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PF +/ CYCLOP

21. Les Biographies

Jean Tinguely, par Bernard Arnal
Niki de Saint Phalle, par Marielle Vincent
Arman, par Marie-Josephe Gourdelier
Louise Nevelson, par Andrée Boisgard
Yves Klein, par Catherine Estrade
Eva Aeppli, par Aline Gueury
César, par Michelle Rouet
Marcel Duchamp, par Camille Hery
Jesus Rafael Soto, par Roselyne OSMOND

NOIR

22. Le Cyclop vit

Au bout de 10 minutes de biographies, on actionne le Cyclop.
On plonge les spectateurs dans l’obscurité.
Le Cyclop, fonctionne, c’est-à-dire qu’il grince, bruisse, frotte, éructe. Je veux donner à entendre (la machinerie, le marteau), et surtout à imaginer. Éclairage fragmentaire du Cyclop.

finir par un PÉNÉTRABLE

ETAGE 2

23. La naissance imaginaire du Cyclop

Granger - O par Castor et Pollux tous les Monstres ne sont pas en Afrique. Et de grâce, Satrape du Palais Stygial, donne-moi la définition de ton individu. Ne serais-tu point un être de raison, une chimère, un accident sans substance, un élixir de la matière première, un spectre de drap noir ?

Châteaufort - Puisque je te vois curieux de connaître les grandes choses, je veux t'apprendre les miracles de mon berceau. Premièrement, la Nature se voyant incommodée d'un si grand nombre de Divinités, voulut opposer un Hercule à ces Monstres. Cela lui donna bien jusqu’à la hardiesse de s'imaginer qu'elle pouvait me produire. Pour cet effet elle empoigna les âmes de Samson, d'Hector, d'Achille, d’Ajax,de frich-moul-mermec, de Cirus, d'Épaminondas, d'Alexandre, de Romulus, de Scipion, d'Annibal, de Sylla, de Pompée, de Pyrrhus, de Caton, de frich-moul-mermec, de César, et d'Antoine. Puis les ayant pulvérisées, calcinées, rectifiées, aux quatre coins de l'hexagone, elle réduisit toute cette confection, en un spirituel sublimé qui n'attendait plus qu'un fourreau pour s'y fourrer.

Paquier/Clotilde - Et c’est vous qui fûtes le fourreau ?

Châteaufort - Affirmatif ! Tierco, et Nature glorieuse de sa réussite, ne pût goûter modérément sa joie, elle clabauda son chef-d'œuvre partout. L' Art qui d'ordinaire perfectionne la nature, en devint jaloux. Fâché, disait-il, qu'une teigneuse emportât toute seule la gloire de m'avoir engendré. Il la traita d'ingrate, de superbe, de vilaine et lui déchira sa coiffe. Nature, de son côté prit son ennemi aux cheveux. Aïe, aïe, aïe. Enfin l'un et l'autre battit, et fut battu. Le tintamarre des apostrophes, des soufflets, des bastonnades, m’éveilla. Je les vis, et jugeant que leurs démêlés ne portaient pas la mine de prendre sitôt fin, pour les mettre d'accord, je me créai moi-même.

Paquier/Jean-Louis - Et que firent donc l’Art et la Nature devant cette incroyable genèse ?

Châteaufort - Rien. Depuis ce temps-là leur querelle dure toujours. Partout vous voyez ces irréconciliables ennemis se prêter le collet, et les descriptions de nos écrivains d’aujourd'hui ne sont lardées d'autre chose que des faits d’armes de ces deux gladiateurs, à cause que prenant à bon augure d’être né dans la guerre, je leur commandai en mémoire de ma naissance de se battre sans se reposer jusqu’à la fin du monde. Repos. Pouvez fumer.

Paquier/Jessica. Et qu'advint-il de ces Divinités qui incommodaient dame Nature ?

Chateaufort - Je voulus bien dépêtrer Nature de ces Dieutelets dont l'insolence la mettait en cervelle. Je les mandai, ils obéirent. Enfin je prononçai cet immuable arrêt : “ Gaillarde troupe, quand je vous ai convoqués, la plus miséricordieuse intention que j'eusse pour vous était de vous annihiler ; mais craignant que votre impuissance ne reprochât à mes mains l'indignité de cette victoire, voici ce que j'ordonne de votre sort.” Silence dans les rangs.

Paquier/Paola - Je vous vois aussi beau que vous étiez terrible.

Châteaufort - Vous autres Dieux qui savez si bien courir, leur dis-je, toi Saturne, Père du temps, qui mangeant et dévorant tout, court à l’hôpital, lui Jupiter qui comme ayant la tête fêlée depuis le coup de hache qu'il reçut de Vulcain doit courir les rues, toi Mars qui comme soldat court aux armes, lui Phébus qui comme Dieu des vers, court la bouche des Poètes, toi Vénus qui comme putain court l’aiguillette, lui Mercure qui comme Messager, court la Poste, et toi Diane enfin, qui comme chasseresse court les Bois : Vous prendrez la peine s’il vous plaît de monter tous les sept à califourchon chacun sur une étoile. Là, vous courrez de si bonne sorte, que vous n’aurez pas le loisir d'ouvrir les yeux.

Paquier/Clotilde - En effet, les planètes sont justement ces sept-là.

Granger - Et des autres Dieux qu'en fîtes-vous ?

Châteaufort - Midi sonna, la faim me prit, j'en fis un saupiquet mon dîner.

Paquier/Jean-Louis - Maître, ce fut assurément en ce temps-là que les Oracles cessèrent.

Châteaufort - Il est vrai, et dès lors, mes actions ont toutes été héroïques ou divines ; car si je regarde, c'est en Basilic, si je vomis, c'est en Mont-Etna, si j'écume, c'est en Cerbère, si je dors, c'est en Morphée, si je mange, c'est en gangrène, si je bois c'est en éponge, si j'ordonne c'est en Destin, si je baise c'est en Judas. Vous voyez grâce à moi que l'histoire du Phénix superbe qui s'engendra lui-même, n'était pas un conte.

PÉNÉTRABLE

NOIR PUIS REPRISE LENTE PF

DIALOGUE ENTRE JEAN, NIKI ET LE CYCLOP
Bernard + Audrey + Raymond + Cyclop (Thierry)

Ils commencent FJ (près de la langue) : il y est, elle arrive.

