L'ILE DES ESCLAVES
a été joué

en avril 2006, à Provins (77). Collèges, Lycées et Tout public
en février 2006, à Nogent-sur-Seine (10). Collège
en octobre 2005, à Morangis (91). Collège et Lycée
en juin 2005, à Souppes sur Loing (77). Tout public

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Deux équipes débarquent sur une île : deux hommes (Arlequin et Iphicrate) et deux femmes (Cléanthis et Euphrosine). Un Maître du jeu les accueille (Trivelin). Il énonce les nouvelles règles et fait subir des épreuves. Ceux qui gagnent repartiront vers la civilisation. Les perdants resteront sur l'île.

N'est-ce pas un merveilleux parallèle ? Marivaux, le vrai inventeur de Koh-Lonta. Heureusement pour nous, le dramaturge du XVIIIe s. a des principes de tolérance et d'humanité à nous transmettre. Lui.

Une île de carnaval où Arlequin est roi

" Nous vous jetons dans l'esclavage pour vous rendre sensibles aux maux qu'on y éprouve ; nous vous humilions, afin que, nous trouvant superbes, vous vous reprochiez de l'avoir été." 

Marivaux imagine une île, lieu caractéristique des utopies. Avec un naufrage, aussi typique des utopies. Il vit à une époque où l’on aime les récits de voyages et les contrées exotiques. Il s’inscrit dans la continuité d’Utopie, de Thomas More ou de L’Autre Monde ou les États et Empires de la Lune (1657) de Cyrano de Bergerac et avant l’Eldorado évoqué par Voltaire dans Candide (1759).
Chez Marivaux, il y a d’autres utopies : « Les Petits Hommes ou l’Ile de la Raison » (1727), « La Nouvelle Colonie ou la Ligue des femmes » (1729) et « La Colonie » (1750).

En 1725, c'est un monde social renversé que Marivaux donne à voir sur la scène du Théâtre-Italien : la fragilité du pouvoir peut ainsi se dévoiler, les rancœurs enfouies se libérer, et le malheur d'une condition servile s’éprouver. Mais si l'inversion est bien politique, elle est également ludique, et cette pièce sérieuse aux faux airs d'utopie est bien une comédie : le spectateur s'y amuse aux dépens des maîtres que leurs valets caricaturent, et il rit autant des maladresses que commettent ces valets lorsqu'ils tiennent le rôle des maîtres.

Marivaux a bien mauvaise presse. Trop souvent associée au qualificatif peu flatteur de « marivaudage » et à des mises en scène précieuses et anti-naturelles, je veux revenir à l’essence première de cette œuvre de divertissement et de réflexion.
Il ne s’agit pas de revenir au sempiternel débat sur le projet pré-révolutionnaire ou réactionnaire de Marivaux. Laissons au spectateur son jugement. Je veux revenir au plaisir et au divertissement. Marivaux écrivait pour les Italiens. Comme l’atteste l’ouvrage de Taviani sur « Le Secret de la Commedia dell’arte », ceux-ci maîtrisaient mal la langue française. Ils privilégiaient donc le jeu, avec lazzi, etc. C’est cette légèreté que je veux privilégier.
Nous retrouvons les types premiers de la Commedia : Maîtres et Valets, Zanni et petits maîtres. Ses thématiques : Amours et Carnaval, voire charivari. Par Chardin et Watteau, nous reviendrons aux couleurs de l’époque. 

