bruit du Pénétrable

26. Les Paroles sacrées (ou sacrées paroles)

L’idée de base
Les paroles échappées de Tinguely mêlées aux critiques (de tout temps et de tous arts) et l’apologie des grands peintres.
La réalisation
La chorale chante “tu es si grand” puis s’éloigne.
3 groupes :
- Les “hommes bleus” représentent les créateurs du Cyclop. Ils s’approchent et relèvent leurs masques pour dires les phrases.
- les Critiques s’expriment de derrière le public

Mélo/Critique 1. C’est une honte
Mathieu/Critique 2. Un scandale.
Mélo/Critique 3. Ça ne veut rien dire.

“Les Phares”, de Baudelaire, quelque part (à voir)
Dit par
M.-J. + michelle + Marie-Jo

Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse,
Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse,
Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer ;

Marie-JoLéonard de Vinci, miroir profond et sombre,
Où des anges charmants, avec un doux souris
Tout chargé de mystère, apparaissent à l'ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays ;

Paola - Caravage n'est venu au monde que pour détruire la peinture.

Clotilde - Les Romantiques sont les sectateurs du laid.

Paola - Le papier peint à l'état embryonnaire est encore plus fait que cette marine-là de Monet.

Aline - La peinture, c'est comme la merde, ça se sent mais ça ne s'explique pas. Toulouse-Lautrec.

Duchamp-Camille

Bernard - Notre attitude est celle de la Recherche de l’Acte Gratuit et Inutile. Et nous sommes très heureux comme ça. Tinguely

Dans ma Chapelle sixtine, on y voit le Christ nu, jeune et athlétique, entouré de personnages dont certains également nus, moi, Paul IV, pape, je suis choqué et je demande à ce que l’on voile pudiquement plusieurs personnages.

M.-J. + michelle

Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,
Et d'un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s'exhale des ordures,
Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement ;

Michel-Ange, lieu vague où l'on voit des Hercules
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts ;

Mélo - Gustave Courbet et son enterrement à Ornans, quelle affreuse chose, les laides gens, et quel peuple. Courbet, celui qui peint ces  figures triviales, bêtes, plates, d’une vulgarité pour la plupart au-dessous de la brute.

Arman-Annie : La tête était assez …

Yves Klein-Catherine : Seuls, ceux qui créent …

Bernard - Je suis un artiste du mouvement. J’ai fait tout d’abord de la peinture, mais je m’y suis bloqué, j’étais dans une impasse. Tinguely

ORPHEE - Ce salon des refusés où figurent Monet, Manet, Courbet et tant d’autres, c’est une exhibition à la fois triste et grotesque, c’est une des plus curieuses qu’on puisse voir.
La croûte proprement dite, on la connaît tout de suite.Une femme nue assise entre deux messieurs habillés, comme Le déjeuner sur l’herbe, il n'y a pas à hésiter, on a affaire à une croûte.

M.-J. + michelle

Colères de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,
Grand cœur gonflé d'orgueil, homme débile et jaune,
Puget, mélancolique empereur des forçats ;

Watteau, ce carnaval où bien des cœurs illustres
Comme des papillons, errent en flamboyant,
Décors frais et légers éclairés par des lustres
Qui versent la folie à ce bal tournoyant ;

mathieu. Moi, Willy, l’auteur de Claudine, je vous le dis : Ravel n’est qu’un débutant médiocrement doué. Erik Satie n’est qu'un « fumiste » issu des bastringues montmartrois, une « mystique andouille » ou un raté.

T. Les oeuvres d'art …

Klein-Catherine : la terre plate …

Orphée. Cher Monsieur Proust, votre manuscrit “A la recherche du temps perdu”, est trop long, disproportionné. Il ne se trouvera pas un lecteur assez robuste pour suivre un quart d’heure d’autant que l’auteur n’y est pas par le caractère de sa phrase qui fuit de partout.
Eugène Fasquelle, éditeur

Goya, cauchemar plein de choses inconnues,
De foetus qu'on fait cuire au milieu des sabbats,
De vieilles au miroir et d'enfants toutes nues,
Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ;

Mélo-Critique 3. Dans ce sac ridicule où Scapin s’enveloppe,
Je ne reconnais plus l’auteur du Misanthrope.

"Je ne fais ni de l'Art pour l'Art, ni de l'Art contre l'Art. Je suis pour l'Art, mais pour l'art qui n'a rien à voir avec l'Art, car l'art a tout à voir avec la vie." Robert Rauschenberg.

Duchamp = dépasser …

Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes ;
C'est pour les cœurs mortels un divin opium !

Orphée - Moi, Georges Braque, je dis : "Les Demoiselles d’Avignon, de Picasso, peindre de cette façon, ça me fait l’effet de boire du pétrole ".

T. En travaillant dans la forêt, nous rêvons à une utopie et à une action sans limite (c’est illusoire, je le sais) et notre attitude est celle de la Recherche de l’Acte Gratuit et Inutile. Et nous sommes très heureux comme ça, pourvu que personne ne nous empêche de travailler (comme des fous - ça va de soi).

T. Nous libérer du vice, de l’égoïsme, de la cupidité et de l’idolâtrie matérialiste.

Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours vert,
Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges
Passent, comme un soupir étouffé de Weber ;

Dans 20 ou 30 ans, l’œuvre se délabrera toute seule. Quoi qu’on fasse, tout va disparaître, tout ce que nous voyons sur cette terre.

C'est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix ;
C'est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois !

Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité !

MARIELLE - niki : il faut essayer

il existe dans …

 

Entrée de la conservatrice de “Musée haut, musée bas” : scène de la Plante verte.