Jean : Niki !... Niki !! (10’’)

Niki ! Viens-tu ? (5’’)

Jean : Oui, oui, attends moi j’arrive ! (5’’)

Niki : Alors Jean ! Est-ce la clairière dont tu m’as parlée ?
Est-ce là que tu comptes construire ton rêve ?

Jean : Oui Niki ! Regarde cet endroit est magique !
Vois-tu ce grand bouquet de chênes, je les appelle « les 4 frères », c’est à sa droite que je vais construire Gigantoleum, on va faire des choses rigolotes ! Avec toi, avec mes copains Bernhard Luginbuhl et Rico Weber.

Niki : Mais comment vas-tu composer avec les chênes ?

Jean : J’ai décidé de faire vivre les arbres avec nous, on va leur donner de la nourriture en enterrant des poumons et des foies de génisses, et puis celui de droite là je le vois comme le brin de persil sur l’oreille du gitan.

Niki : Ah ! Tu as déjà pensé ça ! Mais je n’ai rien vu de tel sur tes premiers croquis !

Jean : Je vais faire d’autres dessins, ce n’est que par le dessin que je peux voir clair là-dedans !

Niki : Mais j’y suis. Attends ! Je vais transformer Gigantoléum en tête : ce sera la tête du monstre de la forêt !
Quand commences-tu ?

Jean va à la bétonnière. Niki commence à faire des dessins.

Jean : Maintenant ! Aller Rico, mets la bétonnière en route ! On s’y met tous Bernhard, donne moi ton idée sur les fondations !

Bruit de bétonnière qui tourne ponctuée par l’ajout de graviers et de pierres à la fin) pendant 10 à 20 secondes.
Elle est au pied de l'œuvre.

Niki : Jean, je m’interroge : est-on sûr de pouvoir construite la tête ici ?

Il commence de la bétonnière et se rapproche de Niki.

Jean : Oui, le terrain est à nous, et j’aime l’idée que l’œuvre soit rattachée à Milly-la-Forêt. J’ai rencontré le Maire M. Clovis Lelong, je lui ai présenté mon projet et il m’a donné son feu vert en me disant : je ferme les yeux mais ne demandez aucune permission officielle, elle serait automatiquement refusée.

Niki : Maintenant je sens bien l’élan que tu veux lui donner mais il te faut apporter la solidité et la résistance nécessaires à une sculpture géante !

Jean : C’est prévu Niki, j’ai passé une annonce dans un journal en Suisse. Ecoute un peu :

Il s'adressait à elle ; maintenant, c'est au public.

recherche serrurier de construction, polyvalent n’ayant pas le vertige, ayant le permis de conduire, connaissance du jeu de Jass souhaitée. Qu’en penses-tu ?

Niki : Ah, je vois que tu as envie de jouer aux cartes !

Jean : Demain, un type formidable va nous rejoindre.
Il s’appelle Seppi Imhof. C’est un soudeur professionnel. Je l’ai embauché pour 6 mois.
Bon, je vais mettre le groupe en route, allez ! On s’y met maintenant.

Il monte à l'étage. Démarrage d’un groupe électrogène puis meulage et soudure avec une visqueuse et cordon de soudure à l'arc.
Elle l'apostrophe de dos.

Niki : Mais Jean, où vas-tu trouver la matière première, toute la ferraille nécessaire ?

Jean : Ne t’inquiète pas : mon ami Guy Duperche – tu sais le ferrailleur de Maisse dont je t’ai parlé – Il me trouve et m’apporte toute la bonne ferraille qu’il faut.

Bruit de ferraille qu’on livre qui tombe. Fait par un assistant.
Elle passe derrière le public pour prendre les sandwiches.

Niki : Continue Jean ! Continue ! Quelle belle équipe vous faites, toi, Luginbuhl, Rico et maintenant Seppi, j’adore tout ce travail en pleine nature.

Jean : Ah oui ! Il y a une certaine sensualité à travailler à plusieurs, c’est joyeux !
Je ne sais pas pourquoi je fais ça, mais tu vas voir, je vais utiliser les méthodes des ingénieurs pour faire de la sculpture…
Je vais tout enclencher !!
On a du plaisir à la faire, on fonce, on veut que cette absurdité soit engagée !! Allez les gars !

Mélodie : Bruit de marteau, frappe sur le bidon, sur les disques
Bing Bang Pif Paf + marteaux au 2°
Raymond plus assistant)

Jean descend pendant les bruitages, du côté de la jauge.

Arrête Rico on va manger ! Allume le feu !
Fais-nous la bouffe !

Niki : (avec un panier garni, de derrière le public.) Jean ! Je vous ai apporté le casse-croute !

Jean : Ah ! Merci ma princesse, ca va nous changer des grillades. Hé les gars, venez vite : on va se régaler !

Niki : Mais Jean conduis-moi d’abord là haut. Je veux voir où vous en êtes.

Elle y va, il l'arrête et le rejoint.

Jean : Attends ! J’ouvre la porte de Luginbuhl.

Niki : Va doucement, j’aime sa musique.

(Ouverture de la porte, écoute du son
Puis frappe sur le bidon et les disques… Bing Bang)

Jean : Arrête Seppi… fais pas l’andouille !! Niki, tu joues au flipper ?

Niki : Mais non Jean ! Tu sais bien que je ne peux pas, c’est trop dur pour moi

Jean : alors viens ! Allons au pénétrable de mon ami Soto

Ils montent.

Allez passe devant ! Vas-y !

Mélodie passage dans le pénétrable / en tous sens / arrêt / sortie)
Il montent au balcon.

Jean : Je veux faire participer le public. Le faire s’amuser, sentir, bouffer, toucher, avoir des émotions rudimentaires.

Niki : Ah ! Metha ! Quelle machine ! Est-ce qu’elle marche ?

Jean : Oui on vient juste de brancher le moteur.
Seppi mets-la en route !

Thierry démarrage Métha maxi pendant 3 coups de marteau.

Niki : Attention Jean le chariot va tomber.

Jean : Mais non mais non… regarde : c’est poétique.

Coup de marteau.

Tu vois bien, ce n’est pas une utopie ! Ecoute le marteau frapper son enclume…

Coup de marteau.

Je suis un artiste du mouvement,… rappelle toi les dessins, c’est chouette non ?

Coup de marteau. Arrêt Metha Maxi.

