PF
+/ CYCLOP
21.
Les Biographies
Jean
Tinguely, par Bernard Arnal
Niki de Saint Phalle, par Marielle Vincent
Arman, par Marie-Josephe Gourdelier
Louise Nevelson, par Andrée Boisgard
Yves Klein, par Catherine Estrade
Eva Aeppli, par Aline Gueury
César, par Michelle Rouet
Marcel Duchamp, par Camille Hery
Jesus Rafael Soto, par Roselyne OSMOND
NOIR
22.
Le Cyclop vit
Au
bout de 10 minutes de biographies, on actionne le Cyclop.
On plonge les spectateurs dans l’obscurité.
Le Cyclop, fonctionne, c’est-à-dire qu’il grince,
bruisse, frotte, éructe. Je veux donner à entendre (la
machinerie, le marteau), et surtout à imaginer. Éclairage
fragmentaire du Cyclop.
finir
par un PÉNÉTRABLE
ETAGE
2
23.
La naissance imaginaire du Cyclop
Granger
- O
par Castor et Pollux tous les Monstres ne sont pas en Afrique. Et de
grâce, Satrape du Palais Stygial, donne-moi la définition
de ton individu. Ne serais-tu point un être de raison, une chimère,
un accident sans substance, un élixir de la matière première,
un spectre de drap noir ?
Châteaufort
- Puisque
je te vois curieux de connaître les grandes choses, je veux t'apprendre
les miracles de mon berceau. Premièrement, la Nature se voyant
incommodée d'un si grand nombre de Divinités, voulut opposer
un Hercule à ces Monstres. Cela lui donna bien jusqu’à
la hardiesse de s'imaginer qu'elle pouvait me produire. Pour cet effet
elle empoigna les âmes de Samson, d'Hector, d'Achille, d’Ajax,de
frich-moul-mermec, de Cirus, d'Épaminondas, d'Alexandre, de Romulus,
de Scipion, d'Annibal, de Sylla, de Pompée, de Pyrrhus, de Caton,
de frich-moul-mermec, de César, et d'Antoine. Puis les ayant
pulvérisées, calcinées, rectifiées, aux
quatre coins de l'hexagone, elle réduisit toute cette confection,
en un spirituel sublimé qui n'attendait plus qu'un fourreau pour
s'y fourrer.
Paquier/Clotilde
- Et
c’est vous qui fûtes le fourreau ?
Châteaufort
- Affirmatif ! Tierco, et Nature glorieuse de sa réussite, ne
pût goûter modérément sa joie, elle clabauda
son chef-d'œuvre partout. L' Art qui d'ordinaire perfectionne la
nature, en devint jaloux. Fâché, disait-il, qu'une teigneuse
emportât toute seule la gloire de m'avoir engendré. Il
la traita d'ingrate, de superbe, de vilaine et lui déchira sa
coiffe. Nature, de son côté prit son ennemi aux cheveux.
Aïe, aïe, aïe. Enfin l'un et l'autre battit, et fut battu.
Le tintamarre des apostrophes, des soufflets, des bastonnades, m’éveilla.
Je les vis, et jugeant que leurs démêlés ne portaient
pas la mine de prendre sitôt fin, pour les mettre d'accord, je
me créai moi-même.
Paquier/Jean-Louis
- Et que firent donc l’Art et la Nature devant cette incroyable
genèse ?
Châteaufort
- Rien. Depuis ce temps-là leur querelle dure toujours. Partout
vous voyez ces irréconciliables ennemis se prêter le collet,
et les descriptions de nos écrivains d’aujourd'hui ne sont
lardées d'autre chose que des faits d’armes de ces deux
gladiateurs, à cause que prenant à bon augure d’être
né dans la guerre, je leur commandai en mémoire de ma
naissance de se battre sans se reposer jusqu’à la fin du
monde. Repos. Pouvez fumer.
Paquier/Jessica.
Et qu'advint-il de ces Divinités qui incommodaient dame Nature
?
Chateaufort
- Je voulus bien dépêtrer Nature de ces Dieutelets dont
l'insolence la mettait en cervelle. Je les mandai, ils obéirent.
Enfin je prononçai cet immuable arrêt : “ Gaillarde
troupe, quand je vous ai convoqués, la plus miséricordieuse
intention que j'eusse pour vous était de vous annihiler ; mais
craignant que votre impuissance ne reprochât à mes mains
l'indignité de cette victoire, voici ce que j'ordonne de votre
sort.” Silence dans les rangs.
Paquier/Paola
- Je vous vois aussi beau que vous étiez terrible.
Châteaufort
- Vous autres Dieux qui savez si bien courir, leur dis-je, toi Saturne,
Père du temps, qui mangeant et dévorant tout, court à
l’hôpital, lui Jupiter qui comme ayant la tête fêlée
depuis le coup de hache qu'il reçut de Vulcain doit courir les
rues, toi Mars qui comme soldat court aux armes, lui Phébus qui
comme Dieu des vers, court la bouche des Poètes, toi Vénus
qui comme putain court l’aiguillette, lui Mercure qui comme Messager,
court la Poste, et toi Diane enfin, qui comme chasseresse court les
Bois : Vous prendrez la peine s’il vous plaît de monter
tous les sept à califourchon chacun sur une étoile. Là,
vous courrez de si bonne sorte, que vous n’aurez pas le loisir
d'ouvrir les yeux.
Paquier/Clotilde
- En effet, les planètes sont justement ces sept-là.
Granger
- Et des autres Dieux qu'en fîtes-vous ?
Châteaufort
- Midi sonna, la faim me prit, j'en fis un saupiquet mon dîner.
Paquier/Jean-Louis
- Maître, ce fut assurément en ce temps-là que les
Oracles cessèrent.
Châteaufort
- Il est vrai, et dès lors, mes actions ont toutes été
héroïques ou divines ; car si je regarde, c'est en Basilic,
si je vomis, c'est en Mont-Etna, si j'écume, c'est en Cerbère,
si je dors, c'est en Morphée, si je mange, c'est en gangrène,
si je bois c'est en éponge, si j'ordonne c'est en Destin, si
je baise c'est en Judas. Vous voyez grâce à moi que l'histoire
du Phénix superbe qui s'engendra lui-même, n'était
pas un conte.
PÉNÉTRABLE
NOIR
PUIS REPRISE LENTE PF
DIALOGUE
ENTRE JEAN, NIKI ET LE CYCLOP
Bernard + Audrey + Raymond + Cyclop (Thierry)
Ils
commencent FJ (près de la langue) : il y est, elle arrive.