PLANTE VERTE
Vincent

S'il vous plaît! Votre attention s'il vous plaît ! Mon nom est Michel Mosk. Je suis le conservateur de ce musée. Nous venons encore une fois de trouver une plante verte abandonnée ou volontairement oubliée dans l'une de nos salles. Je voulais vous prévenir que désormais toute plante quelle qu'elle soit sera détruite dans un délai n'excédant pas cinq minutes après sa découverte, si son propriétaire ne vient pas la récupérer et la jeter lui-même dehors immédiatement ! Je vous remercie. Parce qu'il faudra un jour ou l'autre que vous soyez conscients que la nature progresse, et que l'humaniité tout entière se bat depuis des millions d'années pour que nous ne retournions pas dans nos cavernes dont nous avons eu tant de mal à nous échapper pour construire Venise, Venise qu'aujourd'hui vent, sel et marée veulent reconquérir ! Il y a péril pour nous, nous qui avons rêvë et inventé un monde meilleur pour nos enfants que celui des tornades, des typhons et de l'humidité qui vient encore de m'esquinter trois Véronèse. Vous savez que les musées sont de plus en plus cernés par des espaces verts où les arbres prolifèrent dans l'indifférence générale, où les oiseaux se multiplient et conchient nos toitures. Nous ne nous laisserons pas empoisonné par la nature, et pour ceux qui ne pourraient vraiment pas s'en passer, je signale que nous avons un étage entier consacré aux paysages et autres marines qui, croyez-moi, ont donné à la nature le talent qu'elle n'a jamais eu ! Ce sont les artistes qui l'ont rendu regardable. Est-ce que les arbres étaient beaux avant que Corot les ait peints ? Non, simplement des protubérances chlorophylliennes tout juste bonnes à faire du feu. Et à propos de feu, je préfère encore que vous fumiez ici, au moins chaque cigarette brûle un peu de tabac, quelques hectares de plantes en moins chaque jour, c'est déjà ça.

Voilà, je vous laisse avec l'artifice, c'est-à-dire l'artificiel qui nous protège du naturel. Ne l'oublions pas. Je vous remercie.

26. Rock ant text

L’idée de base
Ne pas toujours tout justifier
La réalisation
Le rock est “suspendu” par des extraits de textes épars (il ne s’agit pas ne faire les textes en entier mais d’en choisir des séquences et d’éventuellement les adapter).

PEINTURE FLAMANDE, de Roland Dubillard

Mélodie + Flamby

UN : Et ça, qu'est-ce que c'est ?
DEUX : Ça ? C'est le portrait de ma femme.
UN : Comment... Vous m'avez dit tout à fheure que votre femme était en Hollande.
DEUX : Et alors?
UN : Eh bien si votre femme est en Hollande, ce que vous me montrez là, ça ne peut pas être votre femme.
DEUX : Je ne vous ai pas dit que c'était ma femme, je vous ai dit que c'était le portrait de ma femme.
UN : Oui. C'est la même chose.
DEUX: Ah? Vous dites ça?
UN : Oui. je le dis.
DEUX : Eh bien moije vais vous répondre une bonne chose : ce tableau, même si c'était ma femme, jamais l’idée ne me viendrait de l’introduire dans mon lit. Ni de lui faire des petites miniatures.
UN : Ce tableau, non, mais... Hé ! Hé…
DEUX : Hé! Hé! Surtout, tenez, quand on le voit de dos, côté fesse. Regardez moi ça. Si ça vous tente, allez-y.
UN : Soyez correct. je parle de Madame votre femme à l'endroit, pas à l'envers. Allez ! remettez la comme il faut. Dans le bon sens.
DEUX: Ma femme n'a pas de bons sens.
UN : je la préfère à l'endroit, c'est tout.
DEUX : Alors allez-y, rincez vous l'œil.
UN : Voilà. En Hollande, hein ?
DEUX: Qui?
UN : Vous savez très bien de qui je parle. Et ça, là ! tout autour ! les arbres, les feuilles. C'est pas le bois de Vincennes, ça ?
DEUX: Si.
UN . Alors ! Au bois de Vincennes, comment ça pourrait être votre femme puisque votre femme est en Hollande ?
DEUX : Estce que vous chercheriez à m'énerver. Bon. Tournez-vous par ici. Là. Vous voyez ? Qu'est-ce que c'est à votre avis ?
UN . C'est votre portrait, non ?
DEUX : Oui. Le personnage de gauche dans le champ de tulipes.
UN : Dans un champ de tulipes ?
DEUX: Oui.
UN : Alors ça ne peut pas être vous. D'ailleurs ce n'est pas vous. Vous ne vous êtesjamais battu en duel.
DEUX: Si. La preuve.
UN : Dans ce cas-là, c'est du cinéma.
DEUX : On m'avait demandé de poser, figurez-vous. Ça s'appelle : Duel au pistolet, par Van Houten. Un flamand.
UN: Van Houten ? Ah ça m'étonne pas. Toujours dans les tons chocolat. C'est bien sa manière. Ah c'est beau. Vous avez dû souffrir, hein ? Vous mourez, somme toute. Au pied de cet affreux cyprès vert-chocolat.
DEUX: Oui. je meurs.
UN : Le personnage de droite, féroce, hein. Son Pistolet fume encore. Quand même, vous savez, finalement, non. On n’y croit pas. Qu'estce que c'est que ce pistolet ?
DEUX . C'est un pistolet.
UN : A amorces, non ?
DEUX Oui, à amorces.
UN : C'est idiot. On ne tue pas les gens avec un pistolet à amorces.
DEUX : La preuve, c'est que vous voyez bien que j'agonise.
UN : Oui, Oh ! c'est facile, en peinture, de tuer les gens avec un pistolet à amorces.
DEUX : Vous savez, ce ne serait pas plus difficile avec un vrai pistolet !
UN : justement ! Pourquoi n'avoir pas peint un vrai pistolet ?
DEUX : Mais mon ami, même en admettant, personne n'a jamais tué personne avec un pistolet en peinture, vrai ou faux.
UN : Quand même, vous avez reçu une balle dans le bide, oui ou non ? Or un pistolet à amorces est incapable de lancer une balle, dans le bide, hors du bide, où que ce soit.
DEUX : Mais voyons, cette balle, même s'il pouvait la lancer, ce pistolet, il n'aurait pas pu, ce peintre, la peindre, cette balle. Une balle fa va trop vite.
UN : Oui, mais s'il avait peint un vrai pistolet, on pourrait IMAGINER la balle.
DEUX : Et la détonation du pistolet à amorces, son bruit, vous pouvez l’imaginer ?
UN: je peux, parfaitement.
DEUX: Pourtant il ne FAIT PAS de bruit !.S'il en faisait, ce pistolet, du bruit, dans mon tableau, moi qui ne supporte pas le bruit, il y a longtemps, ce tableau, queje m'en serais débarrassé ! Alors, si vous pouvez imaginer le bruit qu'il ne fait pas, ce pistolet, vous pouvez bien imaginer la balle qu'il ne lance pas.
UN: Pas pareil.
DEUX : Dites plutôt que vous ne supportez pas la peinture.
UN : Ce pistolet à amorces me gêne.
DEUX : Mais de toute façon, pourquoi ce peintre aurait-il peint un vrai pistolet, puisque ce duel ne sera jamais un vrai duel.
UN : je n'insiste pas. Vous penseriez que je vous veux du mal. Bon. Et sur l'autre mur ? Ça, qu'estce que c'est ?
DEUX : Ça ? Ce n'est pas un tableau. C'est une pendule.
UN : Et qu'estce que ça représente ?
DEUX : Ça représente une pendule.
UN : Oui. Mais quelle sorte de pendule.
DEUX : Eh bien, cette penduleci, précisément.
UN : Alors elle ne sert à rien. Elle devrait représenter quelque chose. Par exemple, une autre pendule.
DEUX: Oui. Mais alors, ce ne serait plus une pendule.
UN : Ce serait quoi ?
DEUX: Un tableau. Un portrait de pendule.
UN: De toute façon, il serait midi vingt ?
DEUX : Non, ça dépendrait de fheure.
UN : Qu'estce que c'est qu'un portrait de pendule qui dépend de l’heure ?
DEUX: C'est une pendule