Aller Seppi fait moi marcher Métha Harmonie.

3 coups de marteau au moins- définir la chronologie.

J’aime voir les spectateurs s’amuser au théâtre. Si tu voyais là-haut. Il y a un petit théâtre … avec des sièges mouvants. J'aime voir les spectateurs être étonnées par un marteau amoureux d’une bouteille… Le marteau monte monte et plus il monte plus son amour grandit et d’un seul coup il ne tient plus, il va la rejoindre et paf !! Il lui tombe dessus… et la bouteille pête et disparaît… amusant, non ?

Seppi !... Seppi ! Ah ! Il est parti grimper dans la structure ! Il se promène… C’est comme ça depuis 20 ans, mais ce gars là, il maîtrise le fer comme personne, c’est un homme de fer !
Niki, on a fait les maquettes mais le visage je ne le tiens pas ! Les couleurs vives ne vont pas avec la forêt Il faut que ce soit toi qui le trouve.

Niki : ça y est Jean, j’ai bien réfléchi, j’ai beaucoup cherché et Euréka !! J’ai trouvé la bonne idée : il sera fait de miroirs !...
Comme au jardin des tarots, ces facettes reflèteront les rayons du soleil et ceux de la lune, son œil sera un œil de diamant.

Flash expression corporelle de Niki.

La tête nous regardera et la salive va dégouliner sur sa langue.

Micro bruit de l’eau au micro : par Mélodie. L’eau et l’œil fonctionnent.
Les Participants arrivent avec des lampes électriques. Noir. Ils éclairent d'une façon parcellaire. Ils essaient de suivre le passage des boules.

Jean : La boule ! Regarde la boule ! Ecoute-là ! …

On attend qu'une boule passe.

Les boules, c’est la circulation des idées, de la pensée, ce sont les neurones de la tête qui sont en mouvement !

On attend qu'une autre boule passe.

La tête vit ! Elle vit !

On attend qu'une 3e boule passe.

On a foutu de l’argent en l’air mais je suis heureux. Je vais être avec mes copains, tous mes copains. Je vais installer leurs œuvres à la tête.

Niki : la collaboration entre toi et moi, c’est un don du ciel, unique et privilégié,
Mais au fond, pourquoi as-tu fait la tête ??

Jean : C’est pour t’épater !!...
La raison, c’est aussi que nous sommes deux sculpteurs attachés l’un à l’autre, qui vivent dans deux mondes très opposés, opposés dans l’idéologie , opposés dans les matériaux, opposés aussi dans la masculinité d’une part et dans la profonde matérialisation de la féminité d’autre part.

Niki : Mais n’-a-t-il pas une rivalité entre nous, une compétition même ?

Jean : Ça fait un combat, on se combat !

Niki : Et ça fait aussi une unité, comme le yin et le yang, pas seulement un combat mais une chose complète !!

Fumée artificielle sur plusieurs niveaux, Jean n’est plus
J’entre dans la fumée et disparais
+ Bengale et étoiles artifices : dans la tour de la grue et dans le lac au sommet.

Ça y est, la tête, tu es terminée.
Tous les amis de Jean sont présents et installés !
Selon son vœu, tu vas être un musée, un musée vivant, et le public va pouvoir te visiter.
Maintenant tu deviens Cyclop !!

Fort.

Alors grand cyclop, mets toi en mouvement !
Je te veux animé, écoute moi, fais moi entendre ta voix, regarde moi…
Sois le grand monstre de la forêt que nous adorons tous ! »

Thierry + Assistant + Raymond (tout le cyclop se met en mouvement avec le pénétrable, le bidon, les disques
Moi (Série de pétards)

Ave verum


Sur la fin du texte, intervient la chorale.
Pendant le discours du Cyclope/Chateaufort, les gens de l’Apam ont eu le temps de mettre des masques (bleus) auxquels on a collé de fausses moustaches. Ils écoutent comme des élèves.
Les silhouettes bleues se transforment en “fabricants” du Cyclop.

PLATEAU

Le Biglotron

Julie. Dernier-né de la technique expérimentale d'expression scientifique d'avant-garde, le Biglotron est un extraordinaire appareil de synthèse dont la conception révolutionnaire bouleverse de fond en comble toutes les lois communément admises, tant dans le domaine de la physique thermonucléaire que dans celui de la gynécologie dans l'espace. Entièrement réalisé en matière agnostique, autrement dit, pour éclairer le profane, en roubélure de plastronium salygovalent, il se présente sous la forme néo-classique d'un tripottsolipède rectangle, c'est-à-dire d'un ictère octopolygonal à incidence ipso-facto-verso-rectométrique.

Joelle. Tel qu'il est, le Biglotron se compose, ou plus exactement se décompose en trois circuits principaux dont deux secondaires et un complémentaire et dont voici, par ordre d'entrée en action, le processus fonctionnel de sa posologie fondamentale :

Mélodie. Dans le deuxième circuit, le même mouvement s'opère, mais en sens inverse ; il est donc inutile d'en parler, même à voix basse, d'autant que c'est dans son troisième circuit que se trouvent étroitement conjugués les éléments majeurs de vérité parmi lesquels le schptzmocl rotatif à crémaillère alternative dont le rôle de générateur permanent d'énergie est prépondérant puisque par le simple truchement de son induit de giclée, il polypophéripotéise littéralement le filtre à moléculbutant, lequel, en dernière analyse, détermine l'angle orbiculaire et synochoïdal du foutaisiogognomètre à spirale introputréfactionnelle.

Julie et Flamby.

Julie. C'est à ce moment que se déclenche - sauf les dimanches et jours de fêtes - le bobinaromètre de diversion qui, par le seul jeu de ses trois Pétassapiflon et de ses deux Poufiassatarif active l'alimentation pruritaire de l'eczématofil de rupture, ce qui permet d'assurer la selfsaturation plurilatérale de l'hufnuf à tête chercheuse et d'empêcher, par ailleurs, la formation de cristaux de niortiflore de barzanoufle sur les parois tubulaires des pepsoïdaux caltinomalfoireux, c'est-à-dire de neutraliser le calcifrage, le redoutable calcifrage, toujours à craindre à cette période par suite du passage du flagdazmühl dans le calcif du propentaire de nartification.