Jean
: Niki !... Niki !! (10’’)
Niki
! Viens-tu ? (5’’)
Jean
: Oui, oui, attends moi j’arrive ! (5’’)
Niki
: Alors Jean ! Est-ce la clairière dont tu m’as parlée
?
Est-ce là que tu comptes construire ton rêve ?
Jean
: Oui Niki ! Regarde cet endroit est magique !
Vois-tu ce grand bouquet de chênes, je les appelle « les
4 frères », c’est à sa droite que je vais
construire Gigantoleum, on va faire des choses rigolotes ! Avec toi,
avec mes copains Bernhard Luginbuhl et Rico Weber.
Niki
: Mais comment vas-tu composer avec les chênes ?
Jean
: J’ai décidé de faire vivre les arbres avec nous,
on va leur donner de la nourriture en enterrant des poumons et des foies
de génisses, et puis celui de droite là je le vois comme
le brin de persil sur l’oreille du gitan.
Niki
: Ah ! Tu as déjà pensé ça ! Mais je n’ai
rien vu de tel sur tes premiers croquis !
Jean
: Je vais faire d’autres dessins, ce n’est que par le dessin
que je peux voir clair là-dedans !
Niki
: Mais j’y suis. Attends ! Je vais transformer Gigantoléum
en tête : ce sera la tête du monstre de la forêt !
Quand commences-tu ?
Jean
va à la bétonnière. Niki commence à faire
des dessins.
Jean
: Maintenant ! Aller Rico, mets la bétonnière en route
! On s’y met tous Bernhard, donne moi ton idée sur les
fondations !
Bruit
de bétonnière qui tourne ponctuée par l’ajout
de graviers et de pierres à la fin) pendant 10 à 20
secondes.
Elle est au pied de l'œuvre.
Niki
: Jean, je m’interroge : est-on sûr de pouvoir construite
la tête ici ?
Il
commence de la bétonnière et se rapproche de Niki.
Jean
: Oui, le terrain est à nous, et j’aime l’idée
que l’œuvre soit rattachée à Milly-la-Forêt.
J’ai rencontré le Maire M. Clovis Lelong, je lui ai présenté
mon projet et il m’a donné son feu vert en me disant :
je ferme les yeux mais ne demandez aucune permission officielle, elle
serait automatiquement refusée.
Niki
: Maintenant je sens bien l’élan que tu veux lui donner
mais il te faut apporter la solidité et la résistance
nécessaires à une sculpture géante !
Jean
: C’est prévu Niki, j’ai passé une annonce
dans un journal en Suisse. Ecoute un peu :
Il
s'adressait à elle ; maintenant, c'est au public.
recherche
serrurier de construction, polyvalent n’ayant pas le vertige,
ayant le permis de conduire, connaissance du jeu de Jass souhaitée.
Qu’en penses-tu ?
Niki
: Ah, je vois que tu as envie de jouer aux cartes !
Jean
: Demain, un type formidable va nous rejoindre.
Il s’appelle Seppi Imhof. C’est un soudeur professionnel.
Je l’ai embauché pour 6 mois.
Bon, je vais mettre le groupe en route, allez ! On s’y met maintenant.
Il
monte à l'étage. Démarrage d’un groupe
électrogène puis meulage et soudure avec une visqueuse
et cordon de soudure à l'arc.
Elle l'apostrophe de dos.
Niki
: Mais Jean, où vas-tu trouver la matière première,
toute la ferraille nécessaire ?
Jean
: Ne t’inquiète pas : mon ami Guy Duperche – tu sais
le ferrailleur de Maisse dont je t’ai parlé – Il
me trouve et m’apporte toute la bonne ferraille qu’il faut.
Bruit
de ferraille qu’on livre qui tombe. Fait par un assistant.
Elle passe derrière le public pour prendre les sandwiches.
Niki
: Continue Jean ! Continue ! Quelle belle équipe vous faites,
toi, Luginbuhl, Rico et maintenant Seppi, j’adore tout ce travail
en pleine nature.
Jean
: Ah oui ! Il y a une certaine sensualité à travailler
à plusieurs, c’est joyeux !
Je ne sais pas pourquoi je fais ça, mais tu vas voir, je vais
utiliser les méthodes des ingénieurs pour faire de la
sculpture…
Je vais tout enclencher !!
On a du plaisir à la faire, on fonce, on veut que cette absurdité
soit engagée !! Allez les gars !
Mélodie
: Bruit de marteau, frappe sur le bidon, sur les disques
Bing Bang Pif Paf + marteaux au 2°
Raymond plus assistant)
Jean
descend pendant les bruitages, du côté de la jauge.
Arrête
Rico on va manger ! Allume le feu !
Fais-nous la bouffe !
Niki
: (avec un panier garni, de derrière le
public.) Jean ! Je vous ai apporté le casse-croute !
Jean
: Ah ! Merci ma princesse, ca va nous changer des grillades. Hé
les gars, venez vite : on va se régaler !
Niki
: Mais Jean conduis-moi d’abord là haut. Je veux voir où
vous en êtes.
Elle
y va, il l'arrête et le rejoint.
Jean
: Attends ! J’ouvre la porte de Luginbuhl.
Niki
: Va doucement, j’aime sa musique.
(Ouverture
de la porte, écoute du son
Puis frappe sur le bidon et les disques… Bing Bang)
Jean
: Arrête Seppi… fais pas l’andouille !! Niki, tu joues
au flipper ?
Niki
: Mais non Jean ! Tu sais bien que je ne peux pas, c’est trop
dur pour moi
Jean
: alors viens ! Allons au pénétrable de mon ami Soto
Ils
montent.
Allez
passe devant ! Vas-y !
Mélodie
passage dans le pénétrable / en tous sens / arrêt
/ sortie)
Il montent au balcon.
Jean
: Je veux faire participer le public. Le faire s’amuser, sentir,
bouffer, toucher, avoir des émotions rudimentaires.
Niki
: Ah ! Metha ! Quelle machine ! Est-ce qu’elle marche ?
Jean
: Oui on vient juste de brancher le moteur.
Seppi mets-la en route !
Thierry
démarrage Métha maxi pendant 3 coups de marteau.
Niki
: Attention Jean le chariot va tomber.
Jean
: Mais non mais non… regarde : c’est poétique.
Coup
de marteau.
Tu
vois bien, ce n’est pas une utopie ! Ecoute le marteau frapper
son enclume…
Coup
de marteau.
Je
suis un artiste du mouvement,… rappelle toi les dessins, c’est
chouette non ?
Coup
de marteau. Arrêt
Metha Maxi.
Aller
Seppi fait moi marcher Métha Harmonie.