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Le pire serait de confondre Marivaux et marivaudage, réduire l’homme à l’objet, l’auteur à l’insulte.
Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux est un célèbre et prolifique dramaturge du dix-huitième siècle (né à Paris en 1688 et mort en la même ville en 1763) ; alors que le mot n’apparaît qu’en 1812 et décrit une sorte de galanterie raffinée sans conséquence qui s’exprime par un discours amoureux précieux voire désuet.
Réduire Marivaux à cela, c’est réduire Dom Juan à la conquête des femmes ou la Révolution française à la guillotine. Avec le temps, la mémoire est réductrice et l’œuvre plus complexe, c’est-à-dire passionnante.
Bien sûr Marivaux est homme de son temps. Né sous Louis XIV, ou l’absolutisme triomphant… et méprisant. Il écrit sous le Régent à l’autorité contestée et contestable ; et sous Louis XV, synonyme de plaisir et de renversement des valeurs (l’abbé Dubois a donné lieu à la plus belle contre-pétrie qui passe pour une berceuse : « Il court, il court le furet » !). Parisien, Marivaux se frotte à la promiscuité des Maîtres et des valets (majuscule pour les uns, minuscules pour les autres). Fils de magistrat et homme de « bonne loi », il voit la morgue des premiers s’abattre sur le dos des autres comme autant de coups de bâtons. Il sait les lois non écrites qui régentent ce monde, et leur iniquité. Il voit aussi que rien ne ressemble autant à un Maître qu’un Valet (donnons à chacun la majuscule) : presque le même habit, presque le même mode de vie, presque la même nourriture. Le second n’a que les reliefs, certes, mais un Valet ressemble plus à un Maître qu’à un Paysan (dont il s’est éloigné pendant l’urbanisation louis-quatorzienne – nous ne sommes plus au temps de Molière !). Un Bourgeois partage plus de valeurs avec son Domestiques qu’avec un Noble.
Finis le sens du devoir de Corneille, les vertus royales de Racine, les contestations de Molière : Marivaux écrit au Siècle des Lumières où l’homme est au centre du drame – avant que l’on ne tombe dans sa caricature, c’est-à-dire le nombrilisme du dix-neuvième siècle qui prit le nom de Romantisme, et où l’ego devient de l’égotisme.
Marivaux prend les hommes (et les femmes) dans un sens éponyme : une image pour le tout ; quand le dix-neuvième a des héros « héroïques ». De toute évidence Napoléon est passé par là. Marivaux n’écrit pas seulement des menuets : légèreté et échange de partenaires. Sociaux, bien sûr. Marivaux est un moraliste. Il est à l’absolu opposé des libertins comme Crébillon fils, Mirabeau, Sade et les autres. Je déteste ces pseudo-contestataires, tous venus des couches supérieures et qui contestent l’ordre établi en décrivant le vice, la perversion et la contrainte. J’aime Marivaux pour – je le répète – son humanisme.
« On n’est jamais trop bon pour l’être assez », disait Monsieur Orgon dans Le Jeu de l’amour et du hasard. Il y a dans cette affirmation, il me semble, tout l’esprit de Marivaux. Il n’y a pas de remise fondamentale de la société dans son œuvre. C’est le contraire. En faisant cette révolution par un coup de baguette magique (un secret, une loi sur une île), il prouve que l’on ne peut pas changer radicalement la société. Il conforte son public par une démonstration par l’absurde. Mais il lui montre ses travers, sa violence et ses injustices. Je l’ai dit, Marivaux est un moraliste, il ne veut pas changer la société, il veut faire évoluer les hommes. Il aspire à la modération, à la bonté, au respect. Respecter celui qui lui est socialement inférieur. Un homme égale un homme, quelque soit sa condition.
Rien n’est pire que la violence. Qu’elle soit physique ou morale. Si seulement le théâtre pouvait garder sa valeur de catharsis, c’est-à-dire d’évacuation de ses mauvaises humeurs. Si seulement, au sortir de la représentation nous nous disions : « Oui, cela était du théâtre, mais cela était aussi une fable. Et à toute fable convient sa morale. Pour qu’elle serve dans notre vie de tous les jours. Alors, demain je penserai à Marivaux et je respecterai l’autre en pensant que je pourrai être à sa place. » Pas de dieu (sans majuscule car il est polymorphe) dans tout cela mais de l’Homme.
Après Iphigénie, Volpone et La Visite de la vieille dame, j’en avais assez de ces mondes de brutes et de salauds. Dans ce monde où l’on écrase les faibles, assassine les innocents, ne respecte pas les femmes, j’aime Marivaux et j’aimerai qu’on y pense un peu chaque jour. Et pourquoi pas demain matin ?