Mélodie. Parallèlement enfin, le flugdug

Julie. le flugdug métranoclapsoïdique, naturellement

Clotilde. autrement ça n'aurait aucun sens - le flugdug donc, prenant appui sur la muffée d'allergie du connecteur à rustine de distorsion hémorroïdo-statique, canalise, d'une part, l'afflux des particules hypodméfessaloïdes et de l'autre, le reflux indexé des molécules hypersonfrocoïdaux,

Mélodie. d'où élimination positive de toute interférence parasitaire puisque l'ensemble de la vélomation des circuits est, en dernier ressort, simultanément contrôlé par l'amplificateur de roupane et par l'utilisation rationnelle, dans la bélure paphamotrice de la force extra-phalzaroïdique,

Julie. laquelle comme nul ne l'ignore, est proportionnelle au carré des ondes talerdinconcentriques.

Jessica. Tel est, dans ses lignes essentielles, le Biglotron, que les plus hautes autorités internationales s'accordent à reconnaître comme la plus étonnante découverte de notre temps et qui, dans un avenir d'autant plus proche qu'il sera moins éloigné, est appelé non seulement à servir à tout, ce qui est la moindre des choses,

Julie. mais encore et surtout à n'importe quoi, y compris tout ce qui en découle,

Mélodie. sans préjudice du reste

Tous. et de tout ce qui s'ensuit.

Les Paroles sacrées (ou sacrées paroles)

FC

 

La chorale chante Tu es si grand”.
3 groupes :
- Les “hommes bleus” représentent les créateurs du Cyclop. Ils s’approchent et relèvent leurs masques pour dires les phrases.
- les Critiques s’expriment de derrière le public

FIN CHANT : NOIR

PUIS

ETAGE 1

Orphée/Critique 1. C’est une honte
Mélodie
/Critique 2. Un scandale.
Orphée/Critique 3. Ça ne veut rien dire.

“Les Phares”, de Baudelaire
Michelle - Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse,
Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse,
Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer ;

Marie-Jo - Léonard de Vinci, miroir profond et sombre,
Où des anges charmants, avec un doux souris
Tout chargé de mystère, apparaissent à l'ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays ;

Paola - Caravage n'est venu au monde que pour détruire la peinture.

Jessica - Les Romantiques sont les sectateurs du laid.

Paola - Le papier peint à l'état embryonnaire est
encore plus fait que cette marine-là de Monet.

Aline - "La peinture, c'est comme la merde, ça se sent mais ça ne s'explique pas". Toulouse-Lautrec.

Camille : le plus grand… . Duchamp.

Tinguely est sur le ciment au milieu.

Sylvain. En travaillant dans la forêt, nous rêvons à une utopie et à une action sans limite (c’est illusoire, je le sais) et notre attitude est celle de la Recherche de l’Acte Gratuit et Inutile. Et nous sommes très heureux comme ça, pourvu que personne ne nous empêche de travailler (comme des fous - ça va de soi).

Orphée : Dans ma Chapelle sixtine, on y voit le Christ nu, jeune et athlétique, entouré de personnages dont certains également nus, moi, Paul IV, pape, je suis choqué et je demande à ce que l’on voile pudiquement plusieurs personnages.

Sylviane - Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,
Et d'un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s'exhale des ordures,
Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement ;

Marie-Jo. Michel-Ange, lieu vague où l'on voit des Hercules
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts ;

Mélo - Gustave Courbet et son enterrement à Ornans, quelle affreuse chose, les laides gens, et quel peuple. Courbet, celui qui peint ces  figures triviales, bêtes, plates, d’une vulgarité pour la plupart au-dessous de la brute.

Arman-Annie : “La Tête était déjà assez construite quand je l'ai vue pour la première fois. Nous sommes montés dans les étages. Jean Tinguely m’a dit: “J'ai une place pour toi, tu peux faire ce que tu veux.” J’ai réfléchi et puis un jour j'ai pensé aux gants. J’ai vu qu’il y avait des quantités de gants de soudeur. Jean m'a envoyé deux grosses caisses de gants usés à mon atelier. Ces gants plein de graisse, lourds, je les ai pris en sandwich entre deux plaques de plastique.

Yves Klein-Catherine :D'abord il n'y a rien, ensuite il y a un rien profond puis une profondeur bleue.

Sylvain - Je suis un artiste du mouvement. J’ai fait tout d’abord de la peinture, mais je m’y suis bloqué, j’étais dans une impasse.

Jessica - Ce salon des refusés où figurent Monet, Manet, Courbet et tant d’autres, c’est une exhibition à la fois triste et grotesque, c’est une des plus curieuses qu’on puisse voir.
La croûte proprement dite, on la connaît tout de suite. Une femme nue assise entre deux messieurs habillés, comme Le déjeuner sur l’herbe, il n'y a pas à hésiter, on a affaire à une croûte.

Sylviane - Colères de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,
Grand cœur gonflé d'orgueil, homme débile et jaune,
Puget, mélancolique empereur des forçats ;

Marie-Jo - Watteau, ce carnaval où bien des cœurs illustres
Comme des papillons, errent en flamboyant,
Décors frais et légers éclairés par des lustres
Qui versent la folie à ce bal tournoyant ;

Orphée. Moi, Willy, l’auteur de Claudine, je vous le dis : Ravel n’est qu’un débutant médiocrement doué. Erik Satie n’est qu'un « fumiste » issu des bastringues montmartrois, une « mystique andouille » ou un raté.

Aline. Les oeuvres d'art deviennent toujours un peu putes quand elles coûtent très cher. La peinture peut être bonne mais quand elle coûte 60, 100 ou 130 millions, ça devient une saloperie. Tinguely

Klein-Catherine : Un jour je me suis aperçu de la beauté du bleu dans l'éponge ; cet instrument de travail est aussitot devenue matière première pour moi. C'est cet extraordinaire faculté de l'éponge de s'imprégner de quoi que ce soit de fluide qui m'a séduit.

Orphée - Cher Monsieur Proust, votre manuscrit “A la recherche du temps perdu”, est trop long, disproportionné. Il ne se trouvera pas un lecteur assez robuste pour suivre un quart d’heure d’autant que l’auteur n’y est pas par le caractère de sa phrase qui fuit de partout.

Clotilde - Goya, cauchemar plein de choses inconnues,
De foetus qu'on fait cuire au milieu des sabbats,
De vieilles au miroir et d'enfants toutes nues,
Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ;

Mélo. Dans ce sac ridicule où Scapin s’enveloppe,
Je ne reconnais plus l’auteur du Misanthrope.