3
coups de marteau au moins- définir la chronologie.
J’aime
voir les spectateurs s’amuser au théâtre. Si
tu voyais là-haut. Il y a un petit théâtre …
avec des sièges mouvants. J'aime voir les spectateurs être
étonnées par un marteau
amoureux d’une bouteille… Le marteau monte monte et plus
il monte plus son amour grandit et d’un seul coup il ne tient
plus, il va la rejoindre et paf !! Il lui tombe dessus… et la
bouteille pête et disparaît… amusant, non ?
Seppi
!... Seppi ! Ah ! Il est parti grimper dans la structure ! Il se promène…
C’est comme ça depuis 20 ans, mais ce gars là, il
maîtrise le fer comme personne, c’est un homme de fer !
Niki, on a fait les maquettes mais le visage je ne le tiens pas ! Les
couleurs vives ne vont pas avec la forêt Il faut que ce soit toi
qui le trouve.
Niki
: ça y est Jean, j’ai bien réfléchi, j’ai
beaucoup cherché et Euréka !! J’ai trouvé
la bonne idée : il sera fait de miroirs !...
Comme au jardin des tarots, ces facettes reflèteront les rayons
du soleil et ceux de la lune, son œil sera un œil de diamant.
Flash expression corporelle de Niki.
La
tête nous regardera et la salive va dégouliner sur sa langue.
Micro
bruit de l’eau au micro : par Mélodie. L’eau et
l’œil fonctionnent.
Les Participants arrivent avec des lampes électriques. Noir.
Ils éclairent d'une façon parcellaire. Ils essaient
de suivre le passage des boules.
Jean
: La boule ! Regarde la boule ! Ecoute-là ! …
On
attend qu'une boule passe.
Les
boules, c’est la circulation des idées, de la pensée,
ce sont les neurones de la tête qui sont en mouvement !
On
attend qu'une autre boule passe.
La
tête vit ! Elle vit !
On
attend qu'une 3e boule passe.
On
a foutu de l’argent en l’air mais je suis heureux. Je vais
être avec mes copains, tous mes copains. Je vais installer leurs
œuvres à la tête.
Niki
: la collaboration entre toi et moi, c’est un don du ciel, unique
et privilégié,
Mais au fond, pourquoi as-tu fait la tête ??
Jean
: C’est pour t’épater !!...
La raison, c’est aussi que nous sommes deux sculpteurs attachés
l’un à l’autre, qui vivent dans deux mondes très
opposés, opposés dans l’idéologie , opposés
dans les matériaux, opposés aussi dans la masculinité
d’une part et dans la profonde matérialisation de la féminité
d’autre part.
Niki
: Mais n’-a-t-il pas une rivalité entre nous, une compétition
même ?
Jean
: Ça fait un combat, on se combat !
Niki
: Et ça fait aussi une unité, comme le yin et le yang,
pas seulement un combat mais une chose complète !!
Fumée
artificielle sur plusieurs niveaux, Jean n’est plus
J’entre dans la fumée et disparais
+ Bengale et étoiles artifices : dans la tour de la grue et
dans le lac au sommet.
Ça y est, la tête, tu es terminée.
Tous les amis de Jean sont présents et installés !
Selon son vœu, tu vas être un musée, un musée
vivant, et le public va pouvoir te visiter.
Maintenant tu deviens Cyclop !!
Fort.
Alors
grand cyclop, mets toi en mouvement !
Je te veux animé, écoute moi, fais moi entendre ta voix,
regarde moi…
Sois le grand monstre de la forêt que nous adorons tous ! »
Thierry
+ Assistant + Raymond (tout le cyclop se met en mouvement avec le
pénétrable, le bidon, les disques
Moi (Série de pétards)
Ave
verum
Sur la fin du texte, intervient la chorale.
Pendant le discours du Cyclope/Chateaufort, les gens de l’Apam
ont eu le temps de mettre des masques (bleus) auxquels on a collé
de fausses moustaches. Ils écoutent comme des élèves.
Les silhouettes bleues se transforment en “fabricants”
du Cyclop.
PLATEAU
Le
Biglotron
Julie.
Dernier-né
de la technique expérimentale d'expression scientifique d'avant-garde,
le Biglotron est un extraordinaire appareil de synthèse dont
la conception révolutionnaire bouleverse de fond en comble toutes
les lois communément admises, tant dans le domaine de la physique
thermonucléaire que dans celui de la gynécologie dans
l'espace. Entièrement
réalisé en matière agnostique, autrement dit, pour
éclairer le profane, en roubélure de plastronium salygovalent,
il se présente sous la forme néo-classique d'un tripottsolipède
rectangle, c'est-à-dire d'un ictère octopolygonal à
incidence ipso-facto-verso-rectométrique.
Joelle.
Tel qu'il est, le Biglotron se compose, ou plus exactement
se décompose en trois circuits principaux dont deux secondaires
et un complémentaire et dont voici, par ordre d'entrée
en action, le processus fonctionnel de sa posologie fondamentale :
Mélodie.
Dans
le deuxième circuit, le même mouvement s'opère,
mais en sens inverse ; il est donc inutile d'en parler, même à
voix basse, d'autant que c'est dans son troisième circuit que
se trouvent étroitement conjugués les éléments
majeurs de vérité parmi lesquels le schptzmocl rotatif
à crémaillère alternative dont le rôle de
générateur permanent d'énergie est prépondérant
puisque par le simple truchement de son induit de giclée, il
polypophéripotéise littéralement le filtre à
moléculbutant, lequel, en dernière analyse, détermine
l'angle orbiculaire et synochoïdal du foutaisiogognomètre
à spirale introputréfactionnelle.
Julie
et Flamby. …
Julie.
C'est
à ce moment que se déclenche - sauf les dimanches et jours
de fêtes - le bobinaromètre de diversion qui, par le seul
jeu de ses trois Pétassapiflon et de ses deux Poufiassatarif
active l'alimentation pruritaire de l'eczématofil de rupture,
ce qui permet d'assurer la selfsaturation plurilatérale de l'hufnuf
à tête chercheuse et d'empêcher, par ailleurs, la
formation de cristaux de niortiflore de barzanoufle sur les parois tubulaires
des pepsoïdaux caltinomalfoireux, c'est-à-dire de neutraliser
le calcifrage, le redoutable calcifrage, toujours à craindre
à cette période par suite du passage du flagdazmühl
dans le calcif du propentaire de nartification.
Mélodie.