Promenade de Picasso
Marielle + Catherine

Voir avec Bernard l'utilisation des boules.

Sur une assiette bien ronde en porcelaine réelle
une pomme pose
Face à face avec elle
un peintre de la réalité
essaie vainement de peindre
la pomme telle qu'elle est
mais
elle ne se laisse pas faire
la pomme
elle a son mot à dire
et plusieurs tours dans son sac de pomme
la pomme
et la voilà qui tourne
dans une assiette réelle
sournoisement sur elle-même
doucement sans bouger
et comme un duc de Guise qui se déguise en bec de gaz
parce qu'on veut malgré lui lui tirer le portrait
la pomme se déguise en beau bruit déguisé
et c'est alors
que le peintre de la réalité
commence à réaliser
que toutes les apparences de la pomme sont contre lui
et
comme le malheureux indigent
comme le pauvre nécessiteux qui se trouve soudain à la merci de n'importe quelle association bienfaisante et charitable et redoutable de bienfaisance de charité et de redoutabilité
le malheureux peintre de la réalité
se trouve soudain alors être la triste proie
d'une innombrable foule d'associations d'idées
Et la pomme en tournant évoque le pommier
le Paradis terrestre et Ève et puis Adam
l'arrosoir l'espalier Parmentier l'escalier
le Canada les Hespérides la Normandie la Reinette et l'Api
le serpent du Jeu de Paume le serment du Jus de Pomme
et le péché originel
et les origines de l'art
et la Suisse avec Guillaume Tell
et même Isaac Newton
plusieurs fois primé à l'Exposition de la Gravitation Universelle
et le peintre étourdi perd de vue son modèle
et s'endort
C'est alors que Picasso
qui passait par là comme il passe partout
chaque jour comme chez lui
voit la pomme et l'assiette et le peintre endormi
Quelle idée de peindre une pomme
dit Picasso
et Picasso mange la pomme
et la pomme lui dit Merci
et Picasso casse l'assiette
et s'en va en souriant
et le peintre arraché à ses songes
comme une dent
se retrouve tout seul devant sa toile inachevée
avec au beau milieu de sa vaisselle brisée
les terrifiants pépins de la réalité.

LA GALERIE, de Jean Tardieu
Audrey + Aline

LE DIRECTEUR, aimable - Asseyez-vous monsieur, il y en a pour un moment.

LE CLIENT, naïvement - J'espère bien. J'adore regarder la peinture. Mais si vous permettez, monsieur, de temps en temps, je me lèverai. Oui, suivant les cas, à mon avis, il vaut mieux regarder assis ou debout.