Aline - "Je ne fais ni de l'Art pour l'Art, ni de l'Art contre l'Art. Je suis pour l'Art, mais pour l'art qui n'a rien à voir avec l'Art, car l'art a tout à voir avec la vie." Robert Rauschenberg.

Audrey - Je crois que l'art est la seule forme d'activité par laquelle l'homme en tant que tel se manifeste comme véritable individu. Par elle seule, il peut dépasser le stade animal, parce que l'art est un débouché sur des régions où ne domine ni le temps, ni l'espace ". Marcel Duchamp.

Michelle - Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit pa
r mille labyrinthes ;
C'est pour les cœurs mortels un divin opium !

Orphée - Moi, Georges Braque, je dis : "Les Demoiselles d’Avignon, de Picasso, peindre de cette façon, ça me fait l’effet de boire du pétrole ".

Jessica - le plus grand ennemi de l'art, c'est le bon goût. Marcel Duchamp

Sylvain. Nous libérer du vice, de l’égoïsme, de la cupidité et de l’idolâtrie matérialiste.

Clotilde - C'est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix ;
C'est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois !

Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité !

Sylvain. Dans 20 ou 30 ans, l’œuvre se délabrera toute seule. Quoi qu’on fasse, tout va disparaître, tout ce que nous voyons sur cette terre.

MARIELLE : Il faut essayer d’égayer la vie. C’est notre rôle à nous les femmes. Niki de Saint Phalle.

Entrée de la conservatrice de “Musée haut, musée bas” : scène de la Plante verte.
Au fur et à mesure, tous s'en vont.

PLANTE VERTE

Vincent - S'il vous plaît! Votre attention s'il vous plaît ! Mon nom est Michel Mosk. Je suis le conservateur de ce musée. Nous venons encore une fois de trouver une plante verte abandonnée ou volontairement oubliée dans l'une de nos salles. Je voulais vous prévenir que désormais toute plante quelle qu'elle soit sera détruite dans un délai n'excédant pas cinq minutes après sa découverte, si son propriétaire ne vient pas la récupérer et la jeter lui-même dehors immédiatement ! Je vous remercie. Parce qu'il faudra un jour ou l'autre que vous soyez conscients que la nature progresse, et que l'humaniité tout entière se bat depuis des millions d'années pour que nous ne retournions pas dans nos cavernes dont nous avons eu tant de mal à nous échapper pour construire Venise, Venise qu'aujourd'hui vent, sel et marée veulent reconquérir ! Il y a péril pour nous, nous qui avons rêvé et inventé un monde meilleur pour nos enfants que celui des tornades, des typhons et de l'humidité qui vient encore de m'esquinter trois Véronèse. Vous savez que les musées sont de plus en plus cernés par des espaces verts où les arbres prolifèrent dans l'indifférence générale, où les oiseaux se multiplient et conchient nos toitures. Nous ne nous laisserons pas empoisonné par la nature, et pour ceux qui ne pourraient vraiment pas s'en passer, je signale que nous avons un étage entier consacré aux paysages et autres marines qui, croyez-moi, ont donné à la nature le talent qu'elle n'a jamais eu ! Ce sont les artistes qui l'ont rendu regardable. Est-ce que les arbres étaient beaux avant que Corot les ait peints ? Non, simplement des protubérances chlorophylliennes tout juste bonnes à faire du feu. Et à propos de feu, je préfère encore que vous fumiez ici, au moins chaque cigarette brûle un peu de tabac, quelques hectares de plantes en moins chaque jour, c'est déjà ça.

Voilà, je vous laisse avec l'artifice, c'est-à-dire l'artificiel qui nous protège du naturel. Ne l'oublions pas. Je vous remercie.

CHENILLARD

Rock ant text

Les danseuses déboulent, danses où elles veulent et repertent comme elles sont arrivées.

TURNER MINI (1')

Promenade de Picasso
Marielle + Catherine.

PLATEAU

AVE VERUM 2
par la chorale

Sur une assiette bien ronde en porcelaine réelle
une pomme pose
Face à face avec elle
un peintre de la réalité
essaie vainement de peindre
la pomme telle qu'elle est
mais
elle ne se laisse pas faire
la pomme
elle a son mot à dire
et plusieurs tours dans son sac de pomme
la pomme
et la voilà qui tourne
dans une assiette réelle
sournoisement sur elle-même
doucement sans bouger
et comme un duc de Guise qui se déguise en bec de gaz
parce qu'on veut malgré lui lui tirer le portrait
la pomme se déguise en beau bruit déguisé
et c'est alors
que le peintre de la réalité
commence à réaliser
que toutes les apparences de la pomme sont contre lui
et
comme le malheureux indigent
comme le pauvre nécessiteux qui se trouve soudain à la merci de n'importe quelle association bienfaisante et charitable et redoutable de bienfaisance de charité et de redoutabilité
le malheureux peintre de la réalité
se trouve soudain alors être la triste proie
d'une innombrable foule d'associations d'idées
Et la pomme en tournant évoque le pommier
le Paradis terrestre et Ève et puis Adam
l'arrosoir l'espalier Parmentier l'escalier
le Canada les Hespérides la Normandie la Reinette et l'Api
le serpent du Jeu de Paume le serment du Jus de Pomme

LANCER LA BOULE

et le péché originel
et les origines de l'art
et la Suisse avec Guillaume Tell
et même Isaac Newton
plusieurs fois primé à l'Exposition de la Gravitation Universelle
et le peintre étourdi perd de vue son modèle
et s'endort
C'est alors que Picasso
qui passait par là comme il passe partout
chaque jour comme chez lui
voit la pomme et l'assiette et le peintre endormi
Quelle idée de peindre une pomme
dit Picasso
et Picasso mange la pomme
et la pomme lui dit Merci
et Picasso casse l'assiette
et s'en va en souriant
et le peintre arraché à ses songes
comme une dent
se retrouve tout seul devant sa toile inachevée
avec au beau milieu de sa vaisselle brisée
les terrifiants pépins de la réalité.

 

LA GALERIE, de Jean Tardieu
Audrey + Aline

LE DIRECTEUR, aimable - Asseyez-vous monsieur, il y en a pour un moment.