Parallèlement
enfin, le flugdug
Julie.
le flugdug métranoclapsoïdique, naturellement
Clotilde.
autrement ça n'aurait aucun sens - le flugdug donc, prenant appui
sur la muffée d'allergie du connecteur à rustine de distorsion
hémorroïdo-statique, canalise, d'une part, l'afflux des
particules hypodméfessaloïdes et de l'autre, le reflux indexé
des molécules hypersonfrocoïdaux,
Mélodie.
d'où
élimination positive de toute interférence parasitaire
puisque l'ensemble de la vélomation des circuits est, en dernier
ressort, simultanément contrôlé par l'amplificateur
de roupane et par l'utilisation rationnelle, dans la bélure paphamotrice
de la force extra-phalzaroïdique,
Julie.
laquelle
comme nul ne l'ignore, est proportionnelle au carré des ondes
talerdinconcentriques.
Jessica.
Tel
est, dans ses lignes essentielles, le Biglotron, que les plus hautes
autorités internationales s'accordent à reconnaître
comme la plus étonnante découverte de notre temps et qui,
dans un avenir d'autant plus proche qu'il sera moins éloigné,
est appelé non seulement à servir à tout, ce qui
est la moindre des choses,
Julie.
mais
encore et surtout à n'importe quoi, y compris tout ce qui en
découle,
Mélodie.
sans
préjudice du reste
Tous.
et
de tout ce qui s'ensuit.
Les
Paroles sacrées (ou sacrées paroles)
FC
La
chorale chante “Tu es si grand”.
3 groupes :
- Les “hommes bleus” représentent les créateurs
du Cyclop. Ils s’approchent et relèvent leurs masques
pour dires les phrases.
- les Critiques s’expriment de derrière le public
FIN CHANT : NOIR
PUIS
ETAGE 1
Orphée/Critique
1. C’est une honte
Mélodie/Critique
2. Un scandale.
Orphée/Critique
3. Ça ne veut rien dire.
“Les
Phares”, de Baudelaire
Michelle
- Rubens,
fleuve d'oubli, jardin de la paresse,
Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse,
Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer ;
Marie-Jo - Léonard
de Vinci, miroir profond et sombre,
Où des anges charmants, avec un doux souris
Tout chargé de mystère, apparaissent à l'ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays ;
Paola
- Caravage n'est venu au monde que pour détruire la peinture.
Jessica
- Les Romantiques sont les sectateurs du laid.
Paola
- Le papier peint à l'état embryonnaire est
encore plus fait que cette marine-là de Monet.
Aline
- "La peinture, c'est comme la merde, ça se sent mais ça
ne s'explique pas". Toulouse-Lautrec.
Camille
: le plus grand… . Duchamp.
Tinguely
est sur le ciment au milieu.
Sylvain.
En travaillant dans la forêt, nous rêvons à une utopie
et à une action sans limite (c’est illusoire, je le sais)
et notre attitude est celle de la Recherche de l’Acte Gratuit
et Inutile. Et nous sommes très heureux comme ça, pourvu
que personne ne nous empêche de travailler (comme des fous - ça
va de soi).
Orphée
: Dans ma Chapelle sixtine, on y voit le Christ nu, jeune et athlétique,
entouré de personnages dont certains également nus, moi,
Paul IV, pape, je suis choqué et je demande à ce que l’on
voile pudiquement plusieurs personnages.
Sylviane
- Rembrandt,
triste hôpital tout rempli de murmures,
Et d'un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s'exhale des ordures,
Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement ;
Marie-Jo.
Michel-Ange,
lieu vague où l'on voit des Hercules
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts ;
Mélo
- Gustave
Courbet et son enterrement à Ornans, quelle affreuse chose, les
laides gens, et quel peuple. Courbet, celui qui peint ces figures
triviales, bêtes, plates, d’une vulgarité pour la
plupart au-dessous de la brute.
Arman-Annie
: “La Tête était déjà
assez construite quand je l'ai vue pour la première fois. Nous
sommes montés dans les étages. Jean Tinguely m’a
dit: “J'ai une place pour toi, tu peux faire ce que tu veux.”
J’ai réfléchi et puis un jour j'ai pensé
aux gants. J’ai vu qu’il y avait des quantités de
gants de soudeur. Jean m'a envoyé deux grosses caisses de gants
usés à mon atelier. Ces gants plein de graisse, lourds,
je les ai pris en sandwich entre deux plaques de plastique.
Yves
Klein-Catherine :D'abord il n'y a rien, ensuite
il y a un rien profond puis une profondeur bleue.
Sylvain
- Je suis un artiste du mouvement. J’ai
fait tout d’abord de la peinture, mais je m’y suis bloqué,
j’étais dans une impasse.
Jessica
- Ce salon des refusés où figurent Monet, Manet, Courbet
et tant d’autres, c’est une exhibition à la fois
triste et grotesque, c’est une des plus curieuses qu’on
puisse voir.
La croûte proprement dite, on la connaît tout de suite.
Une femme nue assise entre deux messieurs habillés, comme Le
déjeuner sur l’herbe, il n'y a pas à hésiter,
on a affaire à une croûte.
Sylviane
- Colères
de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,
Grand cœur gonflé d'orgueil, homme débile et jaune,
Puget, mélancolique empereur des forçats ;
Marie-Jo
- Watteau, ce carnaval où bien des cœurs illustres
Comme des papillons, errent en flamboyant,
Décors frais et légers éclairés par des
lustres
Qui versent la folie à ce bal tournoyant ;
Orphée.
Moi, Willy, l’auteur de Claudine, je vous le dis : Ravel n’est
qu’un débutant médiocrement doué. Erik Satie
n’est qu'un « fumiste » issu des bastringues montmartrois,
une « mystique andouille » ou un raté.
Aline.
Les oeuvres d'art deviennent toujours un peu putes quand elles coûtent
très cher. La peinture peut être bonne mais quand elle
coûte 60, 100 ou 130 millions, ça devient une saloperie.
Tinguely
Klein-Catherine
: Un jour je me suis aperçu de la beauté du bleu dans
l'éponge ; cet instrument de travail est aussitot devenue matière
première pour moi. C'est cet extraordinaire faculté de
l'éponge de s'imprégner de quoi que ce soit de fluide
qui m'a séduit.
Orphée
- Cher Monsieur Proust, votre manuscrit “A la recherche du temps
perdu”, est trop long, disproportionné. Il ne se trouvera
pas un lecteur assez robuste pour suivre un quart d’heure d’autant
que l’auteur n’y est pas par le caractère de sa phrase
qui fuit de partout.
Clotilde
- Goya,
cauchemar plein de choses inconnues,
De foetus qu'on fait cuire au milieu des sabbats,
De vieilles au miroir et d'enfants toutes nues,
Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ;
Mélo.