LE DIRECTEUR - C'est tout à fait exact.
Arsène apporte d'abord un chevalet qu'il place le dos au public. LE CLIENT, étant face au public, sera censé voir les tableaux qui lui seront présentés.
Puis Arsène apporte un tableau, assez grand, qu'il pose sur le chevalet.
Que pensez-vous de celui-ci? Il est d'un de nos maîtres les plus célèbres. Assez âgé aujourd'hui il est vrai. Mais un précurseur. Un prophète des temps nouveaux... Est-ce qu'il vous plaît ?

LE CLIENT, regardant attentivement - Beaucoup. Énormément... Mais il me faudrait un peu plus de recul.
Il se lève et recule vers le fond de la scène en continuant à regarder.
Ah oui... oui... oui ... bien, c'est bien ça... c'est bien ça !

LE DIRECTEUR - N'est-ce pas ? Qu'en pensez-vous ?

LE CLIENT - Eh bien ! je vais d'abord... essayer de décrire...

LE DIRECTEUR, l'interrompant - Inutile de dire ce que vous voyez. Dites plutôt ce que vous éprouvez.

LE CLIENT - J'éprouve... j’éprouve... (Gestes :)... Comme un sentiment de plénitude, de profusion, de confusion aussi peut-être. Non, non, je dis bien : plutôt de profusion. C'est plein, c'est riche. Il y en a ! il y en a ! il y en a !

LE DIRECTEUR, intéressé - Sont-« ils » si nombreux que cela?

LE CLIENT - S'ils sont nombreux ? Ah ! là là ! une foule ! une multitude ! Et ça remue, et ça se tortille, et ça monte et ça descend...

LE DIRECTEUR - Continuez, je vous en prie, vous m'intéressez beaucoup.

LE CLIENT, il accompagne de gestes appropriés tout ce qu'il dit - Il y en a qui vont de bas en haut, d'autres de gauche à droite, ou en oblique... il y en a qui se croisent, qui se frôlent sans se toucher. Mais il y en a d'autres, ah ! la là ! ils n'y vont pas de mainmorte, ceux-là : ils se bousculent, ils se rentrent dedans. Et je te passe dessous, et je te passe dessus et les gros qui veulent tout écraser et les petits qui se rattrapent en courant très vite. Et zig et zag. (S'animant de plus en plus :)... et pif, paf, poum et pan à gauche et pan à droite et boum et padam et padadam... (Il se met à rythmer ses pas comme un danseur de claquettes.-) ... padadam, padam padadam, padam, pa... pa... pa ... pa... pada... padadam !

Il martèle le sol en tournant sur lui-même, en frappant dans ses mains.
Le manutentionnaire, les bras ballants, le regarde, hébété.

LE DIRECTEUR, inquiet - C'est bon ! c'est bon ! Arrêtez-vous ! Arrêtez-vous ! vous allez attraper chaud !

LE CLIENT, s'arrêtant, essoufflé, mais satisfait - Ah ! ça fait du bien... de... regarder de la peinture !

LE DIRECTEUR, riant - On peut regarder avec plus de calme, non?... Tenez ! (il frappe dans ses mains :) Arsène ! Apportez le suivant.
Arsène décroche le grand « tableau », l'emporte dans la coulisse, revient porteur d'une toile un peu moins grande, en largeur, et la pose sur le chevalet.
Tenez. Pour celui-ci, je vous conseille de vous asseoir.
Le Client s'assied. Un silence.

Alors ? Qu'en dites-vous ?

LE CLIENT - Ce que j'en dis ?

LE DIRECTEUR - Oui... Répondez franchement !

LE CLIENT - Franchement ?... Eh bien ! c'est tout le contraire de l'autre ! Tout le contraire.

LE DIRECTEUR - Ah ! vous voyez ! Je vous le disais bien.

LE CLIENT, il paraît abattu, laisse tomber son bras - Ah alors, là ! tout le contraire. Ça c'est le désert, l'absence, la raréfaction. Quelle détresse ! Plus rien ! Pas un chat ! Vrai ! Il n'y a plus personne, ma parole !

LE DIRECTEUR - N'exagérons rien. Il y a encore du monde.

LE CLIENT - Peut-être ! Mais là, entre nous, n'est-ce pas, il ne faut pas mâcher les mots, ni se faire des illusions : ça exprime le vide... (Geste désabusé :)... un grand trou, un grand blanc ! (Inquiet:) Dites-moi si je me trompe, n'hésitez pas. C'est bien cela que le peintre a voulu exprimer, n'est-ce pas ?

LE DIRECTEUR - Sans doute, sans doute ! En tout cas pour ce qui est des formes indiquées. Mais la couleur, la couleur, vous ne m’en parlez pas ! N'est-ce pas que c'est splendide ?

LE CLIENT, faisant la grimace - Peuh...

LE DIRECTEUR, indigné - Comment ! peuh !... Vous m'étonnez. Vous êtes devant une œuvre reconnue pour le caractère, comment dire... surprenant, somptueux, du traitement chromatique... et...

LE CLIENT, désabusé - Traitement... traitement... en tout cas c'est un traitement qui ne me réussit guère !

ART, de Yasmina Reza

SERGE. Mon ami Marc, qui est un garçon intelligent, garçon que j'estime depuis longtemps, belle situatio'n, ingénieur dans l'aéronautique, fait partie de ces intellectuels, nouveaux, qui, non contents d'être ennemis de la modernité en tirent une vanité incompréhensible.
Il y a depuis peu, chez l'adepte du bon vieux temps, une arrogance vraiment stupéfiante.

Mélodie. ... Comment peux-tu dire « cette merde » ?

Clotilde. Mélodie, un peu d'humour! Ris!... Ris, c'est prodigieux que tu aies acheté ce tableau !

Marc rit. Serge reste de marbre.