LE CLIENT, naïvement - J'espère bien. J'adore regarder la peinture. Mais si vous permettez, monsieur, de temps en temps, je me lèverai. Oui, suivant les cas, à mon avis, il vaut mieux regarder assis ou debout.

LE DIRECTEUR - C'est tout à fait exact.

Arsène apporte d'abord un chevalet qu'il place le dos au public. LE CLIENT, étant face au public, sera censé voir les tableaux qui lui seront présentés.
Puis Arsène apporte un tableau, assez grand, qu'il pose sur le chevalet.

Que pensez-vous de celui-ci? Il est d'un de nos maîtres les plus célèbres. Assez âgé aujourd'hui il est vrai. Mais un précurseur. Un prophète des temps nouveaux... Est-ce qu'il vous plaît ?

LE CLIENT, regardant attentivement - Beaucoup. Énormément... Mais il me faudrait un peu plus de recul.
Il se lève et recule vers le fond de la scène en continuant à regarder.
Ah oui... oui... oui ... bien, c'est bien ça... c'est bien ça !

LE DIRECTEUR - N'est-ce pas ? Qu'en pensez-vous ?

LE CLIENT - Eh bien ! je vais d'abord... essayer de décrire...

LE DIRECTEUR, l'interrompant - Inutile de dire ce que vous voyez. Dites plutôt ce que vous éprouvez.

LE CLIENT - J'éprouve... j’éprouve... (Gestes :)... Comme un sentiment de plénitude, de profusion, de confusion aussi peut-être. Non, non, je dis bien : plutôt de profusion. C'est plein, c'est riche. Il y en a ! il y en a ! il y en a !

LE DIRECTEUR, intéressé - Sont-« ils » si nombreux que cela?

LE CLIENT - S'ils sont nombreux ? Ah ! là là ! une foule ! une multitude ! Et ça remue, et ça se tortille, et ça monte et ça descend...

LE DIRECTEUR - Continuez, je vous en prie, vous m'intéressez beaucoup.

LE CLIENT, il accompagne de gestes appropriés tout ce qu'il dit - Il y en a qui vont de bas en haut, d'autres de gauche à droite, ou en oblique... il y en a qui se croisent, qui se frôlent sans se toucher. Mais il y en a d'autres, ah ! la là ! ils n'y vont pas de mainmorte, ceux-là : ils se bousculent, ils se rentrent dedans. Et je te passe dessous, et je te passe dessus et les gros qui veulent tout écraser et les petits qui se rattrapent en courant très vite. Et zig et zag. (S'animant de plus en plus :)... et pif, paf, poum et pan à gauche et pan à droite et boum et padam et padadam... (Il se met à rythmer ses pas comme un danseur de claquettes.-) ... padadam, padam padadam, padam, pa... pa... pa ... pa... pada... padadam !

Il martèle le sol en tournant sur lui-même, en frappant dans ses mains.
Le manutentionnaire, les bras ballants, le regarde, hébété.

LE DIRECTEUR, inquiet - C'est bon ! c'est bon ! Arrêtez-vous ! Arrêtez-vous ! vous allez attraper chaud !

LE CLIENT, s'arrêtant, essoufflé, mais satisfait - Ah ! ça fait du bien... de... regarder de la peinture !

LE DIRECTEUR, riant - On peut regarder avec plus de calme, non?... Tenez ! (il frappe dans ses mains :) Arsène ! Apportez le suivant.
Arsène décroche le grand « tableau », l'emporte dans la coulisse, revient porteur d'une toile un peu moins grande, en largeur, et la pose sur le chevalet.
Tenez. Pour celui-ci, je vous conseille de vous asseoir.
Le Client s'assied. Un silence.

Alors ? Qu'en dites-vous ?

LE CLIENT - Ce que j'en dis ?

LE DIRECTEUR - Oui... Répondez franchement !

LE CLIENT - Franchement ?... Eh bien ! c'est tout le contraire de l'autre ! Tout le contraire.

LE DIRECTEUR - Ah ! vous voyez ! Je vous le disais bien.

LE CLIENT, il paraît abattu, laisse tomber son bras - Ah alors, là ! tout le contraire. Ça c'est le désert, l'absence, la raréfaction. Quelle détresse ! Plus rien ! Pas un chat ! Vrai ! Il n'y a plus personne, ma parole !

LE DIRECTEUR - N'exagérons rien. Il y a encore du monde.

LE CLIENT - Peut-être ! Mais là, entre nous, n'est-ce pas, il ne faut pas mâcher les mots, ni se faire des illusions : ça exprime le vide... (Geste désabusé :)... un grand trou, un grand blanc ! (Inquiet:) Dites-moi si je me trompe, n'hésitez pas. C'est bien cela que le peintre a voulu exprimer, n'est-ce pas ?

LE DIRECTEUR - Sans doute, sans doute ! En tout cas pour ce qui est des formes indiquées. Mais la couleur, la couleur, vous ne m’en parlez pas ! N'est-ce pas que c'est splendide ?

LE CLIENT, faisant la grimace - Peuh...

LE DIRECTEUR, indigné - Comment ! peuh !... Vous m'étonnez. Vous êtes devant une œuvre reconnue pour le caractère, comment dire... surprenant, somptueux, du traitement chromatique... et...

LE CLIENT, désabusé - Traitement... traitement... en tout cas c'est un traitement qui ne me réussit guère

FREEDOM 1

ART, de Yasmina Reza

Mélodie. ... Comment peux-tu dire « cette merde » ?

Clotilde. Mélodie, un peu d'humour! Ris!... Ris, c'est prodigieux que tu aies acheté ce tableau !

Marc rit. Serge reste de marbre.

Mélodie. Que tu trouves cet achat prodigieux tant mieux, que ça te fasse rire, bon, mais je voudrais savoir ce que tu entends par « cette merde ».

Clotilde. Tu te fous de moi !

Mélodie. Pas du tout. « Cette merde » par rapport à quoi ? Quand on dit telle chose est une merde, c'est qu'on a un critère de valeur pour estimer cette chose.

Clotilde. À qui tu parles ? À qui tu parles en ce moment? Hou hou!...

Mélodie. Tu ne t'intéresses pas à la peinture contemporaine, tu ne t'y es jamais intéressé. Tu n'as aucune connaissance dans ce domaine, donc comment peux-tu affirmer que tel objet, obéissant à des lois que tu ignores, est une merde ?