Dans ce sac ridicule où Scapin s’enveloppe,
Je ne reconnais plus l’auteur du Misanthrope.
Aline
- "Je ne fais ni de l'Art pour l'Art, ni de l'Art contre l'Art.
Je suis pour l'Art, mais pour l'art qui n'a rien à voir avec
l'Art, car l'art a tout à voir avec la vie." Robert Rauschenberg.
Audrey
- Je crois que l'art est la seule forme d'activité par laquelle
l'homme en tant que tel se manifeste comme véritable individu.
Par elle seule, il peut dépasser le stade animal, parce que l'art
est un débouché sur des régions où ne domine
ni le temps, ni l'espace ". Marcel Duchamp.
Michelle
- Ces
malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par
mille labyrinthes ;
C'est pour les cœurs mortels un divin opium !
Orphée
- Moi, Georges Braque, je dis : "Les Demoiselles
d’Avignon, de Picasso, peindre de cette façon, ça
me fait l’effet de boire du pétrole ".
Jessica
- le plus grand ennemi de l'art, c'est le bon goût. Marcel Duchamp
Sylvain.
Nous libérer du vice, de l’égoïsme, de la cupidité
et de l’idolâtrie matérialiste.
Clotilde
- C'est
un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix ;
C'est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois !
Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité !
Sylvain.
Dans 20 ou 30 ans, l’œuvre se délabrera toute seule.
Quoi qu’on fasse, tout va disparaître, tout ce que nous
voyons sur cette terre.
MARIELLE
:
Il faut essayer d’égayer la vie. C’est notre rôle
à nous les femmes. Niki de Saint Phalle.
Entrée
de la conservatrice de “Musée haut, musée bas”
: scène de la Plante verte.
Au fur et à mesure, tous s'en vont.
PLANTE
VERTE
Vincent
- S'il
vous plaît! Votre attention s'il vous plaît ! Mon nom est
Michel Mosk. Je suis le conservateur de ce musée. Nous venons
encore une fois de trouver une plante verte abandonnée ou volontairement
oubliée dans l'une de nos salles. Je voulais vous prévenir
que désormais toute plante quelle qu'elle soit sera détruite
dans un délai n'excédant pas cinq minutes après
sa découverte, si son propriétaire ne vient pas la récupérer
et la jeter lui-même dehors immédiatement ! Je vous remercie.
Parce qu'il faudra un jour ou l'autre que vous soyez conscients que
la nature progresse, et que l'humaniité tout entière se
bat depuis des millions d'années pour que nous ne retournions
pas dans nos cavernes dont nous avons eu tant de mal à nous échapper
pour construire Venise, Venise qu'aujourd'hui vent, sel et marée
veulent reconquérir ! Il y a péril pour nous, nous qui
avons rêvé et inventé un monde meilleur pour nos
enfants que celui des tornades, des typhons et de l'humidité
qui vient encore de m'esquinter trois Véronèse. Vous savez
que les musées sont de plus en plus cernés par des espaces
verts où les arbres prolifèrent dans l'indifférence
générale, où les oiseaux se multiplient et conchient
nos toitures. Nous ne nous laisserons pas empoisonné par la nature,
et pour ceux qui ne pourraient vraiment pas s'en passer, je signale
que nous avons un étage entier consacré aux paysages et
autres marines qui, croyez-moi, ont donné à la nature
le talent qu'elle n'a jamais eu ! Ce sont les artistes qui l'ont rendu
regardable. Est-ce que les arbres étaient beaux avant que Corot
les ait peints ? Non, simplement des protubérances chlorophylliennes
tout juste bonnes à faire du feu. Et à propos de feu,
je préfère encore que vous fumiez ici, au moins chaque
cigarette brûle un peu de tabac, quelques hectares de plantes
en moins chaque jour, c'est déjà ça.
Voilà,
je vous laisse avec l'artifice, c'est-à-dire l'artificiel qui
nous protège du naturel. Ne l'oublions pas. Je vous remercie.
CHENILLARD
Rock
ant text
Les
danseuses déboulent, danses où elles veulent et repertent
comme elles sont arrivées.
TURNER
MINI (1')
Promenade
de Picasso
Marielle + Catherine.
PLATEAU
AVE
VERUM 2
par la chorale
Sur une
assiette bien ronde en porcelaine réelle
une pomme pose
Face à face avec elle
un peintre de la réalité
essaie vainement de peindre
la pomme telle qu'elle est
mais
elle ne se laisse pas faire
la pomme
elle a son mot à dire
et plusieurs tours dans son sac de pomme
la pomme
et la voilà qui tourne
dans une assiette réelle
sournoisement sur elle-même
doucement sans bouger
et comme un duc de Guise qui se déguise en bec de gaz
parce qu'on veut malgré lui lui tirer le portrait
la pomme se déguise en beau bruit déguisé
et c'est alors
que le peintre de la réalité
commence à réaliser
que toutes les apparences de la pomme sont contre lui
et
comme le malheureux indigent
comme le pauvre nécessiteux qui se trouve soudain à la
merci de n'importe quelle association bienfaisante et charitable et
redoutable de bienfaisance de charité et de redoutabilité
le malheureux peintre de la réalité
se trouve soudain alors être la triste proie
d'une innombrable foule d'associations d'idées
Et la pomme en tournant évoque le pommier
le Paradis terrestre et Ève et puis Adam
l'arrosoir l'espalier Parmentier l'escalier
le Canada les Hespérides la Normandie la Reinette et l'Api
le serpent du Jeu de Paume le serment du Jus de Pomme
LANCER
LA BOULE
et le péché
originel
et les origines de l'art
et la Suisse avec Guillaume Tell
et même Isaac Newton
plusieurs fois primé à l'Exposition de la Gravitation
Universelle
et le peintre étourdi perd de vue son modèle
et s'endort
C'est alors que Picasso
qui passait par là comme il passe partout
chaque jour comme chez lui
voit la pomme et l'assiette et le peintre endormi
Quelle idée de peindre une pomme
dit Picasso
et Picasso mange la pomme
et la pomme lui dit Merci
et Picasso casse l'assiette
et s'en va en souriant
et le peintre arraché à ses songes
comme une dent
se retrouve tout seul devant sa toile inachevée
avec au beau milieu de sa vaisselle brisée
les terrifiants pépins de la réalité.
LA
GALERIE, de Jean Tardieu
Audrey
+ Aline
LE
DIRECTEUR, aimable - Asseyez-vous monsieur, il y en a pour un
moment.