Mélodie. Que tu trouves cet achat prodigieux tant mieux, que ça te fasse rire, bon, mais je voudrais savoir ce que tu entends par « cette merde ».

Clotilde. Tu te fous de moi !

Mélodie. Pas du tout. « Cette merde » par rapport à quoi ? Quand on dit telle chose est une merde, c'est qu'on a un critère de valeur pour estimer cette chose.

Clotilde. À qui tu parles ? À qui tu parles en ce moment? Hou hou!...

Mélodie. Tu ne t'intéresses pas à la peinture contemporaine, tu ne t'y es jamais intéressé. Tu n'as aucune connaissance dans ce domaine, donc comment peux-tu affirmer que tel objet, obéissant à des lois que tu ignores, est une merde ?

Clotilde. C'est une merde. Excuse-moi.

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Serge, seul.
SERGE. Il n'aime pas le tableau. Bon... Aucune tendresse dans son attitude. Aucun effort. Aucune tendresse dans sa façon de condamner. Un rire prétentieux, perfide. Un rire qui sait tout mieux que tout le monde. J'ai haï ce rire.
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Paola. Que Serge ait acheté ce tableau me dépasse, m'inquiète et provoque en moi une angoisse indéfinie. En sortant de chez lui, j'ai dû sucer trois granules de Gelsémium 9 CH que Paula m'a conseillé entre parenthèses, elle m'a dit Gelsémium ou Ignatia ? tu préfères Gelsémium ou Ignatia ? estce que je sais moi ? ! car je ne peux absolument pas comprendre comment Serge, qui est un ami, a pu acheter cette toile.
Deux cent mille francs Un garçon aisé mais qui ne roule pas sur l'or.
Aisé sans plus, aisé bon. Qui achète un tableau blanc vingt briques. Je dois m'en référer à Yvan qui est notre ami commun, en parler avec Yvan. Quoique Yvan est un garçon tolérant, ce qui en matière de relations humaines est le pire défaut. Yvan est tolérant parce qu'il s'en fout. Si Yvan tolère que Serge ait pu acheter une merde blanche vingt briques, c'est qu'il se. fout de Serge. C'est clair.
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JLV + Vincent

YVAN. Je m'appelle Yvan.
Je suis un peu tendu car après avoir passé ma vie dans le textile, je viens de trouver un emploi de représentant dans une papeterie en gros.
Je suis un garçon sympathique. Ma vie professionnelle a toujours été un échec et je vais me marier dans quinze jours avec une gentille fille brillante et de bonne famille.

Entre MARC. Yvan est à nouveau de dos en train de chercher

MARC. Qu'estce que tu fais ?
YVAN. Je cherche le capuchon de mon feutre.
Un temps.
MARC. Bon ça suffit.
YVAN. Je l'avais il y a cinq minutes.
MARC. Ce n'est pas grave.
YVAN. Si.
Marc se baisse pour chercher avec lui. Ils cherchent tous deux pendant un instant. Marc se redresse.
MARC. Arrête. Tu en achèteras un autre.
YVAN. Ce sont des feutres exceptionnels, tu peux dessiner sur toutes les matières avec... Ça m'énerve. Si tu savais comme les objets m'énervent. Je serrais ce capuchon, il y a. cinq minutes.
MARC. Vous allez vous installer ici ?...
YVAN. Tu trouves bien pour un jeune couple ?
MARC. Un jeune couple! Ah! Ah!
YVAN. Évite ce rire devant Catherine.
MARC. La papeterie ?
YVAN. Bien. J'apprends.
MARC. Tu as maigri.
YVAN. Un peu. Ça m'emmerde de ne pas avoir trouvé ce capuchon, il va sécher maintenant. Assiedstoi.
MARC. Si tu continues à chercher ce capuchon, je m'en vais.
YVAN. OK, j'arrête. Tu veux boire quelque chose ?
MARC. Un Perrier, si tu as.
Tu as vu Serge ces derniers jours .
YVAN. Pas vu. Et toi ?
MARC. Vu hier.
YVAN. En forme ?
MARC. Très. Il vient de s'acheter un tableau.
YVAN. Ah bon ?
MARC. MMM.
YVAN. Beau ?
MARC. Blanc.
YVAN. Blanc ?
MARC. Blanc. Représente-toi une toile d'environ un mètre soixante sur un mètre vingt... fond blanc... entièrement blanc... en diagonale, de fines rayures transversales blanches... tu vois... et peutêtre une ligne horizontale blanche en complément, vers le bas...
YVAN. Comment tu les vois ?
MARC. Pardon ?
YVAN. Les lignes blanches. Puisque le fond est blanc, comment tu vois les lignes ?
MARC. Parce que je les vois. Parce que mettons que les lignes soient légèrement grises, ou l'inverse, enfin il y a des nuances dans le blanc! Le blanc est plus ou moins blanc!
YVAN. Ne t'énerve pas. Pourquoi tu t'énerves ?
MARC. Tu cherches tout de suite la petite bête. Tu ne me laisses pas finir!
YVAN. Bon. Alors ?
MARC. Bon. Donc, tu vois le tableau.
YVAN. Je vois.
MARC. Maintenant tu vas deviner combien Serge l'a pàyé.
YVAN. Qui est le peintre ?
MARC. Antrios. Tu connais ?
YVAN. Non. Il est coté ?
MARC. J'étais sûr que tu poserais cette question
YVAN. Logique...
MARC. Non, ce n'est pas logique...
YVAN. C'est logique, tu me demandes de deviner le prix, tu sais bien que le prix est en fonction de la cote du peintre...
MARC. Je ne te demande pas d'évaluer ce tableau en fonction de tel ou tel critère, je ne te demande pas une évaluation professionnelle, je te demande ce que toi Yvan, tu donnerais pour un tableau blanc agrémenté de quelques rayures transversales blanc cassé.
YVAN. Zéro centime.
MARC. Bien. Et Serge ? Articule un chiffre au hasard.
YVAN. Dix mille.
MARC. Ah! ah!
YVAN. Cinquante mille.
MARC. Ah! ah!
YVAN. Cent mille...
MARC. Vas-y..
YVAN. Quinze.... Vingt ?
MARC. Vingt. Vingt briques.
YVAN. Non ?
MARC. Si.
YVAN. Vingt briques ? ?!
MARC. Vingt briques.
YVAN. Il est dingue
MARC. N'est-ce pas ?