Clotilde. C'est une merde. Excuse-moi.

Paola. Que Mélo ait acheté ce tableau me dépasse, m'inquiète et provoque en moi une angoisse indéfinie. En sortant de chez elle, j'ai dû sucer trois granules de Gelsémium 9 CH que Paula m'a conseillé entre parenthèses, elle m'a dit Gelsémium ou Ignatia ? tu préfères Gelsémium ou Ignatia ? est-ce que je sais moi ? ! car je ne peux absolument pas comprendre comment Serge, qui est un ami, a pu acheter cette toile.
Deux cent mille francs. Une fille aisée mais qui ne roule pas sur l'or.
Aisée sans plus, aisé bon. Qui achète un tableau blanc vingt briques. Je dois m'en référer à Yvan qui est notre ami commun, en parler avec Yvan. Quoique Yvan est un garçon tolérant, ce qui en matière de relations humaines est le pire défaut. Yvan est tolérant parce qu'il s'en fout. Si Yvan tolère que Serge ait pu acheter une merde blanche vingt briques, c'est qu'il se. fout de Serge. C'est clair.

FREEDOM 2

JLV + Vincent

Marc. Tu as vu Serge ces derniers jours.

YVAN. Pas vu. Et toi ?

Marc. Vu hier.

YVAN. En forme ?

Marc. Très. Il vient de s'acheter un tableau.

YVAN. Ah bon ?

Marc. MMM.

YVAN. Beau ?

Marc. Blanc.

YVAN. Blanc ?

Marc. Blanc. Représente-toi une toile d'environ un mètre soixante sur un mètre vingt... fond blanc... entièrement blanc... en diagonale, de fines rayures transversales blanches... tu vois... et peut-être une ligne horizontale blanche en complément, vers le bas...

YVAN. Comment tu les vois ?

Marc. Pardon ?

YVAN. Les lignes blanches. Puisque le fond est blanc, comment tu vois les lignes ?

Marc. Parce que je les vois. Parce que mettons que les lignes soient légèrement grises, ou l'inverse, enfin il y a des nuances dans le blanc! Le blanc est plus ou moins blanc!

YVAN. Ne t'énerve pas. Pourquoi tu t'énerves ?

Marc. Tu cherches tout de suite la petite bête. Tu ne me laisses pas finir!

YVAN. Bon. Alors ?

Marc. Bon. Donc, tu vois le tableau.

YVAN. Je vois.

Marc. Maintenant tu vas deviner combien Serge l'a pàyé.

YVAN. Qui est le peintre ?

Marc. Antrios. Tu connais ?

YVAN. Non. Il est coté ?

Marc. J'étais sûr que tu poserais cette question

YVAN. Logique...

Marc. Non, ce n'est pas logique...

YVAN. C'est logique, tu me demandes de deviner le prix, tu sais bien que le prix est en fonction de la cote du peintre...

Marc. Je ne te demande pas d'évaluer ce tableau en fonction de tel ou tel critère, je ne te demande pas une évaluation professionnelle, je te demande ce que toi Yvan, tu donnerais pour un tableau blanc agrémenté de quelques rayures transversales blanc cassé.

YVAN. Zéro centime.

Marc. Bien. Et Serge ? Articule un chiffre au hasard.

YVAN. Dix mille.

MARC. Ah! ah!

YVAN. Cinquante mille.

MARC. Ah! ah!

YVAN. Cent mille...

MARC. Vas-y..

YVAN. Quinze.... Vingt ?

MARC. Vingt. Vingt briques.

YVAN. Non ?

MARC. Si.

YVAN. Vingt briques ? ?!

MARC. Vingt briques.

YVAN. Il est dingue.

MARC. N'est-ce pas ?

Léger temps.

YVAN. Remarque...

MARC.... Remarque quoi ?

YVAN. Si ça lui fait plaisir.. Il gagne bien sa vie...

MARC. C'est comme ça que tu vois les choses, toi.

YVAN. Pourquoi ? Tu les vois comment, toi ?

Joelle arrive avec un tableau bleu. Dans le silence, elle se place au milieu. Elle reste quelques secondes. Puis sort - toujours dans le silence.

Ju + Stéph

tu es content ( 2 fois)

FREEDOM 3

Musée haut, musée bas

Clotilde. Je n'aime pas les musées. J'aime l'ambiance des musées.
Paola. C'est comme moi, je n'aime pas les croissants, j'aime l'odeur des croissants.
Clotilde. L'odeur et l'ambiance c'est pas pareil, Paul.
Paola. Non, ce sont les musées et les croissants qui ne sont pas pareils, Louis.
Clotilde. Si tu veux.

Vincent. Moi, Je leur rendrais tout aux Egyptiens. Tout.
Julie. Même La Joconde ?
Vincent. Tout je te dis.

Mélodie. Soutine, c'est quand même toute la Russie écorchée qu'il a mise dans son bœuf.
Paola. Ah je t'en supplie Marie-Sarah, ne commence pas à faire ton Freud !

Il les prend tous à témoin. Ils s'arrêtent et l'écoutent.

Vincent. J'ai besoin que ce soit sérieux, je n’ai pas besoin de comprendre, mais que ce soit sérieux. Vous voyez, sérieux comme le costume-cravate est sérieux. Je ne comprends pas le costume-cravate, mais il me tient et je peux marcher dans les magasins, conduire ma voiture, manger avec des amis sans me poser de problèmes, c'est ça le sérieux, on ne se pose plus de problèmes, et moi j’ai besoin que l’art soit sérieux pour qu'il ne me pose plus de problèmes. Vous voyez, je ne suis pas très demandant !
Tous. Non, c'est vrai.

Clotilde. Moi, c'est clair et net, Michel-Ange me fait chier.
Paola. Comme moi Mozart.
Clotilde. Et Beethoven aussi il me fait chier.
Paola. Ah oui ! Alors celui-là c'est le pire !

Mélodie. Finalement, l'art moderne est né à Lascaux.
Julie. Et l'art ancien ?
Mélodie. Ah là tu me poses une colle, Gilberte.

Clotilde. C'est un extincteur.
Paola. Non ?
Clotilde. Je te dis que c'est un extincteur.
Paola. Pas sûr, Françoise.
Clotilde. Bon, on y retourne.

Il entre précipitamment. Il les prend tous à témoin. Ils s'arrêtent et l'écoutent.