 

Le 25 avril 2006 à Provins (Seine-et-Marne)

Une élève

Je suis Morgane une éléve de sainte croix 2°S. J'ai assisté à la représentation de la piece de theatre "L'Ile des esclaves" et j'ai beaucoup apprécié j'ai trouvé la mise en secne et les comédiens. EXCELLENTS !!!! Surtout Cleanthis, qui m'a fait extremement rire . C'était G-E-N-I-A-L !!!!
Enfin bref, je voulais vous remercier vous m'avez fit passer un très bon moment, et de ma classe toutes les personnes ont adoré .
Sur ce, bonne continuation et encore bravo à vous et à vos extraordinaires comédiens !!!!!!!!!!!

Un spectateur

Encore toutes nos félicitations pour la représentation de mardi soir. Nous avons passé un excellent moment !
Sebastien KONIECZNY

Un prof

Tout le monde a apprécié la pièce, les profs comme les élèves. Ce n'était pas forcément évident au départ de faire de l'île des esclaves une pièce aussi comique. Les élèves n'avaient pas de questions à poser à la fin du spectacle mais ils se sont rattrapés en classe : les décors, les costumes, Ko Lanta, le jeu des acteurs : tout y est passé !

Angélique WIDMANN (Lycée Les Pannevelles)

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Au collège de Nogent-sur-Seine (Aube)

Le Favier Théâtre vient jouer mardi “l'île des esclaves” aux 4èmes et aux 3èmes. Ils ont fait de cette pièce rebutante un vrai bonheur.
La preuve s'il en était besoin que le théâtre est fait avant tout pour être vu ou pratiqué. Pas lu. Sauf en vue d'une pratique ou d'une meilleure appréhension d'un spectacle. Avez-vous déjà essayé de lire “l'île des esclaves”?Marivaux...L'évocation de son seul nom ne te fait-elle pas baîller et/ou bouder?
Mes élèves ont lu. Et baîllé. Et boudé. Normal!!! Rien compris dites-vous? et si nous relisions un peu mais ensemble? Qui propose une mise en scène pour le début? Elle vous plaît? Non? Recommençons. Creusons. Vous voulez vraiment les rochers la mer et la chaloupe sur scène??? Qui pourrait faire quoi et comment?  Tiens, on s'agite, on s'active, on rit. Les moues se sont transformées en sourires. Les personnages s'incarnent. Iphicrate c'est Burak. Cléantis c'est Ketleen et ça fait rire.
On invite Marc Favier. On lui demande non pas son âge ou depuis combien de temps il fait du théâtre mais entre autre comment il résout les problèmes de mise en scène. Et il répond à toutes les questions avec une franchise qui déconcerte et brise bien des idées reçues. De là naît l'attente. L'attente du spectacle. L'envie. Curieux qu'ils sont de voir ce que ça va donner. Si c'était du lard ou du cochon tout ce qu'on leur a raconté. Et c'est ainsi que l'on s'aperçoit que Marivaux peut être drôle et intelligent à la fois!  
A la fin, il y a les applaudissements et les huées . Il y a ceux qui ressortent avec les joues rouges et des étincelles dans les yeux et puis ceux qui machouillent un truc, incapables de savoir ce qu'ils ont vu ou entendu. Blasés avant, pendant après.
J'ai la prétention d'affirmer que mes élèves ont apprécié. Même Burak et Ketleen. Ils me l'ont dit!
Notre rôle d'enseignant est finalement surtout celui-là : esssayer d'ouvrir les yeux et les oreilles (et la conscience!) de tous ces mômes hermétiques, limite autistes. Quand ça marche c'est terriblement émouvant. Car tout est là, à portée de main, chacun passe et si peu se servent! Quel gâchis! Ca me fait penser à ce fameux texte de Valéry gravé au fronton du Palais de Chaillot
"il dépend de celui qui passe
Que je sois tombe ou trésor,
Que je parle ou me taise.
Cela ne tient qu'à toi,
Ami, n'entre pas sans désir."
 
Marilyne COLOMBO
Prof au collège de Nogent

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