Léger temps.

YVAN. Remarque...
MARC.... Remarque quoi ?
YVAN. Si ça lui fait plaisir.. Il gagne bien sa vie...
MARC. C'est comme ça que tu vois les choses, toi.
YVAN. Pourquoi ? Tu les vois comment, toi ?
MARC. Tu ne vois pas ce qui est grave là-dedans ?
YVAN. Heu... Non...
MARC. C'est curieux que tu ne voies pas l'essentiel dans cette histoire. Tu ne perçois que l'extérieur. Tu ne vois pas ce qui est grave.
YVAN. Qu'est-ce qui est grave ?
MARC. Tu ne vois pas ce que ça traduit ?
YVAN. ... Tu veux des noix de cajou ?
MARC. Tu ne vois pas que subitement, de la façon la plus grotesque qui soit, Serge se prend pour un «collectionneur».
YVAN. Hun, hun...
MARC. Désormais, notre ami Serge fait partie du Gotha des grands amateurs d'art.
YVAN. Mais non!...
MARC. Bien sur que non. A ce prix-là, on ne fait partie de rien, Yvan. Mais lui, le croit.
YVAN. Ah oui....
MARC. Ça ne te gêne pas ?
YVAN. Non. Si ça lui fait plaisir.
MARC. Qu'est-ce que ça veut dire, si ça lui fait plaisir ? ! Qu'est-ce que c'est que cette philosophie du si ça lui fait plaisir ? !
YVAN. Dès l'instant qu'il n'y a pas de préjudice pour autrui...
MARC. Mais il y a un préjudice pour autrui! Moi je suis perturbé mon vieux, je suis perturbé et je suis même blessé, si, si, de voir Serge, que j'aime, se laisser plumer par snobisme et ne plus avoir un gramme de discernement.
YVAN. Tu as l'air de le découvrir. Il a toujours hanté les galeries de manière ridicule, il a toujours été un rat d'exposition...
MARC. Il a toujours été un rat mais un rat avec qui on pouvait rire. Car vois-tu, au fond, ce qui me blesse réellement, c'est qu'on ne peut plus rire avec lui.
YVAN. Mais si!
MARC. Non!
YVAN. Tu as essayé ?
MARC. Bien sûr. J'ai ri. De bon cœur. Que voulais-tu que je fasse ? Il n'a pas desserré les dents. Vingt briques, c'est un peu cher pour rire, remarque.
YVAN. Oui. (Ils rient.) Avec moi, il rira.
MARC. M'étonnerait. Donne encore des noix.
YVAN. il rira, tu verras.

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Chez SERGE. Serge est avec YVAN. On ne voit pas le tableau.
SERGE... Et avec les beaux-parents, bons rapports ?
YVAN. Excellents. Ils se disent c'est un garçon qui a été d'emploi précaire en emploi précaire, maintenant il va tâtonner dans le vélin... J'ai un truc sur la main là, c'est quoi ?.... (Serge l'ausculte.)... C'est grave ?
SERGE. Non.
YVAN. Tant mieux. Quoi de neuf ?...
SERGE. Rien. Beaucoup de travail. Fatigué. Ça me fait plaisir de te voir. Tu ne m'appelles jamais.
YVAN. Je n'ose pas te déranger.
SERGE. Tu plaisantes. Tu laisses ton nom à la secrétaire et je te rappelle tout de suite.
YVAN. Tu as raison. De plus en plus monacal chez to SERGE (il rit) Oui ! ... Tu as vu Marc récemment ?
YVAN. Non, pas récemment. Tu l'as vu toi ?
SERGE. Il y a deux, trois jours.
YVAN. Il va bien ?
SERGE. Oui. Sans plus.
YVAN. Ah bon ?!
SERGE. Non, mais il va bien.
YVAN. Je l'ai eu au téléphone il y a une semaine, il avait l'air bien.
SERGE. Oui, Oui, il va bien.
YVAN. Tu avais l'air de dire qu'il n'allait pas très bien.
SERGE. Pas du tout, je t'ai dit qu'il allait bien.
YVAN. Tu as dit, sans plus.
SERGE. Oui, sans plus. Mais il va bien. Un long temps. Yvan erre dans la pièce…

Marie-Josèphe + Michelle

YVAN. Tu es sorti un peu ? Tu as vu des choses ?

SERGE. Rien. Je n'ai plus les moyens de sortir.

YVAN. Ah bon ?

SERGE, gaiement. Je suis ruiné.

YVAN. Ah bon ?

SERGE. Tu veux voir quelque chose de rare ? Tu veux ?

YVAN. Et comment ! Montre!

Serge sort et revient dans la pièce avec l’Antrios qu'il retourne et dispose devant.
Yvan regarde le tableau et curieusement ne parvient pas à rire de bon cœur comme il l'avait prévu. Après un long temps où Yvan observe le tableau et où Serge observe

YVAN. Ah oui. Oui, oui

SERGE. Antrios.