Sylvain. Mais où sont les Kandinsky ? Ça fait deux heures que je les cherche.
Un homme. Qui ?
Sylvain. Je cherche les Kandinsky !
Tous. Qui?
Sylvain. Les Kandinsky de Kandinsky. Kandinsky c'est le peintre, les Kandinsky ce sont les tableaux. Je cherche les Kandinsky...
Tous. Ah.
Sylvain. Je ne suis pas fou il y a bien des Kandinsky à cet étage... Où sont les Kandinsky, je ne les trouve plus...

Jessica. Ce qui compte ce n'est pas ce que tu ressens quand tu regardes une exposition.
Raphael. Ah bon!
Jessica. Non, c'est ce que tu ressens après. Par exemple, il y a trois ans en sortant de l'exposition Picabia, j'étais content, mais tellement content qu’en rentrant à la maison j'ai quitté mon homme.
Raphael. Définitivement ?
Jessica. Oui.
Raphael. C'est un grand peintre Picabia
Jessica. Un génie, Max, un génie!

Sylvain (à sa femme). Dis donc Laurence, elle est toute petite la Vénus de Milo... C'était qui Milo, un nain ? Ah je suis déçu Laurence, déçu... Bon, on va quand même faire une photo pour Jacques, mais on la fera agrandir... Si, on est obligés, elle est trop minus... Ah merde je suis déçu Laurence, déçu, déçu... !

Clotilde. Pour moi c'est le cœur du romantisme en peinture.
Paola. J'aime pas.
Clotilde. Pourquoi ?
Paola. Trop marron.
Clotilde. Trop marron ?
Paola. Oui, ça me rappelle l'automne.
Clotilde. L'automne, ce n'est pas marron Micheline.
Paola. Ah bon ?! La nature ne devient pas marron en automne ?
Clotilde. Mais non, je dirais plutôt qu’elle roussit, qu'elle jaunit, qu'elle se couvre d'or.
Paola. C'est la fête quoi ?
Clotilde. Oui, on peut éprouver une certaine joie devant toutes ces couleurs flamboyantes.
Paola. Je te rappelle que papa est mort un 18 octobre !
Clotilde. Mais Micheline...
Paola. Vous êtes vraiment des monstres les amateurs d'art !!

L’ART FRANÇAIS

Ils se mettent sur une seule ligne, et regardent un tableau.
Ils sortent quand ils n'ont plus rien à dire.

Julie. Ah moi, un musée qui n'a pas d'impressionnistes, j'entre pas. Ah non ! C'est comme l'année dernière dans le Périgord, les châteaux forts sans donjon, quand il y a pas le mieux je visite pas.

LÉON/Vincent. Chez les impressionnistes, dans n'importe quel tableau, vous pouvez vous asseoir, on est en France, c'est-à-dire à la maison.

JEAN-PAUL/Raphael. C'est tout à fait vrai.

LÉON/Vincent. Elle me manquait, depuis trois étages, elle me manquait la France.

CAROLE/Mélo. Et puis ils sont connus, très connus. Moi, j'adore quand c'est connu.

MADAME COLETTE/Clo. Moi aussi j'adore.

LÉON/Vincent. Comme le château de Versailles... Vous avez été au château de Versailles ?

CAROLE/Mélo. Non.

LÉON/Vincent. Allez-y c'est très connu.

MIREILLE/Orphée. Et quand on pense qu'à leur époque ils ne l'étaient pas.

GILBERTE/Julie. Quoi ?

MIREILLE/Orphée. Connus. Les Impressionnistes, à leur époque, pas connus du tout.

MADAME COLETTE/Clo. Non ?

MIREILLE/Orphée. Du tout.

ROLAND/Raphael. Et pauvres.

MIREILLE/Orphée. Très pauvres.

Raphael. La plupart n'avaient même pas de quoi acheter leurs pinceaux.

Vincent. Peut-être mais ils ont quand même fait sept mille tableaux.

Orphée. Et ils ont peint sept mille tableaux alors qu'ils étaient chômeurs.

MADAME COLETTE/Clo. Les impressionnistes ?

ROLAND/Raphael. Tous chômeurs.

CAROLE/Mélo. Des chômeurs qui travaillent !? C'étaient des types merveilleux, non Henri ?

HENRI/Vincent. Si, Carole.

CAROLE/Mélo. J'aurais adoré être leur femme.

ROLAND/
Raphael. Vous n'êtes pas la seule, ils en avaient plein.

MADAME COLETTE/Clo. Des femmes ?

ROLAND/Raphael. Oui.

MIREILLE/Orphée. C'étaient de très gros baiseurs.

GILBERTE/Julie. Les impressionnistes ?

ROLAND/Raphael. Oui, madame, ils bourraient tout ce qui bougeait.

Clo. Ah bon ?!

JLV. Ah bah, faut les comprendre, déjà qu'ils n'avaient pas de pinceaux.

Mélo. Bien sûr.

Vincent. C'est très français

JLV. Moi, je les comprends parfaitement.

Julie. Je te remercie Jean-Paul.

JLV. Quoi !

Julie. Rien, c'est très agréable pour moi, et une fois de plus devant des inconnus !

JLV. C'est mal de comprendre des peintres ?!

Julie. N'insiste pas, tu veux !

JLV. Gilberte c'est la culture...

GILBERTE/Julie. Oui je sais, elle a bon dos la culture.

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Paola. T'as bu Daniel, pourquoi t'as bu ? Tu vas voir les impressionnistes tout nets.
Clotilde. Je m'en fous.
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Raphaël + Mélo

JEAN-ALAIN. Où est Mireille !
MICHELINE. Aux toilettes de la peinture italienne.
JEAN-ALAIN. C'est pas dangereux ?
MICHELINE. Pourquoi ?
JEAN-ALAIN. Mais tu les lis les journaux ou quoi ? Tu sais dans quelle société on vit Micheline ?
Paniquée, la mère se met à courir vers les toilettes en criant :
MICHELINE. Mireille ! Mireeeiiille !
JEAN-ALAIN. Mireille!
GROUPE DE VISITEURS. Mireille!

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Paola. Bon, il va falloir un jour ou l'autre que les artistes comprennent qu'ils n'ont pas le monopole de l'art.
Clotilde. Il y a nous aussi
Paola. Et on est plus nombreux.

Sinfonietta, de Jean Tardieu