LE
CLIENT, naïvement - J'espère bien. J'adore regarder
la peinture. Mais si vous permettez, monsieur, de temps en temps, je
me lèverai. Oui, suivant les cas, à mon avis, il vaut
mieux regarder assis ou debout.
LE
DIRECTEUR - C'est tout à fait exact.
Arsène
apporte d'abord un chevalet qu'il place le dos au public. LE CLIENT,
étant face au public, sera censé voir les tableaux qui
lui seront présentés.
Puis Arsène apporte un tableau, assez grand, qu'il pose sur
le chevalet.
Que
pensez-vous de celui-ci? Il est d'un de nos maîtres les plus célèbres.
Assez âgé aujourd'hui il est vrai. Mais un précurseur.
Un prophète des temps nouveaux... Est-ce qu'il vous plaît
?
LE
CLIENT, regardant attentivement - Beaucoup. Énormément...
Mais il me faudrait un peu plus de recul.
Il se lève et recule vers le fond de la scène
en continuant à regarder.
Ah oui... oui... oui ... bien, c'est bien ça... c'est
bien ça !
LE
DIRECTEUR - N'est-ce pas ? Qu'en pensez-vous ?
LE
CLIENT - Eh bien ! je vais d'abord... essayer de décrire...
LE
DIRECTEUR, l'interrompant - Inutile de dire ce que vous voyez.
Dites plutôt ce que vous éprouvez.
LE
CLIENT - J'éprouve... j’éprouve... (Gestes
:)... Comme un sentiment de plénitude, de profusion,
de confusion aussi peut-être. Non, non, je dis bien : plutôt
de profusion. C'est plein, c'est riche. Il y en a ! il y en a ! il y
en a !
LE
DIRECTEUR, intéressé - Sont-« ils »
si nombreux que cela?
LE
CLIENT - S'ils sont nombreux ? Ah ! là là ! une
foule ! une multitude ! Et ça remue, et ça se tortille,
et ça monte et ça descend...
LE
DIRECTEUR - Continuez, je vous en prie, vous m'intéressez
beaucoup.
LE
CLIENT, il accompagne de gestes appropriés tout ce qu'il dit
- Il y en a qui vont de bas en haut, d'autres de gauche à
droite, ou en oblique... il y en a qui se croisent, qui se frôlent
sans se toucher. Mais il y en a d'autres, ah ! la là ! ils n'y
vont pas de mainmorte, ceux-là : ils se bousculent, ils se rentrent
dedans. Et je te passe dessous, et je te passe dessus et les gros qui
veulent tout écraser et les petits qui se rattrapent en courant
très vite. Et zig et zag. (S'animant de plus en plus
:)... et pif, paf, poum et pan à gauche et pan à
droite et boum et padam et padadam... (Il se met à rythmer
ses pas comme un danseur de claquettes.-) ... padadam, padam
padadam, padam, pa... pa... pa ... pa... pada... padadam !
Il
martèle le sol en tournant sur lui-même, en frappant dans
ses mains.
Le manutentionnaire, les bras ballants, le regarde, hébété.
LE
DIRECTEUR, inquiet - C'est bon ! c'est bon ! Arrêtez-vous
! Arrêtez-vous ! vous allez attraper chaud !
LE
CLIENT, s'arrêtant, essoufflé, mais satisfait
- Ah ! ça fait du bien... de... regarder de la peinture
!
LE
DIRECTEUR, riant - On peut regarder avec plus de calme,
non?... Tenez ! (il frappe dans ses mains :) Arsène
! Apportez le suivant.
Arsène décroche le grand «
tableau », l'emporte dans la coulisse, revient porteur d'une toile
un peu moins grande, en largeur, et la pose sur le chevalet.
Tenez. Pour celui-ci, je vous conseille de vous asseoir.
Le Client s'assied. Un silence.
Alors
? Qu'en dites-vous ?
LE
CLIENT - Ce que j'en dis ?
LE
DIRECTEUR - Oui... Répondez franchement !
LE
CLIENT - Franchement ?... Eh bien ! c'est tout le contraire de l'autre
! Tout le contraire.
LE
DIRECTEUR - Ah ! vous voyez ! Je vous le disais bien.
LE
CLIENT, il paraît abattu, laisse tomber son bras - Ah
alors, là ! tout le contraire. Ça c'est le désert,
l'absence, la raréfaction. Quelle détresse ! Plus rien
! Pas un chat ! Vrai ! Il n'y a plus personne, ma parole !
LE
DIRECTEUR - N'exagérons rien. Il y a encore du monde.
LE
CLIENT - Peut-être ! Mais là, entre nous, n'est-ce
pas, il ne faut pas mâcher les mots, ni se faire des illusions
: ça exprime le vide... (Geste désabusé
:)... un grand trou, un grand blanc ! (Inquiet:) Dites-moi
si je me trompe, n'hésitez pas. C'est bien cela que le peintre
a voulu exprimer, n'est-ce pas ?
LE
DIRECTEUR - Sans doute, sans doute ! En tout cas pour ce qui
est des formes indiquées. Mais la couleur, la couleur, vous ne
m’en parlez pas ! N'est-ce pas que c'est splendide ?
LE
CLIENT, faisant la grimace - Peuh...
LE
DIRECTEUR, indigné - Comment ! peuh !... Vous m'étonnez.
Vous êtes devant une œuvre reconnue pour le caractère,
comment dire... surprenant, somptueux, du traitement chromatique...
et...
LE
CLIENT, désabusé - Traitement... traitement...
en tout cas c'est un traitement qui ne me réussit guère
FREEDOM
1
ART,
de Yasmina Reza
Mélodie.
... Comment peux-tu dire « cette merde » ?
Clotilde.
Mélodie, un peu d'humour! Ris!... Ris, c'est prodigieux que tu
aies acheté ce tableau !
Marc
rit. Serge reste de marbre.
Mélodie.
Que tu trouves cet achat prodigieux tant mieux, que ça te fasse
rire, bon, mais je voudrais savoir ce que tu entends par « cette
merde ».
Clotilde.
Tu te fous de moi !
Mélodie.
Pas du tout. « Cette merde » par rapport à quoi ?
Quand on dit telle chose est une merde, c'est qu'on a un critère
de valeur pour estimer cette chose.
Clotilde.
À qui tu parles ? À qui tu parles en ce moment? Hou hou!...
Mélodie.
Tu ne t'intéresses pas à la peinture contemporaine, tu
ne t'y es jamais intéressé. Tu n'as aucune connaissance
dans ce domaine, donc comment peux-tu affirmer que tel objet, obéissant
à des lois que tu ignores, est une merde ?
Clotilde.