YVAN. Oui, Oui.

SERGE. Antrios des années soixante-dix. Attention. Il a une période similaire aujourd'hui, mais celui-là c’est un de soixante-dix.

YVAN. Oui, Oui. Cher ?

SERGE. Dans l'absolu, oui. En réalité, non. Il te plaît ?

YVAN. Ah oui, oui, oui.

SERGE. Évident.

YVAN. Évident, oui... Oui... Et en même temps...

SERGE. Magnétique.

YVAN. Mmm... Oui...

SERGE. Et là, tu n'as pas la vibration.

YVAN. ... Un peu...

SERGE. Non, non. Il faudrait que tu viennes à midi. La vibration du monochrome, on ne l'a pas en lumière artificielle.

YVAN. Hun, hun.

SERGE. Encore qu'on ne soit pas dans le monochrome !

YVAN. Non!... Combien ?

SERGE. Deux cent mille.

YVAN. ... Eh oui.

SERGE. Eh oui.

Silence. Subitement Serge éclate de rire, aussitôt suivi par YVAN. Tous deux s ésclaffent de très bon cœur.

SERGE. Dingue, non ?

YVAN. Dingue !

SERGE. Vingt briques.

Ils rient de très bon cœur S'arrêtent. Se regardent. Repartent. Puis s'arrêtent. Une fois calmés:

SERGE. Tu sais que Marc a vu ce tableau.

YVAN. Ah bon ?

SERGE, atterré.

YVAN. Ah bon ?

SERGE. Il m'a dit que c'était une merde. Terme complètement inapproprié.

YVAN. C'est juste.

SERGE. On ne peut pas dire que c'est une merde.

YVAN. Non.

SERGE. On peut dire, je ne vois pas, je ne saisis pas, on ne peut pas dire « c'est une merde ».

YVAN. Tu as vu chez lui.

SERGE. Rien à voir. Chez toi aussi c'est... enfin je veux dire, tu t'en fous.

Musée haut, musée bas

Clotilde. Je n'aime pas les musées. J'aime l'ambiance des musées.
Paola
. C'est comme moi, je n'aime pas les croissants, J'aime l'odeur des croissants.
Clotilde
. L'odeur et l'ambiance c'est pas pareil, Paul.
Paola
. Non, ce sont les musées et les croissants qui ne sont pas pareils, Louis.
Clotilde
. Si tu veux.

Vincent. Moi, Je leur rendrais tout aux Egyptiens. Tout.
Julie. Même La Joconde ?
Vincent. Tout je te dis.

Mélodie. Soutine, c'est quand même toute la Russie écorchée qu'il a mise dans son bœuf.
Paola. Ah je t'en supplie Marie-Sarah, ne commence pas à faire ton Freud !

Vincent. J'ai besoin que ce soit sérieux, je n’ai pas besoin de comprendre, mais que ce soit sérieux. Vous voyez, sérieux comme le costume-cravate est sérieux. Je ne comprends pas le costume-cravate, mais il me tient et je peux marcher dans les magasins, conduire ma voiture, manger avec des amis sans me poser de problèmes, c'est ça le sérieux, on ne se pose plus de problèmes, et moi j’ai besoin que l’art soit sérieux pour qu'il ne me pose plus de problèmes. Vous voyez, je ne suis pas très demandant !
UN GROUPE DE VISITEURS. Non, c'est vrai.

Clotilde. Moi, c'est clair et net, Michel-Ange me fait chier.
Paola. Comme moi Mozart.
Clotilde. Et Beethoven aussi il me fait chier.
Paola. Ah oui ! Alors celui-là c'est le pire !

Mélodie. Finalement, l'art moderne est né à Lascaux.
Julie. Et l'art ancien ?
Mélodie. Ah là tu me poses une colle, Gilberte.

Clotilde. C'est un extincteur.
Paola. Non ?
Clotilde. Je te dis que c'est un extincteur.
Paola. Pas sûr, Françoise.
Clotilde. Bon, on y retourne.

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LA FEMME ÉLÉGANTE. Mais où sont les Kandinsky ? Ça fait deux heures que je les cherche.
HOMME 1. Qui ?
LA FEMME ÉLÉGANTE. Je cherche les Kandinsky !
GROUPE DE VISITEURS. Qui?
LA FFMME ÉLÉGANTE. Les Kandinsky de Kandinsky. Kandinsky c'est le peintre, les Kandinsky ce sont les tableaux. Je cherche les Kandinsky...
GROUPE DE VISITEURS. Ah.
LA FEMME ÉLÉGANTE. Je ne suis pas folle il y a bien des Kandinsky à cet étage... Où sont les Kandinsky, je ne les trouve plus...

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JEAN. Ce qui compte ce n'est pas ce que tu ressens quand tu regardes une exposition.
MAX. Ah bon!
JEAN. Non, c'est ce que tu ressens après. Par exemple, il y a trois ans en sortant de l'exposition Picabia, j'étais content, mais tellement content qu’en rentrant à la maison j'ai quitté ma femme.
MAX. Définitivement ?
JEAN. Oui.
MAX. C'est un grand peintre Picabia
JEAN. Un génie, Max, un génie!

Julie (à son mari). Dis donc Laurent, elle est toute petite la Vénus de Milo... C'était qui Milo, un nain ? Ah je suis déçu Laurence, déçu... Bon, on va quand même faire une photo pour Jacques, mais on la fera agrandir... Si, on est obligés, elle est trop minus... Ah merde je suis déçu Laurence, déçu, déçu... !