C'est une merde. Excuse-moi.
Paola.
Que Mélo ait acheté ce tableau me dépasse, m'inquiète
et provoque en moi une angoisse indéfinie. En sortant de chez
elle, j'ai dû sucer trois granules de Gelsémium 9 CH
que Paula m'a conseillé entre parenthèses, elle m'a
dit Gelsémium ou Ignatia ? tu préfères Gelsémium
ou Ignatia ? est-ce que je sais moi ? ! car je ne peux absolument
pas comprendre comment Serge, qui est un ami, a pu acheter cette toile.
Deux cent mille francs. Une fille aisée mais qui ne roule pas
sur l'or.
Aisée sans plus, aisé bon. Qui achète un tableau
blanc vingt briques. Je dois m'en référer à Yvan
qui est notre ami commun, en parler avec Yvan. Quoique Yvan est un
garçon tolérant, ce qui en matière de relations
humaines est le pire défaut. Yvan est tolérant parce
qu'il s'en fout. Si Yvan tolère que Serge ait pu acheter une
merde blanche vingt briques, c'est qu'il se. fout de Serge. C'est
clair.
FREEDOM
2
JLV
+ Vincent
Marc.
Tu as vu Serge ces derniers jours.
YVAN.
Pas vu. Et toi ?
Marc.
Vu hier.
YVAN.
En forme ?
Marc.
Très. Il vient de s'acheter un tableau.
YVAN.
Ah bon ?
Marc.
MMM.
YVAN.
Beau ?
Marc.
Blanc.
YVAN.
Blanc ?
Marc.
Blanc. Représente-toi une toile d'environ un mètre soixante
sur un mètre vingt... fond blanc... entièrement blanc...
en diagonale, de fines rayures transversales blanches... tu vois...
et peut-être une ligne horizontale blanche en complément,
vers le bas...
YVAN.
Comment tu les vois ?
Marc.
Pardon ?
YVAN.
Les lignes blanches. Puisque le fond est blanc, comment tu vois les
lignes ?
Marc.
Parce que je les vois. Parce que mettons que les lignes soient légèrement
grises, ou l'inverse, enfin il y a des nuances dans le blanc! Le blanc
est plus ou moins blanc!
YVAN.
Ne t'énerve pas. Pourquoi tu t'énerves ?
Marc.
Tu cherches tout de suite la petite bête. Tu ne me laisses pas
finir!
YVAN.
Bon. Alors ?
Marc.
Bon. Donc, tu vois le tableau.
YVAN.
Je vois.
Marc.
Maintenant tu vas deviner combien Serge l'a pàyé.
YVAN.
Qui est le peintre ?
Marc.
Antrios. Tu connais ?
YVAN.
Non. Il est coté ?
Marc.
J'étais sûr que tu poserais cette question
YVAN.
Logique...
Marc.
Non, ce n'est pas logique...
YVAN.
C'est logique, tu me demandes de deviner le prix, tu sais bien que le
prix est en fonction de la cote du peintre...
Marc.
Je ne te demande pas d'évaluer ce tableau en fonction de tel
ou tel critère, je ne te demande pas une évaluation professionnelle,
je te demande ce que toi Yvan, tu donnerais pour un tableau blanc agrémenté
de quelques rayures transversales blanc cassé.
YVAN.
Zéro centime.
Marc.
Bien. Et Serge ? Articule un chiffre au hasard.
YVAN.
Dix mille.
MARC.
Ah! ah!
YVAN.
Cinquante mille.
MARC.
Ah! ah!
YVAN.
Cent mille...
MARC.
Vas-y..
YVAN.
Quinze.... Vingt ?
MARC.
Vingt. Vingt briques.
YVAN.
Non ?
MARC.
Si.
YVAN.
Vingt briques ? ?!
MARC.
Vingt briques.
YVAN.
Il est dingue.
MARC.
N'est-ce pas ?
Léger
temps.
YVAN.
Remarque...
MARC....
Remarque quoi ?
YVAN.
Si ça lui fait plaisir.. Il gagne bien sa vie...
MARC.
C'est comme ça que tu vois les choses, toi.
YVAN.
Pourquoi ? Tu les vois comment, toi ?
Joelle
arrive avec un tableau bleu. Dans le silence, elle se place
au milieu. Elle reste quelques secondes. Puis sort - toujours dans
le silence.
Ju
+ Stéph
tu
es content ( 2 fois)
FREEDOM
3
Musée
haut, musée bas
Clotilde.
Je n'aime pas les musées. J'aime l'ambiance des musées.
Paola.
C'est comme moi, je n'aime pas les croissants, j'aime l'odeur des
croissants.
Clotilde.
L'odeur et l'ambiance c'est pas pareil, Paul.
Paola.
Non, ce sont les musées et les croissants qui ne sont pas pareils,
Louis.
Clotilde.
Si tu veux.
Vincent.
Moi, Je leur rendrais tout aux Egyptiens. Tout.
Julie. Même La Joconde ?
Vincent. Tout je te dis.
Mélodie.
Soutine, c'est quand même toute la Russie écorchée
qu'il a mise dans son bœuf.
Paola. Ah je t'en supplie Marie-Sarah,
ne commence pas à faire ton Freud !
Il
les prend tous à témoin. Ils s'arrêtent et l'écoutent.
Vincent.
J'ai besoin que ce soit sérieux, je n’ai pas besoin de
comprendre, mais que ce soit sérieux. Vous voyez, sérieux
comme le costume-cravate est sérieux. Je ne comprends pas le
costume-cravate, mais il me tient et je peux marcher dans les magasins,
conduire ma voiture, manger avec des amis sans me poser de problèmes,
c'est ça le sérieux, on ne se pose plus de problèmes,
et moi j’ai besoin que l’art soit sérieux pour qu'il
ne me pose plus de problèmes. Vous voyez, je ne suis pas très
demandant !
Tous. Non, c'est vrai.
Clotilde.
Moi, c'est clair et net, Michel-Ange me fait chier.
Paola.
Comme moi Mozart.
Clotilde.
Et Beethoven aussi il me fait chier.
Paola.
Ah oui ! Alors celui-là c'est le pire !
Mélodie.
Finalement, l'art moderne est né à Lascaux.
Julie. Et l'art ancien ?
Mélodie. Ah là tu me poses
une colle, Gilberte.
Clotilde.
C'est un extincteur.
Paola.
Non ?
Clotilde.
Je te dis que c'est un extincteur.
Paola.
Pas sûr, Françoise.
Clotilde.
Bon, on y retourne.
Il
entre précipitamment. Il les prend tous à témoin.
Ils s'arrêtent et l'écoutent.