Clotilde. Pour moi c'est le cœur du romantisme en peinture.
Paola. J'aime pas.
Clotilde. Pourquoi ?
Paola. Trop marron.
Clotilde. Trop marron ?
Paola. Oui, ça me rappelle l'automne.
Clotilde. L'automne, ce n'est pas marron Micheline.
Paola. Ah bon ?! La nature ne devient pas marron en automne ?
Clotilde. Mais non, je dirais plutôt qu’elle roussit, qu'elle jaunit, qu'elle se couvre d'or.
Paola. C'est la fête quoi ?
Clotilde. Oui, on peut éprouver une certaine joie devant toutes ces couleurs flamboyantes.
Paola. Je te rappelle que papa est mort un 18 octobre !
Clotilde. Mais Micheline...
Paola. Vous êtes vraiment des monstres les amateurs d'art !!


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L’ART FRANÇAIS

Julie. Ah moi, un musée qui n'a pas d'impressionnistes, j'entre pas. Ah non ! C'est comme l'année dernière dans le Périgord, les châteaux forts sans donjon, quand il y a pas le mieux je visite pas.

LÉON/Vincent. Chez les impressionnistes, dans n'importe quel tableau, vous pouvez vous asseoir, on est en France, c'est-à-dire à la maison.

JEAN-PAUL/Flamby. C'est tout à fait vrai.

LÉON/Vincent. Elle me manquait, depuis trois étages, elle me manquait la France.

CAROLE/Mélo. Et puis ils sont connus, très connus. Moi, j'adore quand c'est connu.

MADAME COLETTE/Clo. Moi aussi j'adore.

LÉON/Vincent. Comme le château de Versailles... Vous avez été au château de Versailles ?

CAROLE/Mélo. Non.

LÉON/Vincent. Allez-y c'est très connu.

MIREILLE/Mathieu. Et quand on pense qu'à leur époque ils ne l'étaient pas.

GILBERTE/Julie. Quoi ?

MIREILLE/Mathieu. Connus. Les Impressionnistes, à leur époque, pas connus du tout.

MADAME COLETTE/Clo. Non ?

MIREILLE/Mathieu. Du tout.

ROLAND/Flamby. Et pauvres.

MIREILLE/Mathieu. Très pauvres.

Flamby. La plupart n'avaient même pas de quoi acheter leurs pinceaux.

Vincent. Peut-être mais ils ont quand même fait sept mille tableaux.

Mathieu. Et ils ont peint sept mille tableaux alors qu'ils étaient chômeurs.

MADAME COLETTE/Clo. Les impressionnistes ?

ROLAND/Flamby. Tous chômeurs.

CAROLE/Mélo. Des chômeurs qui travaillent !? C'étaient des types merveilleux, non Henri ?

HENRI/Vincent. Si, Carole.

CAROLE/Mélo. J'aurais adoré être leur femme.

ROLAND/Flamby. Vous n'êtes pas la seule, ils en avaient plein.

MADAME COLETTE/Clo. Des femmes ?

ROLAND/Flamby. Oui.

MIREILLE/Mathieu. C'étaient de très gros baiseurs.

GILBERTE/Julie. Les impressionnistes ?

ROLAND/Flamby. Oui, madame, ils bourraient tout ce qui bougeait.

Clo. Ah bon ?!

JLV. Ah bah, faut les comprendre, déjà qu'ils n'avaient pas de pinceaux.

Mélo. Bien sûr.

Vincent. C'est très français

JLV. Moi, je les comprends parfaitement.

Julie. Je te remercie Jean-Paul.

JLV. Quoi !

Julie. Rien, c'est très agréable pour moi, et une fois de plus devant des inconnus !

JLV. C'est mal de comprendre des peintres ?!

Julie. N'insiste pas, tu veux !

JLV. Gilberte c'est la culture...

GILBERTE/Julie. Oui je sais, elle a bon dos la culture.

 

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VALÉRIE. T'as bu Daniel, pourquoi t'as bu ? Tu vas voir les impressionnistes tout nets.
DANIEL. Je m'en fous.
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JEAN-ALAIN. Où est Mireille !
MICHELINE. Aux toilettes de la peinture italienne.
JEAN-ALAIN. C'est pas dangereux ?
MICHELINE. Pourquoi ?
JEAN-ALAIN. Mais tu les lis les journaux ou quoi ? Tu sais dans quelle société on vit Micheline ?
Paniquée, la mère se met à courir vers les toilettes en criant :
MICHELINE. Mireille ! Mireeeiiille !
JEAN-ALAIN. Mireille!
GROUPE DE VISITEURS. Mireille!


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ALEXANDRE. Bon, il va falloir un jour ou l'autre que les artistes comprennent qu'ils n'ont pas le monopole de l'art.
ANNE. Il y a nous aussi
ALEXANDRE. Et on est plus nombreux.

Sinfonietta, de Jean Tardieu

3. La scénographie
31. L’éclairage
L’idée de base
Le Cyclop est caché, enfoui.

La réalisation
Utiliser le moins souvent possible un éclairage frontal. Je veux un éclairage parcellaire, fragmentaire pour mettre en valeur le concept protéiforme du Cyclop.
Que tous les participants (et pourquoi pas aussi les spectateurs) viennent avec leur lampe électrique. Ils éclairent le trajet des spectateurs, ce qui se passe pendant le spectacle, etc.

32. Les costumes

bleus de travail
dessous en bleu.

Danseuses : représenter les personnages de Niki (costumes larges, rembourés). Peints ?

33. La scène
Plancher

 
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