Sylvain.
Mais où sont les Kandinsky ? Ça fait deux heures que je
les cherche.
Un homme. Qui ?
Sylvain. Je cherche les Kandinsky !
Tous. Qui?
Sylvain. Les Kandinsky de Kandinsky. Kandinsky
c'est le peintre, les Kandinsky ce sont les tableaux. Je cherche les
Kandinsky...
Tous. Ah.
Sylvain. Je ne suis pas fou il y a bien
des Kandinsky à cet étage... Où sont les Kandinsky,
je ne les trouve plus...
Jessica.
Ce qui compte ce n'est pas ce que tu ressens quand tu regardes une
exposition.
Raphael.
Ah bon!
Jessica.
Non, c'est ce que tu ressens après. Par exemple, il y a trois
ans en sortant de l'exposition Picabia, j'étais content, mais
tellement content qu’en rentrant à la maison j'ai quitté
mon homme.
Raphael.
Définitivement ?
Jessica.
Oui.
Raphael.
C'est un grand peintre Picabia
Jessica.
Un génie, Max, un génie!
Sylvain
(à sa femme). Dis donc Laurence, elle est toute petite la
Vénus de Milo... C'était qui Milo, un nain ? Ah je suis
déçu Laurence, déçu... Bon, on va quand
même faire une photo pour Jacques, mais on la fera agrandir...
Si, on est obligés, elle est trop minus... Ah merde je suis déçu
Laurence, déçu, déçu... !
Clotilde.
Pour moi c'est le cœur du romantisme en peinture.
Paola. J'aime pas.
Clotilde. Pourquoi ?
Paola. Trop marron.
Clotilde. Trop marron ?
Paola. Oui, ça me rappelle l'automne.
Clotilde. L'automne, ce n'est pas marron
Micheline.
Paola. Ah bon ?! La nature ne devient
pas marron en automne ?
Clotilde. Mais non, je dirais plutôt
qu’elle roussit, qu'elle jaunit, qu'elle se couvre d'or.
Paola. C'est la fête quoi ?
Clotilde. Oui, on peut éprouver
une certaine joie devant toutes ces couleurs flamboyantes.
Paola. Je te rappelle que papa est mort
un 18 octobre !
Clotilde. Mais Micheline...
Paola. Vous êtes vraiment des monstres
les amateurs d'art !!
L’ART
FRANÇAIS
Ils
se mettent sur une seule ligne, et regardent un tableau.
Ils sortent quand ils n'ont plus rien à dire.
Julie.
Ah moi, un musée qui n'a pas d'impressionnistes, j'entre pas.
Ah non ! C'est comme l'année dernière dans le Périgord,
les châteaux forts sans donjon, quand il y a pas le mieux je visite
pas.
LÉON/Vincent.
Chez les impressionnistes, dans n'importe quel tableau, vous pouvez
vous asseoir, on est en France, c'est-à-dire à la maison.
JEAN-PAUL/Raphael.
C'est tout à fait vrai.
LÉON/Vincent.
Elle me manquait, depuis trois étages, elle me manquait la France.
CAROLE/Mélo.
Et puis ils sont connus, très connus. Moi, j'adore quand c'est
connu.
MADAME
COLETTE/Clo. Moi aussi j'adore.
LÉON/Vincent.
Comme le château de Versailles... Vous avez été
au château de Versailles ?
CAROLE/Mélo.
Non.
LÉON/Vincent.
Allez-y c'est très connu.
MIREILLE/Orphée.
Et quand on pense qu'à leur époque ils ne l'étaient
pas.
GILBERTE/Julie.
Quoi ?
MIREILLE/Orphée.
Connus. Les Impressionnistes, à leur époque, pas connus
du tout.
MADAME
COLETTE/Clo. Non ?
MIREILLE/Orphée.
Du tout.
ROLAND/Raphael.
Et pauvres.
MIREILLE/Orphée.
Très pauvres.
Raphael.
La plupart n'avaient même pas de quoi acheter leurs pinceaux.
Vincent.
Peut-être mais ils ont quand même fait sept mille tableaux.
Orphée.
Et ils ont peint sept mille tableaux alors qu'ils étaient chômeurs.
MADAME
COLETTE/Clo. Les impressionnistes ?
ROLAND/Raphael.
Tous chômeurs.
CAROLE/Mélo.
Des chômeurs qui travaillent !? C'étaient des types merveilleux,
non Henri ?
HENRI/Vincent.
Si, Carole.
CAROLE/Mélo.
J'aurais adoré être leur femme.
ROLAND/Raphael.
Vous n'êtes pas la seule, ils en avaient plein.
MADAME
COLETTE/Clo. Des femmes ?
ROLAND/Raphael.
Oui.
MIREILLE/Orphée.
C'étaient de très gros baiseurs.
GILBERTE/Julie.
Les impressionnistes ?
ROLAND/Raphael.
Oui, madame, ils bourraient tout ce qui bougeait.
Clo.
Ah bon ?!
JLV.
Ah bah, faut les comprendre, déjà qu'ils n'avaient pas
de pinceaux.
Mélo.
Bien sûr.
Vincent.
C'est très français
JLV.
Moi, je les comprends parfaitement.
Julie.
Je te remercie Jean-Paul.
JLV.
Quoi !
Julie.
Rien, c'est très agréable pour moi, et une fois de plus
devant des inconnus !
JLV.
C'est mal de comprendre des peintres ?!
Julie.
N'insiste pas, tu veux !
JLV.
Gilberte c'est la culture...
GILBERTE/Julie.
Oui je sais, elle a bon dos la culture.
--------
Paola. T'as bu Daniel, pourquoi t'as bu ? Tu vas voir les impressionnistes
tout nets.
Clotilde. Je m'en fous.
--------
Raphaël + Mélo
JEAN-ALAIN.
Où est Mireille !
MICHELINE. Aux toilettes de la peinture italienne.
JEAN-ALAIN. C'est pas dangereux ?
MICHELINE. Pourquoi ?
JEAN-ALAIN. Mais tu les lis les journaux ou quoi ? Tu sais dans quelle
société on vit Micheline ?
Paniquée, la mère se met à courir vers les
toilettes en criant :
MICHELINE. Mireille ! Mireeeiiille !
JEAN-ALAIN. Mireille!
GROUPE DE VISITEURS. Mireille!
--------
Paola. Bon, il va falloir un jour ou l'autre que les artistes comprennent
qu'ils n'ont pas le monopole de l'art.
Clotilde. Il y a nous aussi
Paola. Et on est plus nombreux.
Sinfonietta,
de Jean Tardieu
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